Archives de Catégorie: Films sortis en 2011

Les films sortis en France en 2011

Priest

Patchwork d’influences hétéroclites, entre roman graphique, comic, manga, western, film d’arts matiaux asiatiques et univers post-apocalyptique, Priest a bien du mal à se trouver une personnalité propre. Résultat : un film pas désagréable mais sans saveur particulière.

Synopsis : Dans un monde ravagé par des siècles de guerre entre l’homme et les vampires, un prêtre guerrier se retourne contre l’Eglise afin de sauver la vie de sa nièce.

Priest - critiquePriest évolue entre les univers très codifiés de la fiction post-apocalyptique et du western. Le ton solennel pourrait virer à la parodie mais le rythme imposé et la musique omniprésente font frisonner le spectateur plus d’une fois.

Les combats (et le principe des prêtres) sont calqués sur ceux d’Equilibrium, le scénario n’est pas très inventif, les familiers sont une bonne idée qu’on aurait aimé voir plus développée. Quant à l’Eglise toute-puissante, elle permet au film cette jolie phrase « A quoi bon la foi si c’est un mensonge? ».

Le véritable sujet de Priest semble être le mal-être des prêtres devenus inutiles. Ces personnages doivent paradoxalement attendre ce qu’ils redoutent le plus, le retour des vampires, pour espérer retrouver une vie digne d’intérêt. Leur inadaptation au monde normal fait forcément penser à celle des jeunes soldats qui reviennent de guerre, traumatisés à vie et rejetés par la société qu’ils ont défendue.

Malgré ces quelques idées, Priest est un film simpliste et baroque, qui aime à cultiver les clichés qui marchent (voix graves, hommes invincibles, bêtes féroces et rapides, répliques minimalistes qui semblent venir tout droit d’un western spaghetti).

Et ça fonctionne effectivement : le spectateur est remué dans son fauteuil et suit sans s’ennuyer les aventures de ce preux chevalier. Pour autant, il manque à Priest consistance et spécificité pour ne pas être vite oublié.

Note : 2/10

Priest
Un film de Scott Charles Stewart avec Paul Bettany, Karl Urban, Cam Gigandet et Maggie Q
Fantastique – USA – 1h27 – Sorti le 11 mai 2011

Une Séparation

Ours d’or du dernier festival de Berlin, Une Séparation nous montre encore une fois la vitalité du cinéma iranien. Le traitement naturaliste met en valeur une histoire simple et captivante, dans laquelle le quotidien déraille et oppose deux familles très différentes, confrontées à leurs priorités et à leur intégrité.

Synopsis : Quitté par son épouse, Nader engage une jeune femme pour s’occuper de son père malade. Il ignore alors qu’elle est enceinte et a accepté ce travail sans l’accord de son mari…

Une Séparation - critiqueLe cinéma iranien nous a déjà donné récemment quelques films haletants, entre captation de la réalité crue du quotidien de ce pays sous joug islamiste et thriller à suspens.

Dans Les Chats persans comme dans Téhéran, les personnages se débattaient contre la société, constamment en danger, constamment sous pression. C’est cette même pression que l’on retrouve dans Une séparation. Là encore, l’enquête se fond dans le drame, il s’agit de sauver sa peau mais aussi d’avancer en tant qu’être humain. Chaque personnage est confronté à des choix impossibles (comme la jeune fille à la fin du film), à l’étau qui se resserre autour de lui. Le cinéma iranien est là encore sous le signe de la menace constante, qui guette chaque homme, chaque femme, chaque enfant.

Pourtant, au contraire des Chats persans et de Téhéran, Une Séparation n’est pas vraiment un film politique. Certes, on peut y voir la situation de la femme iranienne, certes on peut y découvrir les inégalités et les difficultés sociales de ce pays. Mais le film ne prend pas parti, pour ou contre le gouvernement, pour ou contre l’omniprésence de la religion, pour ou contre les traditions en cours en Iran.

Une Séparation ne fait que montrer, et si cela suffit à éveiller l’indignation du spectateur occidental, le film en lui-même ne porte pas de jugement sur les convictions éthiques et religieuses des uns et des autres. Il dresse cependant le portrait d’une société en plein échec économique : cette menace qui sourd à chaque coin de rue est le résultat de la situation précaire de chacun. Les iraniens marchent sur un fil. Dans Téhéran comme dans Une séparation, quand ce fil casse, l’engrenage infernal se met en marche et broie les hommes.

Le drame central d’Une Séparation est beaucoup plus intime que politique, les problématiques humaines touchent à l’universel, très loin des difficultés propres à l’Iran. Le vrai sujet de Asghar Farhadi, ce n’est pas la société iranienne, c’est l’être humain. La vraie force du film est au-delà de tout contexte géopolitique. Il s’agit d’un drame accidentel, quand le quotidien dévie légèrement de sa trajectoire et se transforme inopinément en enfer.

Alors le drame n’est plus seul : il tire derrière lui une multitude d’autres petits drames qui n’attendaient que celui-ci pour éclater. La situation se complexifie, ses nombreuses ramifications rendent le problème inextricable. Il y a l’envie de fuir le pays, les difficultés conjugales d’un couple en mal de communication, la maladie d’un père qui devient un légume, une adolescente qui souffre en silence, les difficultés financières d’un autre couple, les convictions religieuses d’une femme, le sentiment de persécution d’un homme en échec social, une femme qui ment à son mari pour l’aider et une petite fille qui a besoin qu’on s’occupe d’elle.
Et au final, l’incompréhension, les non-dits, les mensonges, la souffrance, la violence.

Asghar Farhadi réussit deux petits miracles dans son film : d’abord, montrer avec sincérité les raisons de chacun sans jamais les opposer. Ne jamais oublier de prendre en considération les dilemmes et les souffrances de chaque personnage, tour à tour juste et injuste. Ensuite, laisser constamment le spectateur dans le doute. On croit tout savoir et pourtant on est balloté par les réactions et les révélations des personnages. Comme eux, le spectateur n’a accès qu’à un fragment de vérité. Ce n’est qu’à mesure que l’affaire avance que l’on découvre ce que chacun cache. On se retrouve alors à soutenir successivement un camp puis l’autre, comprenant peu à peu qu’il n’y a pas forcément de solution juste.

On pourrait voir Une Séparation comme la confrontation de deux femmes, l’une émancipée et l’autre soumise, la confrontation de deux modèles, l’un progressiste et l’autre religieux et traditionaliste, la confrontation de deux strates de la société iranienne, l’une pauvre et souffrante et l’autre cultivée et malheureuse. Mais il s’agit avant tout d’un drame intime et universel, d’un drame social, générationnel et conjugal. Une histoire d’hommes et de femmes luttant avec leurs convictions et celles des autres. Une belle histoire, peut-être un peu simple, mais captivante.

L’attente qui clôture le film rappelle à quel point chaque choix est crucial. A chaque difficulté, il s’agit de choisir comment réagir. Dans ce film, les personnages font tous, à un moment ou à un autre, un choix discutable. Et au bout du compte, une séparation, c’est toujours l’histoire de difficultés qu’un couple n’a pas su surmonter.

Note : 7/10

Une Séparation (titre original : Jodaeiye Nader az Simin)
Un film de Asghar Farhadi avec Leila Hatami, Peyman Moadi, Shahab Hosseini et Sareh Bayat
Drame – Iran – 2h03 – Sorti le 8 juin 2011
Ours d’or et Ours d’argent de l’interprétation masculine et féminine au Festival de Berlin 2011.

X-Men : Le Commencement

Un film de Matthew Vaughn avec James McAvoy, Michael Fassbender et Kevin Bacon
Science-fiction – USA – 2h10 – Sorti le 1er juin 2011
Titre original : X-Men: First Class
Synopsis : L’histoire de Charles Xavier et Erik Lehnsherr avant qu’ils ne deviennent le Professeur X et Magneto, à l’époque où l’humanité découvrit l’existence des mutants.

X-Men : le commencement - critiqueLes problématiques des X-Men sont toujours passionnantes. En voulant raconter comment tout a commencé, ce préquel est forcément traversé d’interrogations cruciales : l’homme peut-il accepter la différence? Quelles sont les solutions quand on est différent? Y a-t-il moyen de se défendre sans être agressif? Peut-on résoudre les conflits sans recourir à la vengeance?

Et au-delà des problématiques humaines, une grande question sur l’évolution de l’humanité. Qui seront les prochains, quelle sera l’espèce qui supplantera l’homme dans la chaîne de la vie? Et comment l’homme pourra-t-il réagir à ce moment-là? L’homo sapiens est-il destiné à devenir l’homme de Néandertal du futur, espèce disparue et sans doute massacrée?

Les questions sont passionnantes mais pas très novatrices. X-Men : Le Commencement ne fait que reprendre les thématiques de la série sans y ajouter grand chose.

Le film est cependant agréable à suivre, on a plaisir à voir ces héros que nous connaissons bien dans leur jeunesse. La chute de Magnéto, happé par les forces du mal, est moins subtilement rendue que celle d’Anakin Skywalker dans l’épisode 3 de Star Wars, La Revanche des Sith. Bien que les personnages soient souvent intéressants, leur évolution est simpliste et attendue. On sent un peu trop le cheminement des scénaristes pour amener la situation initiale des X-Men à celle qu’on connaît.

Matthew Vaughn, en passant des antihéros de Layer Cake et Kick-Ass aux vrais superhéros, a un peu perdu de sa folie et de son dynamisme. X-Men : Le Commencement est plutôt un bon divertissement, les dilemmes qu’il présente sont intellectuellement stimulants, mais il manque un peu d’originalité ou de sincérité pour qu’il soit plus que ça. Même les scènes les plus étonnantes (comme l’arrêt des missiles dans le ciel de Cuba) manquent d’un petit quelque chose pour nous couper vraiment le souffle. On s’amuse mais on n’y croit jamais vraiment.

Note : 4/10

Le Chat du rabbin

Un film de Joann Sfar et Antoine Delesvaux avec les voix de François Morel, Maurice Bénichou et Hafsia Herzi
Film d’animation – France – 1h40 – Sorti le 1er juin 2011
Synopsis : Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler.

Le Chat du rabbin - critiqueJoann Sfar a décidé de faire une adaptation de sa merveilleuse bande dessinée Le Chat du rabbin en reprenant et mélangeant les intrigues des 5 volumes de la BD.

Les bouquins étaient extraordinaires d’intelligence et d’espièglerie, le film bénéficie donc forcément de ces atouts. Le conte philosophique est drôle, enlevé, l’esprit juif le plus universaliste et séduisant souffle sur les aventures de ce félin malicieux. Toute la culture juive est là, le besoin de sans cesse commenter, de sans cesse réfléchir, de sans cesse remettre en question, la musique klezmer se mélange aux tonalités séfarades d’Enrico Macias, certes il y a l’intolérance propre à la religion, mais il y a surtout la liberté, le dialogue des cultures, la compréhension de l’autre et le refus de tout préjugé et de toute discrimination.

Joann Sfar célèbre le meilleur de la religion en général et du judaïsme en particulier. Les juifs et les noirs sont le symbole des oppressés. Jérusalem, la ville-miracle, devra être la ville des juifs noirs, des falachas, c’est-à-dire de tous ceux qui ont souffert, de tous les hommes libres. Si cette Jerusalem-là est malheureusement une chimère, Le Chat du rabbin disserte beaucoup, montre qu’aucun homme (et aucun chat) n’est dépourvu d’intolérance mais qu’entre les obscurantismes de toutes les religions, il y a la place pour un monde meilleur où chaque culture se nourrit des autres.

Etait-il vraiment utile d’adapter la bande dessinée au cinéma? C’est sur ce point-ci qu’on a quelques doutes. Pour les besoins du grand écran, le dessin de Joann Sfar s’assagit. La multiplication des intrigues prises dans les cinq volumes donne un film touffu qui manque un peu d’unité. Les intrigues n’ont pas le temps nécessaire pour être bien développées, chacune semble vite expédiée pour laisser la place à la suivante et le film prend bientôt l’aspect d’un catalogue.

L’esprit de contradiction, de fête et de dérision du judaïsme est bien là et le film est plaisant. Mais en voulant tout dire, il a tendance à s’éparpiller. On peut alors espérer qu’il donnera envie aux spectateurs de lire la BD.

Note : 6/10

Le Complexe du castor

Un film de Jodie Foster avec Mel Gibson, Jodie Foster, Anton Yelchin et Jennifer Lawrence
Drame – USA – 1h31 – Sorti le 25 mai 2011
Synopsis : Walter sombre dans la dépression, sa femme décide de l’éloigner pour protéger leurs enfants. Mais quand Walter trouve par hasard une marionnette de castor, il reprend soudainement goût à la vie.

Le complexe du castor - critiqueLe Complexe du Castor semble vouloir marcher derrière les pas d’un chef d’oeuvre du cinéma américain : American Beauty. Dans une banlieue parfaite et morne, Walter et Meredith vivent une vie parfaite et morne, partagée entre leur travail et leurs enfants, dont le plus grand est en pleine remise en question adolescente. Le Complexe du Castor, comme American Beauty, est l’histoire d’une renaissance, celle d’un homme qui trouve enfin la force d’être celui qu’il a envie d’être, en dépit des conséquences et du risque évident de bousiller son confort et sa famille.

Les similitudes ne s’arrêtent pas là : une voix off ironique accompagne le spectateur dans l’histoire tandis qu’une romance se fait jour entre deux lycéens qui portent en eux les douleurs de leur famille et qui essaient tant bien que mal de trouver et d’exprimer la beauté du monde.

Mais Le Complexe du castor n’est pas du tout un thriller, Jodie Foster n’a pas le génie de Sam Mendes et son film n’arrive pas à changer de ton avec la maestria d’American Beauty.

Cependant, Le Complexe du castor a quelques atouts cachés. Plus qu’une histoire de famille, c’est l’histoire d’une folie. C’est sur ce terrain glissant et un peu terrifiant que le film trouve sa spécificité et son véritable intérêt. Entre les plans consensuels de disputes et de réconciliations familiales, l’épouvante s’installe doucement, accompagnée d’un léger humour noir.

Derrière un pitch plutôt courageux se cache une tragédie familiale trop classique. Mais derrière cette tragédie familiale se cache un film sombre et effrayant. Walter reprend pied à mesure qu’il sombre. La frontière illusoire entre esprit sain et folie vole en éclat. Et le regard des autres, toujours plus menaçant, enferme chacun dans sa propre logique individuelle. Le Complexe du castor, dans ses meilleurs moments, arrive à mesurer le gouffre qui nous sépare de ceux qu’on aime, de celui qu’on essaie d’être pour les autres et de celui qu’on voudrait être pour nous-mêmes.

Note : 6/10