Archives Mensuelles: décembre 2011

Futur proche – court métrage

Dernier article de l’année, un peu particulier, après 15 jours passés sans poster la moindre critique. Parce que durant ces 15 jours, j’ai occupé tout mon temps à la réalisation d’un court métrage pour le concours Nikon. Le résultat est un film très court (2 minutes 20) qui s’appelle Futur proche. Découvrez-le et n’hésitez pas à lui donner une note maximale si vous l’appréciez!

Futur procheVoici donc le lien de ce petit court-métrage que j’ai réalisé pour le concours Nikon. Le principe est le suivant : 140 secondes sur le thème "je suis l’avenir" en HD.

Jusqu’au 15 janvier, chaque personne (je dirais même chaque ordinateur) peut voter une fois par film en cliquant sur les petites étoiles en dessous du film. Les films qui ont la meilleure moyenne et le plus de votes sont primés.

Donc, première étape, regarder le film à l’adresse suivante :
http://www.festivalnikon.fr/videos/view/id/1033

Deuxième étape : Si vous l’appréciez, n’hésitez pas à lui attribuer la note maximale (merciiii) (attention, pour que le vote soit bien pris en compte, je crois qu’il faut cliquer 2 fois, jusqu’à ce que le captcha (les mots à réécrire) apparaisse et valider cette étape)

Troisième étape (essentielle) : revenir le lendemain faire la même chose.

Voilà, et n’hésitez pas à m’envoyer un petit mail pour me dire ce que vous pensez du film ou à laisser un commentaire sur la page du festival!
Merci infiniment!

Bonnes fêtes à tous, les critiques reviennent avec la nouvelle année…

-Crédits du film-
Scénario, réalisation et montage : Ted Hardy-Carnac
Acteurs : Adeline Adelski, Ted Hardy-Carnac, Simon Bonnel, Yann Rutledge
Directeur de la photographie : Pierre Baboin
Assistant image : Baptiste Brandily
Son : Pierre-Louis Guetta
Musique : Laurent Morelli
Assistante réalisateur : Rosalie Brun
Régisseuse principale : Karine Boutroy
Régisseur adjoint : Vivien Ferrand

Carnage

Roman Polanski adapte la pièce de Yasmina Reza Le Dieu du Carnage sans lui enlever sa dimension de huis clos théâtral. Le résultat est décevant : la réalisation est précise mais le projet manque cruellement de finesse. L’exercice tourne vite en rond, le spectaculaire l’emporte sur la démonstration et les clichés rendent l’étude de mœurs approximative.

Synopsis : Dans un jardin public, deux enfants de 11 ans se bagarrent et se blessent. Les parents de la "victime" demandent à s’expliquer avec les parents du "coupable"…

Carnage - critiqueD’un côté, un couple bobo plein de suffisance, de l’autre, un ménage riche, traditionnel et sans remord. Deux types de bourgeois se rencontrent, les gauchistes et leur bonne conscience envahissante, les conservateurs et leur pragmatisme amoral.

La nervosité est palpable, le vernis social ne va pas tenir bien longtemps. C’est ce que filme Roman Polanski, le craquèlement progressif du paraître. Les politesses et les bienséances sont vite reléguées au second plan quand chacun se rend compte qu’il est allé trop loin, qu’il s’est trop mis à nu.

En chaque être humain réside un monstre. Caché derrière des codes sociaux plus ou moins rigides, celui-ci peut surgir quand on est poussé à bout. Le carnage est alors inévitable : le décalage trop longtemps imposé entre celui que nous sommes et celui que nous nous efforçons de paraître éclate avec d’autant plus de violence que les frustrations étaient importantes.

Le problème du dernier film de Polanski, c’est que l’évolution des attitudes manque trop souvent de subtilité. D’abord, parce que pour illustrer la perte de contrôle des personnages, le film se complait très vite dans le too much : les rires nerveux sont parfois interminables, les situations pathétiques sont appuyées et répétées d’un personnage à l’autre, les exaspérations sont trop attendues et trop illustratives pour ne pas perdre beaucoup en crédibilité.

Ensuite parce qu’on sait très vite où le scénario veut aller et que celui-ci s’y dirige sans réelle surprise et sans réelle habileté. Bientôt, les échanges tournent en rond, il n’y a plus grand chose à démontrer.

Enfin, et c’est sans doute le principal reproche qu’on peut faire à Carnage, le film se vautre de temps en temps dans des clichés ennuyeux. Après un affrontement gauche-droite pas inintéressant, le pugilat se transforme d’un coup en guerre des sexes très convenue. La description est alors complètement caricaturale : les femmes devenues hystériques se soutiennent contre des hommes qui se proposent whisky et cigare.

Le personnage de John C. Reilly, un type brave et mou qui se métamorphose au milieu de la scène en gros con macho, vogue d’un stéréotype à l’autre sans jamais parvenir à nous intéresser. Pire encore, l’évolution du personnage nous paraît parfaitement invraisemblable. Christoph Waltz joue le cynisme avec assez de talent pour que l’archétype qu’il représente ne perde jamais de sa consistance. Même constat pour Kate Winslet : la femme d’intérieur arrangeante qui se laisse déborder par des émotions trop longtemps contenues est souvent crédible.

C’est tout de même Jodie Foster qui campe le personnage le plus intéressant : Penelope Longstreet représente le principal intérêt du film. Cette femme est d’abord haïssable : remplie de bonne conscience et de bonnes intentions, trop fière de sa supériorité supposée, elle est la seule à ne pas se rendre compte qu’elle est comme les autres. Elle revêt un masque de grandeur d’âme et d’amabilité mais sa position est essentiellement égoïste. Elle semble simplement cacher son intérêt propre derrière l’intérêt général, ses raisons propres derrières la raison universelle.

Et pourtant, malgré ses rancœurs, malgré son arrogance, elle est la seule à faire des efforts, la seule à se battre encore, la seule à vouloir tenir des idéaux, même si elle n’est pas à la hauteur de ce qu’elle prétend. Elle est la seule à ne pas avoir renoncé. Il est bien plus facile d’afficher son cynisme que de se battre pour ce qu’on croit juste. Il est bien plus facile d’assumer sa mauvaise conscience et son égoïsme que d’essayer d’en faire quelque chose de positif, de continuer à lutter pour des principes, même si on n’est pas parfaitement capable de les assumer.

Le fonctionnement du monde repose sur une énorme hypocrisie morale : les appels incessants de l’avocat rappellent que les adultes luttent avec des moyens qui ne correspondent plus du tout aux valeurs qu’ils enseignent à leurs enfants.

Chacun assume maintenant son égoïsme, le chacun pour soi est la règle d’or. L’attitude des gouvernements, celle des entreprises, celle des individus, reposent toujours en grande partie sur l’injustice. Dans une société dans laquelle l’éthique n’est même plus un voeu pieux, à peine une façade superficielle, le vivre-ensemble est un songe, et le monde est voué au carnage. Derrière l’hypocrisie consensuelle, il y a la caméra légèrement mouvante de Polanski qui donne la nausée et rappelle l’ébriété des personnages. Mais qui souligne aussi que les bases de la société sont très branlantes. C’est cette instabilité qui fait l’objet de Carnage. Malheureusement, la mascarade sur laquelle repose le contrat social est dépeinte de manière assez grossière.

Note : 4/10

Carnage
Un film de Roman Polanski avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C. Reilly
Comédie dramatique – France, Allemagne, Pologne, Espagne – 1h20 – Sorti le 7 décembre 2011

Arrietty, le petit monde des chapardeurs

Arrietty est le meilleur film du studio Ghibli depuis Le Voyage de Chihiro. Une aventure excitante où le danger se cache derrière le quotidien le plus banal, une fable mystique sur la survie des êtres et des espèces, un conte politique sur une autre manière de concevoir l’économie, et surtout l’histoire d’un amour impossible, simple et déchirante. Un petit chef d’œuvre.

Synopsis : Sous le plancher d’une maison perdue au coeur d’un grand jardin, de minuscules êtres, les chapardeurs, vivent sans se montrer des humains. Jusqu’au jour où Arrietty rencontre Sho…

Arrietty, le petit monde des chapardeurs - critiqueLe Studio Ghibli nous a habitué aux chef d’oeuvre mais Arrietty est pourtant une très belle surprise. D’abord par sa simplicité magique qu’on avait seulement pu voir auparavant chez Ghibli dans Kiki, la petite sorcière. Ensuite par son animation, toujours saisissante. Chaque excursion d’Arrietty dans des lieux ou des objets qui nous sont pourtant familiers devient une aventure trépidante. Un plan résume à lui seul cette merveille : Arrietty gravit le toit de la maison comme on gravit une montagne, elle regarde vers la fenêtre qu’elle essaie d’atteindre, la caméra se met à sa place et remonte lentement la pente du toit qui semble interminable, escarpée, dangereuse. On est pris du vertige de notre nouvelle taille, celle d’Arrietty.

Si la fable est comme toujours écologique, le dialogue entre une jeune fille qui parle de la survie de son espèce et un jeune homme qui parle de sa propre survie est saisissant. Quand Sho parle de sa maladie, Arrietty arrête de défendre les Charpardeurs pour s’intéresser à lui. Le film présente alors un miroir terriblement précis dans lequel l’individu se reflète dans l’espèce toute entière et inversement. La vie d’un individu est tout aussi essentielle que la vie d’un groupe. La survie de l’espèce demande de manière semblable à chaque être de se battre : notre futur est entre nos mains.

Mais les résonances sont encore plus larges : Arrietty est une fable altermondialiste qui, dans un contexte de crise économique, met aux prises ceux qui ont tout, le confort et l’argent (mais pas forcément le bonheur) et ceux qui n’ont rien que leur courage et qui doivent vivre des restes des premiers. Dans cette société injuste où les petits craignent les grands et ne peuvent rien faire face à eux, la chaparde, ou l’emprunt pour reprendre le mot du roman duquel s’inspire le film, est le nouveau modèle économique qui permet de trouver l’équilibre. La mondialisation est basée sur des rapports de force, sur l’incompréhension et sur la peur, des autres et du lendemain. La fable du studio Ghibli, scénarisée par Hayao Miyazaki lui-même, propose de baser la société de demain sur l’emprunt, les prêts, les échanges, la communication. Sur l’utilisation de ce dont on a besoin et non sur la surconsommation maladive. Sur le don de soi et de ce que l’on a à ceux qui en ont la nécessité. C’est seulement à ce prix-là que notre espèce peut survivre, arriver à l’harmonie et qui sait, au bonheur.

Mais Arrietty n’est pas qu’une parabole subtile. C’est un dépaysement. Un univers de couleurs, de lumières, d’une musique nostalgique. C’est surtout une tragédie. L’histoire d’un amour impossible. On ne sait pas si Sho va survivre. On est tout autant dans l’incertitude sur le destin d’Arrietty. Son audace et son énergie ne sont rien à côté du corps imposant (et pourtant malade) de Sho. Les mouvements du garçon semblent étouffés, éteints, et pourtant, pour Arrietty, aux gestes vifs et précis, ils sont un ébranlement complet, un cataclysme. Leurs vies ne tiennent à rien. Mais le plus triste n’est pas là. Leur histoire ne peut avoir lieu. Il est trop grand pour elle. L’amour ne peut pas vaincre toutes les barrières. Leur adieu est déjà l’un des moments les plus déchirants au cinéma en 2011. Arrietty est avant tout l’histoire de deux adolescents qui tombent amoureux. Qui s’aimeront toujours, et qui ne pourront jamais s’aimer.

Note : 8/10

Arrietty, le petit monde des chapardeurs (titre original : Karigurashi no Arrietty)
Un film de Hiromasa Yonebayashi avec les voix de Mirai Shida et Ryunosuke Kamiki
Animation – Japon – 1h34 – Sorti le 12 janvier 2011

L’Art d’aimer

La comédie romantique chorale dans toute sa légèreté, avec l’écriture délicatement maniérée de Mouret et les situations gênées et cocasses qu’il affectionne tant. Le réalisateur, qui a l’habitude de tenir le rôle principal, l’abandonne pour une fois à une pléiade d’acteurs célèbres. Ce faisant, il dilue son intrigue et la portée morale de son étude. Le résultat est plaisant mais inégal.

Synopsis : Au moment où l’on devient amoureux, à cet instant précis, il se produit en nous une musique particulière. Elle est pour chacun différente et peut survenir à des moments inattendus…

L'Art d'aimer - critiqueA la façon d’Eric Rohmer, Emmanuel Mouret raconte, depuis 6 films maintenant, ses propres contes moraux. Pour la première fois, il mêle plusieurs petites histoires (comme Rohmer l’avait fait dans Les Rendez-vous de Paris ou dans 4 aventures de Reinette et Mirabelle), et pour la première fois, il décide d’illustrer des maximes, comme l’avait justement beaucoup fait le réalisateur des Comédies et Proverbes.

Cependant, les personnages rohmériens s’engageaient très souvent dans des discussions morales complexes, évoquant leur vision de l’art, de la politique et de la vie en général. Ceux de Mouret, au contraire, ne parlent que d’amour et de sexualité.

D’abord, une introduction énigmatique et plutôt réussie : l’objet de l’amour est souvent un songe. Ensuite, trois petites histoires indépendantes s’enroulent autour d’une intrigue centrale, elle-même construite autour du personnage d’Isabelle, interprété par Julie Depardieu. Celle-ci va devoir composer avec deux propositions pour le moins inattendues. En refusant la première et en acceptant la seconde, Isabelle va changer sa vie et offrir au spectateur autant de frustration que de satisfaction. Emmanuel Mouret est habile : il nous promet d’abord une expérience libertine assez stimulante et décide finalement de ne pas la développer. Puis il se rattrape en réalisant un autre fantasme : une sorte de Tournez Manège sexuel plutôt excitant.

Alors l’amour, alors le sexe? Cela pourrait se révéler simple si chacun avouait sincèrement ses désirs, si chacun avait l’ouverture nécessaire pour accepter les désirs des autres, comme Zoé, avec qui le rêve devient réalité au début du film. Et pourtant, le rêve, si simple, ne s’accomplit pas. A la place, un jeu de mensonges et d’attirances qui laisse un goût amer.

Les trois autres intrigues amoureuses ont moins d’impact. François Cluzet et Frédérique Bel sont très bons quand ils jouent le jeu éternel de la séduction dans un morceau drôle et léger qui pose la question de savoir s’il vaut mieux être patient ou impulsif pour arriver à ses fins. Philippe Magnan et Ariane Ascaride se testent dans un conte moral un peu bâclé qui rappelle que la sincérité et l’acceptation des désirs de l’autre sont les fondements du bonheur sexuel. Ce constat est pourtant plus ou moins contredit par l’histoire fusionnelle entre Elodie Navarre et Gaspard Ulliel. Ce récit-là est le moins réussi du film, d’abord parce que le développement est plutôt longuet, mais aussi parce que la morale est sans intérêt, faible et approximative.

L’exercice est donc assez inégal mais la liberté de ton de Mouret, l’écriture des dialogues, le maniérisme marivaudien et la fraîcheur des situations rendent ses oeuvres toujours plaisantes à suivre. Le format du film choral dissout cependant le propos et limite l’ambition du réalisateur, et ce en dépit du titre qu’il a choisi.

Note : 5/10

L’Art d’aimer
Un film de Emmanuel Mouret avec François Cluzet, Julie Depardieu, Ariane Ascaride, Pascale Arbillot, Frédérique Bel, Judith Godrèche, Elodie Navarre, Laurent Stocker et Gaspard Ulliel
Romance, Comédie – France – 1h25 – Sorti le 23 novembre 2011

La Balade sauvage

Terence Malick était déjà une légende du septième art bien avant d’obtenir en 2011 la Palme d’or du Festival de Cannes. La Balade sauvage est son premier film, et déjà il contemple l’amour et la violence que contiennent l’âme humaine et la nature dans son ensemble. Avec un regard de cinéaste unique qui donne à chaque détail du quotidien sa part de grandeur mystique.

Synopsis : Dakota, 1860. Kit et Holly désirent se marier mais le père de la jeune fille refuse cette alliance. Furieux, Kit l’assassine et s’enfuit avec Holly…

La Balade sauvage - critiqueLa Balade sauvage, premier film de Terrence Malick, porte déjà la signature unique de son auteur. Celui-ci filme des paysages magnifiques qui se heurtent à la situation des personnages en leur demandant d’avoir eux aussi une vie magnifique. La voix-off est distante, elle commente l’action de manière lancinante, désabusée, et le décalage créé donne encore plus d’ampleur à l’histoire très simple qui est racontée.

Car La Balade sauvage est effectivement une histoire simple, une version de Bonnie & Clyde dans laquelle il n’y aurait que le nécessaire, et aussi quelques petits moments absolument pas nécessaires pour l’intrigue et qui font la magie des récits de Malick. Car comme toujours chez lui, l’essentiel est dans ces séquences flottantes qui ne participent pas aux péripéties du récit mais à l’intérieur desquelles les personnages vivent, simplement, leur quotidien.

Malick a déjà ce talent pour confronter la dérision du quotidien à la grandeur de l’âme humaine et de la nature qui lui fait forcément écho. La musique, presque joyeuse, est aussi tout à fait solennelle, et on peut être sûr qu’elle a longtemps fasciné Tony Scott avant qu’il ne fasse son True Romance. La voix-off de ce dernier film et la trajectoire du couple qu’il décrit sont d’autres similitudes qui en font une sorte de remake pop, violent, tarantinesque de cette Balade plus sauvage que nous propose Malick, lui qui au contraire contemple toujours l’âme humaine avec une économie de mots et d’actions.

L’une des spécificités du scénario du premier film de Malick, c’est le personnage de Holly, qui au contraire des grandes amoureuses en cavale de la légende du septième art, se sent totalement extérieure à ce qui lui arrive. Elle pense que Kit est fou et elle le suit plus par désœuvrement que prise par le feu d’un éternel amour. Tony Scott reprendra aussi plus ou moins cet élément. Holly est capable de se désolidariser totalement. Kit, lui, cherche la gloire, aussi bien celle que peut lui attribuer le reconnaissance des autres (il se recoiffe dans des moments plutôt inattendus) que celle plus intime d’un amour qui doit être extraordinaire et surmonter la mort.

Mais Kit a aussi "la gâchette facile" comme le remarque bientôt Holly. Ne peut-on être un héros romantique que si l’on est fou et dangereux? Le personnage de Kit semble être un gamin qui ne se rend pas compte de ce qu’il fait, mais il est aussi le modèle admiré par tous ceux (policiers compris) qui n’ont pas la force de vivre avec une telle fureur, de "tuer le père".

La Balade sauvage est alors peut-être le vrai trait d’union entre le James Dean de La Fureur de vivre et les grands couples criminels du cinéma des années 90 (Tueurs nés, Sailor et Lula, True Romance…). A la poursuite de la promesse de liberté totale qui réside dans les paysages grandioses d’Amérique. L’essence même du Road movie. Au bout du chemin, il y a soi, et puis souvent la fin de soi. Trait d’union aussi entre Easy Rider et Thelma et Louise tant parfois l’amour paraît terne par rapport aux Bonnie & Clyde traditionnels.

Dans La Balade sauvage, l’amour aussi est un échec. Sans doute est-ce là la vrai clé de lecture du film. Comment comprendre les choix de Kit à la fin de l’aventure? Dans l’idéal de liberté totale qu’il poursuit, ce qui ne mène pas à l’amour ne peut mener qu’à la mort. Or l’amour, le partage d’un idéal, est plus que jamais une illusion qui nourrira encore longtemps le cinéma de Malick.

Note : 7/10

La Balade sauvage (titre original : Badlands)
Un film de Terrence Malick avec Martin Sheen, Sissy Spacek et Warren Oates
Romance, Drame, Thriller – USA – 1h35 – 1974

Les Adoptés

Mélanie Laurent passe à la réalisation avec l’évidente envie de faire un film "spécial", un beau film qui lui ressemblerait. Trop appliquée, elle étouffe son histoire d’artifices convenus et finit par donner le sentiment de vouloir faire pleurer à tout prix mais d’avoir peu à raconter.

Synopsis : Dans une famille de femmes soudées, l’une d’elles tombe amoureuse, l’équilibre se fragilise. Le destin va bientôt imposer une nouvelle réalité, encore plus compliquée.

Les Adoptés - critiqueLa première partie du film pourrait presque être charmante. Pourquoi alors tout parait-il artificiel? Les tics empruntés au cinéma indépendant américain sont très visibles. Accumulés, ils créent une histoire non pas sans idée mais bien sans magie. On pense beaucoup à Beginners (déjà interprété par Mélanie Laurent) qui semblait courir en vain après la recette de Garden State.

Il y a beaucoup d’éléments séduisants, entre tendresse et humour, mais la chronique d’une vie faite de hauts et de bas, de bonheurs et de désillusions, reste très convenue. La voix off n’arrange rien, elle finit d’enfoncer le film dans les lieux communs du genre. L’image trop travaillée, les décors trop parfaits, la lumière trop esthétisante envahissent l’écran. Les plans, trop beaux, trop ralentis, trop contemplatifs, manquent d’authenticité. A trop vouloir donner du corps à son film, Mélanie Laurent lui enlève son âme.

Audrey Lamy est comme toujours impeccable, Denis Menochet, qu’on avait remarqué dans Le Skylab, a bien plus de présence que Marie Denarnaud, qui passe son temps à minauder en Audrey Tautou au rabais. L’histoire d’amour racontée en 10 minutes est à l’image du film : quelques instants drôles ou légèrement émouvants et beaucoup de clichés.

Et puis, alors que le film s’enlise dans un flagrant manque d’enjeu, la tragédie qu’on n’attendait plus vient relancer le tout. Le plan de l’accident surprise, déjà vu récemment dans plusieurs films, et presqu’à l’identique dans Un jour, marque le début d’un autre film. A partir de là, il ne se passe plus rien : les personnages trainent leur tristesse et leurs souvenirs nostalgiques avec l’évidente mission de faire pleurer le spectateur. La seconde partie des Adoptés est tire-larmes à l’excès, un mélo dans lequel on n’évite jamais le pathos.

Rien ne nous sera épargné, ni les flashbacks heureux, ni les visions intérieures larmoyantes, ni les violentes crises de pleurs. La réalisatrice n’hésite pas à en rajouter dix couches, elle répète encore et encore le même drame dans un flot de séquences similaires, espérant avoir tout le monde à l’usure, même les coeurs les plus endurcis. Le petit garçon devient lui-même le prétexte pour une séquence pathétique de plus, que Mélanie Laurent a voulu insoutenable. Elle épuise ainsi toutes les façons de signifier le même drame. C’est long, c’est long, c’est très très long.

Il semble que le véritable sujet du film aurait dû être l’adoption de l’autre, la construction des relations, des familles et des amitiés. Ce tissu de liens qui construit notre vie et nous arrache à notre solitude existentielle. Et dans les meilleurs cas, les relations fusionnelles, avec leur lot de déceptions et de frustrations certes, mais aussi avec le sentiment de plénitude qu’elles créent en nous. Si on dépouillait le film de tous les chichis du début et de tout le sentimentalisme de la fin, alors Les Adoptés pourrait effectivement toucher assez juste quand il raconte les relations de Lisa et de Marine, de Marine et d’Alex et, pour finir, de Lisa et d’Alex. C’est dire que Les Adoptés n’est pas un film vide. Simplement, c’est un film prétentieux et racoleur, et c’est donc un film qui sonne faux.

Note : 3/10

Les Adoptés
Un film de Mélanie Laurent avec Mélanie Laurent, Denis Ménochet, Marie Denarnaud, Clémentine Célarié et Audrey Lamy
Comédie dramatique – France – 1h40 – Sorti le 23 novembre 2011

Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie

"L’éternité n’est que le commencement" dit l’accroche du film. Le début de Twilight 4 dure effectivement une éternité, que le spectateur humain, peu habitué à ces abîmes dans lesquels le temps se rallonge indéfiniment, aura bien du mal à supporter. Heureusement, la suite viendra le réveiller de la mort, non sans lui avoir livré son message bien conservateur au passage.

Synopsis : Bella a fait son choix : elle s’apprête à épouser Edward. Mais le jeune homme acceptera-t-il de la transformer en vampire et de la voir renoncer à sa vie humaine ?

Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie - critiqueLa spécificité des épisodes de Twilight, c’est qu’il ne s’y passe rien. Quasiment tous les enjeux de l’histoire étaient énoncés dans le premier opus. Les films suivants sont tous interminables, ils sont remplis de vide et s’étendent à l’infini autour d’intrigues faméliques. C’est encore le cas de ce quatrième chapitre, dont le scénario a si peu de matière qu’on se demande comment le réalisateur a réussi à en faire un film de deux heures.

En fait, on ne se le demande pas vraiment : entre ralentis injustifiés et scènes parfaitement inutiles, le film suit les émotions uniques et formatées de ses héros. Bella traîne comme depuis déjà deux épisodes sa tête de jeune fille prétentieuse trop consciente de vivre une adolescence de fantasme, Edward est partagé entre inquiétude et culpabilité (bref, il fait sa tête embêtée), et Jacob est en colère, très en colère même, ce qui nous fait bien rire.

Enfin, ce qui nous ferait bien rire si on ne s’ennuyait pas tant, surtout dans ces deux premiers tiers de film, longs comme jamais, où il ne se passe strictement rien : Bella se marie et va en voyage de noces. Une sorte de clip publicitaire d’1h20 pour nous rappeler que pour pouvoir s’abandonner au sexe, il faut d’abord se marier. Et même ensuite, le sexe n’est jamais ni gratuit, ni innocent. Le dernier tiers du film nous explique pourquoi la vie humaine est sacrée et nous livre une sorte de diatribe contre l’avortement. Twilight n’a pas attendu son chapitre 4 pour se faire le chantre d’une vision très traditionaliste du monde.

Tout ça est bien dommage car la fiction pourrait être intéressante. Le passage au film d’horreur, l’évolution d’une femme broyée de l’intérieur, le mystère quant à la nature de cet enfant et à l’avenir de Bella pourraient être des ressorts dramatiques solides. Mais la niaiserie du traitement, la minceur de l’intrigue et les visées commerciales (faire deux épisodes pour faire deux fois plus de fric, là où un film suffirait largement) font de Twilight 4 un modèle de remplissage grossier.

Note : 1/10

Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie (titre original : The Twilight Saga: Breaking Dawn – Part 1)
Un film de Bill Condon avec Robert Pattinson, Kristen Stewart et Taylor Lautner
Fantastique – USA – 1h57 – Sorti le 16 novembre 2011

Les Neiges du Kilimandjaro

Malgré quelques moments faibles et quelques personnages insipides, le dernier film de Robert Guédiguian séduit par sa sincérité et ses convictions. Ses personnages se posent les questions que nous devrions tous nous poser. Le réalisateur nous invite à faire comme eux : ouvrir nos esprits et nos coeurs.

Synopsis : Michel, représentant syndical ayant perdu son travail, et sa femme Marie-Claire, vivent plutôt heureux, jusqu’au jour où 2 hommes armés et masqués viennent chez eux les agresser et leur volent leurs cartes de crédit…

Les Neiges du Kilimandjaro - critiqueLa recette des Neiges du Kilimandjaro, c’est un dilemme moral, beaucoup d’honnêteté, un humanisme discret mais total et un idéalisme revendiqué comme un guide pour agir.

Robert Guédiguian croit en l’homme, il met en scène Michel et Marie-Claire, des héros du quotidien, un homme et une femme de principes qui n’oublient pas d’être faibles, de faire des erreurs, qui n’oublient pas de détester quand ils n’arrivent plus à comprendre, d’être violents quand ils sont blessés. Et qui n’en sont pas moins des grandes âmes, jugeant leurs actes à l’aune de leurs idéaux sans jamais omettre de regarder qui ils sont et d’examiner le chemin qui les sépare de ceux qu’ils voudraient être ou qu’ils auraient voulu être quand ils étaient jeunes.

L’un des points essentiels de l’histoire est l’absence de remords de Christophe. Guédiguian ne tombe pas dans le piège des regrets et des circonstances atténuantes. Christophe n’arrive pas à comprendre que Michel et Marie-Claire ont le droit au respect et à la considération. Trop enfermé dans ses propres problèmes, il est devenu incapable de voir les autres. Et pourtant, ce n’est ni la violence, ni la prison qui lui feront prendre conscience. Les deux cinquantenaires, ouvriers devenus presque petits bourgeois, ont maintenant un confort qui offre des privilèges essentiels que Christophe n’a pas : la possibilité de comprendre, la possibilité de pardonner, la possibilité d’agir. Rester engagé, toujours, même quand cela demande d’engager sa propre vie.

Certes, leur attitude est invraisemblable. Mais Robert Guédiguian ne nous dit pas ce qui a le plus de chance d’arriver, il nous dit ce qui devrait se passer. Les Neiges du Kilimandjaro est un programme politique à l’échelle des individus, c’est un pamphlet pour la solidarité, pour que tout le monde ait les mêmes droits et les mêmes chances, même ceux que nous devrions détester. Les réactions passionnelles n’ont rien à faire en politique, seuls les principes universels doivent nous guider. La vengeance ne mène à rien, le pardon béat non plus. Une seule solution : avoir le courage d’agir en accord avec notre conscience, dans le meilleur intérêt de tous, même de ceux qui nous ont blessés.

On pardonne alors l’inconsistance des personnages secondaires (notamment la famille de Michel et Marie-Claire, plate et insipide) et la relative mollesse qu’ils installent dans le film, qui manque parfois de rythme. On préfère retenir cette formidable profession de foi en l’homme et en sa capacité à dépasser ses rancœurs et ses privilèges. Enfin, on admire la ligne politique claire et sincère que suit le cinéaste.

Note : 6/10

Les Neiges du Kilimandjaro
Un film de Robert Guédiguian avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan
Drame – France – 1h47 – Sorti le 16 novembre 2011

Toutes nos envies

Après Welcome, Philippe Lioret livre un nouveau film engagé sur un grand thème d’actualité. Le propos, irréprochable, sert de prétexte à une rencontre bien artificielle entre un juge résigné et une jeune femme au seuil de la mort. Le film explore alors les drames intimes de ses personnages de façon assez invraisemblable.

Synopsis : Claire, Jeune juge atteinte d’un cancer, rencontre Stéphane, juge chevronné et désenchanté, qu’elle entraîne dans son combat contre le surendettement.

Toutes nos envies - critiqueComme dans Welcome, Philippe Lioret superpose deux drames, l’un intime, l’autre politique. Comme dans Welcome, les deux histoires s’entremêlent : c’est grâce à leurs souffrances personnelles que les héros trouvent la force de se battre pour une cause qui les dépasse.

Les personnages du réalisateur sont tous petits et ils luttent avec leurs petits moyens contre les injustices du monde tel qu’il est. Et aussi pour des absolus qui vont bien au-delà : c’était l’amour dans Welcome, ici c’est la vie, tout simplement.

Toutes nos envies traite donc parallèlement de deux histoires qui se répondent l’une à l’autre. D’un côté, une jeune maman est atteinte d’un cancer dont elle ne peut pas espérer guérir. De l’autre, elle donne ses dernières forces pour sauver une autre jeune femme assommée par des crédits qu’elle n’est pas en mesure de rembourser. Comme Simon dans Welcome, Claire suit un chemin qui va du particulier au général. C’est en rencontrant Céline qu’elle prend conscience de l’injustice, et c’est pour elle qu’elle décide de se battre contre les établissements bancaires et leurs petites combines pour prêter de l’argent à tout prix à des personnes dans le besoin qui vont s’endetter d’autant plus et être emportées dans la spirale du remboursement impossible.

Philippe Lioret choisit des sujets énormes : c’était l’immigration dans Welcome, ici c’est tout le système économique qui repose sur la consommation et en fait la priorité absolue devant tout autre impératif moral. Le crédit, c’est la consommation, et tant pis s’il y a des morts au bord de la route, tant que la croissance est au rendez-vous. La plus grande qualité de Toutes nos envies, c’est d’expliquer ces mécanismes de manière assez pédagogique pour les rendre accessibles et de les intégrer au récit de manière assez fluide pour que jamais ces enjeux-là n’ennuient le spectateur. Bloqués dans un ordre économique européen et mondial tout-puissant dans lequel la politique n’est relayée qu’au second plan, Claire et Stéphane sont obligés de se battre à l’intérieur même du système, avec ses propres outils et sa propre logique. Le film démontre subtilement que l’individu est absolument négligeable par rapport aux grandes structures, notamment financières. Alors, défendre une personne devient impossible, on ne peut défendre que le dogme établi. Un cours de réalisme politique qui, malgré l’enthousiasme des combattants, est le signe, in fine, de la résignation. Toutes nos envies laisse un goût amer dans la bouche car rien ne peut fondamentalement être changé. Tout au plus peut-on se battre avec les règles imposées.

Ce combat est d’autant plus important pour Claire qu’elle va mourir. Donner un sens à sa vie, avoir accompli quelque chose, avoir marqué de son empreinte le monde et l’avoir peut-être rendu plus juste, même si sa participation est infime. Toutes nos envies, ce sont celles des pauvres gens qui contractent des crédits avec l’illusion qu’ils pourront en profiter. Mais ce sont aussi celles d’une femme qui n’aura pas le temps de les satisfaire avant de mourir. La situation de Claire devrait donc décupler les enjeux et c’est pourtant là que le bat blesse. Maladroitement mise en valeur, cette partie de l’histoire devient un prétexte égoïste à la lutte, d’autant plus que Claire semble vouloir continuer à vivre en Céline et semble parfois la défendre dans l’intérêt de sa famille plutôt que par simple générosité. Cette famille qu’elle semble étrangement construire de son vivant pour pallier son absence quand elle sera partie a quelque chose de très artificiel, d’autant plus que les autres personnages acceptent tous sans broncher cette situation peu crédible. Pour les besoins de la démonstration, le film manque souvent de cohérence, jusqu’à rendre les personnages factices et superficiels. Par exemple, Claire et Christophe n’ont aucun ami avant le film, et leur famille se réduit à une mère qui fait écho, par son comportement, à la situation de Céline, et qui devrait ainsi justifier l’engagement de Claire contre l’injustice et sa subite compassion pour Céline. On n’y croit pas du tout.

A force de tout miser sur la sobriété, Philippe Lioret fait du pathos en creux. La maîtrise exagérée de l’émotion, associée aux énormes artifices du scénarios, font plonger le film dans le sentimentalisme qu’il veut (et croit) tant éviter. Depuis Je vais bien, ne t’en fais pas, la petite musique du réalisateur est maintenant bien connue : des sujets forts, des drames personnels, une fin tragique (toujours la même finalement), et tout ça l’air de rien, comme si les larmes venaient à sa caméra sans qu’il n’y soit pour rien. A tous les coups, ça marche. A tous les coups, c’est moins subtil qu’il n’y parait.

Ici, la vie de Claire est vide, ses derniers mois sont bien gauchement décrits. Mais Toutes nos envies reste pourtant une fiction intelligente sur les fondements de la crise économique et sur les vraies victimes de ce carnage en fin de compte politique : les gens sans le sou, qui pour en avoir plus, finissent par en avoir encore moins.

Note : 5/10

Toutes nos envies
Un film de Philippe Lioret avec Vincent Lindon, Marie Gillain, Amandine Dewasmes et Yannick Renier
Drame – France – 2h00 – Sorti le 9 novembre 2011

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