Archives Mensuelles: mars 2013

4 nouvelles sélections en festival pour Lifever!

Après le Festival Nouveaux Cinémas et le Festival Bobines Sociales (tous deux à Paris), 4 nouvelles sélections sont tombées coup sur coup pour Lifever!

Festival De l'autre côté du miroirLifever a été sélectionné dans les festivals suivants :

le Festival Fenêtre sur courts, festival international du film de court-métrage d’Avignon, qui a eu lieu du 15 au 17 mars 2013. Il a été projeté en compétition le 16 mars.

le Dau’Film Festival, festival de cinéma de l’Université Paris Dauphine, qui aura lieu du 8 au 12 avril 2013. Le film sera projeté le jeudi 11 avril à partir de 17h15 en Amphi 1 à Paris Dauphine (Place du Maréchal de Lattre de Tassigny, 75116 Paris).

Festi’Ciné, le festival du court-métrage en Lussacais, qui aura lieu du 12 au 14 avril 2013. Le film sera projeté le vendredi 12 avril à partir de 11h30 au lycée viticole Libourne-Montagne (7 Le Grand Barail, 33570 Montagne).

le Festival De l’autre côté du miroir, festival de court-métrage fantastique estival de Touraine, qui aura lieu à partir du 4 juillet 2013 (date et lieu exacts de projection du film encore inconnus).

De plus, Lifever a été sélectionné par un collectif  parisien de diffusion de courts-métrages, Les Soirées Disturb. Il sera donc projeté le jeudi 11 avril à partir de 19h30 à La Cantada II, 13 rue Moret, 75011 Paris, Métro Ménilmontant.

Donc, entre le le 11 et le 12 avril, 3 occasions de venir voir le film, de Paris à la Gironde. N’hésitez pas à venir le découvrir et le soutenir!

Synopsis de Lifever : Karine, 16 ans, vit seule avec sa mère. Chaque jour, elle discute avec son père, au téléphone ou par webcam. Un soir, la mère de Karine lui annonce que leur situation financière est devenue très précaire. Tout l’équilibre familial est remis en question. Il va maintenant falloir le lui dire. Mais lui dire quoi ? Et à qui ?…

Photo du film Lifever

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Cloud Atlas

Comme s’ils observaient la vie sur Terre depuis les confins du cosmos, Tykwer et les Wachowski décrivent un monde peuplé d’âmes en transit, passant d’un individu à l’autre, d’une époque à l’autre, dans une quête mystique qui définit l’humanité. Cette mise en image d’un concept métaphysique est intensément fascinante et captivante. Du cinéma grandiose et décomplexé.

Synopsis : Les destins connectés d’un notaire en 1849, d’un musicien en 1936, d’une journaliste en 1973, d’un éditeur en 2012, d’une serveuse clonée en 2144 et d’un berger après la Chute.

Cloud Atlas - critiqueL’extrême ambition de Cloud Atlas est d’exposer, grâce au cinéma, une théorie qui mêle métempsychose et transcendance, dans une formidable explosion de romanesque et de spectaculaire. Le film ne ressemble à presque rien d’existant, seul The Fountain de Darren Arnofsky présentait un projet un peu comparable.

En mêlant 6 époques, en choisissant une narration alternée dans laquelle les unes répondent aux autres, en faisant le pari quasi-systématique de donner à une dizaine d’acteurs autant de rôles que d’époques traversées par le film, les Wachowski et Tom Tykwer dressent une cartographie métaphysique de la réincarnation et du lien qui unit les âmes avec une évidence vertigineuse.

Pourtant, si le spectateur comprend presque inconsciemment que ces différentes aventures entrelacées sont profondément connectées entre elles, il lui faudra un véritable travail après la fin de la projection pour s’approprier un peu mieux les relations entre les âmes et leur évolution.

Chaque acteur incarne différents personnages mais une seule conscience qui évolue avec le temps dans un cheminement moral qui dépasse le cadre d’une simple vie humaine. Tous les parcours sont possibles, chaque décision d’un être se répercute, non pas seulement sur le monde, mais aussi sur lui-même : elle le prédispose pour ses choix à venir, dans cette vie ou dans la suivante.

La trajectoire complexe des âmes à travers les époques

[Mieux vaut avoir vu le film pour lire la suite de la critique].
Tom Hanks est d’abord un médecin véreux qui n’hésite pas à assassiner par cupidité. A son apparition suivante, il est le tenancier d’un hôtel, toujours intéressé par le profit qu’il peut tirer d’une situation. Mais il choisit tout de même de protéger son client, même s’il demande pour cela une compensation. On imagine qu’en 1973, l’argent n’est pas non plus étranger à sa position de chimiste impliqué dans un scandale nucléaire. Pourtant, sa rencontre avec Halle Berry (qu’il avait sans doute déjà aperçue en 1849 alors qu’elle était une indigène) remet sa vie en question. Par amour, il se range du côté du bien.

L’appât du gain (et de la gloire) motive toujours son personnage en 2012, et celui-ci n’hésite pas à tuer, comme il en avait déjà eu l’intention dans une vie antérieure. Mais d’un être calculateur et perfide, il est devenu une brute instinctive qui agit au grand jour. L’écrivain nous apparaît plus nuancé et plus courageux que le docteur qu’il avait été, bien que le côté sombre de son âme le conduise à un meurtre (exécuté d’ailleurs devant une incarnation discrète de son âme sœur, qu’il n’a pas eu le temps de côtoyer). On peut imaginer que cet amour pour l’argent l’a conduit à devenir un acteur vedette en 2144. Le parcours de son âme se termine alors qu’il est le héros de la dernière période du film. Toujours tenté par le démon niché en lui, Zachry retrouve la femme qu’il avait aimée en 1973. A son contact, et malgré sa lâcheté initiale et le goût du meurtre qui ne le quitte pas, il devient bon, sauve son âme sœur et se sauve lui-même.

Cloud Atlas, film d'aventures

Tom Hanks incarne donc sans cesse un personnage violent, souvent mû par la tentation (du meurtre et de l’argent notamment). Son âme semble lutter au cours des époques contre son avidité, aidée en cela par son amour « éternel » pour Halle Berry. Alors qu’il essayait d’assassiner Jim Sturgess dans la première partie du film, il est devenu son beau-frère dans la dernière, mais il n’arrive pas à dépasser sa peur pour lui sauver la vie et « effacer » son meurtre originel. Il devra encore lutter durant toute cette aventure, avec l’aide de Halle Berry, pour trouver la paix.

Halle Berry incarne une âme en lutte constante pour sa survie. Jeune femme noire effrayée par la violence de l’esclavage en 1849, elle est une juive en danger dans l’Ecosse de 1936, alors que le fascisme se déploie. En 1973, elle est une journaliste qu’on essaie de supprimer, tandis qu’elle lutte au sein de la rébellion (en tant que vieux médecin) en 2144. Elle doit enfin, dans la période finale du film, entrer en contact avec des hommes d’ailleurs si elle ne veut pas mourir, victime d’une radioactivité trop importante.

Avec le temps, elle est de plus en plus engagée pour aider la communauté à combattre les injustices ou simplement à survivre. Séduite par Tom Hanks dès qu’elle le rencontre, elle crée d’autres liens qui résistent aux époques : elle est aidée par deux fois par Doona Bae (clandestine mexicaine en 1973 et clone en 2144) et trois fois par Keith David (ami de son père en 1973, chef de la rébellion en 2144 et prescient dans la dernière période).

Jim Broadbent est un être médiocre, mou et inconstant qui s’affirme peu à peu. Capitaine de navire raciste et violent (mais qui change d’avis et épargne la vie d’un marin noir) en 1849, il est un compositeur jaloux et mesquin en 1936. Toujours lâche et égoïste en 2012, il y connaît pourtant sa pire aventure, ce qui le pousse peu à peu à s’affirmer, à se prendre en main et à devenir sympathique. Il réapparait ensuite dans la peau d’un musicien coréen puis dans celle d’un prescient.

Il sera aidé deux fois dans son parcours par Jim Sturgess, quand celui-ci (alors Adam Ewing) l’empêche de tuer un marin en 1849 et quand il le défend (dans la peau d’un supporter écossais) contre les nurses en 2012. Presque toujours lié à l’art, Jim Broadbent vit à deux reprises une relation compliquée avec Ben Whishaw qui cause à chaque fois sa perte. Celui-ci s’éprend de lui en tant que compositeur en 1936, histoire qui finit dans un bain de sang. Ils ont également eu une aventure en 2012 alors que Ben Whishaw est la femme de son frère, ce qui lui vaudra d’être enfermé dans une maison de retraite. Un lieu sera aussi associé à ses déboires : en effet, la maison de son tragique destin en 1936 continuera à le hanter : il y sera prisonnier en 2012.

Cloud Atlas, farce grotesque

Jim Sturgess est une âme qui se bat pour les autres et pour la liberté. Il acquiert cette vocation dès sa première aventure, alors qu’il réchappe de peu à un meurtre et qu’il prend conscience de l’horreur de l’esclavage. En 2012, c’est en tant que supporter écossais qu’il sauve quatre vieux qui essaient de s’enfuir de leur maison de retraite. Il est ensuite Hae-Joo Chang, résistant contre l’horreur du régime, luttant pour la libération des clones, quitte à avoir une relation d’amour interdite (comme il avait déjà eu une relation d’amitié jugée contre-nature en 1849). Dans la dernière époque, il est le beau-frère de Zachry, il lutte pour essayer de sauver son fils de la barbarie des Kona.

Tout comme Tom Hanks, il vit une histoire d’amour qui traverse les âges. Sa motivation pour survivre en 1849 est de retrouver sa douce Tilda, qui n’est autre que Doona Bae. Celle-ci décidera alors de l’aider dans sa quête de justice antiesclavagiste. Le même duo est associé en 2144 : Jim Sturgess sauve Doona Bae qui l’aidera dans son combat, tandis qu’ils tomberont amoureux. Notons par ailleurs qu’en 1973, lorsque Luisa Rey regarde un portrait des parents de Megan, la nièce de Sixsmith, le couple est encore une fois formé par Jim Sturgess et Doona Bae, comme l’évocation d’une autre époque où ils se sont aimés mais dont le film ne parle pas.

Doona Bae est justement une âme de potentialités, elle a besoin des autres pour se révéler et défendre la justice. Femme d’Adam Ewing en 1849, elle est en 1973 une clandestine mexicaine qui va aider Luisa Rey. Simple clone en 2144, elle devient porte-voix de la rébellion grâce à l’action de Jim Sturgess. Sa parole reste sacrée dans la période finale du film : la tribu sauvage l’a élevée au rang de déesse. C’est toujours par le regard des autres qu’elle s’affirme, passant petit à petit du statut de femme soutenant son mari à celui de divinité.

Cloud Atlas, film de science-fiction

Ben Whishaw ne trouve pas sa place dans la société. Constamment marginal et frustré, il finit souvent mal. Simple moussaillon en 1849, il est en 1936 un musicien prometteur dont l’homosexualité n’est pas acceptée et dont le talent n’est pas reconnu, ce qui le pousse à des décisions tragiques, et ce en dépit du soutien de son amour. Vendeur de disque en 1973, il est le garant de sa propre mémoire. Belle-soeur de Cavendish en 2012, il a eu une histoire avec lui (il avait déjà succombé au charme de Jim Broadbent en 1936) mais il vit une existence frustrée et sans bonheur. En tant que membre de la tribu primitive en 106 après la Chute, il poursuivra son destin tragique. Il est néanmoins le compositeur de la symphonie Cloud Atlas, un sextet qui lie le film.

Hugo Weaving sera un personnage constamment mauvais, de plus en plus actif et donc de plus en plus inquiétant. Toujours du côté du régime et de l’oppression, il est un beau-père esclavagiste en 1849, un nazi qui a rompu son amour pour une juive en 1936, un tueur à gages au service d’intérêts financiers inhumains en 1973, une nurse despotique en 2012, un soldat du régime en 2144, et carrément l’incarnation du mal présent en Zachry en 106 après la Chute. Il s’oppose par deux fois (en 1849 et en 2144) aux vues progressistes et égalitaires de Jim Sturgess et de Doona Bae (qui est d’abord sa fille, mais qui le tue en 1973, avant qu’il ne se venge et essaie de l’éliminer en 2144).

Hugh Grant représente à chaque fois une autorité violente et sans scrupule, un homme de pouvoir qui est toujours soutenu par son entourage et légitimé par sa communauté. Révérend raciste en 1849, il désapprouve l’amour « interdit » de deux hommes en 1936, avant d’être un dirigeant d’entreprise à la tête d’un complot nucléaire, puis un riche homme qui possède une maison de retraite et abuse de son pouvoir pour y faire enfermer ceux qui le gênent (en 2012). Il est en 2144 le manager du restaurant qui emploie des clones, et il est le chef de la tribu cannibale Kona dans la dernière époque. Représentant l’Eglise, le système éducatif, la finance, la bourgeoisie, le régime totalitaire ou la sauvagerie, son âme semble toujours chercher le pouvoir et profiter au maximum de sa position, sans s’encombrer d’aucune considération éthique. Il agit toujours suivant la loi du plus fort.

James D’Arcy, qui a la particularité de représenter deux fois la même personne à des époques différentes (et non pas deux incarnations d’une même âme), est un homme faible et influençable, qui peut facilement défendre les causes justes s’il est un peu guidé. Amant de Ben Wishaw en 1936, il est incapable de le sauver mais il aura la charge de transmettre sa symphonie. En 1973, devenu vieux, il est celui qui informe Halle Berry du scandale nucléaire grâce aux documents qu’il a accumulés. S’il ne fait qu’obéir aux règles en 2012 (en tant que gardien de la maison de retraite) et en 2144 (en tant qu’archiviste), sa rencontre avec Doona Bae le met sur la voie de la vérité. Pas plus qu’il n’a pu sauver Ben Wishaw en 1936, il ne peut aider Sonmi en 2144, mais il aura la tâche de conserver et de répandre son message. Pas de doute qu’il croit à son récit et qu’il occupera une nouvelle fois la fonction qu’il a souvent remplie : celle de passeur. Son rôle est la transmission de documents du passé pour ceux qui resteront après lui.

Cloud Atlas, thriller d'espionnage

Keith David n’est qu’un esclave discipliné en 1849. Toujours bon petit soldat en 1973, il retournera cependant sa veste au contact de Luisa Rey pour essayer de mettre à jour un complot. En 2144, il est devenu le chef des rebelles, et il sera un prescient important après la Chute. De plus en plus affirmé, de plus en plus conscient de ses responsabilités et de ses qualités, Keith David prend de l’ampleur au fur et à mesure pour lutter contre l’injustice. D’être dominé, il devient responsable du combat contre le régime autoritaire de 2144.

Le film comporte encore quelques autres personnages multiples (notamment Susan Sarandon et Zhou Xun), mais ce descriptif des âmes habitées par les acteurs principaux du film permet déjà de mieux appréhender la philosophie de Cloud Atlas et les évolutions possibles des différentes consciences. Si chacun a des prédispositions naturelles, ses choix au cours d’une vie ont des conséquences sur toutes ses vies suivantes. Une simple décision peut bouleverser le destin d’une âme et trouver de nombreux échos, dans la vie concernée ou dans les vies ultérieures, mais aussi dans la vie présente ou future des autres âmes.

Ainsi, les âmes peuvent suivre une progression logique et s’affirmer au fur et à mesure des existences (Doona Bae, Halle Berry, Keith David), évoluer radicalement grâce à des décisions qui les transforment (décisions prises au cours d’une vie : Jim Broadbent; ou à travers la succession des vies : Tom Hanks), ou bien reproduire inlassablement le même schéma (Hugh Grant, Hugo Weaving, Jim Sturgess). Rien n’est prédéterminé, chacun fait ses choix, qui modifient ou confirment sa trajectoire.

D’une âme à l’autre : les liens mystiques et la transmission

Si les âmes sont parfois liées au-delà d’une simple vie (par l’amour : Tom Hanks et Halle Berry, Jim Sturgess et Doona Bae…; par l’entraide : Hugo Weaving et Hugh Grant, Keith David et Halle Berry, Jim Broadbent et Jim Sturgess, Halle Berry et Doona Bae…; par l’antagonisme : Hugo Weaving et Doona Bae, Jim Sturgess et Hugo Weaving, Halle Berry et Hugh Grant…), d’autres liens peuvent être créés à travers le temps et dans le monde physique.

Cloud Atlas, film post-apocalyptique

Ainsi, le héros de chaque histoire est une âme différente, et il est à chaque fois sous l’influence des témoignages du héros qui le précède dans le temps. En 1936, Ben Whishaw-Robert Frobisher lit le journal écrit par Jim Sturgess-Adam Ewing en 1849. En 1973, Halle Berry-Luisa Rey lit la correspondance épistolaire de Frobisher et elle écoute la symphonie qu’il a composée. En 2012, Jim Broadbent-Timothy Cavendish lit le roman adapté du combat de Luisa Rey. En 2144, Doona Bae-Sonmi regarde le film adapté des aventures de Cavendish. Et en 106 après la Chute, Zachry écoute les préceptes de Sonmi qu’il prend pour une déesse.

L’individu sur lequel tout repose n’est donc pas forcément celui dont l’âme a déjà accompli de grandes choses. Dans Cloud Atlas, le progrès de l’humanité passe avant tout par la transmission, par le cours normal du temps, par ce que chacun découvre de ceux qui l’ont précédé et par les enseignements qu’ils lui ont laissés. Bien plus que le cheminement des âmes, c’est donc avant tout par ce que chacun accomplit au cours de sa vie et par ce qu’il donne aux générations futures que le monde évolue et que l’héroïsme se transmet. Chaque âme apprend au moins autant de la vie des autres âmes qui l’ont précédée dans le temps que de ses propres vies antérieures.

Certes chaque personnage principal est marqué d’une tâche de naissance en forme de comète qui semble indiquer qu’il est prédisposé à changer le monde. Oui, mais il n’y arriverait jamais sans les récits des autres hommes qui ont vécu et lutté avant lui. Si les âmes évoluent au cours de leurs transmigrations, si elles reconnaissent des âmes sœurs ou des âmes ennemies, elles se nourrissent surtout des autres âmes dont elles croisent la route (ou la mémoire) au cours de chaque vie.

Six intrigues et six époques : similitudes et spécificités

Si les âmes suivent un parcours fait d’embûches et de révélations, l’humanité dans son ensemble peut aussi progresser ou régresser. Dans Cloud Atlas, cette progression se fait en spirale : chaque époque répète les schémas de la précédente tout en se différenciant chaque fois un peu plus des origines. Les personnages sont toujours engagés dans des luttes similaires et pourtant ils changent à chaque fois le monde, lui donnant sa propre trajectoire.

Et en effet, les six histoires suivent un même plan d’ensemble. Chaque époque est le théâtre d’une aventure unique et pourtant, les résonances d’une intrigue à l’autre sont multiples. Il s’agit toujours pour le héros de lutter contre une double oppression, individuelle et collective, les deux pouvant être liées ou indépendantes. Ainsi, les héros doivent combattre tour à tour l’esclavagisme, l’homophobie (le Nazisme est aussi évoqué dans le second segment), le capitalisme féroce, les privations de liberté exercées par une maison de retraite, le régime futuriste coréen et des dérèglements environnementaux dangereux pour l’homme.

Cloud Atlas, film d'aventures

A chaque fois, une minorité est menacée, les noirs, les homosexuels, les juifs, les clients-consommateurs, les vieux, les clones, les prescients. Et à chaque fois, le héros doit aussi se battre contre une menace plus personnelle : un docteur essaie d’assassiner Adam Ewing pour s’emparer de son argent, un compositeur veut voler la symphonie de Frobisher, un tueur à gages veut supprimer Luisa Rey pour l’empêcher de fouiner, Cavendish doit fuir un écrivain à qui il doit de l’argent et qui menace de le tuer, Sonmi, étant elle-même un clone, doit fuir la police qui veut l’empêcher de s’émanciper, Zachry est doublement menacé, par le peuple barbare Kona, mais aussi par sa propre conscience qui le met sans cesse en danger.

Chacun est en danger de mort, que ce soit sans s’en rendre compte (Ewing), parce qu’il veut renoncer à la vie (Frobisher) ou parce qu’on essaie clairement de l’éliminer (Rey, Cavendish, Sonmi et Zachry). Tous reçoivent l’appui d’un ami qui réussit à les sauver (l’esclave Autua en 1849, Keith David en 1973, Susan Sarandon en 2012, Halle Berry dans la dernière époque) ou qui échoue (James d’Arcy en 1936, Jim Sturgess en 2144). Enfin, signalons que l’amour est à chaque fois l’une des motivations principales des personnages qui veulent changer le monde.

Pourtant, chaque morceau du film a aussi ses spécificités. Les segments de 1849 et de 2144 sont les récits de prises de conscience. Le héros (Adam Ewing ou Sonmi), menacé dans son intégrité physique, est guidé par un membre hostile au régime vers une élévation morale et vers le combat qu’il finira par mener. Dans l’épisode de 1849, on ne verra jamais le combat en lui-même : Adam Ewing a survécu à la mesquinerie des lâches, il s’en va défendre les opprimés. En 2144 au contraire, le combat ira à son terme. Et si Sonmi se fait arrêter, elle a l’occasion de se confesser et de convaincre une dernière fois du bien-fondé de sa cause. C’est dans cette histoire que la transmission est la plus évidente.

Cloud Atlas, drame psychologique

Les segments de 1936 et de 2012 ont la particularité d’être avant tout le théâtre de combats intérieurs. Ni Frobisher ni Cavendish ne se bat vraiment pour rendre la Terre meilleure ou pour sauver d’autres individus. Certes Frobisher est victime des préjugés dus à son homosexualité, et certes il essaie quand même de révolutionner le monde par l’art. Mais chacun est surtout confronté à ses démons intérieurs. Dépassés par les événements, incapables de lutter (du moins au départ), éloignés de leur amour, ils trouvent chacun une réponse différente à leur désespoir.

Le segment après la Chute est aussi l’occasion pour Zachry de livrer une terrible bataille contre lui-même. Mais son aventure trouve des résonances fortes avec celle de 1973 : alors que dans l’histoire de Luisa Rey, celle-ci déjoue un complot qui pourrait mener à une catastrophe nucléaire, dans le dernier segment, un désastre environnemental a visiblement bien eu lieu. Les radiations continuent à se propager, et s’il n’est plus question de prévenir le grand public de ce qui se trame, il s’agit d’arriver à communiquer avec d’autres êtres humains qui pourraient aider les terriens à ne pas succomber à la menace écologique.

L’enchaînement dans le temps de ces six histoires dessine pour l’humanité une évolution complexe et tourmentée. Il est toujours question de sous-hommes (depuis les noirs du XIXème siècle jusqu’aux tribus sauvages du futur en passant par les vieux et les clones) et de profit sans conscience (du médecin cupide aux gérants de Papa Song, pour qui les hommes sont toujours, au mieux, des marchandises, et au pire, de la nourriture). Quand Hugh Grant veut faire des bénéfices à tout prix en 1973, il mange l’homme et prépare déjà celui qu’il sera en tant que chef Kona. A vouloir toujours plus, les hommes se détruisent, cachant des processus basiques de domination (esclavage, meurtre, séquestration) sous la complexité rassurante de la modernité (capitalisme financier, maisons de retraite, clonage).

Cloud Atlas, survival post-apocalyptique

Un danger guette constamment, celui de tourner en rond : la dernière histoire se passe sur l’île où tout avait débuté en 1849. L’homme est redevenu sauvage, il est ramené là où tout a commencé. Pourtant, le progrès existe : en apprenant chaque fois des générations passées, les héros luttent pour la justice. D’autres hommes ont peut-être appris des erreurs passées. Pas étonnant que Cloud Atlas se termine sur un énième processus de transmission intergénérationnelle : dans le film, c’est là que réside la clé du progrès.

Une œuvre multiforme, originale, palpitante, monstrueusement ambitieuse

Seul un long décodage permet donc d’appréhender l’ambition des réalisateurs. Cloud Atlas est une expérience de cinéma unique, follement enthousiasmante quand enfin le support vidéo est utilisé pour raconter plus qu’une simple histoire déjà bien connue. Le montage permet à l’ensemble de trouver sa cohérence et au spectateur de se passionner pour chaque personnage. Même s’il ne comprend pas tout de suite tous les enjeux, il est constamment mis en tension, désireux d’embrasser instantanément la totalité des intrigues et de connaître immédiatement les différentes suites. Le film arrive presque à le satisfaire dans un déluge d’allers-retours, de sauts narratifs et de ponts visuels très excitants.

Cloud Atlas, une dystopie

Prises une par une, les six aventures sont intéressantes bien qu’assez classiques. Le futur coréen est une dystopie inquiétante qui reprend quelques éléments assez typiques de ce genre d’univers, et dans laquelle on reconnaît les obsessions des réalisateurs de Matrix : les clones accomplissent leur devoir parce qu’on leur dissimule la réalité des choses (comme les êtres humains dans Matrix), les rebelles vivent dans un monde du dessous crasseux et désordonné, l’humanité a besoin d’un messie pour lui révéler la vérité et l’amener à la rébellion, sans parler de la cruauté avec laquelle sont résolues les problématiques énergétiques. Les combats aériens et l’esthétique sombre et séduisante rappellent encore le chef-d’oeuvre des Wachowski.

L’avenir plus lointain est un retour aux sources déjà vu dans l’univers de la science-fiction, mais il s’agit sans doute de l’aventure la plus trépidante et la plus mystérieuse du film. On apprécie aussi beaucoup l’élégante absurdité de l’intrigue de 2012 (dans laquelle l’écrivain interprété par Tom Hanks représente enfin un contre-emploi étonnant pour l’acteur de Forrest Gump) et la recherche d’absolu artistique et sentimental de 1936.

Les deux intrigues les plus communes sont sans doute celles de 1849 et de 1973. L’histoire de Luisa Rey est assez ennuyeuse (une banale affaire de complot écolo-financier) mais elle est sauvée par quelques jolies séquences (un moment d’intimité troublant dans un ascenseur, un duel final sous haute tension et surtout une scène d’accident de voiture à couper le souffle) et par la solennité troublante du personnage de Tom Hanks. Quant à l’aventure d’Adam Ewing, elle est un peu statique, mais elle marque convenablement le point de départ des différents enjeux de Cloud Atlas.
Bien entendu, c’est l’assemblage des six segments qui donne au film son souffle et sa signification et qui en fait une aventure hors norme.

Cloud Atlas, comédie absurde

Certes le film ne comporte rien de profondément novateur dans le fond. Aucun des récits ne surprend vraiment. C’est dans sa forme explosée et dans ce qu’il a à raconter que Cloud Atlas parvient à trouver sa véritable originalité. Dans son utilisation des acteurs, dans l’extraordinaire variété des intrigues et des enjeux, dans la diversité de son propos et dans sa vertigineuse densité romanesque. Entre les aventures grandioses et trépidantes mises en scène par les Wachowski (1849, 2144 et 106 après la Chute) et les drames intimes et torturés menés par Tom Tykwer (1936, 1973 et 2012), Cloud Atlas se déploie comme un monstre de cinéma dont chaque facette enrichit les autres, semblant ainsi réinventer le film choral et lui donner une portée métaphysique inédite.

On pourrait aussi regretter quelques détails qui mettent à mal la crédibilité du système global du film (Doona Bae est présente deux fois en 1973, en tant que clandestine mexicaine et en tant que mère de Megan; les époques 1936, 1973 et 2012 ne sont pas assez éloignées les unes des autres pour qu’une même âme puisse y apparaître deux fois, par exemple Halle Berry, qui a la trentaine en tant que Luisa en 1973, et qui apparait au même âge en tant qu’invitée d’une réception en 2012; comment la réincarnation finale d’Hugo Weaving peut-elle être une simple vision dans l’esprit de Zachry?). On est cependant obligés d’admirer le défi immense relevé par les trois réalisateurs et par leurs techniciens. Jamais les maquillages ne manquent de crédibilité, les images sont souvent d’une beauté époustouflante, certaines séquences entrent immédiatement et pour très longtemps dans nos mémoires de spectateurs. Tout coule de source dans une mosaïque de décors et d’ambiances disparates et pourtant cohérents.

Avec un remarquable brio, les réalisateurs mélangent les genres et les époques. Entre le film d’aventure, le drame psychologique, le thriller d’espionnage, la farce grotesque, la science-fiction lugubre et le survival post-apocalyptique, Tom Tykwer et les Wachowski pourraient se perdre dans des tonalités trop contrastées. Au contraire, leur assemblage ressemble à la vie, et le plus grand miracle de Cloud Atlas est d’être à la fois si varié et si harmonieux.

Note : 9/10

Cloud Atlas
Un film de Lana Wachowski, Andy Wachowski et Tom Tykwer avec Tom Hanks, Halle Berry, Jim Broadbent, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Ben Whishaw, Doona Bae, Keith David, James d’Arcy, Zhou Xun, David Gyasi, Susan Sarandon et Hugh Grant
Science-fiction, Drame – USA – 2h45 – Sorti le 13 mars 2013

Passion

5 ans après l’étonnant Redacted, Brian De Palma revient sur nos écrans avec un thriller de manipulation et d’érotisme. Malgré quelques plans réussis et une véritable volonté de perdre le spectateur dans les dédales de la culpabilité, le réalisateur n’arrive pas à renouveler le genre et s’égare dans une histoire assez banale et superficielle.

Synopsis : Isabelle est fascinée par sa supérieure. Cette dernière profite de son ascendant sur elle pour l’entraîner dans un jeu de séduction et de manipulation, de domination et de servitude.

Passion - critiquePassion est un film presque stimulant et pourtant bancal. A l’image de ces plans filmés en angles inclinés, déroutants mais ostentatoires. Sans doute parce que l’histoire n’est pas au niveau et que le spectateur, sceptique d’un bout à l’autre, finit par trop regarder la forme et apercevoir les ficelles.

Les actrices jouent assez mal, les rapports de jalousie et de domination sont trop évidents, le film n’est ni assez sensuel, ni assez malsain (comme si le réalisateur se retenait pour rester tout public) et le suspense est un peu flou. Les multiples retournements de situation ne sont pas tous heureux et donnent parfois l’impression que De Palma s’amuse plus qu’il ne nous raconte une histoire.

Cependant, placer l’intrigue dans le milieu de la publicité est plutôt judicieux et offre quelques bonnes séquences. Et l’utilisation du split screen donne le meilleur moment du film, renforçant avec brio le brouillage des points de vue entrepris par le réalisateur (notamment avec un flou volontaire entre rêves et réalité).

La résolution du thriller bénéficie beaucoup de cette séquence en double écran. Dommage qu’il faille encore subir un chantage, un amour sans crédibilité, un double fantôme et une paranoïa supplémentaire. Le scénario ouvre hâtivement des tiroirs narratifs sans bien les exploiter. Brian De Palma voulait nous proposer un drame hitchcockien mais son histoire est trop banale.

Note : 4/10

Passion
Un film de Brian De Palma avec Rachel McAdams, Noomi Rapace et Karoline Herfurth
Thriller – Allemagne, France – 1h41 – Sorti le 13 février 2013

L’Artiste et son modèle

Prix du meilleur réalisateur au Festival de San Sebastian, nominé 13 fois aux Goyas, L’Artiste et son modèle a été acclamé en Espagne. Fernando Trueba livre un joli film sur le sens de l’art et celui de la vie quand celle-ci est bientôt terminée. La rencontre entre Jean Rochefort et Aida Folch est triste et lumineuse.

Synopsis : Été 1943, dans la France occupée. En hébergeant une jeune espagnole échappée d’un camp de réfugiés, un célèbre sculpteur découvre une nouvelle muse et retrouve le goût du travail.

L'Artiste et son modèle - critiqueD’un côté, l’artiste, un vieillard de 80 ans au crépuscule de sa vie, qui semble supplier le temps de lui laisser finir une dernière sculpture, un dernier chef d’œuvre. De l’autre, le modèle, une jeune fille d’à peine 20 ans, pleine d’ardeur et de curiosité, pleine de vie et d’impatience, et qui veut déjà lutter pour que le monde soit plus juste. C’est-à-dire, dans ces temps difficiles de la Seconde guerre mondiale, lutter contre les nazis, aider des juifs et des résistants à passer en Espagne.

Marc Cros est trop vieux. Il ne semble plus intéressé par le commerce des hommes. La guerre est une idiotie à laquelle il ne veut pas se mêler. Le temps se fait de plus en plus rare, il veut l’utiliser pour trouver la forme parfaite, la position d’un corps de femme qui ferait sens.

Certes L’Artiste et son modèle est un joli cours sur l’essence de l’art. Quand Marc explique à Mercè l’émotion qui émane d’un dessin de Rembrandt, quand il lui raconte qu’il cherche une idée, un regard personnel sur ce qu’il voit, quand il s’arrête au pied d’un arbre et en admire la puissance brutale, quand il s’excite aussi, passant de l’art à la vie, du plâtre au réel, dans tous ces moments d’échange, Jean Rochefort, parfait en calme torturé, semble nous définir les contours exigeants de l’œuvre d’art et de l’artiste, entre originalité et recherche d’absolu, entre grâce et souffrance, entre dialogue avec le monde et expression de la singularité du moi.

Mais le film est surtout l’histoire d’un adieu à la vie. Arrivé au bout du chemin, Marc connaît un dernier soubresaut grâce à sa rencontre avec Mercè. Elle le ramène un peu au monde qui souffre, aux hommes qui luttent. Elle est engagée, sensible, naïve, elle est vivante et lui communique un dernier souffle. Lui n’est déjà plus là, désimpliqué, résigné, replié sur lui-même. L’Artiste et son modèle est l’histoire d’une dernière rencontre, d’un dernier partage, d’un dernier amour sans doute, des bouts de transmission, des restes d’émotions. La vie semble s’agiter une dernière fois avant de partir. Dommage que le film manque d’originalité et de mordant pour nous transmettre vraiment ce dernier éclat d’existence. Un rien figée, la mise en scène de Fernando Trueba semble avoir déjà passé la ligne.

Si l’art a rarement été aussi bien expliqué au cinéma (peut-être parfois de manière un peu didactique), le plus fascinant ici est la représentation délicate du mouvement de la vie, happée par la mort, quand certains s’en vont, se transformant en souvenirs, tandis que d’autres commencent à peine leur histoire. Dans un très beau noir et blanc nostalgique, le film s’affirme comme le portrait d’un passé qui s’éteint. Alors la flamme vacille, l’espoir se meurt, il n’y a plus rien à accomplir qui ne soit déjà derrière nous.

Note : 6/10

L’Artiste et son modèle (titre original : El artista y la modelo)
Un film de Fernando Trueba avec Jean Rochefort, Aida Folch et Claudia Cardinale
Drame – Espagne – 1h45 – Sorti le 13 mars 2012

Syngué Sabour – Pierre de patience

Lauréat du Prix Goncourt 2008 pour Syngué Sabour, Atiq Rahimi adapte son oeuvre au cinéma avec l’aide du scénariste Jean-Claude Carrière. Le résultat est très littéraire, la mise en image statique et théorique d’un monologue sans surprise. Concernant la difficile émancipation de la femme dans les pays musulmans, on préfèrera encore Wadjda et son charme romanesque.

Synopsis : Au pied des montagnes de Kaboul, un héros de guerre gît dans le coma ; sa jeune femme à son chevet prie pour le ramener à la vie. Au fur et à mesure, sa parole se libère…

Syngué Sabour - Pierre de patience - critiqueElle n’a pas de prénom, Lui non plus. Elle est la Femme, Il est l’Homme, les dialogues sont impersonnels car l’histoire se veut universelle. Syngué Sabour est un long pensum sur la condition de la femme dans les pays musulmans traditionalistes.

Le film prend la forme d’un monologue proche de la voix off. Elle profite qu’Il est dans le coma pour s’exprimer et prendre du plaisir. Deux choses qui sont habituellement refusées à la femme : la liberté de parole et la jouissance. Atiq Rahimi orchestre un retournement de situation : la femme-objet est devenue autonome, au contraire son mari n’est plus qu’une simple pierre de patience.

Alors Elle parle, Elle se confie, Elle se raconte, Elle qui était jusque là réduite au silence et à la misère affective. Le récit est d’un didactisme très appuyé. Le film est prisonnier de son dispositif théâtral et illustratif.

Le roman est plus récité et mis en image qu’adapté en œuvre de cinéma. Le fait qu’on comprenne au bout d’un quart d’heure le grand secret de la Femme, qu’elle mettra tout le film à révéler, n’arrange rien. Le spectateur devient lui-même la pierre de patience. Il absorbe le texte silencieusement.

Syngué Sabour n’est pas vraiment raté, Golshifteh Farahani est convaincante, son parcours est intéressant, quelques plans sont pertinents mais le film ne prend pas vie, il reste coincé dans sa théorie. Tout cela manque de romanesque, de corps, de consistance pour que se dissipe la désagréable impression d’assister à un exposé statique.

Note : 3/10

Syngué Sabour – Pierre de patience (titre original : Syngué Sabour)
Un film de Atiq Rahimi avec Golshifteh Farahani, Hamidreza Javdan et Hassina Burgan
Drame – France, Allemagne, Afghanistan – 1h42 – Sorti le 20 février 2013

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