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Cars 2
Entre fascination de la voiture et conscience des problématiques écologiques qui vont avec, Pixar propose avec Cars 2 une suite en forme de thriller d’échelle internationale. L’aventure se suit sans déplaisir mais le manque d’originalité et d’émotion fait de ce film le plus mauvais Pixar à ce jour.
Synopsis : Flash McQueen et Martin vont parcourir la planète pour le Grand Prix Mondial. Ils vont être embarqués malgré eux dans une affaire d’espionnage international…
Cars était loin d’être le meilleur Pixar : malgré un graphisme comme toujours très réussi, le scénario patinait entre clichés et bons sentiments made in Disney, bien loin des idées farfelues et fascinantes qui avaient fait le succès de la firme californienne. Le principal intérêt était l’adaptation de notre monde à celui des voitures, et la manière (assez réussie) avec laquelle l’anthropomorphisme qui d’habitude s’applique aux animaux était alors transposé aux machines à moteur.
Malheureusement, cette curiosité disparaît forcément dans Cars 2 puisque l’univers est déjà connu. John Lasseter a beau nous proposer un voyage aux quatre coins de la planète pour étendre le monde de McQueen et de Martin, l’artifice ne prend pas : il n’y a aucune vraie surprise, il faudrait autre chose pour relancer l’intérêt.
C’est le scénario qui va avoir ce rôle, puisque Cars 2, bien loin de l’aventure initiatique du premier épisode, se révèle être un thriller d’espionnage à résonances écologiques. Un rien compliquée, l’histoire tient quand même la route et nous permet d’accrocher entre rebondissements plus ou moins efficaces et gags plus ou moins drôles. Ici, le vrai héros n’est pas Flash McQueen mais son meilleur ami Martin qui est pris pour celui qu’il n’est pas : les ressorts de l’intrigue sont les quiproquos et les gaffes de la dépanneuse. Et le film suit sans grande trouvaille le motif classique de l’agent secret naïf et maladroit, héritier des inspecteur Clouseau, Johnny English et autres Max la Menace.
Pixar a construit son succès sur une imagination débordante portée par des images d’une beauté étourdissante. Ici, la technique est toujours irréprochable. Mais Cars 2 est un film sage, commun et assez vain. Il manque l’étincelle.
Note : 3/10
Cars 2
Un film de Brad Lewis et John Lasseter avec les voix de Owen Wilson, Larry The Cable Guy et Michael Caine
Film d’animation – USA – 1h52 – Sorti le 27 juillet 2011
Les Contes de la nuit
Six petits contes, tous construits autour de récits simples et de graphismes étonnants. Michel Ocelot émerveillera une fois encore les plus jeunes spectateurs. Les autres seront partagés entre scepticisme et admiration. Scepticisme pour des histoires de qualité inégale. Admiration pour la limpidité du propos et des dessins, faits d’ombres et de couleurs vives.
Synopsis : Tous les soirs, une fille, un garçon et un vieux technicien se retrouvent dans un petit cinéma et y jouent toutes les histoires dont ils ont envie. Tout devient alors possible…
C’est d’abord le graphisme des Contes de la nuit qui émerveille. Les ombres chinoises réduisent les formes à l’essentiel, donnant à l’animation une pureté esthétique proche de celle des hiéroglyphes. Autour de ces personnages profonds comme le noir qui leur donne corps, les couleurs sont chatoyantes et dépaysantes, chaque histoire nous fait voyager dans des contrées lointaines ou dans le temps, la bande sonore crée des atmosphères exotiques étonnantes.
Le contraste entre les sombres figurines et les décors lumineux qu’elles habitent permet de mettre en avant la dialectique qui se joue entre l’être humain et la société dans laquelle il évolue. Car chacune de ces petites histoires est très fortement liée à son contexte historique et géographique, alors même que la morale qui s’en dégage touche à l’universel. Les hommes sont toujours les mêmes, où qu’ils se trouvent, toujours représentés par ces ombres chinoises qui semblent découper l’humanité dans un paysage chaque fois différent, dans un contexte chaque fois renouvelé. La richesse de la diversité culturelle (et naturelle) est un écrin de marque pour le plus beau des joyaux, fondamentalement toujours égal à lui-même, l’être humain.
Les hommes sont tous égaux et pourtant si merveilleusement différents de par le monde et le temps, semble s’émerveiller à chaque instant Michel Ocelot, et avec lui les 3 personnages qui s’amusent à créer ces contes.
Six petites histoires se succèdent ainsi, comme dans un laboratoire de l’imagination. La première fable, Le Loup garou, n’a pas beaucoup d’intérêt : elle illustre l’amour sincère dans une fin de moyen-âge crépusculaire. Suit Garçon tamtam, qui revient à l’Afrique noire de Kirikou. Là, Michel Ocelot nous dit que la véritable magie ne se trouve pas dans les objets mais dans l’homme. Sympathique aussi est le conte antillais Ti Jean et la belle-sans-connaître : c’est en aidant les autres qu’on trouve de l’aide quand on est en difficulté. Et il vaut mieux avoir une vie modeste que régner sur la mort.
L’Elue de la ville d’or et Le Garçon qui ne mentait jamais sont plus intéressants. Le premier conte parce qu’il surprend le spectateur et défend la suprématie de la vie humaine sur toute autre considération, dans un magnifique cadre aztèque. Le second parce qu’il parle de l’amitié, du sacrifice, de la sincérité, de la pureté et de la perversion des âmes dans la partie la plus émouvante du film, dans un Tibet mystique. Enfin, Les Contes de la nuit se terminent avec La fille-biche et le fils de l’architecte, un récit aussi simpliste que l’était Le Loup garou. Le conteur revient alors au moyen-âge (gothique cette fois) pour nous parler des apparences trompeuses.
Le film formé par ces six contes d’intérêt inégal donne une impression de grande beauté esthétique et de simplicité narrative originale dans le paysage de l’animation d’aujourd’hui. On regrette que cette simplicité touche parfois au simplisme, ne gardant de véritable intérêt que pour le plus jeune public.
On admire cependant l’ensemble qui réussit à illustrer joliment la complémentarité qui existe entre l’universalité de l’homme et la diversité des cultures.
Note : 5/10
Les Contes de la nuit
Un film de Michel Ocelot avec les voix de Julien Beramis, Marine Griset et Michel Elias
Film d’animation – France – 1h24 – Sorti le 20 juillet 2011
Chico & Rita
Chico & Rita s’inspire en partie de la vie de Bebo Valdés, grand musicien cubain qui, à plus de 90 ans, donne sa voix à Chico et compose la musique du film. Cette grande romance fait la part belle à la musique cubaine et à sa rencontre avec le jazz des USA, sans arriver à approfondir vraiment ses thématiques. Un film joli mais un peu anecdotique.
Synopsis : Cuba, 1948. Chico, jeune pianiste talentueux, et Rita, à la voix envoutante, tombent amoureux. Leur amour sera mis à l’épreuve des rêves de gloire qu’ils poursuivent tous deux.
Dessin à l’ancienne, histoire à l’ancienne. Chico & Rita est une grande fresque amoureuse qui frémit sur les rythmes de la musique cubaine et qui épouse les bouleversements politiques de la seconde moitié du XXème siècle. Chico et Rita partagent l’affiche avec La Havane et New York, qui donnent au film son décor, son atmosphère et son humeur.
Le « Je t’aime moi non plus » est une partition bien connue que le film applique à la lettre, suivant en cela les traces de New York, New York. Les deux amoureux s’aiment et se quittent, pour mieux se retrouver plus tard. Le charme désuet est à la fois celui du joli dessin coloré et presque fragile de Javier Mariscal, en 2D bien sûr, et celui d’une musique d’époque qui semble vouloir raviver le Cuba d’antan. La romance est d’un classicisme appuyé, avec pour ingrédients clés le succès, les trahisons, la misère, la fortune, la jalousie, tout cela entremêlé dans une vie passée trop vite, à l’ombre d’un air de rumba.
Beaucoup de sujets sont abordés en toile de fond, le racisme, le socialisme cubain, le star-system, le pouvoir de l’argent. Aucun n’est particulièrement développé, tout reste en surface, c’est toujours l’amour et la musique qui emportent le morceau.
Au final, Chico & Rita est sympathique, comme un film d’animation venu d’un autre temps, mais pas forcément mémorable. L’épilogue n’est pas convaincant et finit de faire du film une fable certes agréable, mais sans importance.
Note : 4/10
Chico & Rita (titre original : Chico and Rita)
Un film de Fernando Trueba et Javier Mariscal avec les voix de Bebo Valdés, Idania Valdés et Estrella Morente
Film d’animation, Romance – Espagne, Royaume-Uni – 1h34 – Sorti le 6 juillet 2011
Kung Fu Panda 2
Malgré un succès populaire certain, Kung Fu Panda n’avait rien de marquant : l’intrigue était convenue et les personnages très mal développés. Kung Fu Panda 2 est en tout point fidèle à son prédécesseur. Ça se suit sans difficulté et ça n’a toujours aucun intérêt. Beaucoup de savoir-faire et une inventivité au point mort.
Synopsis : Po, devenue le Guerrier Dragon, est menacé par un nouvel ennemi, décidé à conquérir la Chine et anéantir le kung-fu à l’aide d’une arme secrète et indestructible.
Kung Fu Panda 2 marche sur les traces du premier opus. D’abord, un scénario quelconque : un méchant qui veut beaucoup de pouvoir a décidé d’anéantir lâchement le kung fu et nos héros vont devoir l’en empêcher. Ensuite, une pincée de blagues rebattues, qui s’appuient le plus souvent sur le fait que Po est maladroit et mange beaucoup. Des acolytes-figurines : une mante, une tigresse, un rhinocéros, une oie, un dindon, un singe… et tout le reste de l’animalerie. Des bons sentiments à peu de frais : les durs à cuire sont en fait des grands émotifs, les parents adoptifs aiment leurs enfants comme s’ils étaient les leurs. Et enfin, une morale insipide : on a besoin de connaître nos racines et de les dépasser pour trouver la paix intérieure. On a besoin de trouver la paix intérieure pour être heureux et aider les autres.
Avec de tels ingrédients, le film est sûr de réussir son coup : c’est assez sympathique et parfois drôle. Malheureusement, ça ne présente aucun intérêt. Po mis à part, les personnages sont toujours aussi peu étoffés depuis le premier opus, malgré un casting voix impressionnant. Et les enjeux de l’intrigue sont très faibles.
Que reste-t-il? Un petit conte en 2D assez joliment mis en scène et une animation plutôt réussie durant les scènes d’action. Et c’est tout. On attend Pixar et son Cars 2 pour remonter le niveau.
Note : 2/10
Kung Fu Panda 2
Un film de Jennifer Yuh avec les voix de Jack Black, Angelina Jolie, Dustin Hoffman, Jackie Chan, Lucy Liu, David Cross, Seth Rogen, James Hong, Gary Oldman, Michelle Yeoh et Jean-Claude Van Damme
Film d’animation – USA – 1h35 – Sorti le 15 juin 2011
Le Chat du rabbin
Un film de Joann Sfar et Antoine Delesvaux avec les voix de François Morel, Maurice Bénichou et Hafsia Herzi
Film d’animation – France – 1h40 – Sorti le 1er juin 2011
Synopsis : Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler.
Joann Sfar a décidé de faire une adaptation de sa merveilleuse bande dessinée Le Chat du rabbin en reprenant et mélangeant les intrigues des 5 volumes de la BD.
Les bouquins étaient extraordinaires d’intelligence et d’espièglerie, le film bénéficie donc forcément de ces atouts. Le conte philosophique est drôle, enlevé, l’esprit juif le plus universaliste et séduisant souffle sur les aventures de ce félin malicieux. Toute la culture juive est là, le besoin de sans cesse commenter, de sans cesse réfléchir, de sans cesse remettre en question, la musique klezmer se mélange aux tonalités séfarades d’Enrico Macias, certes il y a l’intolérance propre à la religion, mais il y a surtout la liberté, le dialogue des cultures, la compréhension de l’autre et le refus de tout préjugé et de toute discrimination.
Joann Sfar célèbre le meilleur de la religion en général et du judaïsme en particulier. Les juifs et les noirs sont le symbole des oppressés. Jérusalem, la ville-miracle, devra être la ville des juifs noirs, des falachas, c’est-à-dire de tous ceux qui ont souffert, de tous les hommes libres. Si cette Jerusalem-là est malheureusement une chimère, Le Chat du rabbin disserte beaucoup, montre qu’aucun homme (et aucun chat) n’est dépourvu d’intolérance mais qu’entre les obscurantismes de toutes les religions, il y a la place pour un monde meilleur où chaque culture se nourrit des autres.
Etait-il vraiment utile d’adapter la bande dessinée au cinéma? C’est sur ce point-ci qu’on a quelques doutes. Pour les besoins du grand écran, le dessin de Joann Sfar s’assagit. La multiplication des intrigues prises dans les cinq volumes donne un film touffu qui manque un peu d’unité. Les intrigues n’ont pas le temps nécessaire pour être bien développées, chacune semble vite expédiée pour laisser la place à la suivante et le film prend bientôt l’aspect d’un catalogue.
L’esprit de contradiction, de fête et de dérision du judaïsme est bien là et le film est plaisant. Mais en voulant tout dire, il a tendance à s’éparpiller. On peut alors espérer qu’il donnera envie aux spectateurs de lire la BD.
Note : 6/10

