Archives de Catégorie: Films sortis en 2011
Les films sortis en France en 2011
Kung Fu Panda 2
Malgré un succès populaire certain, Kung Fu Panda n’avait rien de marquant : l’intrigue était convenue et les personnages très mal développés. Kung Fu Panda 2 est en tout point fidèle à son prédécesseur. Ça se suit sans difficulté et ça n’a toujours aucun intérêt. Beaucoup de savoir-faire et une inventivité au point mort.
Synopsis : Po, devenue le Guerrier Dragon, est menacé par un nouvel ennemi, décidé à conquérir la Chine et anéantir le kung-fu à l’aide d’une arme secrète et indestructible.
Kung Fu Panda 2 marche sur les traces du premier opus. D’abord, un scénario quelconque : un méchant qui veut beaucoup de pouvoir a décidé d’anéantir lâchement le kung fu et nos héros vont devoir l’en empêcher. Ensuite, une pincée de blagues rebattues, qui s’appuient le plus souvent sur le fait que Po est maladroit et mange beaucoup. Des acolytes-figurines : une mante, une tigresse, un rhinocéros, une oie, un dindon, un singe… et tout le reste de l’animalerie. Des bons sentiments à peu de frais : les durs à cuire sont en fait des grands émotifs, les parents adoptifs aiment leurs enfants comme s’ils étaient les leurs. Et enfin, une morale insipide : on a besoin de connaître nos racines et de les dépasser pour trouver la paix intérieure. On a besoin de trouver la paix intérieure pour être heureux et aider les autres.
Avec de tels ingrédients, le film est sûr de réussir son coup : c’est assez sympathique et parfois drôle. Malheureusement, ça ne présente aucun intérêt. Po mis à part, les personnages sont toujours aussi peu étoffés depuis le premier opus, malgré un casting voix impressionnant. Et les enjeux de l’intrigue sont très faibles.
Que reste-t-il? Un petit conte en 2D assez joliment mis en scène et une animation plutôt réussie durant les scènes d’action. Et c’est tout. On attend Pixar et son Cars 2 pour remonter le niveau.
Note : 2/10
Kung Fu Panda 2
Un film de Jennifer Yuh avec les voix de Jack Black, Angelina Jolie, Dustin Hoffman, Jackie Chan, Lucy Liu, David Cross, Seth Rogen, James Hong, Gary Oldman, Michelle Yeoh et Jean-Claude Van Damme
Film d’animation – USA – 1h35 – Sorti le 15 juin 2011
Blue Valentine
Avec son sujet ordinaire, Blue Valentine aurait pu passer inaperçu. Pourtant, le film a été sélectionné à Sundance et à Cannes (section Un certain regard), et Michelle Williams a même été nominée à l’Oscar. Parce que Blue Valentine, précis et follement sincère, arrive à montrer un amour qui meurt. Parce qu’il se dégage de ce film quelque chose de rare : une vraie tristesse.
Synopsis : A travers une galerie d’instants volés, passés ou présents, l’histoire d’un amour que l’on pensait avoir trouvé, et qui pourtant s’échappe…
Deux époques s’entrecroisent, deux histoires semblent se contredire. D’un côté, le quotidien d’un couple en crise, les disputes, les frustrations, la vie de famille. De l’autre, les moments exceptionnels de la rencontre amoureuse, les minauderies de la séduction, le bonheur de la passion. Entre ces deux moments de la vie d’un homme et d’une femme, quelques années seulement. Quelques années, le poids d’une vie immobilisée par le choix définitif de fonder une famille, les mêmes défauts de l’un qui se frottent toujours aux mêmes agacements de l’autre et réciproquement, et la passion s’est fanée, il ne reste qu’un amour mort, d’autant plus insupportable qu’on l’a rêvé immortel.
La rencontre amoureuse et, bien plus tard, la rupture, comme si dans l’amour il n’existait que ça, la naissance et la mort. Condamné à être toujours plus fort s’il ne veut pas immédiatement s’affaiblir. Blue Valentine, en faisant le choix de ne rien montrer entre ces deux périodes de la vie de Dean et Cindy, frotte l’un à l’autre ces processus qui semblent pourtant s’exclure. Comment peut-on aimer assez fort pour que rien d’autre n’ait d’importance et, (presque) l’instant d’après, ne plus supporter l’autre, s’ennuyer de tous ses gestes, de toute sa personne?
Blue Valentine montre avec beaucoup de vérité et de cruauté la décristallisation amoureuse dont parlait André Gide dans Les Faux-monnayeurs.
Tout dans l’image, son cadre imprécis et mobile, sa lumière naturaliste, sa mise au point approximative, rapproche Blue Valentine d’un film de famille, d’une captation du vrai. Les personnages parfaitement dessinés et les situations triviales renforcent encore le réalisme d’une romance qui aurait pu paraître démonstrative.
Heureusement pour Blue Valentine, la sincérité qui semble éclairer chaque plan permet au spectateur de ne jamais s’interroger sur le simplisme d’un scénario sans originalité. Au contraire, Derek Cianfrance arrive à dire avec évidence toute la tristesse qu’il y a à ce qu’un grand amour ne soit pas éternel. Et dans sa volonté de retrouver l’amour originel étouffé sous le poids de la vie commune, le film rappelle même parfois le chef d’oeuvre de Michel Gondry, Eternal Sunshine of the spotless mind.
Mais dans Blue Valentine, le champ des possibles est verrouillé. Au bout d’une histoire d’amour, il n’y a que la solitude, l’amertume, et des souvenirs d’autant plus douloureux qu’ils sont devenus incompréhensibles.
Note : 6/10
Blue Valentine
Un film de Derek Cianfrance avec Ryan Gosling et Michelle Williams
Romance – USA – 1h54 – Sorti le 15 juin 2011
Fighter
Les films « adaptés d’une histoire vraie » sont souvent consensuels et calibrés, d’autant plus quand ils récupèrent 7 nominations aux Oscars. Au contraire, Fighter distille une ambiance malsaine, les personnages sont grandioses, Christian Bale livre une performance exceptionnelle pour l’un de ses plus beaux rôles. Fighter est un uppercut envoyé à la face du spectateur.
Synopsis : Micky Ward est un jeune boxeur paumé. Sa rencontre avec Charlène va l’aider à s’affranchir de l’influence de sa famille et de son frère, ancienne star tombée dans la drogue.
Après I love Huckabees, David O. Russell passait pour mort. Il revient là où on ne l’attendait pas du tout, proposant quelque chose à l’exact opposé de son dernier film. D’où vient alors que Fighter est une réussite si saisissante? Est-ce la présence au générique de Darren Aronofsky, ici producteur délégué, qui transforme en or tout ce qu’il touche?
Toujours est-il que Fighter pourrait faire penser, et pas seulement par son titre, à The Wrestler, d’Aronofsky justement. L’approche documentaire, la misère du quotidien opposée à la majesté du ring, et cette mise en scène âpre, cette musique stridente qui donnent l’impression à tout moment que l’histoire va dérailler. On reconnaît forcément la marque du réalisateur de The Wrestler, d’autant plus qu’il n’est pas non plus étranger au thème de la drogue. Comme chez Aronofsky, La situation semble désespérée, le drame sourd attend son heure, on est au bord de l’explosion.
Fighter avance habilement jusqu’à ce point culminant, il tire sur la corde encore et encore et fait monter la tension très haut. La différence essentielle est ici. Chez Aronofsky réalisateur, jamais on ne recule. A la fin tout se casse, le film vacille, les personnages explosent, que ce soit dans Requiem for a dream, dans Black Swan, ou évidemment dans The Wrestler. Pas de rédemption possible chez Aronofsky.
Fighter se démarque clairement à ce moment-là. Le climax du film, excessivement fort, est la marche solitaire de Dicky dans les rues de Lowell, portant à la main le gâteau qui devait fêter son retour. Le style du film, naturaliste et rêche, l’ambiance misérable digne de Ken Loach, laissent présager le pire. On est devant des hommes maudits, coincés dans leur condition misérable. Le salut est là, si proche, mais le destin ne veut pas libérer ses proies.
C’est ici que Fighter surprend. Il ose un volte-face parfaitement inattendu et s’acharne à démontrer que l’impossible est possible. Les derniers moments du film sont pure jouissance. Les combats, très réalistes, prennent au corps. Tête-Corps-Tête-Corps. La technique est gagnante. Le spectateur est pris dans les cordes, ému et assommé.
Christian Bale, énorme, campe un personnage de cinéma immense, d’une densité extraordinaire, qui rappelle sans pâlir le Travis de Taxi Driver. Ses yeux fous nous poursuivent et Dicky, raté magnifique, grand frère égoïste et aveugle mais aussi grand frère aimant et lucide, sort victorieux de toutes ses contradictions. Fighter comporte certaines des scènes les plus glauques filmées ces dernières années, notamment quand la caméra s’attarde sur la famille de Micky. David O. Russell frôle presque le film d’épouvante lorsque les femelles de la tribu, inquiétantes créatures, se tiennent immobiles comme une masse dangereuse, vaguement hostile. Et pourtant, dans ce Lowell de drame social horrifique, la lumière apparaît d’un coup, une émotion aveuglante nous étreint.
Fighter est un film qui prend aux tripes. Il nous conduit dans les tréfonds de la misère et quand nous y sommes enfermés pour de bon, il nous libère. La plus belle réussite du film, c’est de rendre palpable le miracle. On avance sur un fil très léger, à chaque instant on craint l’explosion et on est surpris que la situation ne dégénère pas totalement. Le film était au bord de la rupture et il a tenu bon, contre toute attente il s’est métamorphosé en épopée héroïque. Renversant.
Note : 8/10
Fighter (Titre original : The Fighter)
Un film de David O. Russell avec Mark Wahlberg, Christian Bale, Amy Adams, Melissa Leo
Drame – USA – 1h53 – Sorti le 9 mars 2011
Oscars 2011 du meilleur acteur dans un second rôle et de la meilleure actrice dans un second rôle pour Christian Bale et Melissa Leo, Golden Globe 2011 du meilleur acteur dans un second rôle pour Christian Bale
Very Bad Trip 2
Deux ans après le succès surprise de Very Bad Trip, la suite sort sur nos écrans. Sauf que l’intrigue du premier opus ne marchait que parce que la situation était unique et exceptionnelle. Todd Philips, sans doute mal remis d’une telle réussite, décide de reproduire le schéma exact du film qui l’a rendu célèbre. Very Bad Trip 2 n’est alors qu’une copie outrancière de son modèle.
Synopsis : Phil, Stu, Alan et Doug s’offrent un voyage exotique en Thaïlande, pour le mariage de Stu. Mais la veille de la cérémonie, les quatre amis font une virée à Bangkok qui va dégénérer…
Very Bad Trip était une bonne surprise. Parce que le film arrivait à nous tenir en haleine pendant une heure trente sur une situation simple et absurde : la recherche du futur marié, perdu par ses amis au cours d’une soirée trop alcoolisée (et pas seulement). Le thriller était efficace : le spectateur redécouvrait avec les héros les exploits qu’ils avaient accomplis pendant la nuit et oubliés au réveil.
Very Bad Trip 2 raconte la même histoire. On transforme Las Vegas en Bangkok, on réécrit à peu près le même scénario avec les mêmes personnages et le tour est joué. Mais comme c’est le deuxième de la série, il faut veiller à surprendre encore le spectateur. A cours d’idées, les scénaristes n’ont pas trouvé mieux pour cela que de jouer la surenchère : la bande de potes a été encore plus loin, elle a fait encore plus de conneries, et la situation est encore plus cauchemardesque.
Un seul mot d’ordre pour faire une suite sans intérêt : « cette fois, c’est encore pire ». Le pire est matérialisé par une sous-intrigue policière bâclée et des cascades en veux-tu en voilà. Il y a des animaux, des russes méchants, des courses de voiture, des hélicoptères, des moines bouddhistes et des transsexuels. Todd Philips a rempli son film d’éléments outranciers en espérant que cela suffirait à raviver la flamme du premier opus.
Le résultat est parfois drôle mais jamais prenant. On se fout complètement de savoir où a été perdu Stu, ni pourquoi tout ça est arrivé. Les scènes s’accumulent sans cohérence, sans esprit, sans trouvaille. Et Very Bad Trip 2 est finalement plus proche de la reprise que de la suite.
Note : 2/10
Very Bad Trip 2 (Titre original : The Hangover Part II)
Un film de Todd Philips avec Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis et Ken Jeong
Comédie – USA – 1h42 – Sorti le 25 mai 2011
Pina
Depuis son décès en 2009, la chorégraphe Pina Bausch suscite de nombreux films-hommages. Celui de Wim Wenders est le premier film européen mais aussi le premier film d’auteur en 3D. A des années-lumières d’Avatar, Pina nous emmène dans l’univers de la danse moderne. Le film est beau, exigeant, mais limité par l’admiration que le cinéaste porte à la danseuse.
Synopsis : Pina est un film pour Pina Bausch de Wim Wenders. Un film dansé porté par l’Ensemble du Tanztheater Wuppertal et l’art singulier de sa chorégraphe disparue à l’été 2009.
Il est indéniable que les images sont de toute beauté et que la 3D apporte enfin une expérience sensible intéressante au spectateur. Les corps ne se déplacent pas sur l’écran, mais bien dans l’espace, ce qui permet au théâtre dansé de Pina Bausch de trouver une mise en pellicule qui ne trahit pas son essence.
Wim Wenders mélange trois expériences dans son film. D’abord, des captations de spectacles. Là, c’est de la danse moderne filmée, avec talent certes, mais le mérite revient principalement à Pina Bausch. Ensuite, des témoignages des danseurs de la troupe. Ce sont des bouts de phrase dits en voix off tandis que seuls les visages muets des témoins accompagnent leurs mots. Si on peut dire que ce procédé correspond particulièrement à la danse (dire par les gestuelles du corps), on reste très déçu du contenu des propos. « Pina m’a révélé », « Pina était à l’écoute », « Pina savait tirer le meilleur de vous-mêmes », « Pina parlait d’amour et c’est ce qui rend son travail universel », tous les lieux communs les plus banaux se succèdent et affaiblissent les chorégraphies en leur donnant un sens trivial et plat.
Reste la vraie création de Wim Wenders, les chorégraphies de Pina Bausch rejouées dans la ville de Wuppertal (devant le monorail suspendu par exemple). C’est là que la danse sort de la scène et que le cinéma trouve toute sa place. Il devient paradoxalement le seul médium capable de rendre le spectacle vraiment vivant.
En effet, un spectacle de danse est traditionnellement prisonnier du lieu de sa représentation. Faire le spectacle dans la rue, dans les lieux de la vie, c’est lui enlever toute possibilité de rencontrer un public, si ce n’est quelques badauds présents par hasard. Le film est alors le moyen d’amener au spectateur cette expérience unique : rendre à la réalité cette forme d’expression des corps qui parle d’elle et de nous.
Pina ravira les amateurs de danse moderne et fera découvrir aux autres un langage différent. Le film trouve son intérêt maximal dans ces chorégraphies « libérées » de la salle de représentation mais reste alourdi par des captations classiques, un propos légèrement vide et des témoignages inutiles.
Note : 5/10
Pina
Un film de Wim Wenders avec Pina Bausch
Documentaire – Allemagne, France – 1h43 – Sorti le 6 avril 2011

