Archives Mensuelles: septembre 2011

Crazy, Stupid, Love

Crazy, Stupid, Love n’est pas un film fou (trop calibré), Crazy, Stupid, Love n’est pas un film stupide (la mécanique de la séduction est amèrement dépeinte), mais c’est effectivement un film sur l’amour. Tout le monde aime tout le monde et tout le monde est plus ou moins malheureux. Parfois drôle, parfois donneur de leçon, le film alterne le bon et le moins bon.

Synopsis : Le jour où Cal est largué par sa femme qu’il aime depuis plus de 20 ans, il se retrouve perdu et incapable de se relever. Jacob, séducteur hors pair, décide de le prendre en main…

Crazy, Stupid, Love - critiqueCrazy, Stupid, Love est un pseudo film chorale qui raconte principalement trois histoires d’amour à trois âges différents. Le couple central, c’est celui formé par Steve Carell et Julianne Moore qui vivent une sorte de crise de la quarantaine après plus de 20 ans de mariage.

L’intrigue se concentre sur un motif bien connu de la comédie hollywoodienne : le relookage du loser en un homme séduisant qui découvre alors l’étendue de ses possibilités. Ryan Gosling joue le rôle éternel de Hitch, expert en séduction et montre à son élève les trucs et astuces pour coucher avec toutes les femmes dont il a envie. Pour faire simple, il faut être bien sapé, la faire rire, ne jamais se raconter soi-même, la faire parler et faire semblant de l’écouter, être sûr de soi et autoritaire, ne surtout pas lui laisser le choix. Et… ça marche! On est inquiet plus qu’on rigole car le film voit juste : il y a bien sûr une part de vérité assez importante dans la description de ce jeu de séduction machiste et intransigeant. La plupart des femmes préfèrent ne pas voir les failles, la séduction est un jeu où elles privilégient le plus souvent le paraître au dépend de l’être. Ce qui est important, ce sont les vêtements, les blagues, les formules toutes faites, les gestes précis et assurés de celui qui répète inlassablement une technique qui fonctionne.

Que reste-t-il de la sincérité et de la transparence? Pour la drague, elles sont souvent synonyme d’échec, nous dit le film qui semble hésiter entre en rire et en pleurer. Pour l’amour par contre, il faut se confier. Les deux autres histoires de coeur concernent, l’une un couple de jeunes adultes (mais cette romance-là manque cruellement de crédibilité, elle semble n’être là que pour retourner la morale du film : finalement, même le plus endurci des Don Juan a besoin d’honnêteté et d’amour), l’autre deux adolescents qui fantasment tous deux sur quelqu’un de beaucoup trop vieux pour eux. C’est sans doute cette dernière partie de l’histoire qui est la plus drôle et la plus tendre, notamment grâce au jeune Jonah Bobo, sorte de mini-Paul Dano romantique.

On l’aura compris, Crazy, Stupid, Love empile les clichés avec plus ou moins de bonheur et plus ou moins de pertinence, arrivant parfois à trouver un vrai tempo comique comme lors d’une des dernières séquences, quand tous les personnages se trouvent réunis dans la même maison pour un repas familial qui tourne au pugilat. Une petite surprise scénaristique et des acteurs plutôt bons permettent à la scène d’être assez savoureuse. Elle est néanmoins suivie d’une conclusion mielleuse et moralisatrice qui gâche notre plaisir. La comédie un peu vacharde aura bien son habituelle fin joyeuse et insipide. Non sans distiller un message légèrement régressif au passage. Pas aussi régressif il est vrai que le Bon à Tirer des frères Farrelly, mais la comédie US semble vouloir nous rassurer cette année : il n’y a rien de plus sacré que le couple.

Note : 5/10

Crazy, Stupid, Love
Un film de John Requa et Glenn Ficarra avec Steve Carell, Ryan Gosling, Julianne Moore, Analeigh Tipton, Emma Stone, Jonah Bobo, Joey King et Marisa Tomei
Romance, Comédie – USA – 1h58 – Sorti le 14 septembre 2011

La Fée

Petit à petit, Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy ont imposé leur cinéma de poésie burlesque comme une sensibilité à part dans le paysage très balisé de la comédie francophone. Leurs films sont toujours un combat pour la tendresse et la désuétude. La Fée est drôle mais le récit est bancal. On attend un peu de nouveauté pour leur prochain film.

Synopsis : Dom est veilleur de nuit dans un petit hôtel du Havre. Un soir, une femme arrive à l’accueil, sans valise, pieds nus, dit être une fée et lui accorde trois souhaits.

La Fée - critiqueAprès les surprenants L’Iceberg et Rumba, les trois réalisateurs continuent de mettre en scène Dom et Fiona, ce couple de loosers maladroits et solitaires qui vivent leurs aventures romantiques dans l’indifférence d’un monde qui va sans doute trop vite pour eux.

Ces amoureux aux longues silhouettes encombrantes, qui ne se parlent presque pas, rappellent forcément Monsieur Hulot, mais alors que celui-ci avait la capacité de s’émerveiller et de s’amuser de tout et de toujours faire de nouvelles rencontres, Fiona et Gordon semblent souvent anesthésiés par la monotonie et le vide de leur quotidien, incapables d’être complets lorsqu’ils sont seuls, jusqu’à ce que l’amour les sorte de leur léthargie. Leur beauté, c’est avant tout leur inadaptation au monde tel qu’il est et le combat qu’ils livrent sans cesse, à chaque film, pour retrouver leur âme soeur.

Car les films de Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy racontent toujours cette petite histoire universelle : deux amoureux se perdent, se cherchent pendant tout le film, luttent contre les autres et contre les éléments, et finalement se retrouvent, dans un bonheur simple et complet, car l’amour est à peu près tout ce à quoi ils aspirent.

Dans la chronologie du couple, les cinéastes vont visiblement à l’envers. L’Iceberg parlait de la séparation, Rumba d’un couple épanoui séparé par un accident, La Fée raconte la rencontre amoureuse. Il y a encore ici des plans d’une drôlerie hors du commun, comme ces course-poursuites qui opposent constamment le couple qui prend la fuite et tous les autres, qui leur courent après comme par réflexe, sans vraiment trop y croire (quand ce n’est pas l’inverse). Certaines séquences sont fabuleuses, l’évasion d’un hôpital, l’accouchement, le jeu avec les comprimés, la poursuite d’une voiture en moto pour essayer de récupérer le bébé resté sur le capot. Le burlesque est simple mais reste inattendu, les gags fonctionnent et on rit souvent.

Pourtant, entre deux éclats de rire, on attend, peu convaincu par une poésie de l’insignifiance légèrement répétitive. Le rythme n’est pas assez soutenu, les thèmes sont à peine effleurés, l’histoire est flottante, elle semble s’étirer sans maîtrise et se conclure quand il n’y a plus de farce à faire.

Cette idée de fée du quotidien était jolie et tendre, comme un rêve qu’on fait vivre en dépit de son impossibilité. Mais les trois cinéastes-acteurs n’ont pas réussi à donner un sens à leur récit comme ils l’avaient fait dans leurs films précédents. La Fée est alors une succession de douceurs comiques plutôt qu’un vrai film bien construit.

Note : 5/10

La Fée
Un film de et avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy
Comédie – France, Belgique – 1h33 – Sorti le 14 septembre 2011

Habemus Papam

Nanni Moretti avait un sujet passionnant, il en a fait un film plutôt longuet. Certes c’est gentil (trop gentil même pour créer la polémique) mais c’est loin d’être incisif. Le réalisateur italien choisit la dérision et enferme ses personnages dans des comportements infantiles. Jusqu’à une dernière scène très réussie.

Synopsis : Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d’élire son successeur. Mais le souverain élu ne semble pas prêt à supporter le poids d’une telle responsabilité…

Habemus Papam - critiqueHabemus Papam a sans doute l’un des pitchs les plus originaux, amusants et intelligents de l’année. Et si à la mort d’un pape, son successeur, élu par le conclave, se trouvait écrasé par l’ampleur de sa tâche? Et s’il se sentait incapable d’assumer le rôle pour lequel il a été choisi?

Si le nouveau souverain pontife refusait de se présenter à ses fidèles, les quelques jours d’indécision qui s’ensuivraient laisseraient un milliard de catholiques orphelins, dans l’incompréhension d’un pape qui souhaite préserver son anonymat.

Mais ce n’est pas tant la détresse des croyants qui intéresse Nanni Moretti que celle du pape lui-même et de ses cardinaux. Le film déroule alors deux parties bien distinctes: d’un côté, il suit le pape et ses déambulations dans Rome tout autant que dans ses angoisses, de l’autre il raconte l’attente des cardinaux, enfermés dans les palais pontificaux du Vatican.

Ce qui amène Habemus Papam à alterner deux tons assez différents : le pape, en pleine remise en question existentielle, s’enfuit, se cherche sans se trouver, revient à sa première passion, le théâtre, s’essaie à l’anonymat pour pouvoir se mêler aux gens et vivre de nouveau dans la simplicité et la découverte des autres. Les cardinaux, inquiets, essaient de tuer le temps. Sous la férule d’un psychologue athée enfermé avec eux parce qu’il a été mis dans le secret (et interprété par Nanni Moretti lui-même), ils organisent un tournoi de volley-ball, avec comme objectif un peu idiot de redonner du courage au pape qu’ils croient enfermé dans sa chambre.

Ce qui gêne dans ce film, c’est d’abord ce temps à tuer qui n’est pas toujours bien utilisé. Les errements du pape deviennent vite répétitifs et son cheminement ne le mène à rien. Le personnage n’avance pas et se révèle très peu, les scènes dans lesquelles il promène son regard perdu de chien battu finissent par être vite lassantes. Du côté des cardinaux, ce n’est pas beaucoup plus intéressant : Nanni Moretti, sorte de Woody Allen au ralenti, se moque de la religion et de la psychanalyse et dresse des portraits de cardinaux assez sommaires puisqu’ils se retrouvent tous noyés dans une masse impersonnelle qui évoque plus les Schtroumpfs que des individus de chair et de sang.

En voulant leur rendre leur humanité, le réalisateur italien les a surtout infantilisé : ces gamins gentils et irresponsables, qui ont déjà fait de l’élection une mascarade ridicule, forment un bloc qui s’oppose au pape qu’ils ont choisi comme dans le Maillon faible, autant pour se protéger eux-mêmes que pour se débarrasser de lui. Ce pape, sorti de la masse, devenu subitement seul, ressemble lui aussi à un enfant, timide, incapable de soutenir les ambitions que ses parents (ou ses cardinaux) ont placé en lui. Un enfant qui fugue et supplie qu’on le laisse tranquille.

Nanni Moretti se moque, certes gentiment, de tous ses personnages, ce qui l’empêche de traiter sérieusement son sujet : l’absence du nouveau pape pourrait avoir des conséquences énormes et passionnantes, mais le réalisateur passe à côté, trop occupé à sa farce. La critique du pouvoir devient elle aussi plutôt puérile.

Habemus Papam se relève dans la scène finale, sans doute l’une des plus intenses de l’année. Un frisson parcourt alors la salle. On dirait que le film devrait commencer là, ou alors que tout ce qui a précédé était une introduction pour cette séquence. Dommage que le reste du film soit loin d’avoir la même puissance.

Note : 4/10

Habemus Papam
Un film de Nanni Moretti avec Michel Piccoli, Nanni Moretti, Jerzy Stuhr et Renato Scarpa
Comédie dramatique – Italie, France – 1h42 – Sorti le 7 septembre 2011

Les Valseuses

Avec plus de 5 millions d’entrées, Les Valseuses est l’un des plus grand succès français des années 70 et un film totalement culte qui décrit l’état de la jeunesse après 68, une liberté fabuleuse et forcément quelques dérives. A l’opposé des codes bourgeois, Jean-Claude et Pierrot ne vont nulle part, ils vivent l’instant, même s’il ne doit pas durer. Avec une intensité extraordinaire.

Synopsis : Liés par une forte amitié, deux révoltés en cavale veulent vivre à fond. Cette fuite sera ponctuée de provocations, d’agressions et de tendres instants de bonheur éphémère.

Les Valseuses - critiqueRarement un film a aussi bien capté l’insouciance. Les jeunes héros sont certainement désœuvrés, mais il y a en eux tant de liberté, d’anticonformisme, qu’on se met à les admirer, malgré leur inconscience, malgré leur relatif machisme, malgré leurs erreurs. Et justement, grâce à leurs imperfections.

Le film, très bien dialogué, très drôle, enchaîne les séquences magnifiques. Le début avec Ursula, tendre et amusant. Une scène de train où une petite bourgeoise (Brigitte Fossey) est ramenée à la vie et au plaisir. Les deux truands perdus dans une station balnéaire vide. Les deux mêmes découvrant la frigidité maladive de Marie-Ange.

Puis la rencontre avec Jeanne Moreau, belle et dramatique, une parenthèse grave et mélancolique qui confronte l’innocence des deux jeunes hommes aux désillusions qui viennent avec l’âge. Quelque chose d’horrible parcourt alors le film, comme une prise de conscience de l’insignifiance de la vie, qu’on pourrait résumer ainsi : faire l’amour et mourir.

Les Valseuses essaie d’oublier ce frisson d’angoisse pour reprendre sa route lumineuse vers le plaisir. Celui de la femme est affirmé dans un moment drôle et magique. Suit un meurtre inattendu qui rappelle la candeur des deux amis.

Les vols successifs de voiture (avec apparitions de Gérard Jugnot puis de Thierry Lhermitte) permettent au bonheur de reprendre le dessus sur les aléas de la vie et aux marginaux de se moquer des bourgeois et de leur vie étriquée. A ce titre, la rencontre avec Isabelle Huppert, toute jeune, est un moment de folie libératrice. Avec Les Valseuses, le sexe reprend ses droits : drôle, essentiel, excitant, stimulant.

Le film est aérien, parfois grave, souvent drôle, totalement libre mais traversé aussi de fulgurances plus pesantes. Un hymne au plaisir et au mouvement, une fureur de vivre à tout prix, une volonté de profiter à fond de chaque instant, car sinon il ne reste que de l’absurdité.
« On n’est pas bien? Paisibles? A la fraîche? Décontractés du gland? Et on bandera quand on aura envie de bander. »

Note : 9/10

Les Valseuses
Un film de Bertrand Blier avec Gérard Depardieu, Miou-Miou, Patrick Dewaere, Jeanne Moreau, Brigitte Fossey et Isabelle Huppert
Comédie dramatique – France – 1h55 – 1974

La Guerre est déclarée

Un jeune couple confronté au cancer de leur petit garçon de 18 mois. Un sujet très casse-gueule que Valérie Donzelli traite sans plonger dans le mélodrame ou le docu-fiction. La Guerre est déclarée est une belle histoire d’amour, un Roméo et Juliette du XXIème siècle. Un amour qui est forcément une tragédie, et une tragédie qui oublie (un peu trop) d’en être une. Un film-plume.

Synopsis : Un couple, Roméo et Juliette. Un enfant, Adam. Un combat, la maladie. Et surtout, une grande histoire d’amour, la leur…

La Guerre est déclarée - critiqueValérie Donzelli a la bonne idée de ne pas nous imposer son histoire vraie. Certes, c’est une histoire vraie et presque tout le monde le sait. Certes les interprètes reprennent leur propre rôle, certes le scénario est (forcément) très documenté. Mais le film en lui-même ne le mentionne jamais, au contraire La Guerre est déclarée s’éloigne constamment du cinéma-vérité pour imposer la fiction. L’histoire contée pourrait finalement être vraie ou fausse, elle est forcément vraie puisqu’il s’agit d’une oeuvre de cinéma. Ce qui s’est vraiment passé n’a que peu de rôle à jouer là-dedans, si ce n’est en tant qu’inspiration.

L’histoire vraie du film, ce n’est donc pas celle de Valérie Donzelli et de Jérémie Elkaïm, c’est celle de Roméo et Juliette. Le choix des prénoms n’est pas innocent : Roméo et Juliette, c’est déjà une autre histoire, celle de l’amour qui lutte. La réalisatrice n’a pas fini d’inscrire son film dans la fiction et dans l’universel, elle prénomme l’enfant Adam, le premier homme, forcément mythologique, à mille lieux de toute réalité palpable. La réalisation, très libérée, rapproche encore un peu plus le film de la fable enchantée : Valérie Donzelli se permet tout, plans inventifs, images magnifiées, scènes fantasmées, ralentis victorieux, même une partie chantée qui rappelle Christophe Honoré.

La musique est omniprésente (et particulièrement importante ici pour accompagner les émotions des personnages), les couleurs sont chatoyantes, même les personnages secondaires ont quelque chose d’irréel en eux, ils sont les archétypes bienvenus d’un univers où la réalité se ressemble et se surpasse, bref d’un univers de cinéma.

Pour renforcer cette impression de conte sur la lutte éternelle entre l’amour et la mort, l’histoire prend souvent appui sur des voix off qui comblent les ellipses ou expliquent les ressentis des personnages. On ne triche pas : La Guerre est déclarée n’est pas une histoire vraie, il y a entre nous et la fable un narrateur, et même plusieurs narrateurs, puisque trois voix se succèdent. Les héros sont plus que jamais des personnages plutôt que des personnes dont on ferait un biopic, Roméo et Juliette et Adam, et toute la bande qui les entoure, famille et amis, autant de personnages secondaires qui apportent la vie à cette histoire sans jamais nous détourner de l’essentiel : non pas la maladie d’Adam, comme essaie habilement de nous le faire croire le film, mais la lutte d’un couple, pour sauver leur fils certes, mais avant tout pour sauver leur amour. D’une certaine façon, toute l’histoire aurait été possible sans que l’enfant tombe malade. La maladie est un facteur aggravant, une situation qui exacerbe les problématiques quotidiennes d’un couple qui voudrait durer, un contexte qui place les difficultés habituelles de l’amour (égoïsme, temps qui passe et qui éloigne, enfermement, ennui, disputes, argent…) dans un état d’urgence absolue.

Alors non, Valérie Donzelli ne nous rend pas otage de l’histoire forcément poignante d’un gamin qui contracte une maladie grave. Elle a l’intelligence de désamorcer tout suspense quant à la survie d’Adam dès la première image du film. Oui, Adam survivra, La Guerre est déclarée ne sera pas un thriller sur un couple qui lutte pour la vie de leur enfant, ce sera l’histoire d’une autre guerre, l’histoire d’un amour et de ses difficultés, l’histoire d’une course effrénée contre la vie qui essaie toujours de nous rattraper, quand ce n’est pas la mort.

Car c’est bien ce qu’on retient de La Guerre est déclarée : Roméo et Juliette semblent passer le film à courir, autant pour sauver leur gamin que pour continuer à vivre malgré ce qui leur tombe dessus. Ils courent pour ne pas se laisser accabler, ils courent pour vivre et pour se rappeler qu’ils vivent, donc que tout est possible.

L’énergie de ce film est indéniable, il y a là quelque chose de différent et donc d’admirable dans le paysage du cinéma français. Que manque-t-il alors pour que ce soit un vrai chef d’oeuvre? Sans doute une mise en perspective plus audacieuse qui permette de dépasser l’anecdote et de vraiment toucher l’universel auquel aspire la réalisatrice.

La Guerre est déclarée est un film éminemment sympathique, rempli de scènes drôles, touchantes ou singulières, notamment lorsque Juliette part pour Marseille voir le neurologue, apprend la maladie de son fils, s’enfuit dans les couloirs de l’hôpital (les 15 plus belles minutes du film), puis se reprend et transmet la nouvelle qui se répand comme une traînée de poudre, multipliant les réactions d’effroi parmi les personnages. C’est frais, c’est lumineux, c’est pop et c’est un peu gadget aussi. Les séquences se succèdent à l’image de celle-ci, si légères que le film finit par manquer un tout petit peu de consistance.

La Guerre est déclarée est un beau film d’amour déguisé en drame familial et médical. Peut-être parce que dans chaque amour il y a l’espoir d’être une famille et la crainte que ça doive se finir. Chaque rencontre amoureuse est une déclaration de guerre contre tous les écueils qui vont forcément se présenter. La vraie guerre annoncée par le titre est là, le vrai suspense du film aussi : Roméo et Juliette peuvent-ils survivre (ensemble) à tout ce qui s’abat sur eux? La réponse, c’est ce film aérien et un rien insignifiant.

Note : 7/10

La Guerre est déclarée
Un film de Valérie Donzelli avec Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm et César Desseix
Comédie dramatique – France – 1h40 – Sorti le 31 août 2011

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