Archives Mensuelles: novembre 2011

Incendies

Sans aucun doute le plus grand frisson de cinéma qu’on aura eu en 2011. Incendies est un film profondément moderne construit comme une tragédie grecque. Avec une lucidité terrible sur ce qu’est la guerre : des êtres humains qui pourraient être cousins s’entretuent, se battant le plus souvent pour défendre le camp dans lequel le hasard les a placés.

Synopsis : A la lecture du testament de leur mère, Jeanne et Simon se voient remettre deux enveloppes : l’une destinée à un père qu’ils croyaient mort et l‘autre à un frère dont ils ignoraient l’existence…

Incendies - critiqueIncendies est un thriller individuel autant que politique, extrêmement tendu (avec la musique superbe de Radiohead), toujours sur le fil du rasoir, jusqu’à ce que tout craque dans une explosion douloureuse.

Le montage alterné confronte deux réalités : le passé et le présent, l’orient et l’occident. Denis Villeneuve livre ainsi une double réflexion. La première est affaire d’individus, d’êtres humains. Il s’agit d’identité, de transmission et de mémoire. Alors que Simon veut simplement oublier, il devra, selon les dernières volontés de sa mère, suivre sa soeur dans son périple pour la vérité. On ne peut pas savoir qui on est si on ne cherche pas. La plupart des personnages essaient de dissuader Jeanne de continuer ses recherches : parfois, il faudrait mieux ne pas savoir.

Le film, convaincu du contraire tout comme son héroïne (la référence aux mathématiques pures n’est pas fortuite), est une traversée de la vérité, éprouvante, fascinante, parfois insupportable mais forcément salvatrice. Le personnage du notaire a ainsi son importance : il s’agit de se souvenir, de consigner l’histoire, de ne pas laisser les morts dans l’oubli, de suivre leurs volontés et de s’intéresser aux répercussions nécessaires du passé sur le présent. Si le notariat avait existé depuis la nuit des temps, peut-être les guerres y trouveraient-elles leur résolution. L’oubli n’engendre que l’injustice et la perte d’identité, donc la perte de soi.

La seconde réalité dont parle le film n’est pas une affaire personnelle mais bien au contraire une affaire collective, politique. Deux jeunes canadiens, purement occidentaux, se confrontent au drame du Moyen-Orient, à ses guerres sans fin, à des traditions qui excluent et à des conflits haineux.

Si Denis Villeneuve conserve dans son récit l’opposition entre musulmans et chrétiens et si tout fait beaucoup penser à la situation du Liban, aucun pays n’est cité. Le conflit dont il est question ressemble à tout un tas de conflit mais il reste théorique, il n’est jamais identifié clairement. Pourtant, il est bien question de Canada et de Moyen-Orient, mais rien ne sera plus précis dans cette région du monde. Ce choix à mi-parcours entre pays imaginaire et réalisme historique est passionnant : il permet de garder à l’écran la principale opposition géopolitique de notre époque, celle, forcément floue, entre l’occident judéo-chrétien et le monde arabo-musulman, il permet aussi de montrer la réalité terrible des guerres de religion sans fin qui animent le Moyen-Orient. Mais ce choix permet aussi de ne pas traiter un conflit plutôt qu’un autre et de réaliser un film purement politique qui emmêle, le long d’un scénario superbement ficelé, les fils de la guerre pour mieux en montrer la folie.

Ainsi, le destin de Nawal, dans lequel les amis d’un jour sont les ennemis de demain, dans lequel les ennemis jurés se révèlent être les personnes les plus proches de nous, est une parabole quasi-mythologique sur la haine et son absurdité.

Reste le thriller, prenant de bout en bout, qui réserve plusieurs grands moments de tension et surtout une émotion de cinéma comme on n’en ressent pas plus d’une par an. La tête nous tourne, nos mains deviennent moites, notre coeur bat plus vite. Un incendie s’ouvre en nous. C’est une sensation affreuse et merveilleuse. La magie du cinéma opère complètement.

Note : 9/10

Incendies
Un film de Denis Villeneuve avec Rémy Girard, Lubna Azabal et Mélissa Désormeaux-Poulin
Canada – Drame – 2h03 – Sorti le 12 janvier 2011

Largo Winch II

Le deuxième opus de Largo Winch avance sur les traces du précédent film de la saga : du punch, du rythme mais aucune inventivité. Une sorte de sous-Jason Bourne sans grand intérêt mais plutôt divertissant.

Synopsis : Propulsé à la tête du groupe W après le décès de son père adoptif, Largo Winch décide, à la surprise générale, de le vendre pour créer une ambitieuse fondation humanitaire.

Largo Winch II - critiqueJérôme Salle a puisé dans plusieurs albums de Largo Winch, a mélangé les histoires et nous sert finalement une intrigue qui rappelle beaucoup certains passages de la BD (l’OPA, l’épisode birman, la fondation humanitaire, Simon, la trahison d’un ami pour sauver sa famille…). L’action est au rendez-vous, le film arrive plutôt bien à surfer sur la mondialisation des enjeux politico-économiques, un peu à la façon de la trilogie Jason Bourne.

L’intrigue n’est pas trop mal ficelée et n’a rien à envier à la plupart des James Bond, et une scène d’action retient particulièrement l’attention : celle en chute libre, inédite, un peu irréelle mais assez ébouriffante. Sinon, pas beaucoup d’originalité mais une mécanique bien huilée, une galerie de personnages cohérente et un rythme soutenu.

Dommage que toutes les subtilités économiques de la bande dessinée soient survolées. Un produit formaté mais pas déplaisant.

Note : 3/10

Largo Winch II
Un film de Jérôme Salle avec Tomer Sisley, Sharon Stone et Ulrich Tukur
Action – France – 1h59 – Sorti le 16 février 2011

L’Exercice de l’Etat

L’Exercice de l’Etat est un film qui observe, qui analyse, qui ausculte. Non pas un film politique: aucune cause n’est défendue. Mais un film sur la politique, précis et percutant, parfois un peu sec mais toujours tendu. L’homme politique est forcément l’homme du système. Le film capte comme rarement l’urgence et la douleur qui rythment sa vie.

Synopsis : Le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean est réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet. Un car a basculé dans un ravin. Il y va, il n’a pas le choix…

L'Exercice de l'Etat - critiqueLa même semaine que Les Marches du Pouvoir, un autre film, français celui-là, sort sur nos écrans avec un projet semblable : nous emmener dans les coulisses du pouvoir politique. Le point de vue est très similaire et les péripéties vécues par les personnages se ressemblent étrangement, entre coups tordus politiciens et drames intimes. Dans les deux films, quand l’homme politique s’attache à quelqu’un d’extérieur et de fragile, le malheur s’abat. Dans les deux films, l’homme politique devra continuer sa Marche vers le pouvoir, son Exercice de l’Etat, et ce avec d’autant plus de conviction et de cynisme que les meurtrissures qu’il a subies sont inguérissables.

Entre le film indépendant américain et le film indépendant français, la différence la plus saisissante apparaît dès qu’on regarde l’affiche : d’un côté, George Clooney et Ryan Gosling, de l’autre, Olivier Gourmet et Michel Blanc. Certes, la balance du sex-appeal est très déséquilibrée. Et pourtant. C’est bien Olivier Gourmet qui nous subjugue par son interprétation magistrale d’un ministre des transports du gouvernement français. Certes Ryan et George savent nous charmer, mais quand on regarde Les Marches du Pouvoir, partout on voit les ficelles de la fiction, les codes du thriller politique, les mécanismes du scénario, la morale de l’histoire et l’ombre de toute une tradition du cinéma politique américain.

Au contraire, L’Exercice de l’Etat est un film qui nous parait vrai de bout en bout. Les visages ne sont pas forcément séduisants, le thriller est déconstruit, l’intrigue est froide, le suspense est flottant, le scénario accumule les petites histoires qui remplissent un quotidien de politicien, même les plus anodines, aucune leçon n’est donnée au spectateur et chacun repartira de la projection avec une impression qui lui est propre, sans doute bien différente de celle de son voisin.

Bertrand Saint-Jean semble être un homme de conviction, mais c’est avant tout un homme d’ambition. Son rôle dans le gouvernement est ingrat, presque traumatisant comme le démontre déjà la première séquence du film. L’homme est entièrement dévoué à sa fonction, qui ne représente même plus une cause, simplement un titre, un rang à tenir pour essayer d’aller plus loin, plus haut, et tant pis si ce ne sont pas les hauteurs auxquelles on avait rêvées. Dans cet univers, il n’y a plus d’amis, plus de temps à soi, plus aucune liberté. L’homme d’Etat ne s’appartient plus, il appartient corps et âme à la machine politique.


Pierre Schoeller, déjà bluffant avec Versailles, tragédie intime qui explorait les marges de la société, s’intéresse cette fois à l’autre extrémité du spectre social : l’appareil d’Etat. Alors, le drame d’un individu devient celui d’une nation mais dans le fond, l’homme public n’est pas bien différent de l’homme des bois. La même solitude les étreint, qu’ils aient décidé de vivre au coeur ou en dehors du système.

Dans L’Exercice de l’Etat, le réalisateur fait une série de choix passionnants. D’abord, on ne saura jamais rien du camp politique de Bertrand Saint-Jean. Qu’il soit de gauche ou de droite importe peu tant il passe son temps à défendre une ambition plutôt qu’un idéal. Cela permet aussi de souligner l’impuissance politique croissante du gouvernement. Saint-Jean ne veut pas être le ministre de la privatisation des gares, mais comme il le dit lui-même, il sait que les gares seront privatisées dans les prochaines années, Europe oblige. Il ne s’agit plus de défendre un projet de société, mais bien d’associer son nom aux réformes qui paraissent les plus stratégiques.

Autre choix fort : le rôle de Martin Kuypers donné à un inconnu (Sylvain Deblé). Martin est un chômeur anonyme qui se retrouve propulsé chauffeur du ministre suite à une mesure de réinsertion proposée par le gouvernement. Martin est le double innocent de Saint-Jean. Son visage, qui nous est parfaitement étranger, donne une profonde crédibilité à son personnage. Martin ne sait pas parler, ne veut pas parler. Observateur silencieux de la classe politique, il garde le secret sur ses pensées, sur ses convictions. Trop modeste pour se mettre en avant, sans doute convaincu qu’il ne peut de toute façon rien changer, il préfère rester en retrait. Le ministre, tout aussi incapable de changer quoi que ce soit, parle beaucoup, se bat pour s’inventer une histoire, pour exister dans l’opinion publique. Deux hommes se débattent, l’un pour construire sa maison, l’autre pour construire sa réputation. Et personne ne peut se débattre pour construire la nation.

Enfin, comment ne pas parler de cette bande sonore rapide et inquiétante qui transmet au spectateur l’urgence de la situation tout autant que l’angoisse terrible de Bertrand Saint-Jean. Parfois, cette musique impatiente rapproche le film du thriller : ici se joue le destin d’un homme et peut-être celui d’un pays. Parfois, elle devient carrément stridente, traduisant l’instabilité d’un personnage finalement proche de la rupture psychologique.


Loin, très loin de la reconstitution people et sans intérêt de La Conquête, L’Exercice de l’Etat démonte avec brio les mécanismes du pouvoir. L’analyse est un peu abrupte mais pas rébarbative : à des scènes subtilement drôles s’ajoutent quelques grands moments de tragédie. Au coeur du film, on trouve même une séquence explosive, d’une violence terrible, qui nous retourne l’estomac. Il y a l’ambiance feutrée des ministères, et il y a surtout la vie, la vraie vie. C’est au milieu du calme le plus anodin que surgit, rarement mais brutalement, l’enfer.

Alors, que pense-t-on de tout cela au final? Que ressentons-nous? De l’envie? Du dégoût? De la perplexité? De l’admiration? De la tristesse? Bertrand Saint-Jean pose la question à Martin autant qu’il se la pose sans doute à lui même, mais les deux hommes restent muets, sans réponse. Il y a ceux qui ont l’exercice de l’état et qui ne savent plus quoi en faire, perdus qu’ils sont dans des intrigues d’égo, emprisonnés par des règles qu’ils n’ont pas inventé et qu’ils ne peuvent ou savent pas remettre en question. Et il y a les autres, les spectateurs de ce triste spectacle, jaloux, intrigués, impuissants, révoltés.

Pierre Schoeller nous fait le portrait intime et étonnamment réaliste de ceux qui nous gouvernent. Victimes et parties prenantes d’un système sans idéaux. Quand le film se termine, le spectateur est perplexe : tout lui paraît cadenassé.

Note : 8/10

L’Exercice de l’Etat
Un film de Pierre Schoeller avec Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman et Sylvain Deblé
Drame – France – 1h52 – Sorti le 26 octobre 2011
Prix de la Critique Internationale au Festival de Cannes 2011 (Section Un Certain Regard)

Les Marches du Pouvoir

Oubliée la légèreté de Jeux de dupes. George Clooney revient avec un film politique dans une veine plus proche de celle de Good night, and good luck. Malheureusement, Les Marches du Pouvoir ne tient pas ses promesses. Le film décrit le cynisme politicien mais n’a pas grand chose à en dire. Le thriller est très classique, parfois peu crédible, et finalement pas passionnant.

Synopsis : Stephen, le jeune conseiller de campagne du gouverneur Morris, qui brigue la présidence américaine, doit faire face aux pires manipulations de la primaire démocrate…

Les Marches du Pouvoir - critiqueGeorge Clooney signe un thriller politique pessimiste mais finalement sans grand enjeu. Stephen est le jeune directeur en communication du gouverneur Mike Morris qui brigue la place de candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis. Le film raconte comment ce brillant séducteur va perdre ses derniers idéaux politiques en prenant conscience qu’il n’y a pas d’alternative possible : il faut manipuler ou être manipulé.

Deux incidents viennent contrarier son enthousiasme à soutenir le candidat qu’il croit être le meilleur et le futur gagnant des élections. Le premier, celui qui concerne le personnage interprété par Evan Rachel Wood, n’a que très peu d’intérêt, et le développement de cette partie de l’intrigue est loin d’être toujours crédible. Au contraire, elle ne semble être là que pour permettre le retournement final, trop attendu pour vraiment nous intéresser.

Le second incident, mettant en scène le conseiller du candidat concurrent, est plus subtil, mais un peu léger pour soutenir le film à lui tout seul. Il pose cependant la question des choix, de l’intégrité, des conséquences colossales que peuvent avoir certains actes anodins. On doit évoquer à ce sujet la question des primaires démocrates ouvertes à tous les électeurs, question intéressante alors que la primaire du PS français vient de se terminer.

En politique, on n’a pas le droit à l’erreur. C’est ce qu’apprennent Stephen et le gouverneur Mike Morris. Mais comme tout le monde fait des erreurs, c’est celui qui défend son chemin avec le plus de cynisme qui finit par gagner. Pour s’en sortir, les deux hommes qui se partagent l’affiche vont devoir se résigner aux compromissions les plus ignobles, aussi bien sur le plan politique que sur le plan personnel.

George Clooney ne dit rien de nouveau, et il n’innove pas non plus dans la manière de le dire. C’est carré, c’est sombre et c’est désespérément classique. Bien sûr, Les Marches du Pouvoir pose de vraies questions qu’on connaissait déjà : comment faire pour que la politique, qui devrait être l’endroit des idéaux par excellence, ne devienne pas simplement celui de la stratégie politique? Comment faire pour que les politiciens se battent pour des idées et non pas pour leur carrière et pour leur image? Comment rendre à la politique sa fonction première, celle d’organiser au mieux la vie de la cité, quand pour accéder au pouvoir politique, il faut absolument réunir de nombreux soutiens et que ceux-ci demandent forcément des concessions cruciales et souvent en désaccord total avec la politique que l’on aimerait mener?

Le film pose aussi des questions habituelles sur l’homme, sa tendance à l’égoïsme, sa soif de pouvoir, la faible place de ses principes par rapport à ses désirs et à sa carrière. Mais sans jamais apporter un point de vue original. Les derniers plans sur Ryan Gosling insistent encore, de manière bien grossière, sur la transformation d’un homme. Le film martèle que la réussite politique est à ce prix-là. On n’avait sans doute pas besoin de cette fin lourdaude pour le comprendre.

Note : 3/10

Les Marches du Pouvoir
Un film de George Clooney avec Ryan Gosling, George Clooney, Philip Seymour Hoffman, Paul Giamatti, Marisa Tomei et Evan Rachel Wood
Drame – USA – 1h35 – Sorti le 26 octobre 2011

Poulet aux prunes

Après Persepolis, Marjane Satrapi adapte Poulet aux prunes, une autre de ses bandes dessinées, qui a reçu le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême 2005. Pour ce faire, elle se lance un nouveau défi en passant de l’animation aux prises de vue réelles. Le film mélange de très nombreuses tonalités et donne un résultat inégal, parfois mou, parfois séduisant.

Synopsis : Téhéran, 1958. Depuis que son violon a été brisé, Nasser-Ali a perdu le goût de vivre. Il décide donc de se coucher, d’attendre la mort, et s’enfonce alors dans des rêveries profondes.

Poulet aux prunes - critiqueConstruit comme un patchwork aux influences très variées, Poulet aux prunes surprend constamment sans jamais arriver à trouver une véritable cohérence. Tour à tour drame noir, comédie absurde, parodie de sitcom américain, film d’animation féérique, conte poétique, fable inquiétante, parcours initiatique, romance mélodramatique et réflexion métaphysique, Poulet aux prunes s’amuse beaucoup, au risque de se perdre.

La narration est elle-même très éclatée et offre une histoire à tiroirs entre retours dans la jeunesse de Nasser-Ali, embardées surréelles dans les vies futures de ses enfants et incursions dans ses fantasmes les plus étranges. Ce n’est certainement pas un hasard si la réalisatrice iranienne construit ainsi son intrigue, enchâssant les différents contes qui la composent à la manière des Mille et Une Nuits.

Il y a quelque chose de séduisant dans ce bricolage inégal mais le rythme du film en souffre beaucoup, jusqu’à rendre l’histoire étrangement atone. On aimerait qu’un sens global se dégage du récit mais les différents éléments qui le composent n’arrivent pas à trouver leur centre de gravité. Parfois, on nous chuchote que l’art se nourrit d’amour ou qu’un poulet aux prunes ne suffit pas à guérir une âme blessée, d’autres fois on nous dit avec à peine plus d’insistance qu’il n’y a rien qu’une vie à vivre : quand celle-ci est passée, tout est fini.

La dernière séquence de Poulet aux prunes est pourtant très réussie : par une succession de travellings, Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud suggèrent la vie qui s’écoule pour deux amoureux condamnés à la traverser l’un sans l’autre.

Ce n’est pas dans la romance elle-même, mais bien dans son impossibilité et dans ces 30 années que le film fait passer en quelques plans, que celui-ci trouve enfin la force qui lui manquait. La profondeur du désespoir est alors abyssale, soutenue par une musique qu’on arrive enfin à apprécier à sa juste valeur. La vie est passée, et puis c’est tout, jusqu’à une dernière rencontre déchirante. « La vie est un souffle et tu dois t’en saisir » dit le maître de Nasser-Ali. La vie est un souffle, elle passe en un soupir nous dit le film. Et quand elle se termine, alors l’existence nous apparait dans toute son étendue, parfaitement absurde. D’autant plus absurde que le film a parcouru auparavant un tas de petites histoires insignifiantes qui trouvent enfin leur justification : toutes les autres vies qui comptaient pour le violoniste (sa famille, son maître, ses enfants), il n’en reste rien qu’une cynique incohérence.

La vie est un combat. Pour certains comme pour le grand-père de Marjane Satrapi, il est politique, Persepolis racontait cette histoire. Pour d’autres, comme pour le frère de ce dernier, il est artistique et sentimental, c’est ce que raconte Poulet aux prunes. Malheureusement, en voulant démontrer l’absurdité des différents fragments qui composent une vie, les réalisateurs ont déconstruit leur propos et ont repoussé au dernier quart d’heure toute l’intensité de leur film.

Note : 5/10

Poulet aux prunes
Un film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud avec Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros, Golshifteh Farahani, Eric Caravaca, Chiara Mastroianni et Jamel Debbouze
Drame – France, Allemagne, Belgique – 1h33 – Sorti le 26 octobre 2011

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