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Stoker

Premier film américain pour le réalisateur sud-coréen Park Chan-Wook. Le majeure partie du film est la mise en place glaçante d’un thriller familial qui lorgne du côté de Hitchcock. Certes, le tout n’est pas complètement abouti, mais on prend un plaisir franchement coupable à goûter cette fable amorale, perverse et jouissive, sur la libération progressive des instincts enfouis.

Synopsis : Après la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, voit un oncle dont elle ignorait l’existence, venir s’installer avec elle et sa mère.

Stoker - critiqueLes vampires sont inquiétants, dangereux, effrayants et… terriblement séduisants. Depuis le Nosferatu de Murnau, qui malgré son visage repoussant, réveillait le désir de la jeune femme d’Hutter, jusqu’à Edward Cullen, le héros de Twilight, qui provoque chez Bella une passion irrésistible, ces créatures de la nuit ont toujours symbolisé les pulsions sexuelles enfouies, les tentations interdites.

Le thème du vampire fut popularisé par le roman Dracula, écrit à la fin du XIXème siècle par… Bram Stoker. Park Chan-Wook, dont le dernier long métrage, Thirst, suivait justement le parcours d’un vampire, n’a pas choisi le titre de son premier film américain par hasard : sous ses faux airs de drame familial, Stoker est une histoire de vampire déguisée.

Pas étonnant que ce thème intéresse le réalisateur d’Old Boy, lui qui a toujours été inspiré par les relations ambigües, les attirances malsaines et les explosions de violence qu’on ne peut pas refouler.

Dans Stoker, ce qui frappe d’abord, c’est l’esthétique glaciale. Tout est d’une beauté froide fascinante et menaçante, l’oncle Charlie bien sûr, mais aussi les acteurs, Nicole Kidman, Mia Wasikowska et Matthew Goode filmés de manière à mettre en valeur leur visage parfait, leur regard perçant, l’harmonie quasi surnaturelle de leurs traits. Leurs gestes sont élégants, leurs déplacements sont majestueux. Jusqu’à la maison et le jardin de la famille Stoker, tout ce qui les entoure paraît trop propre, trop symétrique, revêtu d’une étrangeté magnétique.

C’est que la mise en scène est au diapason : les plans coulent avec assurance et délicatesse, les cadres sont imposants, les mouvements de la caméra sont hypnotisants et hyper maîtrisés. Park Chan-Wook livre un film d’une folle beauté plastique. L’image est en papier glacé, sublime jusqu’à nous étouffer. Dans le thriller qui s’installe, le réalisateur coréen sait nous donner l’impression que le piège se referme petit à petit, tel un chant de sirènes, d’autant plus envoûtant qu’on avance vers elles. Captivés, nous devenons vite captifs.

Une étrangeté magnétique

Certains plans sont remarquables. La tension sexuelle est palpable dans une magnifique séquence de piano (sur un morceau composé par Philip Glass). Les scènes de repas sont terribles d’humour noir et de cruauté. Et la chasse est une très belle idée, dont l’importance est cruciale pour l’intrigue.

Pourtant, le scénario manque un peu d’inventivité et les révélations finales nous sont offertes d’un coup d’un seul, ce qui minimise forcément leur portée. C’est le talent du réalisateur d’avoir néanmoins réussi à nous tenir en haleine d’un bout à l’autre. A nous charmer presque malgré nous par cette histoire plus décevante que prévue dans sa construction un peu mécanique.

On aime cependant la perversion du cinéaste, son goût pour le malsain, la manière dont il joue avec nos repères et nos attentes. A tel point qu’on aurait préféré une autre fin, plus immorale, plus séduisante encore.

Envie de sang, envie de sexe.

Stoker est un film qui réveille nos envies les plus inavouables. Envie de sang, envie de sexe. L’essence même de l’attraction qu’exercent depuis plus d’un siècle les vampires qui peuplent notre imaginaire. Park Chan-Wook présente une lecture plus animale et moins fantastique du mythe. Quelque part en nous réside un vampire, qu’on essaie de tenir en laisse, et qui pourrait bien un jour se réveiller.

Note : 6/10

Stoker
Un film de Park Chan-Wook avec Mia Wasikowska , Matthew Goode et Nicole Kidman
Thriller, Drame – USA, Royaume-Uni – 1h40 – Sorti le 1er mai 2013

Rabbit Hole

Après Moulin Rouge et The Hours, Nicole Kidman décroche avec Rabbit Hole sa 3ème nomination pour l’oscar de la meilleure actrice. Et on ne peut pas nier qu’on a plaisir à la revoir dans un vrai rôle de cinéma. Il manque pourtant un petit grain de folie ou de passion pour rendre le drame palpable. Le scénario, trop lisse, accouche d’un film un peu pâle.

Synopsis : 8 mois après la mort de leur fils, Howie et Becca essaient de s’en sortir, lui grâce à des groupes de soutien, elle en effaçant les souvenirs les plus envahissants.

Rabbit Hole - critiqueOn reconnait ici la sensibilité de John Cameron Mitchell. Comme dans Shortbus, il parle de la solitude, de la difficulté à communiquer, à rencontrer l’autre, à soulager l’autre. Il y a dans les deux récits la même sobriété, la même douceur, la même amertume, l’envie de trouver une solution, par exemple au sein de groupes de partage.

Mais dans Rabbit Hole, le réalisateur s’est contenté d’une histoire très classique (le deuil pour deux parents de leur petit garçon renversé par une voiture huit mois plus tôt) et s’est presque effacé derrière.

Si le film est touchant par moments, il reste trop refermé sur lui-même pour trouver le spectateur. Comme le couple dont il raconte l’hisoire, Rabbit Hole semble bloqué dans un mutisme agaçant qui ne nous permet pas d’adhérer à un scénario par ailleurs assez banal.

Il manque la folie communicative, la dérision et l’exubérance de Shortbus pour que Rabbit Hole soit vraiment une expérience forte. En leur absence, il ne reste qu’un mélo certes habile, mais ordinaire.

La plus belle surprise du film est la petite bande dessinée qui lui donne son nom. Elle est amenée dans le film avec finesse, tout comme le personnage qui la crée. Et si l’idée qu’elle représente n’a rien de foncièrement original ni de forcément vrai comme le fait croire le film (les univers parallèles trouvent ici une justification scientifique erronée, à savoir le caractère infini de l’univers, qui n’est clairement pas démontré par la science), elle offre à la mère endeuillée l’espoir d’un ailleurs où elle est heureuse, et au spectateur une illustration assez jolie d’une idée aussi poétique que pas totalement impossible.

Il manque cependant à ce film sur le deuil le petit plus qui en ferait un film différent, peut-être une présence accrue de son auteur. En l’état, on ne peut que rêver à un univers parallèle où Rabbit Hole serait un grand film.

Note : 4/10

Rabbit Hole
Un film de John Cameron Mitchell avec Nicole Kidman, Aaron Eckhart et Dianne Wiest
Drame – USA- 1h32 – Sorti le 13 avril 2011

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