Archives du blog
Les Croods
Après l’épouvantable Les 5 Légendes, DreamWorks revient en forme avec Les Croods, une aventure familiale drôle et touchante. Certes, l’inventivité n’est pas encore au rendez-vous et L’Âge de glace semble avoir beaucoup inspiré Chris Sanders et Kirk DeMicco, mais on ne boude pas notre plaisir devant ce film attachant et bien mené.
Synopsis : Lorsque la caverne où ils vivent depuis toujours est détruite, les Croods se retrouvent obligés d’entreprendre leur premier grand voyage en famille.
Les Croods est sans aucun doute le meilleur film de DreamWorks depuis Dragons, déjà réalisé par Chris Sanders. Les thématiques sont d’ailleurs les mêmes : de jeunes héros se rebellent contre la peur et les traditions pour rompre le cou aux préjugés et sauver leurs proches.
Loin, très loin de la bêtise des 5 Légendes, là où le bonheur est affaire de foi et d’illusions, Les Croods défend une vision volontariste dans laquelle la vie dépend des choix et des risques pris par chacun.
Contre un père conservateur et ultra-protecteur, Eep préfère prendre sa vie en main. Elle et Guy opposent l’intelligence à la tradition, la vie à la sécurité. Alors qu’aujourd’hui, des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue pour défendre des coutumes ancestrales contre la justice et le progrès, Les Croods rappelle que la vie se nourrit de l’évolution. Plutôt que de voir l’avenir comme une menace, Sanders et DeMicco l’envisagent comme une source d’espoir et d’aventures, de découvertes et de possibilités multiples.
A ce discours bienvenu s’ajoutent des scènes d’aventure remarquables. Ce sont les différentes courses-poursuites qui nous tiennent le plus en haleine, portées par une réalisation dynamique et un graphisme réussi. Les idées foisonnent dans cette jungle d’autrefois et l’humour est au rendez-vous.
Quelque part entre L’Âge de glace (les personnages et les péripéties se ressemblent beaucoup) et Les Pierrafeu, le film manque certes d’originalité pour pouvoir se ranger à côté des chefs d’œuvre de Pixar. Mais le divertissement est entraînant, drôle et intelligent. C’est déjà beaucoup.
Note : 6/10
Les Croods (titre original : The Croods)
Un film de Chris Sanders et Kirk DeMicco avec les voix de Nicolas Cage, Ryan Reynolds et Emma Stone
Film d’animation – USA – 1h32 – Sorti le 10 avril 2013
Les Cinq légendes
DreamWorks est toujours en-dessous de Pixar. Quand Pixar livrait des chefs d’oeuvre, DreamWorks proposait des films moyens. Quand Pixar se rate totalement avec Rebelle, alors DreamWorks arrive à faire encore moins bien avec ce film niais, archi-conventionnel, dépourvu de la moindre inventivité et du moindre risque. On rêve autant que devant une usine.
Synopsis : L’aventure d’un groupe de héros. Emmenées par Jack Frost, un adolescent rebelle et ingénieux, ils vont devoir protéger les espoirs, les rêves et l’imaginaire de tous les enfants.
Les Cinq légendes, c’est un blockbuster-navet pour enfants. Les scènes d’action s’enchainent comme des passages obligés sans inventivité et le scénario manichéen est extrêmement simpliste pour rester accessible aux plus petits. Chaque légende est d’abord une figurine à bientôt gagner dans son Happy Meal : les personnages sont des vignettes animées interchangeables sans histoire ni caractère, une équipe de produits marketing à la Kung Fu Panda, jamais le film n’apporte plus que l’argument de départ qu’il a piqué à la culture populaire.
Quant à l’intrigue elle-même, non seulement elle tient sur un timbre poste, mais en plus elle a déjà été vue un million de fois. Une armée d’effets spéciaux au service… des mensonges qu’on sert aux gamins et qu’il faudrait absolument préserver pour que le monde reste ce qu’il est, merveilleux et féérique (si si, tous les enfants de la Terre sont heureux aujourd’hui grâce au Père Noël et au Lapin de Pâques qui pensent à eux…). Bref, Les Cinq légendes, c’est une vision du monde bêta et chamallow difficile à supporter pendant 1h30. Rajoutons qu’on ne rit jamais, et qu’il n’y a pas le moindre suspense ou la moindre surprise pour nous sortir de notre torpeur.
Un produit commercial calibré, sans risque, sans poésie, sans idée, sans contenu. Une compilation de clichés pour formater les enfants dès leur plus jeune âge (les autres s’ennuieront ferme).
Note : 0/10
Les Cinq légendes (titre original : Rise of the Guardians)
Un film de Peter Ramsey avec les voix de Alec Baldwin, Jude Law, Hugh Jackman…
Film d’animation – USA – 1h37 – Sorti le 28 novembre 2012
Ernest et Célestine
En cette veille de Noël, parlons de ce charmant film d’animation qui devrait ravir petits et grands. Des personnages tendres, des dessins simples et élégants, une intrigue fraîche et subtile, Ernest et Célestine, très remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs, a tout pour nous toucher au cœur. Un film politique pour les enfants, qui appelle à la remise en cause de l’ordre en place.
Synopsis : Ernest, gros ours marginal, clown et musicien, rencontre Célestine, une petite souris orpheline. Ces deux solitaires vont se soutenir et se réconforter, et ainsi bousculer l’ordre établi.
Une jolie fable enfantine, certes simple, mais qui a plus à dire que pourrait le laisser croire son statut de dessin animé pour les plus jeunes. A des kilomètres des derniers Disney qui n’ont souvent rien à raconter, Ernest et Célestine se prononce pour l’anticonformisme et la désobéissance civile.
Ernest est un musicien sans le sou, un homme "pas comme il faut", à l’opposé du vendeur de bonbons qui a tout compris à la logique commerciale du monde qu’il habite. Célestine est une enfant qui aime dessiner : elle voudrait être peintre, mais on lui réserve un avenir de dentiste, un métier utile et pragmatique. Ernest et Célestine sont des rêveurs, mais cela les marginalise. Pour être accepté, il n’existe que deux choix : être efficace ou être rentable, être productif et créer du confort ou avoir le sens des affaires et créer de l’argent.
Deux artistes solitaires qui trouvent leur alter ego dans une société ennemie qui ressemble pourtant beaucoup à la leur (jusqu’au parallèle final entre les deux systèmes judiciaires, drôlement pertinent). Le graphisme est d’un charme simple qui sait pourtant créer des univers complexes, comme la magnifique cité souris. Les idées ne manquent pas, et on retient notamment cette civilisation qui repose entièrement sur le pouvoir des dents. Celles-ci sont un outil en même temps qu’un moyen de communication : elles sont donc doublement nécessaires au progrès.
Parfois, Ernest et Célestine se fait plus naïf et contemplatif et s’adapte mieux à un public plus jeune. Mais la fin du film, drôle et épique, ravira petits et grands dans un magistral élan d’utopie et de tendresse.
Note : 7/10
Ernest et Célestine
Un film de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier avec les voix de Lambert Wilson et Pauline Brunner
Film d’animation – France – 1h19 – Sorti le 12 décembre 2012
Mention spéciale de la SACD à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2012
Les Mondes de Ralph
Noël arrive avec son armada de films d’animation, plus ou moins réussis. Certes c’est maintenant John Lasseter qui dirige les studios Disney, et certes Les Mondes de Ralph a l’énergie et la tendresse des studios Pixar. Il manque pourtant une bonne dose d’inventivité, une pincée de subtilité et un grain de folie pour mettre le film au niveau de ses glorieux modèles.
Synopsis : Ralph est le méchant d’un jeu vidéo des années 80 mais il ne rêve que d’être aimé de tous. Il va alors s’aventurer dans d’autres mondes de la salle d’arcade pour devenir un héros.
Quand les enfants sont couchés, les jouets vivent leur vie. Ca vous rappelle quelque chose? Oui, Les Mondes de Ralph est l’adaptation gamer de Toy story. Pas d’idée bien nouvelle donc, mais pour ceux qui ont comme moi grandi dans les années 90, les jeux vidéo sont plein de souvenirs tendres, de mondes extraordinaires qui ont rythmé notre enfance et développé notre imagination.
Avec un peu d’ambition, Les Mondes de Ralph, à défaut d’être novateur, pouvait briller de mille feux. Malheureusement, il n’y en aura que 3 : le jeu d’arcade en 2D, le FPS (jeu de tir en vue subjective) et la course de voitures cartoonesque, directement issue de Mario Kart. On espérait un mélange des genres détonnant, une interpénétration des univers multiples qu’offrent les jeux vidéo, un joyeux bordel qui, bien maîtrisé, aurait pu faire des étincelles. Ce ne sera pas le cas. Tout au plus, on aura le droit à quelques références (Bowser, Sonic, Pacman, Street Fighter) qui font plus office de clins d’oeil convenus et superficiels que de guides créatifs.
Peu de trouvailles donc, et peu d’ambition. Même la gare centrale rappelle des lieux déjà vus dans Monstres & Cie ou Harry Potter. Au final, on a le droit à l’histoire un peu bateau d’un méchant au grand coeur qui voudrait être un grand gentil, d’abord parce qu’il aimerait être apprécié et se faire des amis, mais aussi parce que c’est sa nature profonde, on le voit bien. Chacun a sa place dans le monde, et le monde a besoin de tous pour fonctionner. On aura connu propos plus original.
Sous influence Pixar, Disney devient un peu plus adulte et dessine des personnages mélancoliques, insatisfaits de leur place dans la vie. Mais on est encore loin de la pertinence et de l’inventivité des Indestructibles, de Wall-E ou du grand frère Toy Story. Les Mondes de Ralph aurait pu être un film gigantesque, foisonnant, explosif sur la culture jeux vidéos. C’est un petit objet tendre et sympathique, un sourire à notre enfance, une aventure mignonne et plutôt bien construite, dépourvue de surprise, qui sait séduire un peu, amuser un peu, émouvoir un peu, et qu’on oubliera un peu vite.
Note : 4/10
Les Mondes de Ralph (titre original : Wreck-it Ralph)
Un film de Rich Moore avec les voix de John C. Reilly, Sarah Silverman et Jack McBrayer
Film d’animation – USA – 1h41 – Sorti le 5 décembre 2012
Le Chat Potté
Le Chat Potté est un spin-off de Shrek dont on se serait bien passé. Suite au succès du personnage apparu dans Shrek 2, DreamWorks n’a pas résisté à l’envie d’imaginer la vie passée de ce nouveau héros. Mais l’imagination fait cruellement défaut à ce film qui ressemble à tant d’autres avant lui.
Synopsis : Avant sa rencontre avec Shrek, le Chat Potté essayait de s’emparer de la fameuse Oie aux Œufs d’Or pour sauver la ville où il avait grandi et se racheter.
Le Chat Potté a finalement bien peu de singularités pour se distinguer du typique justicier hors-la-loi. Son personnage de séducteur au grand coeur et à l’humour ravageur, son histoire entre prestige et trahisons, depuis l’orphelinat jusqu’au rejet fatal de la société, son aventure aux allures de western latin, rien ne démarque réellement ce Zorro félin de tout ce qu’on a déjà vu, revu, rerevu.
Certes, l’univers extravagant se permet des fantaisies amusantes, mais jamais surprenantes quand on a déjà vu les quatre épisodes de Shrek. Depuis la première apparition de son ogre star, Dreamworks n’a jamais réussi à se renouveler. Même le délire est en fait parfaitement calibré.
L’intrigue n’a finalement qu’un seul enjeu : alors cet oeuf, gentil ou méchant? Quelques blagues efficaces mais convenues, quelques péripéties sans intérêt, et nous voici devant un dénouement mou et trivial. Un film de plus. J’ai déjà presque oublié que je l’ai vu.
Note : 1/10
Le Chat Potté (titre original : Puss in Boots)
Un film de Chris Miller avec les voix de Antonio Banderas, Salma Hayek et Zach Galifianakis
Film d’animation – USA – 1h30 – Sorti le 30 novembre 2011
Arrietty, le petit monde des chapardeurs
Arrietty est le meilleur film du studio Ghibli depuis Le Voyage de Chihiro. Une aventure excitante où le danger se cache derrière le quotidien le plus banal, une fable mystique sur la survie des êtres et des espèces, un conte politique sur une autre manière de concevoir l’économie, et surtout l’histoire d’un amour impossible, simple et déchirante. Un petit chef d’œuvre.
Synopsis : Sous le plancher d’une maison perdue au coeur d’un grand jardin, de minuscules êtres, les chapardeurs, vivent sans se montrer des humains. Jusqu’au jour où Arrietty rencontre Sho…
Le Studio Ghibli nous a habitué aux chef d’oeuvre mais Arrietty est pourtant une très belle surprise. D’abord par sa simplicité magique qu’on avait seulement pu voir auparavant chez Ghibli dans Kiki, la petite sorcière. Ensuite par son animation, toujours saisissante. Chaque excursion d’Arrietty dans des lieux ou des objets qui nous sont pourtant familiers devient une aventure trépidante. Un plan résume à lui seul cette merveille : Arrietty gravit le toit de la maison comme on gravit une montagne, elle regarde vers la fenêtre qu’elle essaie d’atteindre, la caméra se met à sa place et remonte lentement la pente du toit qui semble interminable, escarpée, dangereuse. On est pris du vertige de notre nouvelle taille, celle d’Arrietty.
Si la fable est comme toujours écologique, le dialogue entre une jeune fille qui parle de la survie de son espèce et un jeune homme qui parle de sa propre survie est saisissant. Quand Sho parle de sa maladie, Arrietty arrête de défendre les Charpardeurs pour s’intéresser à lui. Le film présente alors un miroir terriblement précis dans lequel l’individu se reflète dans l’espèce toute entière et inversement. La vie d’un individu est tout aussi essentielle que la vie d’un groupe. La survie de l’espèce demande de manière semblable à chaque être de se battre : notre futur est entre nos mains.
Mais les résonances sont encore plus larges : Arrietty est une fable altermondialiste qui, dans un contexte de crise économique, met aux prises ceux qui ont tout, le confort et l’argent (mais pas forcément le bonheur) et ceux qui n’ont rien que leur courage et qui doivent vivre des restes des premiers. Dans cette société injuste où les petits craignent les grands et ne peuvent rien faire face à eux, la chaparde, ou l’emprunt pour reprendre le mot du roman duquel s’inspire le film, est le nouveau modèle économique qui permet de trouver l’équilibre. La mondialisation est basée sur des rapports de force, sur l’incompréhension et sur la peur, des autres et du lendemain. La fable du studio Ghibli, scénarisée par Hayao Miyazaki lui-même, propose de baser la société de demain sur l’emprunt, les prêts, les échanges, la communication. Sur l’utilisation de ce dont on a besoin et non sur la surconsommation maladive. Sur le don de soi et de ce que l’on a à ceux qui en ont la nécessité. C’est seulement à ce prix-là que notre espèce peut survivre, arriver à l’harmonie et qui sait, au bonheur.
Mais Arrietty n’est pas qu’une parabole subtile. C’est un dépaysement. Un univers de couleurs, de lumières, d’une musique nostalgique. C’est surtout une tragédie. L’histoire d’un amour impossible. On ne sait pas si Sho va survivre. On est tout autant dans l’incertitude sur le destin d’Arrietty. Son audace et son énergie ne sont rien à côté du corps imposant (et pourtant malade) de Sho. Les mouvements du garçon semblent étouffés, éteints, et pourtant, pour Arrietty, aux gestes vifs et précis, ils sont un ébranlement complet, un cataclysme. Leurs vies ne tiennent à rien. Mais le plus triste n’est pas là. Leur histoire ne peut avoir lieu. Il est trop grand pour elle. L’amour ne peut pas vaincre toutes les barrières. Leur adieu est déjà l’un des moments les plus déchirants au cinéma en 2011. Arrietty est avant tout l’histoire de deux adolescents qui tombent amoureux. Qui s’aimeront toujours, et qui ne pourront jamais s’aimer.
Note : 8/10
Arrietty, le petit monde des chapardeurs (titre original : Karigurashi no Arrietty)
Un film de Hiromasa Yonebayashi avec les voix de Mirai Shida et Ryunosuke Kamiki
Animation – Japon – 1h34 – Sorti le 12 janvier 2011
Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne
Les aventures de Tintin, Steven Spielberg à la réalisation, Peter Jackson à la production, ce film-là avait tout de l’événement cinématographique à ne pas manquer. Encore fallait-il réussir le pari peu évident de l’adaptation. C’est chose faite! L’humour et le mystère propres à la bande dessinée sont mis en valeur par le souffle épique d’une mise en scène survitaminée.
Synopsis : Tintin, Milou et leur nouvel ami le Capitaine Haddock partent à la recherche d’un trésor enfoui avec l’épave d’un bateau, “la Licorne”, qui appartenait à un ancêtre du Capitaine.
On doit tout de suite dire qu’on est globalement emballé par l’adaptation de Tintin par Steven Spielberg. Fidèle à l’esprit de la bande-dessinée, le réalisateur pioche dans Le Crabe aux pinces d’or (pour la rencontre entre Tintin et le capitaine Haddock) et dans le diptyque Le Secret de la Licorne / Le Trésor de Rackham le Rouge pour les principaux ingrédients de l’intrigue. S’il en détourne parfois quelques détails, il reste globalement très attaché à l’histoire d’Hergé, à son univers, à ses personnages.
C’est dans le rythme du film que Spielberg s’approprie plus que jamais les aventures du héros à la houppette. Digne héritier d’Indiana Jones, ce Tintin-là va vite, très vite, les coups de feu, les explosions, les batailles monumentales s’enchaînent, le spectateur aura peu de répit. Haddock et Sakharine ne se battent pas simplement à l’épée, ils utilisent pour leurs duels des armes pour le moins grandioses : parfois ce sont les bateaux qui sont envoyés l’un sur l’autre (l’abordage a rarement été aussi total), parfois ce sont des grues de chantier qui croisent le fer. Un énorme voilier fond sur une barque solitaire, un avion lutte contre les éléments, même le désert est le cadre d’un récit épique impressionnant, le danger est omniprésent, et ce sur tous les terrains qu’affrontent le reporter et son nouvel ami.
Mais l’action n’est jamais gratuite, Hergé avait su mettre au coeur de ses histoires des énigmes passionnantes, Spielberg a su faire de son adaptation un film mystérieux. Le spectateur ne perd jamais de vue l’enjeu, même au coeur des exploits les plus abasourdissants. Toujours on se pose des questions, toujours on a l’impression d’avancer dans la résolution de l’intrigue. Comme dans les Indiana Jones, quelque chose de très solennel, de presque mystique, est en train de se jouer. Le réalisateur d’E.T. nous émerveille comme dans ses premiers films, dépoussiérant les aventures de notre enfance et réussissant là où J.J. Abrams et son Super 8 avaient échoué.
Le moment de bravoure du film reste ce fabuleux plan séquence qui montre Tintin, le Capitaine Haddock, Milou, Dupont et Dupond, Sakharine, ses sbires et son oiseau se lancer à la poursuite des trois parchemins, descendant à toute vitesse et par les moyens les plus incongrus une ville construire sur une falaise, tandis qu’une rivière d’eau, libérée par la destruction d’un barrage, semble courser tout ce beau monde. La caméra est virevoltante (plus encore que dans le reste du film), le spectateur est accroché à son fauteuil, emporté dans un tourbillon d’aventure et d’excitation. Indiana Jones 4 est oublié, Spielberg nous livre enfin une épopée digne de son talent.
Une réserve cependant, et pas des moindres : l’utilisation de la Performance Capture qui donne à l’animation un résultat hybride étrange et pas forcément convaincant. Si les caractères et les réactions des personnages sont très réussis et leur apportent un certain relief, il n’en est pas de même du graphisme. Tintin est même assez moche.
Même si, quand on connait la bande dessinée par coeur, on regrette de ne pas être plus surpris et intrigués, on se laisse ramener en enfance avec un plaisir innocent. Une réussite presque totale.
Note : 7/10
Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (titre original : The Adventures of Tintin: Secret of the Unicorn)
Un film de Steven Spielberg avec Jamie Bell, Andy Serkis et Daniel Craig
Film d’animation, Aventure – USA, Nouvelle-Zélande – 1h47 – Sorti le 26 octobre 2011
Un monstre à Paris
Quelques jolies chansons et c’est à peu près tout. Un monstre à Paris n’avait rien d’autre à proposer : les gags, les personnages et les situations sont archi-quelconques. On préfèrait largement quand -M- collaborait avec Sylvain Chomet sur Les Triplettes de Belleville.
Synopsis : Dans le Paris inondé de 1910, un monstre sème la panique. Traqué, il se cache à L’Oiseau Rare, un cabaret où chante Lucille, la star de Montmartre au caractère bien trempé…
Un monstre à Paris dure seulement 1h22 et déjà il semble qu’il ait fallu aux scénaristes beaucoup d’ingéniosité pour transformer leur sujet maigrichon en un long-métrage de cinéma. Car c’est surtout ça qui s’impose à la vision du film : il ne raconte presque rien. Deux histoires d’amour sans aucune originalité, un politicien arriviste et méchant, comme on en a déjà vu des centaines, qui veut séduire la belle, et le laboratoire d’un savant qui, laissé aux mains de deux amis maladroits, crée un monstre gentil mais effrayant.
Il n’y aura rien de plus à se mettre sous la dent : la résolution de ces trois histoires est déjà contenue dans l’énoncé, il n’y aura ni rebondissement inattendu, ni élément perturbateur imprévu. Englués dans la faiblesse et l’inutilité du scénario, les personnages nous sont indifférents : ils n’ont rien à défendre de plus que le stéréotype qu’ils incarnent. Le ton est à la comédie mais les blagues sont enfantines et souvent sans esprit. Quant aux courses poursuites, elles n’arrivent jamais à installer le moindre suspense : tout est couru d’avance.
Le seul moment un peu mystérieux est l’exploration de l’antre du scientifique au début de l’aventure, qui évoque clairement l’univers d’Adèle Blanc-Sec (adapté récemment au cinéma par Luc Besson, justement producteur d’Un monstre à Paris). Mais le développement ne tient jamais ses promesses.
EuropaCorp et Luc Besson semblent nous livrer une vague copie d’Arthur et les Minimoys (même humour simplet, mêmes enjeux faméliques, mêmes insectes devenus gigantesques en guise de monstres) à la sauce Amélie Poulain. La seule magie vient des parties musicales, trop rares pour sauver le film, mais assez présentes pour nous offrir quelques bons moments à l’abri des niaiseries de son intrigue. Le premier duo entre Vanessa Paradis et -M- est même l’occasion d’une jolie vision d’un Paris nocturne jaune et bleu. On pense alors à Une vie de chat, sorti l’année dernière, autre film d’animation qui proposait une stylisation intéressante de Paris pour accompagner un scénario insipide.
Un monstre à Paris est un mauvais film qui nous séduit pourtant une ou deux fois parce que la bande originale de -M- et certaines idées graphiques arrivent à mettre un peu de magie là où il n’y avait qu’un produit commercial dépourvu d’imagination.
Note : 2/10
Un monstre à Paris
Un film de Eric Bergeron avec les voix de Vanessa Paradis, Mathieu Chédid, Gad Elmaleh, François Cluzet, Ludivine Sagnier, Julie Ferrier et Bruno Salomone
Film d’animation – France – 1h22 – Sorti le 12 octobre 2010
Cars 2
Entre fascination de la voiture et conscience des problématiques écologiques qui vont avec, Pixar propose avec Cars 2 une suite en forme de thriller d’échelle internationale. L’aventure se suit sans déplaisir mais le manque d’originalité et d’émotion fait de ce film le plus mauvais Pixar à ce jour.
Synopsis : Flash McQueen et Martin vont parcourir la planète pour le Grand Prix Mondial. Ils vont être embarqués malgré eux dans une affaire d’espionnage international…
Cars était loin d’être le meilleur Pixar : malgré un graphisme comme toujours très réussi, le scénario patinait entre clichés et bons sentiments made in Disney, bien loin des idées farfelues et fascinantes qui avaient fait le succès de la firme californienne. Le principal intérêt était l’adaptation de notre monde à celui des voitures, et la manière (assez réussie) avec laquelle l’anthropomorphisme qui d’habitude s’applique aux animaux était alors transposé aux machines à moteur.
Malheureusement, cette curiosité disparaît forcément dans Cars 2 puisque l’univers est déjà connu. John Lasseter a beau nous proposer un voyage aux quatre coins de la planète pour étendre le monde de McQueen et de Martin, l’artifice ne prend pas : il n’y a aucune vraie surprise, il faudrait autre chose pour relancer l’intérêt.
C’est le scénario qui va avoir ce rôle, puisque Cars 2, bien loin de l’aventure initiatique du premier épisode, se révèle être un thriller d’espionnage à résonances écologiques. Un rien compliquée, l’histoire tient quand même la route et nous permet d’accrocher entre rebondissements plus ou moins efficaces et gags plus ou moins drôles. Ici, le vrai héros n’est pas Flash McQueen mais son meilleur ami Martin qui est pris pour celui qu’il n’est pas : les ressorts de l’intrigue sont les quiproquos et les gaffes de la dépanneuse. Et le film suit sans grande trouvaille le motif classique de l’agent secret naïf et maladroit, héritier des inspecteur Clouseau, Johnny English et autres Max la Menace.
Pixar a construit son succès sur une imagination débordante portée par des images d’une beauté étourdissante. Ici, la technique est toujours irréprochable. Mais Cars 2 est un film sage, commun et assez vain. Il manque l’étincelle.
Note : 3/10
Cars 2
Un film de Brad Lewis et John Lasseter avec les voix de Owen Wilson, Larry The Cable Guy et Michael Caine
Film d’animation – USA – 1h52 – Sorti le 27 juillet 2011
Les Contes de la nuit
Six petits contes, tous construits autour de récits simples et de graphismes étonnants. Michel Ocelot émerveillera une fois encore les plus jeunes spectateurs. Les autres seront partagés entre scepticisme et admiration. Scepticisme pour des histoires de qualité inégale. Admiration pour la limpidité du propos et des dessins, faits d’ombres et de couleurs vives.
Synopsis : Tous les soirs, une fille, un garçon et un vieux technicien se retrouvent dans un petit cinéma et y jouent toutes les histoires dont ils ont envie. Tout devient alors possible…
C’est d’abord le graphisme des Contes de la nuit qui émerveille. Les ombres chinoises réduisent les formes à l’essentiel, donnant à l’animation une pureté esthétique proche de celle des hiéroglyphes. Autour de ces personnages profonds comme le noir qui leur donne corps, les couleurs sont chatoyantes et dépaysantes, chaque histoire nous fait voyager dans des contrées lointaines ou dans le temps, la bande sonore crée des atmosphères exotiques étonnantes.
Le contraste entre les sombres figurines et les décors lumineux qu’elles habitent permet de mettre en avant la dialectique qui se joue entre l’être humain et la société dans laquelle il évolue. Car chacune de ces petites histoires est très fortement liée à son contexte historique et géographique, alors même que la morale qui s’en dégage touche à l’universel. Les hommes sont toujours les mêmes, où qu’ils se trouvent, toujours représentés par ces ombres chinoises qui semblent découper l’humanité dans un paysage chaque fois différent, dans un contexte chaque fois renouvelé. La richesse de la diversité culturelle (et naturelle) est un écrin de marque pour le plus beau des joyaux, fondamentalement toujours égal à lui-même, l’être humain.
Les hommes sont tous égaux et pourtant si merveilleusement différents de par le monde et le temps, semble s’émerveiller à chaque instant Michel Ocelot, et avec lui les 3 personnages qui s’amusent à créer ces contes.
Six petites histoires se succèdent ainsi, comme dans un laboratoire de l’imagination. La première fable, Le Loup garou, n’a pas beaucoup d’intérêt : elle illustre l’amour sincère dans une fin de moyen-âge crépusculaire. Suit Garçon tamtam, qui revient à l’Afrique noire de Kirikou. Là, Michel Ocelot nous dit que la véritable magie ne se trouve pas dans les objets mais dans l’homme. Sympathique aussi est le conte antillais Ti Jean et la belle-sans-connaître : c’est en aidant les autres qu’on trouve de l’aide quand on est en difficulté. Et il vaut mieux avoir une vie modeste que régner sur la mort.
L’Elue de la ville d’or et Le Garçon qui ne mentait jamais sont plus intéressants. Le premier conte parce qu’il surprend le spectateur et défend la suprématie de la vie humaine sur toute autre considération, dans un magnifique cadre aztèque. Le second parce qu’il parle de l’amitié, du sacrifice, de la sincérité, de la pureté et de la perversion des âmes dans la partie la plus émouvante du film, dans un Tibet mystique. Enfin, Les Contes de la nuit se terminent avec La fille-biche et le fils de l’architecte, un récit aussi simpliste que l’était Le Loup garou. Le conteur revient alors au moyen-âge (gothique cette fois) pour nous parler des apparences trompeuses.
Le film formé par ces six contes d’intérêt inégal donne une impression de grande beauté esthétique et de simplicité narrative originale dans le paysage de l’animation d’aujourd’hui. On regrette que cette simplicité touche parfois au simplisme, ne gardant de véritable intérêt que pour le plus jeune public.
On admire cependant l’ensemble qui réussit à illustrer joliment la complémentarité qui existe entre l’universalité de l’homme et la diversité des cultures.
Note : 5/10
Les Contes de la nuit
Un film de Michel Ocelot avec les voix de Julien Beramis, Marine Griset et Michel Elias
Film d’animation – France – 1h24 – Sorti le 20 juillet 2011
Chico & Rita
Chico & Rita s’inspire en partie de la vie de Bebo Valdés, grand musicien cubain qui, à plus de 90 ans, donne sa voix à Chico et compose la musique du film. Cette grande romance fait la part belle à la musique cubaine et à sa rencontre avec le jazz des USA, sans arriver à approfondir vraiment ses thématiques. Un film joli mais un peu anecdotique.
Synopsis : Cuba, 1948. Chico, jeune pianiste talentueux, et Rita, à la voix envoutante, tombent amoureux. Leur amour sera mis à l’épreuve des rêves de gloire qu’ils poursuivent tous deux.
Dessin à l’ancienne, histoire à l’ancienne. Chico & Rita est une grande fresque amoureuse qui frémit sur les rythmes de la musique cubaine et qui épouse les bouleversements politiques de la seconde moitié du XXème siècle. Chico et Rita partagent l’affiche avec La Havane et New York, qui donnent au film son décor, son atmosphère et son humeur.
Le "Je t’aime moi non plus" est une partition bien connue que le film applique à la lettre, suivant en cela les traces de New York, New York. Les deux amoureux s’aiment et se quittent, pour mieux se retrouver plus tard. Le charme désuet est à la fois celui du joli dessin coloré et presque fragile de Javier Mariscal, en 2D bien sûr, et celui d’une musique d’époque qui semble vouloir raviver le Cuba d’antan. La romance est d’un classicisme appuyé, avec pour ingrédients clés le succès, les trahisons, la misère, la fortune, la jalousie, tout cela entremêlé dans une vie passée trop vite, à l’ombre d’un air de rumba.
Beaucoup de sujets sont abordés en toile de fond, le racisme, le socialisme cubain, le star-system, le pouvoir de l’argent. Aucun n’est particulièrement développé, tout reste en surface, c’est toujours l’amour et la musique qui emportent le morceau.
Au final, Chico & Rita est sympathique, comme un film d’animation venu d’un autre temps, mais pas forcément mémorable. L’épilogue n’est pas convaincant et finit de faire du film une fable certes agréable, mais sans importance.
Note : 4/10
Chico & Rita (titre original : Chico and Rita)
Un film de Fernando Trueba et Javier Mariscal avec les voix de Bebo Valdés, Idania Valdés et Estrella Morente
Film d’animation, Romance – Espagne, Royaume-Uni – 1h34 – Sorti le 6 juillet 2011
Kung Fu Panda 2
Malgré un succès populaire certain, Kung Fu Panda n’avait rien de marquant : l’intrigue était convenue et les personnages très mal développés. Kung Fu Panda 2 est en tout point fidèle à son prédécesseur. Ça se suit sans difficulté et ça n’a toujours aucun intérêt. Beaucoup de savoir-faire et une inventivité au point mort.
Synopsis : Po, devenue le Guerrier Dragon, est menacé par un nouvel ennemi, décidé à conquérir la Chine et anéantir le kung-fu à l’aide d’une arme secrète et indestructible.
Kung Fu Panda 2 marche sur les traces du premier opus. D’abord, un scénario quelconque : un méchant qui veut beaucoup de pouvoir a décidé d’anéantir lâchement le kung fu et nos héros vont devoir l’en empêcher. Ensuite, une pincée de blagues rebattues, qui s’appuient le plus souvent sur le fait que Po est maladroit et mange beaucoup. Des acolytes-figurines : une mante, une tigresse, un rhinocéros, une oie, un dindon, un singe… et tout le reste de l’animalerie. Des bons sentiments à peu de frais : les durs à cuire sont en fait des grands émotifs, les parents adoptifs aiment leurs enfants comme s’ils étaient les leurs. Et enfin, une morale insipide : on a besoin de connaître nos racines et de les dépasser pour trouver la paix intérieure. On a besoin de trouver la paix intérieure pour être heureux et aider les autres.
Avec de tels ingrédients, le film est sûr de réussir son coup : c’est assez sympathique et parfois drôle. Malheureusement, ça ne présente aucun intérêt. Po mis à part, les personnages sont toujours aussi peu étoffés depuis le premier opus, malgré un casting voix impressionnant. Et les enjeux de l’intrigue sont très faibles.
Que reste-t-il? Un petit conte en 2D assez joliment mis en scène et une animation plutôt réussie durant les scènes d’action. Et c’est tout. On attend Pixar et son Cars 2 pour remonter le niveau.
Note : 2/10
Kung Fu Panda 2
Un film de Jennifer Yuh avec les voix de Jack Black, Angelina Jolie, Dustin Hoffman, Jackie Chan, Lucy Liu, David Cross, Seth Rogen, James Hong, Gary Oldman, Michelle Yeoh et Jean-Claude Van Damme
Film d’animation – USA – 1h35 – Sorti le 15 juin 2011
Le Chat du rabbin
Un film de Joann Sfar et Antoine Delesvaux avec les voix de François Morel, Maurice Bénichou et Hafsia Herzi
Film d’animation – France – 1h40 – Sorti le 1er juin 2011
Synopsis : Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler.
Joann Sfar a décidé de faire une adaptation de sa merveilleuse bande dessinée Le Chat du rabbin en reprenant et mélangeant les intrigues des 5 volumes de la BD.
Les bouquins étaient extraordinaires d’intelligence et d’espièglerie, le film bénéficie donc forcément de ces atouts. Le conte philosophique est drôle, enlevé, l’esprit juif le plus universaliste et séduisant souffle sur les aventures de ce félin malicieux. Toute la culture juive est là, le besoin de sans cesse commenter, de sans cesse réfléchir, de sans cesse remettre en question, la musique klezmer se mélange aux tonalités séfarades d’Enrico Macias, certes il y a l’intolérance propre à la religion, mais il y a surtout la liberté, le dialogue des cultures, la compréhension de l’autre et le refus de tout préjugé et de toute discrimination.
Joann Sfar célèbre le meilleur de la religion en général et du judaïsme en particulier. Les juifs et les noirs sont le symbole des oppressés. Jérusalem, la ville-miracle, devra être la ville des juifs noirs, des falachas, c’est-à-dire de tous ceux qui ont souffert, de tous les hommes libres. Si cette Jerusalem-là est malheureusement une chimère, Le Chat du rabbin disserte beaucoup, montre qu’aucun homme (et aucun chat) n’est dépourvu d’intolérance mais qu’entre les obscurantismes de toutes les religions, il y a la place pour un monde meilleur où chaque culture se nourrit des autres.
Etait-il vraiment utile d’adapter la bande dessinée au cinéma? C’est sur ce point-ci qu’on a quelques doutes. Pour les besoins du grand écran, le dessin de Joann Sfar s’assagit. La multiplication des intrigues prises dans les cinq volumes donne un film touffu qui manque un peu d’unité. Les intrigues n’ont pas le temps nécessaire pour être bien développées, chacune semble vite expédiée pour laisser la place à la suivante et le film prend bientôt l’aspect d’un catalogue.
L’esprit de contradiction, de fête et de dérision du judaïsme est bien là et le film est plaisant. Mais en voulant tout dire, il a tendance à s’éparpiller. On peut alors espérer qu’il donnera envie aux spectateurs de lire la BD.
Note : 6/10

