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La Maison de la radio

En construisant artificiellement son film comme une succession d’instants qui formeraient une même journée, en recréant une unité temps qui n’existe pas vraiment, Nicolas Philibert essaie de donner du lien à son documentaire. Si certaines séquences sont touchantes, l’ensemble n’est malheureusement qu’une accumulation sans véritable horizon. Et le temps finit par se faire long.

Synopsis : Une plongée au cœur de Radio France, à la découverte des mystères et des coulisses d’un média dont la matière même, le son, demeure invisible.

La Maison de la radio - critiqueD’abord, le projet est saisissant. Nicolas Philibert pourrait parcourir ainsi n’importe quelle grande entreprise, dévoilant une micro-société étonnante et diverse. Mais en s’intéressant à La Maison de la radio, le réalisateur décide de montrer à l’image ce qui n’est pas sensé être vu : les coulisses du son.

Il y a donc un double projet et les différentes séquences du film peuvent intéresser pour ce qu’elles nous montrent spécifiquement sur les dessous de la radio, ou pour ce qu’elles disent plus généralement sur le fonctionnement d’une grande institution.

Dans ce florilège de moments de vie et d’émissions, le travail sur le son est admirable, tandis que le jeu du montage frotte les uns aux autres les mondes et les ambiances très variés qui cohabitent au sein d’un même bâtiment. Souvent, les coupes sont très brutales, interrompant un questionnement, une grande déclaration ou un chant lyrique au moment crucial pour relancer l’intérêt sur le calme d’un bureau ou sur le travail minutieux d’un ingénieur du son. Ces reprises sont souvent la source de confrontations étonnantes et absurdes.

De tous ces petits bouts d’existence s’échappent beaucoup de tendresse et d’humour, et quelques moments de passion ou de grâce (dans un discours qui s’emballe ou dans une prestation sonore qui nous enchante).

Pourtant, le projet est vite confronté à la limite même de son procédé. Car qu’apprend-on de ce portrait habile et méticuleux? Pas grand chose. Souvent, les instants filmés fonctionnent pour eux-mêmes, pour le petit plaisir fugitif qu’ils nous donnent. Une sorte de complicité se crée parfois entre le spectateur et le réalisateur, entre le spectateur et tel ou tel intervenant. Mais l’ensemble ne prend pas sens.

Le film de Nicolas Philibert se déploie sur le mode de l’énumération : il semble qu’il y ait beaucoup de choses à montrer mais rien à en dire vraiment. Et bientôt, La Maison de la radio commence à se répéter, à traîner franchement en longueur. Sur un film court, on aurait pu comprendre d’être face à une entreprise purement descriptive. Mais au bout d’1h40, les anecdotes succédant aux anecdotes, le spectateur est lassé.

On est face à un beau projet de cinéma qui n’a pourtant pas trouvé son but. Le film manque cruellement de sens, il ne nous apprend ni ne défend rien. Philibert construit un objet tendre et franchement vain, construit d’étincelles et d’insignifiance.

Note : 4/10

La Maison de la radio
Un film de Nicolas Philibert
Documentaire – France – 1h43 – Sorti le 3 avril 2013

Stories We Tell

En trompant le spectateur dans une docufiction subtile, Sarah Polley démontre qu’une histoire vraie racontée est d’abord une histoire réinventée, recréée de toute pièce. Voulant saisir la Vérité qui semble toujours s’échapper, la réalisatrice découvre un obstacle de taille : le mensonge de sa mère. On regrette beaucoup de ne sentir face à ça ni révolte, ni indignation.

Synopsis : Sarah Polley a perdu sa mère à 11 ans. Cherchant à mieux cerner la personnalité de cette femme qu’elle a peu connue, elle découvre un gigantesque secret de famille.

Stories We Tell - critiqueLoin d’elle interrogeait la permanence de l’amour. Dans Stories We Tell, Sarah Polley ausculte le passé de sa famille en essayant notamment de mettre à jour la personnalité de sa mère, aujourd’hui disparue. Qui était Diane Polley? Que sont devenues ses amours, vingt ans après sa mort?

Pour répondre à ces questions, la réalisatrice n’a à sa disposition que les histoires racontées par l’entourage de sa mère. Or, comment s’approcher au plus près de la vérité quand chacun raconte suivant son point de vue, convaincu que les choses se sont passées telles qu’il les a vécues, telles qu’il s’en souvient et telles qu’il les raconte? Entre les fautes de jugement qu’on a pu faire sur le moment, les erreurs ou les parti-pris d’interprétation, l’imprécision des souvenirs et les approximations du langage, il existe une multitude de façons de perdre l’histoire en route, de la détourner, d’en créer une autre, plus ou moins vraie, plus ou moins faussée.

Sarah Polley frotte entre eux les différents points de vue comment on frotterait des pierres, dans le but de faire jaillir une flamme, la vérité. Confrontée à son impuissance, à l’impossibilité même d’être parfaitement juste, la réalisatrice canadienne décide alors elle aussi de raconter son histoire.

Son film mélangera les interventions "propres" de ses proches à des bouts de making of, filmés en caméra amateur, comme si un spectateur s’était glissé dans la pièce où était tourné le documentaire et en avait rapporté quelques images volées. Michael Polley raconte ses souvenirs parfois de manière directe, parfois à travers la lecture d’un texte qu’il a écrit et qui les relate, brouillant ce qui relève de la mémoire et ce qui relève du récit. De même, les images d’archives sont mêlées à des reconstitutions jouées par des acteurs et filmées en super 8, comme s’il s’agissait de recréer aujourd’hui les images manquantes du passé. Ainsi, Sarah Polley donne sa pleine expression cinématographique à son projet : accéder aujourd’hui à un passé dont il ne reste plus de trace objective, rendre vie par les histoires que nous racontons à des événements qui n’existent plus.

Alors, elle invente les vidéos qui n’ont pas été filmées, jusqu’à ce que les vraies images d’archives et les fausses deviennent difficiles à discerner. Entre documentaire et fiction, entre investigation et reconstitution, la frontière devient floue, comme elle l’est toujours dans un récit entre véracité et imagination, comme elle l’est toujours dans l’autre entre sincérité et mensonge.

Jusqu’à se demander : la vérité est-elle accessible? Ce qui choque le plus dans Stories We Tell, c’est que la vie entière de Sarah Polley et de ses proches est construite sur un mensonge et que pourtant, personne ne juge Diane Polley, personne ne semble s’offusquer vraiment de ce secret qui aurait pu ne jamais être révélé. La vérité est inestimable, d’où le travail de la réalisatrice. Pourtant, la révélation abasourdissante à laquelle on assiste semble n’ébranler les personnages qu’en surface. N’y a-t-il rien de plus grave que ce qu’a fait Diane, refusant à ses proches la connaissance de faits qui fondamentalement les concernent?

Pas évident de recréer le passé

Exposer les raisons qui expliquent ce geste ne peut en aucun cas l’excuser. Et si Stories We Tell est un récit habile qui pose, par son fond et par sa forme, de nombreuses questions, on reste interloqués devant cette manière de traiter un mensonge énorme comme une quasi-banalité, comme un aléa bien compréhensible de l’existence. On ne sent pas assez l’onde de choc, on ne sent pas assez d’impuissance ni de frustration, mais plutôt de la résignation, une sorte d’attitude fataliste face à ce passé inaccessible et face aux mensonges ineffaçables.

Parce que la vérité a été dissimulée, déguisée, presque effacée, Sarah Polley n’a que son imagination et la dialectique de son film pour se réapproprier son identité. L’affaire est si grave qu’on voudrait que le film adopte une position nette sur le sujet. Pourtant, on emporte avec le générique de fin la désagréable impression que Stories We Tell expose la partialité des points de vue et le mensonge comme des difficultés comparables et nécessaires sur le chemin de la vérité.

Assez intelligemment, la réalisatrice décrit et interroge les obstacles qui se posent devant quiconque essaie de comprendre ce qu’il n’a pas vécu, mais elle tourne autour du pot, semblant refuser de donner son point de vue sur la question. Incapable de vraiment se positionner sur le mensonge de sa mère, Sarah Polley livre un film dont le propos manque finalement de clarté.

Quand la vie de plusieurs personnes se construit sur un mensonge, quand on décide pour les autres de les priver de la vérité, alors le sens des choses s’évapore, il ne reste que détresse et absurdité. Sur un sujet si essentiel, Stories We Tell manque de gravité.

Note : 5/10

Stories We Tell
Un film de Sarah Polley avec Rebecca Jenkins, Peter Evans, Alex Hatz, Michael Polley, Sarah Polley et Harry Gulkin
Documentaire, Comédie dramatique – Canada – 1h48 – Sorti le 27 mars 2013

Des Abeilles et des Hommes

Les abeilles succombent en masse depuis une quinzaine d’années. Pourquoi sont-elles essentielles à la biodiversité? Pourquoi sont-elles peu à peu décimées? Quel est le rôle de l’homme et quels sont les risques pour l’homme? Sans jamais se montrer moralisateur, Des Abeilles et des hommes donne une vision globale du problème. Intéressant et instructif.

Synopsis : Entre 50 et 90% des abeilles ont disparu depuis quinze ans. Situation très préoccupante : 80 % des espèces végétales ont besoin des abeilles pour être fécondées…

Des Abeilles et des Hommes - critiqueDes Abeilles et des Hommes est un documentaire ludique et souvent fascinant qui explore des problématiques scientifiques et politico-économiques pour nous sensibiliser à la folle complexité du monde des abeilles et au danger que l’être humain fait porter sur elles et, par ricochet, sur lui-même. Markus Imhoof propose une approche complète à travers un triple point de vue riche et cohérent.

D’abord, il s’agit de voir, d’admirer les phénomènes naturels à leur échelle. Des très gros plans sur les guêpes et leurs activités nous permettent de saisir la beauté et l’harmonie qui se dégagent de leurs danses et de leurs activités frénétiques. Appréhender la vie au microscope à travers des mouvements de caméra fluides et impressionnants, digne d’un cinéma de fiction dynamique et grand public.

Ensuite, il s’agit de comprendre. Le film explique les mécanismes qui rendent l’abeille si utile à la biodiversité et à l’homme. La contribution de l’insecte à l’économie semble elle aussi énorme. Il s’agit surtout de mieux saisir un monde où l’animal à considérer pourrait être la ruche plutôt que l’abeille. De décrire le fonctionnement d’une intelligence distribuée qui est parfaitement étrangère à nos mécanismes d’êtres humains.

Enfin, le film s’engage. L’abeille est certes formidablement utile à l’économie, mais quand l’homme se sert de cette espèce comme d’un outil de production, quand les abeilles disparaissent à grande vitesse sous l’effet d’une exploitation agricole qui essaie de redéfinir et de s’approprier les mécanismes du vivant, alors le danger guette. Qui de l’homme ou de l’abeille est le meilleur pollinisateur, demande ironiquement le film?

Après les images de grâce de la nature telle qu’elle fonctionne par elle-même, le réalisateur suisse nous livre des images d’horreur. Des Abeilles et des Hommes devient un film inquiétant, le vivant une matière comme une autre. Les abeilles sont affaiblies, massacrées, des milliers de corps sont broyés. Le film enchaîne les visions insoutenables. Les mots décrivent sobrement des mécanismes, les images accusent, puis les mots reprennent leur valeur et évoquent le danger à venir pour l’espèce humaine.

Voir, comprendre, s’engager. Des Abeilles et des Hommes remplit parfaitement sa fonction. On aimerait souvent que le film aille plus loin, qu’il décrive mieux les mécanismes naturels et scientifiques d’une part, politiques et économiques d’autre part, qui sont à l’œuvre. On a l’impression de tout parcourir en surface.

Des Abeilles et des Hommes est donc à prendre comme une bonne introduction au sujet : un film qui éveille les consciences sur un thème délicat (la sensibilité humaine n’est pas très engagée quand il s’agit de défendre des insectes), intéressant et, Markus Imhoof arrive à nous en convaincre, crucial.

Note : 6/10

Des Abeilles et des Hommes (titre original : More than Honey)
Un film de Markus Imhoof avec la voix de Charles Berling
Documentaire – Suisse – 1h28 – Sorti le 20 février 2013

Les Invisibles

Alors que le mariage homosexuel déchaîne les passions, provoquant manifestations et contre-manifestations et faisant ressortir les propos homophobes les plus absurdes, Les Invisibles est nominé au César 2013 du meilleur documentaire. Un film certes imparfait, mais qui a le mérite de donner la parole à des amoureux qu’on voit peu et qui aiment pourtant d’autant plus fort.

Synopsis : Des hommes et des femmes, nés dans l’entre-deux-guerres, se racontent. Ils n’ont aucun point commun sinon d’être homosexuels et d’avoir choisi de le vivre au grand jour.

Les Invisibles - critiqueDeux sujets se mêlent dans Les Invisibles : la façon pour les homosexuels de vivre leur homosexualité (notamment il y a 30, 40 ou 50 ans) et la sexualité des plus de 70 ans.
Le premier devient passionnant notamment quand il est question d’engagement et de revendications. Aux deux tiers, le film s’accélère et s’enflamme pour la formidable aventure collective que fut la libération sexuelle et la lutte contre une société conservatrice et stigmatisante.

Le second thème du film est plus intime, plus personnel. Sébastien Lifshitz laisse à chaque témoin une vraie place pour s’exprimer, pour se raconter, pour souffrir à l’écran, quitte à se retrouver à côté du sujet (comme cette femme pleurant le temps qui passe devant les murs d’une gare qui seuls gardent le souvenir de son père). Ici, chacun démontre que les êtres humains, qu’ils aient 20, 40, 60 ou 80 ans, ont en eux une incroyable envie d’amour et de plaisir, une force d’aimer qui résiste formidablement au temps. Les témoins choisis sont admirables car ils ne se résignent jamais à être vieux. Certes ils sont invisibles, certes la société cantonne l’amour à la jeunesse (comme elle le cantonne souvent à une relation entre un homme et une femme), mais leur ardeur n’en est pas moins là. Et ils nous le disent, dans des confessions face caméra souvent émouvantes.

Dommage alors que le film ne convainque qu’à moitié, la faute à un rythme plutôt mou, à une volonté de mise en scène trop appuyée, avec ces longues mises en contexte convenues. On préfère retenir la liberté de ton et la liberté de vie de ces beaux personnages. On préfère retenir que l’amour à 70 ans peut rester vif et passionnel. On préfère retenir ce merveilleux vent de contestation et d’affirmation de soi qui existait dans les années 70, dont l’esprit a aujourd’hui disparu et dont il ne reste plus que les acquis, dans une société sans engagement de masse et qui se renferme sur ses valeurs conservatrices.

Note : 5/10

Les Invisibles
Un film de Sébastien Lifshitz
Documentaire – France – 1h55 – Sorti le 28 novembre 2012

Sugar Man

Prix du Public et Prix Spécial du Jury au Festival de Sundance 2012, en lice pour l’oscar du meilleur documentaire, Sugar Man fait parler de lui. Et en effet, peu de films documentaires portent une histoire aussi romanesque. Mi-thriller, mi-feel good movie, Sugar Man est d’abord un hommage convenu mais plaisant à la musique (presque oubliée) de Sixto Rodriguez.

Synopsis : Au début des années 70, Rodriguez enregistre 2 albums sur un label de Motown. C’est un échec et l’artiste disparaît, sans savoir que sa musique va être adulée en Afrique du Sud…

Sugar Man - critiqueSugar Man est un documentaire-conte de fée, et en cela il fait un peu penser à Benda Bilili!. Mais alors que le film de Renaud Barret et Florent de La Tullaye était une sorte de gigantesque making of, accompagnant le groupe de musique africain depuis ses débuts jusqu’à son explosion, Sugar Man serait plutôt à ranger du côté du cinéma d’investigation.

Sixto Rodriguez a existé, enregistré deux albums, puis il a disparu. Il s’agit pour Malik Bendjelloul de filmer des fans qui vont tout faire pour retrouver sa trace, se lançant dans une quête complexe et hasardeuse. Le film distille un suspense savamment dosé, il fait monter l’attente pour que les apparitions de Rodriguez (tout comme ses chansons, utilisées dans la bande originale) soient pour les spectateurs des moments de grande satisfaction.

Un conte de fée donc, une drôle d’histoire, le genre de récit qu’on raconte le dimanche soir au coin du feu : "vous connaissez l’histoire de ce chanteur qui…". C’est réjouissant mais pas non plus inoubliable : finalement le film dit peu et montre peu, limité par un matériel en quantité insuffisante pour tenir tout un long métrage. Malik Bendjelloul comble alors les vides par des procédés divers, dessins, vidéos floues, interviews qui se répètent les uns les autres. On comprend un peu trop où le cinéaste veut nous emmener, le but de chaque témoignage, pour adhérer complètement.

Reste que le film peut mettre à son compte deux belles réussites. La première est de rendre un bel hommage à l’artiste et à son répertoire, lui offrant la chance d’une seconde vie, au moins en Europe et aux USA. La seconde est d’évoquer en creux une question sans doute plus universelle et essentielle que le simple destin de Sixto Rodriguez. A quoi tient le succès d’un artiste? Quels événements, quelles qualités, quels hasards, quelles concordances permettent à un auteur de rencontrer son public? L’histoire est écrite pour ceux qui ont perduré. Combien de génies ont péri dans l’oubli, simplement parce qu’ils n’avaient pas eu les bons éléments aux bons moments pour s’exprimer à leur hauteur, pour que leur talent soit reconnu? Combien d’oeuvres ont disparu (ou n’ont tout simplement pas pu exister) parce que les circonstances n’ont pas été favorables?

Sixto Rodriguez a pu enfin trouver la reconnaissance quand il ne l’attendait plus. Dans Le Sommeil d’or, de manière similaire, Davy Chou rend justice à l’inventivité d’artistes cambodgiens qui ont été obligés de tout arrêter à cause des khmères rouges. Il redonne leur dignité à des artistes brisés.

Sugar Man n’évoque pas seulement ce juste retour de gloire. Il s’agit aussi d’une ode à tout ce pan de l’art qui n’est pas resté, à toute cette partie de l’histoire qui demeure quelque part entre le passé et l’oubli, faisant forcément de nous des orphelins de tout ce qui ne nous est pas parvenu et qui aurait mérité la postérité.

Note : 6/10

Sugar Man (titre original : Searching for Sugar Man)
Un film de Malik Bendjelloul avec Sixto Díaz Rodríguez, Stephen Segerman, Dennis Coffey
Documentaire – Royaume-Uni, Suède – 1h25 – Sorti le 26 décembre 2012
Prix du Public International et Prix Spécial du Jury International (catégorie documentaire) au Festival de Sundance 2012

Shoah

Shoah est un monument d’histoire et de cinéma, 9h10 de film sans concession, une expérience au-delà des mots, que seul le cinéma pouvait approcher. Aucune image d’archive, mais plus de 10 ans de travail pour retrouver des témoins essentiels. Une enquête dans les pires abîmes de l’Humanité. Indispensable, aujourd’hui et demain.

Synopsis : Enquête et témoignage sur l’un des drames les plus terribles de l’histoire de l’Humanité : l’extermination de millions de juifs pendant la 2nde Guerre mondiale par les nazis.

Shoah - critiqueComprendre Shoah de Claude Lanzmann n’est pas chose facile car Shoah est un film fondateur, un film qui définit son sujet et lui donne un nom. Avant ce film, l’extermination par l’Allemagne nazie des juifs durant la seconde guerre mondiale était majoritairement appelée Holocauste. Mais ce terme avait déjà un sens : il désignait les sacrifices d’animaux par le feu et apportait déjà un commentaire sur le phénomène historique qu’il était censé désigner.

Lanzmann ne trouvait aucun mot adéquat pour parler de l’extermination des juifs. Le film commence par une citation de la Bible : "Et je leur donnerai un nom impérissable". Le phénomène, unique, comparable à aucun autre phénomène de l’histoire, était aussi innommable. La Shoah, c’est ce qu’on ne peut pas nommer, pas imaginer, pas comprendre. C’est un monstre, une chose, une horreur absolue. Lanzmann a donc choisi un mot hébraïque, qui apparait dans la Bible et qui signifie "catastrophe", parce que ce mot, il ne le comprenait pas. C’est un mot qui ne se réfère à rien d’autre, qui n’a aucune connotation, un mot juif pour un phénomène complètement unique.

Ce mot, Shoah, s’est imposé dans le monde entier et est aujourd’hui couramment utilisé pour qualifier l’Holocauste, il est compris par presque tout le monde, dont la majorité n’a pourtant pas vu le film. Shoah n’est donc pas un documentaire sur un phénomène existant, il s’agit de la définition même d’un événement. En lui donnant un nom impérissable, Claude Lanzmann lui donne aussi une réalité impérissable. Il déterre ce qui a été pour le figer dans la mémoire de l’humanité.

Shoah, c’est donc le nom qu’a donné Claude Lanzmann à l’extermination systématique des juifs par l’Allemagne nazie. Le film ne parlera pas d’autre chose, il s’agira toujours de l’extermination, de la mort. Et toujours des juifs. Aucune digression pédagogique ne sera concédée, on ne parlera pas des lois de Nuremberg, de la montée du nazisme, des processus politiques, de la résistance, de la collaboration, de l’origine de l’antisémitisme, des autres groupes qui subirent le joug nazi (tziganes, handicapés mentaux, homosexuels, communistes…), ni de la guerre, des alliés ou de la libération et du destin des survivants. Shoah n’aborde que la mort des juifs, l’extermination de masse d’un peuple, ce processus totalement différent de tout ce qui a existé dans l’histoire de l’humanité, l’horreur absolue.

Shoah n’est pas vraiment un documentaire. D’abord parce que les interviews sont mises en scène, parce que l’image choisie est toujours une création de Claude Lanzmann pour évoquer ce qui a existé et n’existe plus. Ensuite parce qu’il ne veut montrer que ce qui ne peut pas être montré. Shoah ne s’intéresse pas à la survie, à ce qui reste, mais à ce qui a été et a disparu à jamais. A l’horreur telle qu’elle a existé et que nous n’avons aucun moyen de reconstituer, d’observer. Aux hommes, aux femmes et aux enfants morts. Le sujet profond de Shoah, c’est de faire parler la mort, d’interroger les cadavres, de filmer ce qu’ont vécu ceux qui ont été exterminés, et rien d’autre. Le projet est voué à l’échec et Lanzmann prouve que la Shoah, ce qu’elle signifie vraiment, ne peut pas être approchée par l’expérience des vivants, justement parce qu’ils ne sont pas morts. Elle ne peut pas non plus être approchée par les images d’archives car ce qui s’est vraiment passé n’a pas laissé d’images, les nazis voulant justement effacer toute trace de leurs crimes. Elle ne peut pas être approchée par ce qui reste du massacre, objets, lieux, témoins, car le temps a tout balayé, car les cris ne résonnent plus, car le phénomène est tellement absolu que la réalité de la Shoah n’appartient qu’au moment de la Shoah. Elle ne peut pas être comprise par la réflexion, par les commentaires, car la Shoah est incompréhensible par essence.

Ainsi, Shoah est un projet forcément paradoxal : s’approcher au plus près de la mort telle qu’elle a existé durant le génocide, tout en sachant pertinemment et en prouvant qu’il est impossible d’y arriver. Lanzmann démontre la nécessité de se souvenir, de réfléchir, d’interroger la partie la plus sombre de notre histoire, et prouve en même temps l’impossibilité de la voir, de l’imaginer, de l’atteindre ou de la comprendre.
Shoah n’est pas un documentaire pédagogique : il s’adresse à ceux qui savent déjà, qui se sont déjà renseignés, qui ont déjà une connaissance assez complète des faits. Il s’adresse à eux et leur démontre qu’ils ne savent rien et qu’ils ne sauront jamais rien car il est impossible de savoir. Les faits sont dénués de sens. Il est impossible de savoir, et pourtant Shoah semble nous amener à l’expérience la plus intime que nous puissions vivre aujourd’hui, que pourra vivre l’homme demain, du génocide.

Claude Lanzmann interroge un témoin

Cette expérience, nécessaire, terrifiante, épuisante, n’est possible que grâce à l’âpreté du film, à sa droiture. Aucune concession n’est faite à ce que doit être une oeuvre de cinéma, à l’industrie, au spectateur, à la société, aux normes. Le film ne répond qu’à sa propre logique, et celle-ci n’est définie que par l’événement qu’il raconte et le sentiment absolu de l’auteur. Car Shoah est avant tout l’oeuvre d’un homme, Claude Lanzmann, omniprésent dans son propre film, devant la caméra (il interviewe, il commente, il lit) et derrière (il met en scène, filme, choisit les plans, les monte suivant une logique qui n’appartient qu’à sa conviction profonde de ce qui doit être représenté à l’écran pour parler au mieux de la Shoah).

Onze années de travail, des voyages incessants dans 14 pays, des serments rompus pour obtenir quelques images indispensables, plus de neuf heures de film, lentes, presque pas structurées. Shoah est découpé en deux "époques" mais il paraît toujours complexe de les dissocier, et encore plus de trouver un sens à cette séparation. Pourtant, la première moitié du film semble consacrée aux morts, à ce qu’ils ont vécu, à ce qui ne peut pas être raconté car il s’agit des dernières secondes de vie d’hommes dont on a essayé d’effacer la mémoire. Ainsi, il est question de ce que les morts ont laissé derrière eux : d’une part, des corps, dont le destin horrible est largement évoqué (brûlés, enterrés, broyés, noyés), et d’autre part des lieux, des souvenirs, des fantômes, de la haine aussi, leur absence des villes et des maisons qu’ils ont habitées. Puis le film parle de leur mort à proprement parler, de l’expérience qu’ils en ont eu : le chemin de la mort, l’arrivée des trains, la sélection de ceux qui allaient travailler et, en creux, de ceux qui allaient mourir, la brutalité de leurs derniers instants, les suicides, et enfin les lieux de leur dernier souffle. La description des camions à gaz, des chambres à gaz, des crématoires, des fosses (comme si le destin des corps était le prolongement évident du destin des hommes qui les habitaient) est saisissante. Dans cette partie, on ne parle que de la "solution finale", de sa réalité, mais aussi de son invention, de sa mise en place, de son processus, de son optimisation.

La seconde époque semble étrangement parler de la vie avant la mort. Pourquoi l’évoquer après une première époque consacrée à la mort elle-même? Peut-être parce que la première époque de la Shoah, son premier mouvement, ce n’est pas la survie mais bien la mort. La première expérience, directe, qu’ont fait des millions de juifs de la Shoah, c’est la mort, tout de suite, immédiatement, à la descente d’un train, dans un camion, dans une chambre à gaz. Seulement après, les rares survivants de ce premier mouvement allaient vivre le second, une lente agonie de survie dont l’aboutissement logique est forcément le même : toujours la mort. Si la première époque de Shoah parle de la violence de la mort, de son immédiateté, la seconde parle de la survie à cette première mort pour aboutir à une seconde mort, pas moins violente, pas moins terrible, mais précédée d’un simulacre de vie. Il est alors question de la vie dans les camps et de l’omniprésence de la mort pour les déportés, qui "traitent" les corps des autres déportés jusqu’à devenir eux-même un corps "traité" par d’autres. Il est question notamment des Sonderkommandos, ces juifs qui participaient contraints et forcés à la solution finale, qui vivaient la mort des autres avant de mourir eux-mêmes. Ces juifs qui savaient qu’ils finiraient bientôt par être des cadavres, ces cadavres qui pour l’instant leur assuraient du travail et donc la vie. La vie dans les camps, c’est exactement la mort. Pour y échapper, il y avait la résistance, la fugue (quasi-impossible) ou le recours à des messagers pour prévenir le monde du génocide. Mais tout devait échouer. Quant aux allemands interrogés, ils expliquent dans cette partie qu’ils pensaient travailler à la survie des juifs, inconscients, du moins au début, que le projet final était leur extermination. Claude Lanzmann souligne inlassablement que la survie dont parlent les allemands, c’était forcément la mort. Une évidence parcourt l’espace mais elle semble épargner les bourreaux : leur responsabilité et leur lâcheté criminelle éclate au grand jour mais eux continuent de se cacher, pétris de mensonge, derrière la vie.

Pourtant, cette vie, Lanzmann prouve qu’elle n’aboutit qu’à la mort. Première ou deuxième époque, toujours la mort. La Shoah, c’est la mort. C’est une "espèce de tranquillité, de sérénité" que ressent le dernier témoin. Le film se termine sur ses mots : "je pensais: je suis le dernier juif, je vais attendre le matin, je vais attendre les allemands".

La Shoah, c’est l’extermination systématique du peuple juif. Elle aurait pu réussir, un peuple aurait pu être rayé de la surface de la Terre dans des conditions affreuses, aux yeux de tous les peuples européens, de manière mécanisée, industrialisée, systématisée, selon un grand projet parfaitement conscient et organisé. Et on aurait même pu faire oublier l’extermination de ce peuple, jusqu’à son existence même, changer la réalité et créer un monde dans lequel il n’avait jamais existé, dans lequel l’horreur pour le détruire n’avait jamais existé. Shoah lutte de toute ses forces contre ce projet. "Et je leur donnerai un nom impérissable". Shoah redonne un nom, une histoire aux morts et aux survivants, mais aussi aux bourreaux. Conscient qu’il est impossible de montrer ce qu’il s’est passé, il lutte de toutes ses forces pour la vérité, pour la mémoire, pour que jamais, jamais on ne puisse oublier.

Un rescapé témoigne de la Shoah

Chaque témoignage prend le temps nécessaire, Lanzmann scrute les visages et les mots, les lieux et les gestes, à la recherche d’une trace, d’une émotion vraie. Pas de grandiloquence, pas de pleurs, pas de révolte devant ce qu’il entend. Certains témoins craquent, parfois, rarement si on considère les 9 heures du film, mais à ces instants-là, le réalisateur atteint une vérité et lui fait face, quitte à mentir, quitte à faire souffrir les témoins. Il s’agit de faire jaillir le peu de vérité qu’il reste à explorer, le peu de vérité qui est arrivée jusqu’à lui, jusqu’à 35 ans plus tard. Il s’agit de la faire jaillir et de l’explorer. La caméra accompagne certains récits, faits à Tel-Aviv ou à New York, sur les lieux de l’histoire, à l’intérieur des camps, dans les crématoires. Alors, tout semble se reconstituer devant nous, nous voyons ce que raconte le témoin et nous souffrons de ce que nous voyons en même temps que de ne pas pouvoir savoir mieux, savoir plus, car nous savons que cette connaissance est indispensable. Il n’y aura là que trois sortes d’interviewés, les juifs, les polonais et les allemands, les victimes, les témoins et les bourreaux. Pas de discours superflu.

Les plans et les témoignages s’enchaînent parfois de manière cohérente, parfois il n’y pas de logique évidente, seulement la nécessité de montrer, de faire suivre les récits et les images dans cet ordre-là, sans explication mais avec beaucoup de raison. C’est toujours inexprimable, Shoah est un monstre organique qui se construit et se déconstruit au fur et à mesure, il y a une avancée et pourtant les mêmes témoins reviennent, les mêmes témoignages se répètent, on tourne en rond, on revient sur nos pas, il y a un recul et pourtant la direction est claire : de la vie à la mort, tout autant que de la mort à la vie, à la mort.

Traveling Shoah
Et toujours, comme une litanie sans fin, les trains, les trajets qui se répètent, les travellings avant qui nous rapprochent toujours plus de l’entrée des camps, des déportés qui sont arrivés là, et les travellings arrière qui rendent la vérité toujours plus inaccessible, l’horreur toujours plus démesurée, incommensurable. De longs panoramiques semblent chercher des traces, des fantômes de l’horreur, des hurlements de douleur. Et toujours, le vide impassible de la nature, du temps qui a fait son oeuvre. Le souvenir est l’affaire de l’homme, le passé ne peut ressurgir que si on le cherche, désespérément, intensément. L’absence envahit l’image, contredisant les récits monstrueux, inimaginables. Lanzmann pose ses questions, inlassablement, avec une finesse extraordinaire, tel un archéologue de la mémoire, traquant le passé là où il peut être enfoui, traquant la vérité derrière les apparences, derrière la culture de l’oubli et sa mise en place à grande échelle qu’avaient effectuées les nazis.

Parfois, quand Claude Lanzmann comprend la langue de son interlocuteur, les témoignages sont sous-titrés, parfois au contraire, nous devons attendre que la traductrice prenne la parole. Nous sommes alors dans l’attente, nous vivons le récit deux fois, d’abord l’émotion du témoin puis le sens de son témoignage. Dans ce décalage, il y a tout ce qui existe entre le ressenti et la vérité dont il est l’expression. Il y a tout ce qui existe entre ce qui s’est passé et ce qui en reste, ce que nous en pouvons approcher.

Quand l’expérience est terminée, le spectateur est submergé. Shoah n’est pas une oeuvre qu’on analyse tout de suite, car sa construction est floue voire inexistante, car il n’y a pas de logique. Shoah est une oeuvre qu’on commence par ressentir, nous sommes laissés avec une multitude d’images, certaines vues par les yeux de la caméra, certaines rêvées grâce au cinéma, à cette association de mots et d’images, de sons et de mouvements. Shoah est une oeuvre d’art cinématographique car c’est l’oeuvre de Claude Lanzmann et qu’elle exploite tout ce que le cinéma a à offrir de mieux pour inventer la vérité. C’est une oeuvre d’art total car elle parle de la Shoah, mais avant tout de l’homme et de l’humanité. Car elle est pure communication, communication de ce qui s’est passé pour les générations d’aujourd’hui, et celles à venir, à jamais. Elle est oeuvre de mémoire au delà des conventions industrielles d’un temps. Le film dure plus de neuf heures et ne traite que d’un sujet ultra-précis, sans jamais expliquer ce qu’il y a autour, ses causes ou ses conséquences. Et pourtant, même ce sujet, il est très loin de l’épuiser. Shoah ne dit pas tout sur la Shoah. Il donne des témoignages essentiels tout en en proposant une expérience impossible. Une expérience sensible qui démontre l’impossibilité catégorique de s’en rapprocher plus et l’impératif, tout aussi catégorique, de propager cette expérience à travers les hommes, les pays et les époques.

Reconstitution des trains de la Shoah
On pourrait rajouter qu’on apprend beaucoup, que les histoires racontées pourraient toutes être l’objet d’une fiction saisissante, que l’émotion est si forte qu’on est au-delà de l’émotion. On pourrait rajouter tellement car Shoah n’est pas un film-réponse, ni même un film-question. C’est un film purement moral, une nécessité, pour Claude Lanzmann comme pour l’humanité. Et pourtant Shoah ne reste qu’un film, il n’est pas l’ultime film sur son sujet (la preuve en est que Lanzmann lui-même livrera d’autres films pour compléter son chef d’oeuvre), il n’est qu’un pas. Mais pour la mémoire, pour la réflexion, pour le XXème siècle, pour le spectateur, pour les juifs, pour l’humanité, pour le cinéma, pour l’éthique et pour l’art tout entier, il est un pas de géant. Un choix aussi courageux qu’invraisemblable.

Note : 9/10

Shoah
Un film de Claude Lanzmann
Documentaire – France – 9h10 – 1985

Pina

Depuis son décès en 2009, la chorégraphe Pina Bausch suscite de nombreux films-hommages. Celui de Wim Wenders est le premier film européen mais aussi le premier film d’auteur en 3D. A des années-lumières d’Avatar, Pina nous emmène dans l’univers de la danse moderne. Le film est beau, exigeant, mais limité par l’admiration que le cinéaste porte à la danseuse.

Synopsis : Pina est un film pour Pina Bausch de Wim Wenders. Un film dansé porté par l’Ensemble du Tanztheater Wuppertal et l’art singulier de sa chorégraphe disparue à l’été 2009.

Pina - critiqueIl est indéniable que les images sont de toute beauté et que la 3D apporte enfin une expérience sensible intéressante au spectateur. Les corps ne se déplacent pas sur l’écran, mais bien dans l’espace, ce qui permet au théâtre dansé de Pina Bausch de trouver une mise en pellicule qui ne trahit pas son essence.

Wim Wenders mélange trois expériences dans son film. D’abord, des captations de spectacles. Là, c’est de la danse moderne filmée, avec talent certes, mais le mérite revient principalement à Pina Bausch. Ensuite, des témoignages des danseurs de la troupe. Ce sont des bouts de phrase dits en voix off tandis que seuls les visages muets des témoins accompagnent leurs mots. Si on peut dire que ce procédé correspond particulièrement à la danse (dire par les gestuelles du corps), on reste très déçu du contenu des propos. "Pina m’a révélé", "Pina était à l’écoute", "Pina savait tirer le meilleur de vous-mêmes", "Pina parlait d’amour et c’est ce qui rend son travail universel", tous les lieux communs les plus banaux se succèdent et affaiblissent les chorégraphies en leur donnant un sens trivial et plat.

Reste la vraie création de Wim Wenders, les chorégraphies de Pina Bausch rejouées dans la ville de Wuppertal (devant le monorail suspendu par exemple). C’est là que la danse sort de la scène et que le cinéma trouve toute sa place. Il devient paradoxalement le seul médium capable de rendre le spectacle vraiment vivant.

En effet, un spectacle de danse est traditionnellement prisonnier du lieu de sa représentation. Faire le spectacle dans la rue, dans les lieux de la vie, c’est lui enlever toute possibilité de rencontrer un public, si ce n’est quelques badauds présents par hasard. Le film est alors le moyen d’amener au spectateur cette expérience unique : rendre à la réalité cette forme d’expression des corps qui parle d’elle et de nous.

Pina ravira les amateurs de danse moderne et fera découvrir aux autres un langage différent. Le film trouve son intérêt maximal dans ces chorégraphies "libérées" de la salle de représentation mais reste alourdi par des captations classiques, un propos légèrement vide et des témoignages inutiles.

Note : 5/10

Pina
Un film de Wim Wenders avec Pina Bausch
Documentaire – Allemagne, France – 1h43 – Sorti le 6 avril 2011

93 la belle rebelle

Un film de Jean-Pierre Thorn
Documentaire – France – 1h13 – Sorti le 26 janvier 2011
Synopsis : Un demi-siècle de résistance musicale flamboyante en Seine-Saint-Denis.

93 la belle rebelle93 la belle rebelle soulève des problématiques passionnantes sur les banlieues : leur paysage architectural instable, l’envie de trouver sa place dans la société, le besoin de révolte des laissés-pour-compte, l’incompréhension de gouvernements répressifs. Et le formidable bouillonnement artistique qui permet à ces jeunes oubliés de prendre la parole et d’affirmer leur existence.

93 la belle rebelle retrace l’histoire de la musique de Seine-Saint-Denis, depuis le rock’n roll des années 60 jusqu’au slam des années 2000. A chaque fois, une même démarche : essayer d’échapper à l’exclusion, à la vie d’usine, au quotidien fauché, aux perspectives lugubres.

Si le sujet est crucial, la manière qu’a Jean-Pierre Thorn de le traiter est décevante. On a l’impression d’être devant un reportage d’Envoyé Spécial, entre témoignages inégaux et réflexion inaboutie. Le plaisir vient alors de la bande sonore, qui témoigne mieux que tout de l’élan vital qui anime ces parents pauvres du développement urbain.

93 la belle rebelle explore de nombreuses pistes intéressantes mais le film est globalement trop modeste pour marquer les esprits.

Note : 2/10

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