Archives de Catégorie: Films sortis en 2011

Les films sortis en France en 2011

Animal Kingdom

Un film de David Michôd avec Guy Pearce, James Frecheville, Jacki Weaver
Thriller, drame – Australie – 1h52 – Sorti le 27 avril 2011
Synopsis : Dans la banlieue de Melbourne vit une famille de criminels. L’irruption parmi eux de Joshua, un neveu éloigné, offre à la police le moyen de les infiltrer…
Grand prix du jury au Festival de Sundance 2010

Animal KingdomAnimal Kingdom est un thriller d’une densité tour à tour étouffante et bouleversante. Le spectateur est happé de bout en bout par l’histoire de cette famille de truands, il ne sera relâché que lors du générique final. Le suspense est omniprésent, il n’y a pas de répit dans ce drame shakespearien haletant.

Les personnages sont tous formidables, les interprètes sont habités. La performance est de ne pas faire dans l’esbroufe ni dans la sobriété feinte. Ici, les membres de la famille sont vrais et puissants, Baz Brown en figure paternelle bienveillante, Pope en faux calme autoritaire toujours guetté par la folie, Craig en nerveux hystérique, Darren en garçon sensible perverti par les devoirs familiaux. Janine, en matriarche protectrice, roc de sympathie, de séduction et de perversion déguisée. Chef d’une tribu qu’elle mène d’une main de fer recouverte d’un gant de velours. Et bien sûr Josh.

Dès la séquence d’ouverture, magistrale, le ton est donné. Josh ne sait s’il doit faire face à la situation ou s’évader, s’il doit regarder sa mère qui git près de lui victime d’une overdose ou la télévision, promesse d’un monde normal. Josh, l’air indifférent à toutes les situations qu’il rencontre, avance droit, le regard mi-perdu mi-agressif, il tente de se faufiler dans la vie, de faire les meilleurs choix quand aucun choix ne peut être le bon.

Le film est avant tout le récit de ses hésitations, des possibilités qui s’offrent à lui et des conséquences de ses actes, qu’il ne maitrise pas vraiment. Jamais complaisant, toujours distant, Animal Kingdom arrive pourtant pleinement à communiquer sa dureté au spectateur. L’émotion réussit à transpercer le poids de l’intrigue, des scènes d’une densité extraordinaire se font jour (la fuite de Josh alors que Pope le poursuit et ne peut ouvrir sa portière, la fuite de Josh quand des tueurs viennent pour l’éliminer, la fuite de Craig dans un champ et la séquence finale, qui donne au film son sens, sa cohérence et qui offre au spectateur un dénouement mémorable).

L’utilisation des ralentis et le mixage sonore (les bruits nous parviennent étouffés ou disparaissent complètement, des nappes inquiétantes emplissent l’univers sonore) placent le spectateur dans le double état de stress et d’indifférence qui caractérise les personnages : ils sont habitués à la présence ordinaire de la mort et en même temps, on ne s’y habitue jamais vraiment, on fait semblant, on met entre soi et la réalité un voile protecteur. David Michôd arrive, par sa réalisation élégante, à rendre palpable ce voile, le danger simultanément là et ailleurs, Josh présent et absent en même temps, toujours à la fois acteur et spectateur du drame duquel il ne peut s’échapper.

Animal Kingdom ne s’intéresse pas aux méfaits des criminels. Il s’intéresse à leur vie, à leur banalité. A la banalité d’être traqué. L’intelligence du script et l’opacité naturaliste de l’atmosphère créée donnent toute sa valeur à cette aventure désespérée.

Note : 8/10

93 la belle rebelle

Un film de Jean-Pierre Thorn
Documentaire – France – 1h13 – Sorti le 26 janvier 2011
Synopsis : Un demi-siècle de résistance musicale flamboyante en Seine-Saint-Denis.

93 la belle rebelle93 la belle rebelle soulève des problématiques passionnantes sur les banlieues : leur paysage architectural instable, l’envie de trouver sa place dans la société, le besoin de révolte des laissés-pour-compte, l’incompréhension de gouvernements répressifs. Et le formidable bouillonnement artistique qui permet à ces jeunes oubliés de prendre la parole et d’affirmer leur existence.

93 la belle rebelle retrace l’histoire de la musique de Seine-Saint-Denis, depuis le rock’n roll des années 60 jusqu’au slam des années 2000. A chaque fois, une même démarche : essayer d’échapper à l’exclusion, à la vie d’usine, au quotidien fauché, aux perspectives lugubres.

Si le sujet est crucial, la manière qu’a Jean-Pierre Thorn de le traiter est décevante. On a l’impression d’être devant un reportage d’Envoyé Spécial, entre témoignages inégaux et réflexion inaboutie. Le plaisir vient alors de la bande sonore, qui témoigne mieux que tout de l’élan vital qui anime ces parents pauvres du développement urbain.

93 la belle rebelle explore de nombreuses pistes intéressantes mais le film est globalement trop modeste pour marquer les esprits.

Note : 2/10

Pirates des Caraïbes : La Fontaine de jouvence

Un film de Rob Marshall avec Johnny Depp, Penélope Cruz et Geoffrey Rush
Aventure, Fantastique – USA – 2h20 – Sorti le 18 mai 2011
Titre original : Pirates of the Caribbean: On Stranger Tides
Synopsis : Le capitaine Jack Sparrow retrouve une femme qu’il a connue autrefois. Elle l’entraîne dans un périple à la recherche de la fontaine de jouvence, en compagnie du terrible pirate Barbe-Noire…

Pirates des Caraïbes : la Fontaine de JouvenceLa franchise Pirates des Caraïbes, c’est beaucoup de grand spectacle et d’effets spéciaux et pas grand chose d’intéressant à se mettre sous la dent. Rob Marshall, c’est un réalisateur sans personnalité, un fabricant de films-produits souvent mauvais, le dernier en date étant la désastreuse comédie musicale Nine.

Alors quand Rob Marshall reprend en main Pirates des Caraïbes, on est face à du cinéma sans auteur, un truc-machin impersonnel dans lequel seule compte la poudre aux yeux (maintenant présentée dans une 3D absolument inutile) et les aventures insipides menées tambour battant.

On sort de la projection sans bien savoir ce qu’on a vu. C’est l’histoire de pirates qui se battent pour trouver quelque chose, et puis c’est tout. Penelope Cruz est aussi transparente que l’était Keira Knightley dans les premiers opus, avec un personnage encore moins intéressant.

On s’endort pendant la première moitié du film, puis notre attention est tirée du néant grâce à l’apparition des sirènes et on finit par suivre péniblement la fin de l’aventure juste pour l’histoire de Syrena.

Pirates des Caraïbes 4 est un film très long et quand il se termine on est presque soulagés. Et désolés d’apprendre qu’un 5ème opus est déjà en préparation.

Note : 1/10

Fast and Furious 5

Un film de Justin Lin avec Vin Diesel, Paul Walker, Dwayne Johnson
Action, Thriller – USA – 2h10 – Sorti le 4 mai 2011
Synopsis : Brian et Dom se lancent dans un dernier coup à Rio pour avoir les moyens de retrouver leur liberté.

Fast and Furious 5Les répliques sont exactement ce qu’on attend qu’elles soient : ridicules, stéréotypées, dites avec le plus grand sérieux du monde, entre sarcasme et beau gosse attitude. L’intrigue est construite de poncifs et de personnages monolithiques, les rebondissements sont souvent évidents.

Et pourtant, l’essentiel n’est pas là. Justin Lin ne dérogera pas aux règles du film d’action et de testostérone, mais le simplisme du propos lui permet de se concentrer sur des scènes d’action extraordinaires. Le montage est parfait, pas trop rapide comme c’est souvent le cas dans ce genre de films, il permet une lisibilité totale des courses-poursuites. Celle sur les toits de Rio est particulièrement enthousiasmante, tout comme le sont les fusillades dans la ville ou l’hallucinante scène du train, au début du film. Le clou du spectacle vient quand même à la fin : on assiste alors à l’un des meilleurs braquage de coffre-fort du cinéma d’action, tellement musclé qu’il en devient presque subtil.

Avec un scénario sans originalité et sans enjeu, Fast and Furious 5 passe en force et arrive à tenir le spectateur en haleine pendant plus de deux heures. Le temps passe à la vitesse des bolides que conduisent Dom et Brian, on est cloué au siège de cinéma devenu pendant quelques instants celui d’une formule 1. Quelque chose d’un peu magique se passe : c’est parfaitement inintéressant et pourtant, les ficelles sont tellement grosses et assumées qu’il en résulte une certaine finesse. Fast and Furious 5 détruit tout sur son passage.

Note : 5/10

Le Gamin au vélo

Un film de Jean-Pierre et Luc Dardenne avec Cécile de France et Thomas Doret
Drame – France, Belgique, Italie – 1h27 – Sorti le 18 mai 2011
Synopsis : Cyril, 12 ans, veut retrouver son père qui l’a placé dans un foyer pour enfants. Il rencontre par hasard Samantha, qui accepte de l’accueillir chez elle le week-end…
Grand Prix du jury au Festival de Cannes 2011

Le Gamin au véloLes frères Dardenne tentent un pari osé : placer au coeur de leur univers cru et réaliste un conte de fée. Après Angèle et Tony en début d’année, déjà une rencontre improbable au milieu de la misère sociale, le cinéma francophone propose ici encore de rassembler deux êtres que tout sépare.

Cyril veut avant tout retrouver son père, visiblement le dernier lien qui le raccroche encore à la société. Tout son amour semble s’être concentré sur ce papa irresponsable qui pourrait être le Bruno de L’Enfant, devenu 10 ans plus tard Guy Catoul, toujours sous les traits de Jérémie Rénier.

Quant à Samantha, on ne saura pas grand chose d’elle, si ce n’est qu’elle est coiffeuse et qu’elle a pour seule attache visible un ami avec lequel elle partage un peu sa vie.

Les frères Dardenne décident de ne pas donner de raison à l’attachement de Samantha pour Cyril. L’important, c’est qu’elle décide de faire ce qu’elle fait, c’est qu’elle décide de soutenir et d’aimer Cyril. C’est sur ce point précis que les réalisateurs belges veulent faire croire à l’incroyable : la générosité pour elle-même, l’amour simplement parce qu’il est là et même s’il n’a aucune raison d’être.

Mais le spectateur n’y croit pas. Dès la première apparition de Samantha, on se demande par quel artifice Cécile de France va rester dans l’histoire. Ses choix, sa volonté inébranlable, donnent au personnage une sorte d’inconsistance comme s’il avait attendu le début du film pour exister et trouver un combat à défendre. En ignorant le passé de Samantha, les frères Dardenne veulent insister sur les actes de cette femme mais ils la privent de toute existence propre. On se trouve alors devant l’impossibilité de partager la foi des réalisateurs, on passe le film à essayer de comprendre les motivations de Samantha.

C’est d’autant plus gênant que l’histoire est attachante et rythmée, et qu’on aimerait y adhérer. La fin du film, véritable réquisitoire contre la vengeance, est magnifique. Un instant reste flottant, comme si le film hésitait entre la tragédie et la lumière. Le choix de la lumière donne à la dernière séquence une force redoutable.

Jean-Pierre et Luc Dardenne ont changé leurs habitudes : ils ont utilisé de la musique, ils ont romancé leur chronique sociale, ils ont choisi d’y croire. Malheureusement, le postulat initial du conte de fée ne convainc jamais. Cyril est un très beau personnage mais Samantha est un songe.

Note : 5/10