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Bon à Tirer (B.A.T.)

Un film de Bobby et Peter Farrelly avec Owen Wilson et Jason Sudeikis
Comédie – USA – 1h45 – Sorti le 27 avril 2011
Titre original : Hall Pass
Synopsis : Rick et Fred, mariés mais obsédés par les autres femmes, se voient accorder par leur épouse un « bon à tirer », 7 jours hors mariage pour faire tout ce qu’ils veulent…

Bon à TirerLe nouveau film des Frères Farrelly est bourré d’idées, plus ou moins bonnes. Le film propose quelques situations franchement amusantes. Quand Rick et Fred parlent à coeur ouvert de leurs fantasmes sexuels sans se douter qu’ils sont filmés et regardés par leur femme et leurs amis atterrés, quand ils photographient mentalement les courbes d’une jeune inconnue, quand ils prennent des leçons de drague en discothèque (scène particulièrement réussie), le spectateur s’amuse d’une société puritaine dans laquelle la frustration est omniprésente.

D’autres séquences manquent cruellement d’inventivité, certains gags sont ennuyeux et parfois même affligeants. Quand les compères prennent du space cake ou quand leurs femmes se font draguer, les lieux communs s’enchaînent grossièrement.

On compatit cependant au destin de Rick et de Fred, coincés entre leurs obligations familiales et leurs désirs impies. Le film est au départ une critique assez juste du mode de vie bien-pensant et hypocrite qui pousse l’homme et la femme à se mentir pour préserver les apparences. Mais après avoir décrit la guerre des sexes qui naît d’un schéma de vie étriqué, les réalisateurs de Mary à tout prix reculent et dressent l’éloge du mariage, de la famille, de la fidélité, du renoncement, voire de la virginité. Tout ce beau programme, présenté finalement comme un moindre mal, devient vite réactionnaire. Le mensonge apparait comme une nécessité et le bonheur est réduit à un consensus silencieux dans lequel chacun continue à fantasmer en secret.

Dans Bon à Tirer, les hommes sont des branleurs qui gagnent de l’argent et les femmes des mères de famille modèles ou des pin-up. Quand les frères Farrelly sont moralisateurs, on rit parfois mais au final, on est surtout effrayé par le modèle américain, conservateur et fier de l’être.

Note : 3/10

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Minuit à Paris

Un film de Woody Allen avec Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard…
Comédie – USA – 1h34 – Sorti le 11 mai 2011
Titre original : Midnight in Paris
Synopsis : Un jeune couple d’américains se rend pour quelques jours à Paris. La magie de la capitale ne tarde pas à opérer sur le jeune homme.

Minuit à ParisQuand Woody Allen sort un film, on se demande toujours si on va tomber sur un petit moment agréable, un vrai bon film ou une perle. Mettons fin tout de suite au suspense : Minuit à Paris est un film majeur de la filmographie du cinéaste, sans aucun doute le meilleur depuis Match Point.

Et le spectateur parisien sera tout heureux de voir le réalisateur new-yorkais si inspiré par la ville lumière. On attendait de Woody Allen une représentation carte postale fatigante (et sans doute fatiguée) de Paris. Il n’en est rien. En un générique de début qui prend volontairement son temps, le film épuise toute la beauté romantique et pompeuse des monuments parisiens. Oui, il s’agira bien d’une carte postale, mais ce ne sera pas le cadre du film, ce sera son sujet.

Paris est la ville de l’amour, de l’art, du progrès et des poètes maudits. Paris est la ville des marginaux, mais c’est aussi la ville du luxe, la ville-musée que visitent ces riches américains conservateurs, satisfaits du confort pittoresque qui leur est offert dans les hôtels bourgeois. Paris est l’une des capitales de l’occident du XXIème siècle, où règnent la vitesse, l’hypersociabilité, l’hyperconsommation et l’individualisme. Mais Paris est aussi le meilleur endroit pour fuir cet univers.

C’est en tout cas ce que pense Woody Allen, qui s’amuse comme un fou à emmener le spectateur dans une farce grandiose où tout est carte postale et où pourtant, la vérité surgit, véritable joyau serti d’émotion, d’humour, de remise en question et d’envie de vivre. Minuit à Paris est une ôde à la réflexion, à l’art, à la poésie, aux discussions et aux coeurs enflammés. C’est un film qui révèle l’importance de notre histoire, personnelle et collective, l’importance de l’histoire d’un lieu, qui continue à l’habiter à jamais. Paris aujourd’hui, c’est la superposition de tout ce qu’a été Paris jusqu’à aujourd’hui, comme nous sommes la superposition de tout ce que nous avons été depuis notre naissance et de tout ce qu’ont été les hommes avant nous.

Nous avons plus que jamais besoin de notre passé, non pas pour vivre à reculons mais pour progresser. Minuit à Paris est alors un appel au combat plutôt qu’à la fuite : nous devons faire face, vivre notre présent et l’améliorer de tout nos rêves, qu’ils nous viennent de notre histoire ou de notre imagination.
La fable est d’un optimisme tranquille rare chez le réalisateur, comme si celui-ci avait adhéré au programme moral de Barack Obama : Yes, we can. Owen Wilson reprend parfaitement le flambeau des héros alleniens, Marion Cotillard, charmante comme jamais, livre l’une de ses performances les plus remarquables, et si les dialogues sont trop explicatifs sur la fin, on est pris jusqu’au bout dans le tourbillon d’un scénario d’une rare finesse.

Si le message est magnifique, le moment passé devant le film est magique, romantique et intellectuel. Paris et ses clichés. Et c’est au beau milieu de ces clichés que Woody Allen les transcende et met à jour ce qu’ils dissimulent : une part de vérité et une part de rêve.

Note du film : 8/10

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