Archives du blog

La Piel que Habito

20 ans après Attache-moi, Antonio Banderas fait son retour dans l’univers d’Almodovar. Si son personnage séquestre toujours les jolies filles, il est passé de l’exubérance enjouée qui caractérise le cinéaste espagnol à la froideur clinique de La Piel que Habito. Le film ausculte la vengeance, la manipulation et la notion d’identité dans un thriller nimbé d’horreur et d’érotisme.

Synopsis : Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, et la teste sur une femme-cobaye qu’il tient prisonnière de son laboratoire privé.

La Piel que Habito - critiqueSouvent, Almodovar ressasse les mêmes obsessions dans des scénarios alambiqués remplis de personnages hauts en couleur. Son cinéma a alors tendance à se répéter, comme dans Etreintes brisées, qui semblait résumer plusieurs des films précédents du cinéaste. Mais parfois, Almodovar livre un film unique, qui profite des thématiques particulières du réalisateur espagnol et d’idées lumineuses pour dépasser le pur cinéma almodovarien et devenir un objet singulier et fascinant.

C’était notamment le cas d’Attache-moi et de Talons aiguilles, mais surtout de Matador et de Parle avec elle. C’est aussi le cas de La Piel que Habito qui partage avec ces deux derniers films la remise en question presque totale des valeurs morales qui fondent notre société. Dans ces trois films, le sexe se situe pile à la frontière ténue entre la vie et la mort. C’est dans l’amour que les hommes et les femmes succombent ou, au contraire, reviennent à la vie. La Piel que Habito rappelle aussi Attache-moi quand il évoque le syndrome de Stockholm, et En Chair et en os quand il agite avec une rage contenue l’étendard de la vengeance.

La Piel que Habito est presque un film d’épouvante, la vengeance est froide, calculée, terrifiante, elle habite la mise en scène, plus métallique qu’elle n’a jamais été dans les films d’habitude exubérants du réalisateur phare de la Movida, au point de glacer le spectateur. Celui-ci, émotionnellement troublé, est d’autant plus mis à distance qu’il est constamment placé en position de voyeur, examinant les personnages à travers les caméras de surveillance et pénétrant même leurs cauchemars les plus intimes. Le registre médical qui parcourt le film renforce encore l’aspect clinique de l’intrigue : le spectateur est doublement manipulateur. D’abord, à travers le docteur Robert Ledgard, dont il suit fasciné les expériences, devenant le complice implicite de sa machination. Ensuite, à travers son propre regard inquisiteur : les personnages sont comme des rats de laboratoire que nous observons avec la perversité de nos désirs enfouis. Rarement au cinéma la vengeance n’a paru si terrifiante et si injuste, jusqu’à l’absurdité. Rarement au cinéma les complices silencieux n’ont paru si coupables et manipulateurs.

Si la vengeance et la manipulation sont deux des thématiques centrales de La Piel que Habito, l’identité, thème cher au réalisateur, est sans doute la question la plus trouble du film. Pedro Almodovar, à force de s’interroger sur la dualité sexuelle de ses personnages, finit par utiliser le registre fantastique pour détruire une bonne fois pour toute la barrière qui sépare les hommes des femmes. Mais pas seulement. L’identité, ce n’est pas que le sexe. C’est aussi le visage (le docteur sait-il bien à la fin du film qui est Véra?), le prénom, les vêtements, les goûts… Quand on est dépossédé de tout ça, mais aussi de ses passions, de ses choix et de sa vie, quand même les gènes sont manipulées, que reste-t-il? Toutes ces couches d’identité, ce sont autant de peaux dont on se recouvre. Robert ne connaît pas sa véritable identité puisqu’il ne sait pas qui est sa mère. Sa femme a perdu son identité en perdant son visage et jusqu’à sa forme humaine. Sa fille, Norma, s’est trompée sur l’identité de son agresseur, et Zeca sur l’identité de celle qu’il a agressé. Quant à Marilia, elle s’est laissée voler son identité et joue un rôle qui n’est pas le sien dans la vie de Robert. Reste la créature, celle qui semble a priori ne pas avoir d’identité et qui, pourtant, se construit inlassablement, grâce à l’art et à la méditation, un miroir pour son âme.
Où se trouve donc le secret de l’identité? Quand on enlève toutes les peaux, il ne reste finalement que les souvenirs.

Quand l’identité devient floue, quand la vengeance est réalisée, quand la manipulation ne suffit plus à satisfaire le désir, alors des questions éthiques particulièrement aigües et déroutantes se posent. Déjà dans Parle avec elle, Almodovar avait foutu un grand coup de pied dans le sac bien rangé des impératifs moraux. Il récidive ici dans un récit qui fait tourner la tête et laisse le spectateur pantois, à mi-chemin entre le désir d’un amour terrible, archi glauque et, s’il fonctionne, absolument excitant, et celui d’une vengeance qui brouille plus que jamais les notions de bien et de mal.

La Piel que Habito est une histoire simple et diabolique, traversée en son milieu de deux flash-backs qui changent totalement la manière qu’a le spectateur d’appréhender l’intrigue et les personnages. A l’heure du génie génétique, si on peut déconstruire et reconstruire l’être humain, l’âme a-t-elle encore un sens? La dernière phrase du film semble affirmer, tel un cri de douleur et de soulagement, toute la détresse et la nécessité qu’il y a dans cette notion philosophique jamais très clairement identifiée : le moi.

Note : 8/10

La Piel que Habito
Un film de Pedro Almodóvar avec Antonio Banderas, Elena Anaya et Marisa Paredes
Drame – Espagne – 1h57 – Sorti le 17 août 2011
Prix de la Jeunesse au Festival de Cannes 2011

Perceval le Gallois

Perceval le Gallois est une oeuvre de cinéma à part, un film qui se rapproche mystérieusement de celui qu’auraient réalisé nos aïeux du moyen-âge s’ils avaient eu une caméra. Le texte de Chrétien de Troyes est appuyé par un décor du XIIème siècle, sans profondeur, sans perspective, sans proportion. Rohmer signe là l’un de ses films les plus troublants et inventifs.

Synopsis : Au Moyen Age, Perceval, un garçon naïf quitte le château familial et se rend à la cour du roi Arthur pour y être fait chevalier…

Perceval le Gallois - critiqueCe qui surprend d’abord (et enchante), c’est la forme. Après La Marquise d’O…, premier film d’époque de Rohmer qui faisait suite à des films très contemporains, le réalisateur continue dans cette veine et remonte même plus loin. Il n’est plus question de fin du XVIIIème siècle mais d’une histoire des chevaliers de la table ronde qui prend place durant le VIème siècle.

En vérité, le film est très ancré dans le XIIème siècle puisqu’il se veut l’adaptation cinématographique fidèle du roman de Chrétien de Troyes Perceval ou le Conte du Graal, écrit vers 1181. Ce n’est pas la réalité du récit (et donc celle du VIème siècle) qui intéresse Rohmer, mais bien celle du roman par lequel on le connaît. Rohmer veut filmer comme l’aurait fait Chrétien de Troyes lui-même, il utilise dans sa représentation toute l’imagerie du XIIème siècle. Tout d’abord, ce qui frappe le plus, ce sont les arbres, stylisés, tellement anciens qu’ils en deviennent post-modernes. Ensuite, les échelles : les châteaux sont à peine plus grands que les hommes. L’absence de perspective est aussi troublante : les paysages sont très clairement des murs peints, les décors sont métaphoriques, les chemins qu’emprunte Perceval sont le plus minimaliste possible, le héros tourne en rond autour de quelques arbres et le spectateur s’imagine sans mal un trajet interminable. Quant au plateau, il est lui-même de forme arrondie, rappelant encore la forme des tableaux moyenâgeux.

Les postures des personnages, leur gestuelle, la position de leurs mains, leurs expressions, tout semble sorti directement d’un imaginaire que nous associons à l’avant-renaissance. Les tableaux du moyen-âge semblent s’animer devant nous, et si tous les artifices sont montrés avec évidence, c’est pour mieux nous plonger dans une époque révolue et non pas dans la vision que nous aurions aujourd’hui de cette époque. On est catapultés dans l’imagerie du XIIème siècle, tout nous paraît étranger comme si nous avions voyagé dans le temps. Et pourtant, cela reste familier, d’une fluidité surprenante, à l’image du texte de Chrétien de Troyes, déclamé en vieux français par les personnages. Et ceux-ci ne disent pas que leurs dialogues : ils se substituent au narrateur pour raconter aussi leurs faits et gestes. Et cet artifice supplémentaire n’est qu’une autre manière de nous rendre l’étrangeté familière. C’est aussi le cas des parties chantées, enchanteresses, qui nous emmènent ailleurs, loin derrière dans notre passé. Le texte nous paraît naturel, les personnages aussi, jamais figés même quand ils se racontent eux-mêmes.

Trois ans après le Sacré Graal des Monty Python dans lequel ceux-ci s’ingéniaient à porter un regard résolument moderne et distancié sur leur histoire, Eric Rohmer fait tout l’inverse : sa mise en scène cherche toujours à respecter l’oeuvre et à faire entrer le spectateur dans l’époque.

Quant au texte en lui-même, entièrement en octosyllabes, au-delà du plaisir qu’il procure, il célèbre la chevalerie, des valeurs anciennes qui n’ont que peu de résonances aujourd’hui. Pourtant, ces valeurs correspondent parfaitement à ce qui intéresse Rohmer : les chemins des coeurs, les comportements des hommes avec les autres hommes, avec les femmes, ce qui est déterminé par leur nature et ce qui est au contraire le fruit de leur éducation.

Ainsi, pour Perceval, l’éducation (ou l’absence d’éducation) joue un rôle crucial. Naïf au début de l’histoire, il devient vite avisé mais à trop suivre les conseils (et notamment le proverbe qui sera le point de départ de Pauline à la plage), il pêche par manque de curiosité. Il aurait pu sauver un roi mais son apparente indifférence, son strict respect de la pudeur qu’il croit deviner chez les autres, le pousse à se taire et à échouer. L’histoire de Perceval est étrange, elle est difficile à cerner aujourd’hui, les codes ne sont plus les mêmes et changent dramatiquement les attitudes humaines, ce qui ne pouvait pas ne pas amuser un moraliste comme Rohmer. L’importance de la parole, de la sincérité, l’importance de respecter ses adversaires plutôt que les railler semblent cependant garder leur pertinence. Mais la vraie réussite du film, c’est l’enchantement qu’il arrive à créer. En réinventant le Moyen-Âge, Rohmer interroge plus que jamais le poids des coutumes, des époques, des traditions. Le poids de la culture et des moeurs. Et essaie, entre le passé et le présent, de retrouver ce qui fait que l’homme est homme.

Note : 8/10

Perceval le Gallois
Un film d’Eric Rohmer avec Fabrice Luchini, André Dussollier, Marc Eyraud et Arielle Dombasle
Drame  – France – 2h18 – 1978

My Little Princess

Irina Ionesco, célèbre artiste controversée et mère de la réalisatrice, a photographié sa fille dès l’âge de quatre ans. 40 ans plus tard, celle-ci sort un film en partie autobiographique pour raconter son traumatisme. My Little Princess est peut-être une bonne psychothérapie mais en aucun cas un bon film. C’est brouillon, artificiel, répétitif, criard et vite fatigant.

Synopsis : Lorsqu’Hannah, artiste intéressée par l’érotisme, demande à sa fille de 10 ans  si elle veut être son modèle, tout bascule pour l’enfant qui vivait jusque là avec sa tendre grand-mère.

My Little Princess - critiqueLe sujet est à la fois glauque et sexy, malsain et séduisant. Les frontières morales mises en jeu sont d’autant plus fascinantes qu’elles sont floues. Que peut-on se permettre au nom de l’art, au nom de la libre expression? Jusqu’à quel point le monde des enfants est-il séparé de celui des adultes, quand favorise-t-on la maturité et quand détruit-on l’innocence? A quel point les limites éthiques imposées par la société sont-elles des conventions conservatrices, à quel point sont-elles des nécessités absolues?

Avec de telles interrogations, My Little Princess avait tout pour troubler le spectateur et l’emmener sur des pentes très glissantes et dangereuses. Malheureusement, le film sonne souvent faux, l’interprétation de la jeune fille est parfois approximative, les dialogues sont artificiels. Eva Ionesco a voulu baigner son film d’une ambiance de conte cauchemardesque sans vraiment assumer ce choix. My Little Princess lorgne sans arrêt vers le film d’épouvante mais cette atmosphère angoissante, trop discrète mais quand même présente, ne fait que décrédibiliser l’histoire.

Mais le pire arrive à la moitié du film quand la jeune fille se rebelle. Alors, My Little Princess tourne en rond, se répète, les actrices se bégayent les mêmes insultes, les mêmes justifications, le film semble s’éterniser et n’avoir pourtant plus rien à dire. L’ennui est abyssal, les mêmes répliques sont lancées de plus en plus fort, les cris deviennent agaçants.

My Little Princess, jamais vraiment convaincant, se termine en roue libre, mal construit, mal scénarisé, à cheval entre la psychologie à deux balles et la parodie. Le dernier plan sur l’enfant qui fuit nous rappelle celui des 400 coups. Dans cette autre histoire d’un enfant qui doit grandir trop vite, il manque à Eva Ionesco tout le talent de François Truffaut.

Note : 1/10

My Little Princess
Un film de Eva Ionesco avec Isabelle Huppert, Anamaria Vartolomei et Georgetta Leahu
Drame – France – 1h45 – Sorti le 29 juin 2011

Winter’s Bone

Très remarqué au Festival de Sundance 2010, Winter’s Bone impressionne par l’ambiance poisseuse dans laquelle semble se débattre en vain cette jeune fille condamnée. Pourtant, le scénario, vite répétitif, ennuie avant de se résoudre bien artificiellement.

Synopsis : Ree Dolly, 17 ans, vit dans la forêt des Ozarks avec son frère et sa soeur dont elle s’occupe. Quand son père sort de prison et disparaît, elle n’a pas d’autre choix que de se lancer à sa recherche sous peine de perdre la maison familiale, utilisée comme caution.

Winter's Bone - critiqueWinter’s Bone sait installer une ambiance oppressante de bayou. Ici, au fin fond du Mississippi, les hommes et les femmes sont durs, seuls ou en clan, ils sont pauvres, sales, violents, presque animaux. Un univers pesant s’installe autour de Jennifer Lawrence, lumineuse. Pourtant, ça ne suffit pas. La faute à un scénario qui semble vite tourner à vide.
Ree cherche son père, interroge tous ceux qu’elle connaît, tous plus hostiles les uns que les autres. Personne ne veut l’aider et la quête semble vouée à l’échec. Ree est seule et ne peut pas s’en sortir, elle prend des coups et ne s’en relèvera pas.

L’enquête policière patine et on se dit qu’on n’en saura pas plus. Et pourtant, quand l’intrigue semble cadenassée, tout se résout d’un coup; miraculeusement, les gens frappent à la porte de Ree pour l’aider. Qu’ils l’aident n’est pas le problème en soi, mais pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt?

Winter’s Bone s’acharne pendant une heure à nous démontrer que personne ne veut aider Ree. Et quand le film arrive à ses fins, ne sachant comment se dénouer, il retourne sa veste et annule tout ce qu’il avait construit durant cette première heure. Ree lutte pendant tout le film, sa lutte est parfaitement inutile mais finalement, ses efforts seront couronnés d’un succès bien artificiel. Winter’s Bone manque de cohérence et du coup, d’intérêt. Toute la belle mécanique de la misère finit par sonner faux, la faute principalement à une intrigue mal construite.

Note : 3/10

Winter’s Bone
Un film de Debra Granik avec Jennifer Lawrence, John Hawkes et Kevin Breznahan
Drame – USA – 1h40 – Sorti le 2 mars 2011
Grand Prix du jury et meilleur scénario au Festival de Sundance 2010

Fighter

Les films « adaptés d’une histoire vraie » sont souvent consensuels et calibrés, d’autant plus quand ils récupèrent 7 nominations aux Oscars. Au contraire, Fighter distille une ambiance malsaine, les personnages sont grandioses, Christian Bale livre une performance exceptionnelle pour l’un de ses plus beaux rôles. Fighter est un uppercut envoyé à la face du spectateur.

Synopsis : Micky Ward est un jeune boxeur paumé. Sa rencontre avec Charlène va l’aider à s’affranchir de l’influence de sa famille et de son frère, ancienne star tombée dans la drogue.

Fighter - critiqueAprès I love Huckabees, David O. Russell passait pour mort. Il revient là où on ne l’attendait pas du tout, proposant quelque chose à l’exact opposé de son dernier film. D’où vient alors que Fighter est une réussite si saisissante? Est-ce la présence au générique de Darren Aronofsky, ici producteur délégué, qui transforme en or tout ce qu’il touche?

Toujours est-il que Fighter pourrait faire penser, et pas seulement par son titre, à The Wrestler, d’Aronofsky justement. L’approche documentaire, la misère du quotidien opposée à la majesté du ring, et cette mise en scène âpre, cette musique stridente qui donnent l’impression à tout moment que l’histoire va dérailler. On reconnaît forcément la marque du réalisateur de The Wrestler, d’autant plus qu’il n’est pas non plus étranger au thème de la drogue. Comme chez Aronofsky, La situation semble désespérée, le drame sourd attend son heure, on est au bord de l’explosion.

Fighter avance habilement jusqu’à ce point culminant, il tire sur la corde encore et encore et fait monter la tension très haut. La différence essentielle est ici. Chez Aronofsky réalisateur, jamais on ne recule. A la fin tout se casse, le film vacille, les personnages explosent, que ce soit dans Requiem for a dream, dans Black Swan, ou évidemment dans The Wrestler. Pas de rédemption possible chez Aronofsky.

Fighter se démarque clairement à ce moment-là. Le climax du film, excessivement fort, est la marche solitaire de Dicky dans les rues de Lowell, portant à la main le gâteau qui devait fêter son retour. Le style du film, naturaliste et rêche, l’ambiance misérable digne de Ken Loach, laissent présager le pire. On est devant des hommes maudits, coincés dans leur condition misérable. Le salut est là, si proche, mais le destin ne veut pas libérer ses proies.

C’est ici que Fighter surprend. Il ose un volte-face parfaitement inattendu et s’acharne à démontrer que l’impossible est possible. Les derniers moments du film sont pure jouissance. Les combats, très réalistes, prennent au corps. Tête-Corps-Tête-Corps. La technique est gagnante. Le spectateur est pris dans les cordes, ému et assommé.

Christian Bale, énorme, campe un personnage de cinéma immense, d’une densité extraordinaire, qui rappelle sans pâlir le Travis de Taxi Driver. Ses yeux fous nous poursuivent et Dicky, raté magnifique, grand frère égoïste et aveugle mais aussi grand frère aimant et lucide, sort victorieux de toutes ses contradictions. Fighter comporte certaines des scènes les plus glauques filmées ces dernières années, notamment quand la caméra s’attarde sur la famille de Micky. David O. Russell frôle presque le film d’épouvante lorsque les femelles de la tribu, inquiétantes créatures, se tiennent immobiles comme une masse dangereuse, vaguement hostile. Et pourtant, dans ce Lowell de drame social horrifique, la lumière apparaît d’un coup, une émotion aveuglante nous étreint.

Fighter est un film qui prend aux tripes. Il nous conduit dans les tréfonds de la misère et quand nous y sommes enfermés pour de bon, il nous libère. La plus belle réussite du film, c’est de rendre palpable le miracle. On avance sur un fil très léger, à chaque instant on craint l’explosion et on est surpris que la situation ne dégénère pas totalement. Le film était au bord de la rupture et il a tenu bon, contre toute attente il s’est métamorphosé en épopée héroïque. Renversant.

Note : 8/10

Fighter (Titre original : The Fighter)
Un film de David O. Russell avec Mark Wahlberg, Christian Bale, Amy Adams, Melissa Leo
Drame – USA – 1h53 – Sorti le 9 mars 2011
Oscars 2011 du meilleur acteur dans un second rôle et de la meilleure actrice dans un second rôle pour Christian Bale et Melissa Leo, Golden Globe 2011 du meilleur acteur dans un second rôle pour Christian Bale