Archives Mensuelles: juin 2011

Pater

En compétition officielle au dernier festival de Cannes, Pater était présenté comme l’objet cinématographique le plus bizarre de la sélection. Difficile en effet de définir le genre du film. Alain Cavalier interroge la forme cinématographique et les jeux de masque politiques en frottant l’une à l’autre leur part de vérité et leur part de fiction. Déroutant et étrangement limpide.

Synopsis : Pendant un an ils se sont vus et ils se sont filmés. Le cinéaste et le comédien, le président et son 1er ministre, Alain Cavalier et Vincent Lindon.

Pater - critiqueRéalité et fiction. L’histoire toute entière est tendue entre ces deux pôles, depuis la Bible et l’Iliade jusqu’aux journaux télévisés de 2011. Qu’est-ce qui s’est vraiment passé et qu’est-ce qui a été romancé? L’art étant d’une certaine manière l’imitation ou la réinterprétation du vrai, l’histoire de l’art est à plus forte raison encore partagée entre ces deux couches d’existence : ce qui est vrai indépendamment de l’homme et ce que l’homme rend vrai par son imagination.

Le cinéma, en ce qu’il reproduit l’image et le son, qu’il permet de raconter une histoire et d’incarner des personnages, rapproche encore plus la fiction de la réalité en immergeant le spectateur dans un univers inventé et en le lui présentant comme absolument vrai.

De nombreux cinéastes ont choisi de casser cette immersion en révélant les artifices du cinéma, en les jetant à la face du spectateur. Ainsi, Jean-Luc Godard jouait avec le son et imposait à son spectateur de se distancier de l’histoire qu’il racontait, notamment dans Made in USA ou Alphaville. Ainsi les personnages de Woody Allen s’adressent parfois directement au spectateur, accentuant le flou qui existe toujours dans les films du cinéaste new-yorkais entre ses personnages et sa vraie personnalité. C’est dans ce dialogue ininterrompu, dans l’histoire de l’humanité, dans l’histoire de l’art et dans l’histoire du cinéma, entre la réalité et la fiction, que vient s’insérer Pater. Alain Cavalier apporte à ce sujet fondamental un nouveau traitement, de nouvelles pistes de réflexion, il ouvre de nouvelles portes et brouille encore un peu plus la frontière infime qui existe entre ce que ce que l’homme crée et ce qui est créé indépendamment de lui. Entre l’histoire telle qu’elle s’écrit et l’histoire telle que nous l’écrivons.

Ainsi, Pater serait une fiction dans laquelle on a laissé des bouts de making of, ou dans laquelle on n’aurait pas pris la peine de cacher les coulisses. Pater raconte alors simultanément deux histoires, celle, fictive, d’un président choisissant un nouveau premier ministre pour porter une mesure sociale ambitieuse et celle, plus réelle (mais filmée et montée, donc forcément fictive aussi) d’un acteur et d’un réalisateur portés par un projet de film politique aux contours flous, évoluant tous deux en plein processus créatif.

Jusqu’à démontrer que ces deux récits ne sont que deux faces d’une seule et même histoire, que la fiction et la réalité ne sont que deux moments d’une même démarche : décoder le monde qui nous entoure. C’est avec une habileté déconcertante que Alain Cavalier montre sans cesse que cette histoire de président et de premier ministre est une comédie, un jeu, une création, sans jamais la rendre moins crédible. Peu importe si on voit les ficelles, tant qu’on accepte d’y croire. A l’heure où les effets spéciaux deviennent de plus en plus performants, pour permettre au spectateur d’être convaincu que tout ce qu’il voit est vrai, Alain Cavalier montre à quel point cette recherche du mimétisme est vaine. Le vrai peut éclater, même quand on nous rappelle tout au long du scénario qu’on est devant un film. Peu importe que l’acteur se transforme en personnage sous nos yeux, peu importe qu’il commente son rôle juste après, peu importe que nous voyons les caméras et les décors, l’essentiel n’est pas là. La peinture n’a pas besoin de ressembler à de la photographie pour transmettre la vérité d’un instant. Le cinéma n’a pas forcément besoin de cacher ses procédés pour emmener le spectateur dans une intrigue.

Le jeu de rôle devient vite troublant : parfois on ne sait plus si c’est l’acteur ou le personnage qui parle, et bien vite on comprend qu’il n’y a plus de différence entre les deux. Vincent Lindon se verrait bien premier ministre, et le premier ministre fictif est avant tout un acteur perdu au milieu d’intrigues politiques. Le cinéma est un jeu de rôle, la politique est un jeu de rôle, la vie est un jeu de rôle. Quand Vincent Lindon, l’homme, se prépare à sortir de chez lui le matin, quand Vincent Lindon, l’acteur, se prépare à livrer une performance devant une caméra, quand l’homme politique met son costume avant de devenir un personnage publique, quand il se prépare pour une intervention médiatique, il s’agit toujours de la même chose : revêtir une carapace, se parer d’un autre soi, plus fort, plus distant, mieux protégé. Jusqu’à ce que cet autre soit forcément nous-même. Car entre réalité et fiction, entre être et paraître, entre l’homme nu et l’homme en costume, il n’y a qu’un film presque transparent, une frontière réelle et fictive, une illusion.

Grand jeu de doubles, la fiction double la réalité, le personnage double l’acteur et l’autre double le soi. Si le cinéma peut concilier vérité et imagination, c’est la politique qui se doit de concilier l’individu et la collectivité, nous et les autres. Pater est un anti-La Conquête, il ne s’agit pas ici de parler des apparences politiciennes  comme dans le film de Xavier Durringer, mais d’explorer l’essence même de la politique. Viser le bien commun, lutter pour ses convictions, même quand les citoyens refusent une mesure essentielle de justice sociale. Le salaire maximum est une mesure éthique et évidente mais bien compliquée à faire accepter. La Conquête résumait des faits politiques sans leur donner aucun relief, Pater imagine une nouvelle démarche et n’hésite pas à impliquer son acteur, son réalisateur, son spectateur.

Tous, nous sommes des possibles premiers ministres. Vincent Lindon trouve ça incompréhensible qu’on ne lui demande pas son avis sur la façon de gérer le pays. Alain Cavalier invite chacun de ses spectateurs à se confronter à cette même incompréhension. Tous, nous devons donner notre avis, participer, car tous, nous sommes citoyens, premiers ministres en puissance, que ce soit la puissance du réel ou celle de la pensée. Pater est un appel à l’engagement car tous, nous sommes concernés.

Alain Cavalier propose une réflexion étrange, un film hybride entre le documentaire, le drame politique et le film de potes (ou de famille). C’est dans cette dernière partie que Pater pêche un peu. En voulant explorer un autre double, celui du père, en voulant parler des plaisirs de la vie et notamment de ceux de la table, le film s’alourdit d’idées et d’instants pas vraiment essentiels. Pater, déjà riche, n’avait pas besoin de cette facette qui ralentit à plusieurs reprises le déroulement du jeu. On regrette d’autant plus ces baisses de rythmes qu’elles nuisent légèrement à la fluidité d’un film par ailleurs très accessible malgré l’importance du propos.

Pater se termine en doublant la dernière scène, en confondant une bonne fois pour toute l’intrigue politique et l’intrigue cinématographique. « J’y croyais vraiment et pourtant ce n’est pas la réalité, ce n’est qu’un film » nous dit Alain Cavalier. A quoi Vincent Lindon répond : « c’est la réalité, c’est un film. »

Note : 7/10

Pater
Un film de Alain Cavalier avec Vincent Lindon et Alain Cavalier
Comédie dramatique – France – 1h45 – Sorti le 22 juin 2011

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Thor

Une légende scandinave, des mortels et des Dieux, Natalie Portman… Kenneth Branagh avait tous les ingrédients pour faire un film intéressant. Raté! Thor ressemble à n’importe quel film bâclé de super-héros : c’est niais, stéréotypé et convenu.

Synopsis : Au royaume d’Asgard, Thor déclenche, par sa témérité, une guerre ancestrale. Banni et envoyé sur Terre par son père Odin, il est condamné à vivre comme un humain.

Thor - critiqueThor, c’est deux films en un. Le premier est un drame shakespearien mis au centre d’un combat intergalactique. L’univers du mythe est sympathique, on est bien loin ici du film de super-héros, il s’agit plutôt de luttes légendaires et de space opéra. Le second film ressemble plus à un film de la franchise Marvel, à l’exception près que le héros, au lieu de découvrir ses superpouvoirs suivant le schéma classique, découvre au contraire qu’il n’en a plus.

Malheureusement, cette seconde partie se veut drôle et même si on est bien obligés de se fendre d’un sourire convenu de temps en temps, les personnages sont super plats (pauvre Natalie Portman), les situations mille fois déjà vues et les gags plongent le film dans la farce complaisante : tous les moyens sont bons pour que le spectateur passe un bon moment. Cette partie de l’histoire semble aussi devoir légitimer que derrière la mythologie nordique puisse se cacher le fonctionnement réel de notre univers. Citation d’Arthur C. Clarke à l’appui : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. » C’est toujours sympathique et en même temps tellement connu que Kenneth Branagh semble vouloir mettre la science-fiction élémentaire à la portée de la ménagère de 50 ans (la fameuse).

Dommage que dans le premier des deux films (celui dans l’espace), le seul à bénéficier d’une intrigue, les maladresses scénaristiques soient si abondantes et les personnages si stéréotypés. On aurait aimé accrocher plus à cette légende scandinave mais les rouleaux compresseurs hollywoodiens sont passés par là.

Note : 2/10

Thor
Un film de Kenneth Branagh avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Anthony Hopkins, Tom Hiddleston et Stellan Skarsgard
Fantastique – USA – 1h54 – Sorti le 27 avril 2011

Made in USA

Jean-Luc Godard expérimente. L’impérialisme américain, le Vietnam, le Tiers-monde, Mehdi Ben Barka : les années 60 sont décortiquées, tout propos devient forcément politique, le cinéma se met à nu et s’interroge lui-même. Made in USA est follement ambitieux et particulièrement pénible. Intrigant, passionnant, mais englué dans un formalisme qui crée et brouille le sens.

Synopsis : Paula Nelson recherche son fiancé, Richard Politzer, journaliste. Elle le retrouve mort, de mort violente. Elle décide d’enquêter, à la manière d’Humphrey Bogart.

Made in USA - critiqueDans Made in USA, Godard adapte Le Grand Sommeil d’Howard Hawks en remplaçant le détective Humphrey Bogart par la femme des années 60 : Anna Karina. Il y ajoute aussi le contexte politique de sa décennie : il évoque l’affaire Ben Barka, le colonialisme, le capitalisme, l’impérialisme, l’hégémonie américaine, mais aussi l’existentialisme et l’absurde.

Un film absurde, duquel on ne comprend plus bien l’intrigue (qui n’a finalement que peu d’importance), et pourtant de l’absurde essaie de s’échapper un sens véritable : les personnages dissertent et l’intrigue est elle-même entrecoupée de discours politiques. Le sens, ce sont les personnages qui essaient de se le donner, et avant tout Paula Nelson / Anna Karina qui passe beaucoup de temps à s’expliquer à elle-même (ou bien au spectateur) que sa quête poli(cière/tique) donne sens à sa vie. Le sens, c’est aussi le spectateur qui essaie de le donner à un film a priori absurde. Telle est la vie : dépourvue de signification. Et c’est l’homme/spectateur (ou la femme/personnage) qui doivent lutter pour en trouver/donner un.

On ne s’y trompera pas, « Ou cette vie n’est rien, ou bien il faut qu’elle soit tout ». Ou ce film n’est rien, ou bien il faut qu’il soit tout. Ou bien on se laisse envahir par l’absence de sens, et on oublie Made in USA immédiatement, comme on oubliera notre vie seulement quelques jours après notre mort. Ou bien ce film doit être tout, romanesque, politique, métaphysique, comme notre vie, en dehors de laquelle il n’existe rien.
« En envisageant de perdre [la vie], plutôt que de la soumettre à l’absurde, j’installe au cœur même de mon existence relative, une référence absolue, celle de la morale… ». Voilà le véritable sujet du film. Made in USA est une cacophonie, sonore et visuelle, un tourbillon brouillon qu’on a beaucoup de mal à suivre et à comprendre, comme la vie. Une complète absurdité, comme la très belle scène du bar, digne du théâtre de Bekcett. Là, on disserte sur le sens des choses, et avant toute chose sur celui des mots, qui sont les seuls à pouvoir donner sens et qui mènent pourtant forcément à l’absurde si on les utilise complètement. Et malgré tout, au lieu de se laisser faire, au lieu de se laisser emmener par les flots de l’absurdité, on peut choisir de donner un sens à notre vie, une morale. Alors que notre existence, toute divine qu’elle puisse éventuellement être, est relative (absurde), ce que nous créons, nous, les êtres humains, la morale, est absolu. Formidable pouvoir des hommes qui ont la toute-puissance de se donner un sens. La politique revient alors au galop.

Pour traduire la vie telle qu’elle est, c’est-à-dire désorganisée, dépourvue de signification linéaire ou arbitraire, Godard brouille son film tant qu’il peut. Déjà par le travail sonore, typique de son cinéma : les personnages s’éloignent de la caméra et le son devient inaudible; des sons parasites (avions, automobiles, sonneries de téléphone) viennent couvrir le sens des mots, le sens de l’histoire; les personnages ont souvent des accents terribles; les phrases les plus solennelles sont prononcées par un magnétophone enrayé et le sens (sans doute profond et politique) se transforme en une purée inaudible. Pourtant, si le monde selon Godard n’a aucun sens, le sens lutte de toute ses forces pour nous parvenir. Une histoire de détective. De la politique. Des grandes phrases de réflexion.

Tout ça essaie d’émerger, pèle-mêle. Mais la vie étouffe le sens. Là où Godard échoue peut-être, c’est que finalement, dans Made in USA, la forme étouffe le fond, la figure de style étouffe le sens, l’expérimentation étouffe la vérité. A force de distancier le spectateur de l’intrigue, à force de mettre à nu les mécanismes du cinéma, le réalisateur suisse offre un film artificiel et laborieux. A moins que trouver un sens à la vie ne soit justement un labeur. A moins que l’objectif de Godard soit de forcer le spectateur à lutter avec le film pour le comprendre et, quand il en a enfin saisi le propos, le forcer à lutter avec la vie pour la comprendre. Godard veut sans doute faire ressentir au spectateur l’absurdité de la vie et la nécessité de se donner soi-même un sens, un absolu, une morale. La nécessité de se battre avec la cacophonie ambiante pour se créer quelque chose de supérieur. Comme Paula Nelson le fait dans Made in USA, comme le spectateur doit le faire devant le film. Le propos est admirable, la manière de le dire très audacieuse mais sans doute trop ardue.

A trop brouiller les sons (jusqu’à ce que ça en devienne vraiment pénible), à trop brouiller le sens, Godard risque de faire croire qu’il n’y en a pas. Ce serait un comble.

Note : 6/10

Made in USA
Un film de Jean-Luc Godard avec Anna Karina, Jean-Pierre Léaud et Laszlo Szabo
Thriller – France – 1h30 – 1966

Ma part du gâteau

Deux ans après la crise économique la plus grave depuis 1929, Cédric Klapisch livre un film d’actualité qui se propose de dénoncer le monde désincarné de la finance. Mais à force de grossir le trait, c’est le film lui-même qui se trouve désincarné.

Synopsis : France, ouvrière au chômage suite à la fermeture de son usine, devient femme de ménage à Paris pour Steve, un trader sans scrupule qui surfe sur l’argent et la réussite.

Ma part du gâteau - critiqueCédric Klapisch a toujours été intéressé par les problématiques sociétales et la description des moeurs de son époque. Parmi tous les sujets compris dans ce vaste programme, la jeunesse, pour laquelle L’Auberge espagnole et Les Poupées russes répondaient au Péril jeune. Un autre sujet que le réalisateur avait traité au tout début de sa carrière était le monde du travail et de l’entreprise, avec le très pertinent Riens du tout, qui opposait déjà le nouveau patron d’un grand magasin à la ribambelle d’employés qui travaillaient dedans. A l’époque, la mode managériale était au team building, aux incitations à mieux gérer le personnel pour le rendre plus heureux, plus concerné et partant, plus efficace.

Aujourd’hui, quand on pense management, entreprises ou économie, on pense délocalisation, crise et bourse. La finance a imposé sa marque sur la vie socio-économique et Klapisch, comme il l’avait fait avec L’Auberge espagnole pour Le Péril jeune, répond donc à un autre de ses premiers films, Riens du tout, avec Ma part du gâteau. Confrontation entre les « managers » d’aujourd’hui, ou en tout cas certains de ces managers, des financiers qui cherchent simplement à trouver des « leverages », des leviers financiers, pour augmenter le profit, et les ouvriers qui subissent cette politique insensée.

Une sorte de Pretty Woman (la chanson est d’ailleurs utilisée) amer car le financier est un requin sans coeur et la femme du peuple est une mère de famille dépressive et terre à terre. Sauf que si Klapisch faisait auparavant des portraits de nos moeurs drôles et réalistes, utilisant la parodie avec parcimonie et pertinence, aujourd’hui il dessine des clichés bêtes et méchants.

France (au prénom métaphorique) est une gentille fille un peu idiote, qui ne comprend rien à son monde mais qui comprend les hommes, les femmes et les enfants. Steve est un success man intelligent, purement égoïste, un peu idiot aussi en ce qu’il ne comprend pas les réactions basiques des gens autour de lui. Un homme qui a perdu le sens des réalités, certes, mais jusqu’à être méchant dans tous les compartiments de sa vie. Le salaud intégral. Avec les femmes, les enfants, les collègues. Pas de famille, pas d’amis, un homme si dégueulasse que la critique ne peut plus prendre : elle devient trop évidente et Steve, à force de représenter le monde individualiste de la finance, ne ressemble plus à personne de la vraie vie. Il n’est plus qu’une vignette, une idée, tellement stéréotypée que le débat est forcément faussé.

A partir de là, le film n’est ni subtil ni particulièrement intéressant et avance sur les chemins balisés de la romance improbable. Pour entreprendre, à dix minutes de la fin, un virage à 180 degrés pour le moins surprenant. Ma part du gâteau adopte alors un autre ton, une autre histoire, presque un autre genre. L’atmosphère devient flottante, le spectateur se réveille un peu et se demande où va aller le film. Le problème, c’est que Klapisch se posait visiblement la même question. Ayant avancé son film dans un terrain moins connu mais plus instable, il abandonne son histoire en plein milieu, visiblement incapable de l’amener plus loin, de lui donner un sens ou une résonance.

Le spectateur devra se débrouiller avec ça, un dénouement qui ne dénoue rien mais qui ne laisse aucun noeud non plus, une fin molle, sans saveur, sans esprit, bâclée comme par aveu d’impuissance. Ma part du gâteau était peut-être un film ambitieux, ce devait être une chronique sociale bien dans son temps, mais Klapisch ne sait plus faire ça. Son film ne pose pas de question, ne donne pas de réponse. Finalement, il n’y a pas d’enjeu et on en ressort sans rien avoir à se mettre sous la dent. Seulement du vent. Un divertissement qui se donne des airs.

Note : 2/10

Ma part du gâteau
Un film de Cédric Klapisch avec Karin Viard, Gilles Lellouche et Audrey Lamy
Comédie dramatique – France – 1h49 – Sorti le 16 mars 2011

Pourquoi tu pleures ?

Film de clôture de la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2011, Pourquoi tu pleures ? s’annonçait comme un premier film sincère et décalé. Malheureusement, l’originalité se transforme en brouhaha, la fraicheur en artifice. Le scénario fait du surplace, Benjamin Biolay pleure et le spectateur, incrédule, s’ennuie.

Synopsis : A quelques jours de son mariage, un jeune homme un peu perdu se retrouve confronté à des décisions cruciales, entre sa fiancée qui a disparu et la fille qu’il vient de rencontrer…

Pourquoi tu pleures ? - critiqueLe sujet est éternel : mariage ou liberté? amour durable ou passion d’un instant? Et le postulat de départ pour traiter ces questions est plutôt intéressant : à quatre jours de son mariage, le futur marié rencontre une femme qu’il pourrait aimer, alors que sa promise est injoignable.

L’homme aime sa future épouse, elle a beau l’agacer de temps en temps, il est amoureux d’elle. Mais de là à fermer la porte à toutes les autres amours qui pourraient surgir… De là à renoncer à toutes les histoires qu’il pourrait vivre, à toutes les passions qui pourraient l’assaillir… Ce sont ces histoires, ce sont ces passions dont on se rappelle toujours comme les moments les plus excitants de notre vie. S’engager avec une femme, une seule, se lier à elle pour toujours, c’est décider de ne plus vivre ces moments fulgurants de la rencontre et de la découverte amoureuse.

Et puis surtout, est-ce la bonne? Cette autre femme à peine rencontrée, Léa, c’est la possibilité d’un autre amour, incertain, différent, d’une autre vie à côté de laquelle il va falloir passer. Pourquoi ne pas tout recommencer pour elle, qu’il aime déjà presque, qu’il aimera s’il laisse une chance à leur amour d’exister? Comment être sûr que l’amour qu’il a déjà acquis n’est pas inférieur à l’amour qu’il pourrait conquérir?

Le traitement de l’histoire donne au chaos intérieur du personnage des résonances partout autour de lui : sa famille est désarticulée et conflictuelle, ses amis sont totalement paumés, sa belle-famille est envahissante et inquiétante, sa future femme est doucement dingue.

C’est ce ton si volontairement bordélique qui perd le film. A chaque personnage qui apparaît, à chaque réplique lancée, à chaque situation incongrue, on ressent avec trop d’insistance le désir de la réalisatrice de faire un film décalé. Tout devient alors artificiel, les relations entre les personnages sonnent faux, leurs réactions laissent le spectateur incrédule.

Benjamin Biolay interprète un personnage pas très sympathique qui semble découvrir ses proches au cours du film : sa soeur n’est pas mariée, sa fiancée aime le sexe dans des endroits inhabituels, sa mère n’a pas choisi son mariage… Comme s’il avait été absent de sa vie jusqu’au début du film. La seule relation qui reste crédible et tendre, c’est celle qui n’existait pas auparavant, celle qu’il construit avec Léa.

On s’attache alors à ces moments volés qui échappent à la sophistication factice d’un scénario qui tourne en rond. Rien n’avance, le personnage ressasse toujours les mêmes angoisses qui auraient pu faire un joli court-métrage mais qui ennuient dès que le premier quart d’heure est passé. Pour remplir son film, Katia Lewkowicz s’amuse à introduire une tripotée de personnages bizarres mais jamais naturels et donc jamais attachants. L’agacement du futur marié, entouré de déséquilibrés, devient trop vite évident, et s’il y a une question qu’on ne se pose paradoxalement jamais, c’est de savoir pourquoi il pleure.

Seule Léa surnage dans cet enfer d’altérités. C’est de ce côté de Pourquoi tu pleures ?, dans l’attente finale que la jeune femme subit, que se trouve la véritable angoisse : un autre amour était possible. Dommage que le film, trop occupé à se donner des faux airs d’originalité, noie dans les larmes la détresse fondamentale qui anime son personnage : choisir un amour, c’est renoncer à tous les inconnus qu’on aurait pu aimer.

Note : 3/10

Pourquoi tu pleures ?
Un film de Katia Lewkowicz avec Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos, Nicole Garcia, Valérie Donzelli, Sarah Adler et Hanna Laslo
Comédie dramatique, Romance – France – 1h39 – Sorti le 15 juin 2011

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