Iron Man 3
Quand Shane Black, le fameux scénariste de L’Arme fatale et de Last Action Hero et réalisateur de l’enthousiasmant Kiss Kiss Bang Bang prend les commandes d’Iron Man, on est en droit d’attendre quelques étincelles. Malheureusement, on n’aura le droit qu’à un énième épisode-clone, divertissant mais sans singularité. Beaucoup de savoir-faire mais bien peu d’émotions.
Synopsis : Quand son ancien garde du corps est blessé dans une attaque terroriste, Tony Stark, de plus en plus obsédé par son costume de superhéros, décide de s’impliquer personnellement.
« Tony Stark, l’industriel flamboyant qui est aussi Iron Man, est confronté cette fois à un ennemi qui va attaquer sur tous les fronts. Lorsque son univers personnel est détruit, Stark se lance dans une quête acharnée pour retrouver les coupables. Plus que jamais, son courage va être mis à l’épreuve, à chaque instant. »
Difficile de faire un synopsis officiel plus bateau. En le lisant, on se dit qu’on va voir une énième aventure de superhéros avec tous les passages obligés du genre : un ennemi plus redoutable que les anciens, un superhéros attaqué de manière plus intime, de l' »acharnement », du « courage »…
Iron Man 3 respecte son cahier des charges, profitant une fois encore du charme et de l’humour naturel de Robert Downey Jr. pour divertir son public. Une mise en scène politique rappelle les Batman de Christopher Nolan, mais malgré un tour de passe-passe réussi, les terroristes ne nous convainquent pas vraiment. Un instant, Shane Black interroge les circonstances du progrès scientifique, posant brièvement la question des moyens et des fins avant de revenir bien vite au classique schéma manichéen du film d’aventure américain.
Si la scène d’action finale est un poncif du genre, on retient bien plus volontiers la séquence de destruction de la maison de Tony Stark. Alors, un quart d’heure durant, on est happé par le suspense et l’adrénaline. Pour le reste, un Iron Man de plus, un Marvel de plus, un superjusticier de plus. Rien de bien mémorable.
Note : 3/10
Iron Man 3
Un film de Shane Black avec Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow, Don Cheadle, Ben Kingsley, Guy Pearce, James Badge Dale, Rebecca Hall et Jon Favreau
Science-fiction, Action – USA – 2h11 – Sorti le 24 avril 2013
La Cage Dorée
La Cage Dorée a remporté le Prix du Public et le Prix d’interprétation féminine pour Chantal Lauby au Festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez. Pourtant, le film présente une galerie de personnages grotesques et stéréotypés, les gags ne fonctionnent que quand Chantal Lauby est de la partie et finalement, le scénario s’épuise à vouloir préserver tout le monde.
Synopsis : Dans la petite loge d’un bel immeuble parisien, les Ribeiro rendent tant de services que le jour où ils peuvent enfin rentrer au Portugal, personne ne veut les laisser partir.
Si la comédie de Ruben Alves mise tout sur la bonne humeur, elle se construit surtout autour des clichés habituels et les personnages tombent constamment dans la caricature.
On ne croit jamais aux histoires d’amour, ni à celle entre Paula et Charles (il faut dire que Paula a mauvais caractère d’un bout à l’autre du récit et que Charles est très fade en gendre idéal), ni à celle entre Pedro et sa petite amie bourgeoise, finalement balancée en un plan convenu.
Et si la comédie dans son ensemble joue la carte de la tendresse, difficile pourtant de s’attacher aux personnages secondaires : l’entourage de Maria et José est souvent infect et on n’a qu’une envie, leur conseiller de fuir au plus vite.
Mais non, les bons sentiments auront bien sûr raison, envers et contre tout, jusqu’à dégouliner dans une fin improbable où tout le monde est beau et gentil. Avant ça, La Cage Dorée aura eu le temps de nous montrer le bonheur simple du labeur : le boulot représente toute la vie de ce couple sympathique, honnête et travailleur. Signe des temps, voilà le triste idéal proposé par ce film : quand Maria et José doivent prendre du repos, ils s’ennuient; quand Paula et Charles sont dans un endroit paradisiaque, ils bossent; quand le patron de José manipule son employé, on l’excuse aisément parce que quand même, le travail c’est important.
Que reste-t-il? Chantal Lauby, qui tire son épingle du jeu et mène presque toutes les scènes où l’on rit vraiment. Pour le reste, le premier film de Ruben Alves porte bien son nom quand on l’applique à ce cher travail : une cage qui rapporte de l’argent, et qu’on finit par aimer (voire par placer au dessus de tout), comme victime d’un syndrome de Stockholm.
Note : 2/10
La Cage Dorée
Un film de Ruben Alves avec Rita Blanco, Joaquim de Almeida, Roland Giraud, Chantal Lauby, Barbara Cabrita, Lannick Gautry, Maria Vieira, Jacqueline Corado et Jean-Pierre Martins
Comédie – France, Portugal – 1h30 – Sorti le 24 avril 2013
Stoker
Premier film américain pour le réalisateur sud-coréen Park Chan-Wook. Le majeure partie du film est la mise en place glaçante d’un thriller familial qui lorgne du côté de Hitchcock. Certes, le tout n’est pas complètement abouti, mais on prend un plaisir franchement coupable à goûter cette fable amorale, perverse et jouissive, sur la libération progressive des instincts enfouis.
Synopsis : Après la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, voit un oncle dont elle ignorait l’existence, venir s’installer avec elle et sa mère.
Les vampires sont inquiétants, dangereux, effrayants et… terriblement séduisants. Depuis le Nosferatu de Murnau, qui malgré son visage repoussant, réveillait le désir de la jeune femme d’Hutter, jusqu’à Edward Cullen, le héros de Twilight, qui provoque chez Bella une passion irrésistible, ces créatures de la nuit ont toujours symbolisé les pulsions sexuelles enfouies, les tentations interdites.
Le thème du vampire fut popularisé par le roman Dracula, écrit à la fin du XIXème siècle par… Bram Stoker. Park Chan-Wook, dont le dernier long métrage, Thirst, suivait justement le parcours d’un vampire, n’a pas choisi le titre de son premier film américain par hasard : sous ses faux airs de drame familial, Stoker est une histoire de vampire déguisée.
Pas étonnant que ce thème intéresse le réalisateur d’Old Boy, lui qui a toujours été inspiré par les relations ambigües, les attirances malsaines et les explosions de violence qu’on ne peut pas refouler.
Dans Stoker, ce qui frappe d’abord, c’est l’esthétique glaciale. Tout est d’une beauté froide fascinante et menaçante, l’oncle Charlie bien sûr, mais aussi les acteurs, Nicole Kidman, Mia Wasikowska et Matthew Goode filmés de manière à mettre en valeur leur visage parfait, leur regard perçant, l’harmonie quasi surnaturelle de leurs traits. Leurs gestes sont élégants, leurs déplacements sont majestueux. Jusqu’à la maison et le jardin de la famille Stoker, tout ce qui les entoure paraît trop propre, trop symétrique, revêtu d’une étrangeté magnétique.
C’est que la mise en scène est au diapason : les plans coulent avec assurance et délicatesse, les cadres sont imposants, les mouvements de la caméra sont hypnotisants et hyper maîtrisés. Park Chan-Wook livre un film d’une folle beauté plastique. L’image est en papier glacé, sublime jusqu’à nous étouffer. Dans le thriller qui s’installe, le réalisateur coréen sait nous donner l’impression que le piège se referme petit à petit, tel un chant de sirènes, d’autant plus envoûtant qu’on avance vers elles. Captivés, nous devenons vite captifs.

Certains plans sont remarquables. La tension sexuelle est palpable dans une magnifique séquence de piano (sur un morceau composé par Philip Glass). Les scènes de repas sont terribles d’humour noir et de cruauté. Et la chasse est une très belle idée, dont l’importance est cruciale pour l’intrigue.
Pourtant, le scénario manque un peu d’inventivité et les révélations finales nous sont offertes d’un coup d’un seul, ce qui minimise forcément leur portée. C’est le talent du réalisateur d’avoir néanmoins réussi à nous tenir en haleine d’un bout à l’autre. A nous charmer presque malgré nous par cette histoire plus décevante que prévue dans sa construction un peu mécanique.
On aime cependant la perversion du cinéaste, son goût pour le malsain, la manière dont il joue avec nos repères et nos attentes. A tel point qu’on aurait préféré une autre fin, plus immorale, plus séduisante encore.

Stoker est un film qui réveille nos envies les plus inavouables. Envie de sang, envie de sexe. L’essence même de l’attraction qu’exercent depuis plus d’un siècle les vampires qui peuplent notre imaginaire. Park Chan-Wook présente une lecture plus animale et moins fantastique du mythe. Quelque part en nous réside un vampire, qu’on essaie de tenir en laisse, et qui pourrait bien un jour se réveiller.
Note : 6/10
Stoker
Un film de Park Chan-Wook avec Mia Wasikowska , Matthew Goode et Nicole Kidman
Thriller, Drame – USA, Royaume-Uni – 1h40 – Sorti le 1er mai 2013
Survivre
Présenté par l’Islande pour l’Oscar du meilleur film étranger (mais non retenu dans la sélection), Survivre raconte l’histoire vraie d’un naufragé qui trouva la force de nager 7 heures durant dans l’eau glacée. Au-delà du fait divers, le film peine à trouver quelque chose à dire sur l’exploit qu’il relate. Limitée à une sage description des événements, l’aventure n’a que peu d’intérêts.
Synopsis : Hiver 1984, un chalutier sombre au large des côtes islandaises. Les membres de l’équipage périssent tous en quelques minutes. Tous sauf un.
Survivre se compose de trois parties très distinctes : d’abord une chronique naturaliste du quotidien des pêcheurs islandais, ensuite le cœur du film-catastrophe, un homme seul face à l’océan, et pour finir une sorte de drame documentaire sur les conséquences d’un tel exploit.
Le problème, c’est qu’aucune des parties n’a véritablement d’enjeu, puisqu’on sait toujours où elles nous mènent. Quand les marins se préparent au départ, on attend le naufrage. Quand Gulli essaie de survivre, on sait qu’il va s’en sortir. Et quand les curieux et les scientifiques s’emparent de son miracle, alors on attend qu’il rentre chez lui et retrouve sa vie.
Le récit manque de rebondissements et de sinuosités, il semble que tout soit déjà écrit d’avance. Le film de Baltasar Kormákur ressemble plus à un document-hommage qu’à une œuvre de fiction sur le sujet. Le mimétisme semble interdire les partis pris, la volonté d’être juste avant tout empêche le film d’aller plus loin que les faits.
On suit les aventures de Gulli avec attention mais sans excitation. L’histoire manque de relief, d’émotion, de pistes de réflexion. Finalement, ce n’est même pas la volonté farouche de l’homme qui lui a permis de survivre, mais avant tout le fait que son corps présentait des caractéristiques exceptionnelles. Conclusion étrange et pas franchement enthousiasmante.
Note : 3/10
Survivre (titre original : Djúpid)
Un film de Baltasar Kormákur avec Ólafur Darri Ólafsson et Jóhann G. Jóhannsson
Drame – Islande – 1h33 – Sorti le 24 avril 2013
En ne racontant que les quelques mois autour du procès Eichmann (quelques flashbacks mis à part), Margarethe Von Trotta décide de se concentrer sur un point très précis de la philosophie d’Hannah Arendt, celui qui reste sans doute le plus largement connu, « la banalité du mal ».
