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Shadow Dancer

Bien mis en scène, bien interprété, Shadow Dancer n’en reste pas moins un thriller anecdotique, la faute à une intrigue décevante et à une fin maladroite. La révélation du film, c’est Andrea Riseborough, qui interprète un personnage solide et fragile comme une toile d’araignée.

Synopsis : Collette, jeune veuve de Belfast, est une activiste de l’IRA. Après un attentat avorté et une arrestation, elle doit choisir : passer 25 ans en prison ou espionner sa propre famille.

Shadow Dancer - critiqueLe film est bourré de qualités formelles : la réalisation est froide et élégante, la tension et l’intensité sont au rendez-vous, les acteurs sont impeccables (notamment Andrea Riseborough, la densité de son jeu y est pour beaucoup dans l’atmosphère oppressante du récit). Tout est crédible, les dilemmes sont saisis avec justesse même s’ils ne sont pas nouveaux.

Malheureusement, c’est le scénario qui pêche. Ici, le suspense ressemble à une bulle qui gonfle, qui gonfle sans jamais trouver son point de rupture. Quand le film se termine, on est loin d’être satisfaits. Certes, une petite surprise relance l’enquête et l’intérêt qu’on lui porte, mais il semble manquer l’essentiel, une raison à tout cela, quelque chose pour étancher notre attente. A la place, on aura le droit à un dernier retournement franchement inutile et malvenu. La fin de Shadow Dancer paraît artificielle et sans pertinence par rapport au reste de l’intrigue.

Finalement, le plus gros défaut du film est d’avoir négligé le personnage interprété par Clive Owen. Mac n’est personne, simplement un agent intègre qui lutte pour protéger son indic. Il n’a pas d’autre attribut, sa personnalité est plate, réduite à la fonctionnalité de son rôle.

Pourtant, c’est dans sa relation à Collette que résidait notre principale curiosité et ce qui aurait dû être la ligne de force du film. Le réalisateur sacrifie cette relation pour se concentrer sur le danger qui guette l’héroïne. A la fin du film, James Marsh semble prendre conscience du gâchis : il tente alors une manœuvre grossière et artificielle pour remettre Mac au centre de l’intrigue, mais il est trop tard.

Après un premier quart d’heure prometteur, Shadow Dancer s’embourbe dans le thriller convenu. Quelques fulgurances sauvent le film de l’anonymat.

Note : 4/10

Shadow Dancer
Un film de James Marsh avec Clive Owen, Andrea Riseborough et Gillian Anderson
Thriller, Drame – Irlande, Royaume-Uni, France – 1h42 – Sorti le 6 février 2013

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Passion

5 ans après l’étonnant Redacted, Brian De Palma revient sur nos écrans avec un thriller de manipulation et d’érotisme. Malgré quelques plans réussis et une véritable volonté de perdre le spectateur dans les dédales de la culpabilité, le réalisateur n’arrive pas à renouveler le genre et s’égare dans une histoire assez banale et superficielle.

Synopsis : Isabelle est fascinée par sa supérieure. Cette dernière profite de son ascendant sur elle pour l’entraîner dans un jeu de séduction et de manipulation, de domination et de servitude.

Passion - critiquePassion est un film presque stimulant et pourtant bancal. A l’image de ces plans filmés en angles inclinés, déroutants mais ostentatoires. Sans doute parce que l’histoire n’est pas au niveau et que le spectateur, sceptique d’un bout à l’autre, finit par trop regarder la forme et apercevoir les ficelles.

Les actrices jouent assez mal, les rapports de jalousie et de domination sont trop évidents, le film n’est ni assez sensuel, ni assez malsain (comme si le réalisateur se retenait pour rester tout public) et le suspense est un peu flou. Les multiples retournements de situation ne sont pas tous heureux et donnent parfois l’impression que De Palma s’amuse plus qu’il ne nous raconte une histoire.

Cependant, placer l’intrigue dans le milieu de la publicité est plutôt judicieux et offre quelques bonnes séquences. Et l’utilisation du split screen donne le meilleur moment du film, renforçant avec brio le brouillage des points de vue entrepris par le réalisateur (notamment avec un flou volontaire entre rêves et réalité).

La résolution du thriller bénéficie beaucoup de cette séquence en double écran. Dommage qu’il faille encore subir un chantage, un amour sans crédibilité, un double fantôme et une paranoïa supplémentaire. Le scénario ouvre hâtivement des tiroirs narratifs sans bien les exploiter. Brian De Palma voulait nous proposer un drame hitchcockien mais son histoire est trop banale.

Note : 4/10

Passion
Un film de Brian De Palma avec Rachel McAdams, Noomi Rapace et Karoline Herfurth
Thriller – Allemagne, France – 1h41 – Sorti le 13 février 2013

Spring Breakers

Sans doute mal marketé, le film décevra forcément ceux qui sont venus voir une comédie trash à la Projet X. Spring Breakers est une fable instable, un objet expérimental, une oeuvre moderne et fascinante. Les images et la narration jouent avec les codes pour mieux les pervertir et créer le portrait séduisant et inquiétant d’une époque où nécessairement, tout doit être possible.

Synopsis : Pour financer leur Spring Break, quatre filles sexys et fauchées décident de braquer un fast-food. La semaine de folie peut alors débuter et les conduire aussi loin que possible…

Spring Breakers - critiqueSpring Breakers est un film étonnant, un film à part qui saisit avec une folle énergie l’état d’esprit d’une époque et celui d’une jeunesse qui n’a plus rien à rêver.

Les genres explosent dans ce condensé de cinéma. Les motifs les plus divers s’entrechoquent pour créer une œuvre unique et déroutante. Spring Breakers est d’abord un teen movie déchiré (on pense un peu à Thirteen de Catherine Hardwicke), un American Pie sans parents, sans frustration, sans naïveté. Plus d’enfance, plus d’innocence, simplement de l’envie et du plaisir…

Du film de moeurs, Spring Breakers glisse doucement vers le documentaire. Souvent Harmony Korine ne s’intéresse plus aux personnages, il filme un contexte, des jeunes vivant l’excès de fun comme un ersatz de bonheur. Des corps magnifiques sautant, dansant, se trémoussant, buvant, courant, riant, criant, chantant. L’image est belle, presque écœurante, ce pourrait être une émission sur MTV, une publicité pour une île paradisiaque ou pour des vacances de débauche où tous les plaisirs sont permis. Ce pourrait être un clip de rap, l’image un peu folle d’une existence consacrée au luxe et à l’extase.

La société de consommation est une société qui donne le rêve et l’illusion de la puissance. Les 4 adolescentes ont le sentiment d’invincibilité et d’omniscience qui caractérise notre temps. Internet, les réseaux sociaux, les jeux vidéos, les blockbusters, les hyperpuissances, tout est toujours plus, énorme, gigantesque, tout est toujours là, présent, vite dépassé, vite obsolète. Tout peut être su et contrôlé, instantané, réel, possible. Il n’y a plus de fantasme, il n’y a que du réalisable, du concret. Alors ces 4 filles recherchent une réalité qui se surpasse elle-même, qui les sublime, qui donne un sens à ce méli-mélo du vide.

Il y a une beauté pop électrisante dans ce déluge de modernité. Ce n’est pas simplement superficiel et de mauvais goût. Une esthétique rose et jaune se crée, les images trouvent leur cohérence et dégagent une forme de beau et de vrai. Certes, c’est aussi de la laideur et du mensonge, mais toute séduction a sa part d’ombre. La musique du film, très réussie, donne encore un peu plus de peps à cette aventure du tout-plaisir. Et quand Spring Breakers frôle le film érotique, l’attirance et la répulsion, le désir et la peur se mêlent en un jeu de vice et de perversité.

Alors le film peut devenir inquiétant, se muer en thriller ou en film d’action, quitte à passer tout près du cinéma d’épouvante. Quelque chose est fondamentalement déréglé, les anges se brûlent les ailes dans un too much déraisonné et envoûtant. On entend : « Money is American Dream » et on pense à Cogan, Killing Them Soflty, où Brad Pitt disait: « L’Amérique n’est pas un pays, c’est juste un business ».

Les adolescentes chantent innocemment dans des bouteilles d'alcool

Depuis la première scène de braquage jusqu’aux états d’âmes des jeunes filles, la réalisation de Harmony Korine impressionne. On se souvient aussi d’une scène magnifique qui pourrait résumer tout le film : après avoir « tripé » sur Britney Spears, après avoir chanté innocemment dans des bouteilles d’alcool, les adolescentes reconstituent le hold-up qu’elles ont commis avec une violence et une excitation qui nous laissent KO.

Mais ce qui marque le plus, c’est l’extrême habileté de la narration. Les constants aller-retours entre les scènes présentes et celles qui suivront donnent au récit une façon d’avancer par à-coups aussi stimulante que déconcertante. Le futur envahit sans cesse le moment présent jusqu’à brouiller les pistes : tout ce qui se passe à l’écran est à la fois flash-back et flash-forward, action déjà révolue et vision anticipée de ce qui se prépare. Jusqu’à donner l’impression diffuse et ahurissante que tout est là, ramassé en un seul instant, que tout est lié et indissociable, le portrait épileptique et pourtant figé d’un temps, d’un âge, de 4 adolescences dont la rébellion n’est qu’une forme exagérée de ce que promeut le système : le besoin de tout avoir, de tout voir, de tout accomplir, le besoin extrême de posséder le monde, de le croquer jusqu’à l’indigestion.

Le film finit alors par tourner au pur fantasme, requestionnant tout ce qui nous a été montré. Qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui, dans le film, n’est que le songe de 4 filles bloquées dans leur petite ville alors que leurs amis vont au fameux Spring Break tant désiré? Entre naturalisme et hallucination, entre anges et démons, entre vide et trop-plein, entre vulgarité et fulgurances, entre splendeur et laideur, entre mysticisme et pragmatisme aigu, entre innocence et culpabilité, le film fusionne les contraires pour mieux exploser les repères. Cette vie d’entertainment à la sauce MTV est si grossière, si brute qu’elle acquière un charme et une grâce qui touchent au merveilleux. Tout ici est si absurde que peu à peu les images prennent sens.

Les adolescentes semblent aussi chercher une spiritualité pour se sauver d’un quotidien insensé

Le film se fait récit initiatique : à travers le plaisir pur, les adolescentes semblent aussi chercher une spiritualité pour se sauver d’un quotidien insensé. La religion et le sexe ne suffisent plus, il y a cette bulle pleine de riens qui flotte dans nos têtes et dont il nous faut tout ce qu’elle contient. Le projet de Spring Breakers est de crever cette bulle, de célébrer et de détruire le néant.

Derrière le film-caméléon se cache un conte moral moderne d’une étonnante lucidité. Après avoir été au bout d’elles-mêmes, les jeunes filles ont le choix : se perdre ou s’en aller. Chacune à son tour va revenir à la réalité. Avec la volonté (peut-être sincère, qui sait?) d’enfin s’améliorer, de trouver du sens un peu plus loin du vide.

Note : 8/10

Spring Breakers
Un film de Harmony Korine avec James Franco, Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Ashley Benson et Rachel Korine
Drame, Thriller – USA – 1h32 – Sorti le 6 mars 2013

Möbius

Un an après son Oscar pour The Artist et la sortie du film Les Infidèles, Jean Dujardin revient sur nos écrans dans un rôle à contre-emploi : celui d’un agent du FSB. Le couple formé avec une Cécile de France élégante sert plutôt bien ce thriller d’espionnage cérébral. La tension et le suspense sont au rendez-vous, jusqu’à une fin malheureusement ratée.

Synopsis : Grégory, agent secret russe, surveille un homme d’affaires. Son équipe recrute Alice, une surdouée de la finance. Grégory va rompre la règle d’or et entrer en contact avec elle…

Möbius - critiqueIl est rare que le cinéma français arrive à livrer des thrillers qui tiennent la route. C’est pourtant le cas de Möbius, grâce à une intrigue travaillée et à une mise en scène qui sait aussi bien s’attarder avec sincérité sur l’histoire d’amour naissante qu’exposer rapidement et intelligemment les différentes facettes de l’affaire d’espionnage.

Le scénario est complexe et demande au spectateur d’être attentif. Eric Rochant se permet de ne pas simplifier les tenants et les aboutissants de l’histoire : le monde de la finance et celui des services secrets se mêlent en un jeu politique dans lequel l’individu et ses sentiments n’ont que peu de place.

C’est pourtant justement sur ces sentiments que le réalisateur se focalise : au risque d’être taxé de mièvrerie, le film cherche à donner à l’amour sa pleine puissance, à le montrer devenir le maître et être la cause de multiples dysfonctionnements. Alors les principes les plus cruciaux sont brouillés, les plans les mieux établis sont modifiés, les personnages deviennent inconscients et se mettent en danger.

Möbius arrive à rendre palpable la fragilité inattendue de deux êtres sans enlever d’intérêt pour les enchevêtrements d’une intrigue à suspense bien construite.

On reste plus sceptique sur la fin du film. Eric Rochant rompt alors l’équilibre qu’il avait réussi à trouver entre espionnage et délicatesse. Möbius perd en crédibilité et l’aspect glauque du dénouement désépaissit la romance et les jeux de miroir du scénario.

Note : 5/10

Möbius
Un film d’Eric Rochant avec Jean Dujardin, Cécile de France, Tim Roth et Emilie Dequenne
Thriller – France – 1h43 – Sorti le 27 février 2013

7 psychopathes

Après Bons baisers de Bruges, Colin Farrell rempile avec Martin McDonagh pour son second film. Le réalisateur irlandais essaie bien de livrer une nouvelle fois un récit fou, explosif et surprenant. Malheureusement, la magie ne réopère pas et 7 psychopathes manque cruellement de sens et de poésie.

Synopsis : Marty est un scénariste en panne d’inspiration pour son nouveau projet, intitulé 7 Psychopathes. Son ami Billy tente de l’aider en lui faisant rencontrer des vrais psychopathes.

7 psychopathes - critiqueDifficile de faire un second film quand on s’appelle Martin McDonagh et que notre premier long métrage, Bons Baisers de Bruges, était un chef d’oeuvre. Le réalisateur britannique essaie de reprendre les ficelles du succès : un thriller étonnant, une intrigue qui nous emmène là où on ne l’attend pas, des personnages dingos et attachants et une bonne dose d’action dynamitée.

Pourtant, 7 psychopathes peine à trouver sa cohérence. Les réactions des personnages sont erratiques jusqu’à les rendre parfois un peu inconsistants. La mise en abyme est une idée réjouissante mais ici elle est mal tenue et assez maladroite. Adaptation, de Spike Jonze, arrivait à mélanger les aventures d’un scénariste à l’histoire qu’il essayait d’écrire avec beaucoup plus de finesse et de pertinence.

Quant à l’intrigue, elle explose en vol au point d’aboutir à une dernière séquence dans le désert franchement longue et sans crédibilité. Comme tout peut dorénavant arriver, plus rien n’a vraiment d’intérêt.

Pourtant, il y a de la matière dans ces 7 psychopathes. Des petites histoires intrigantes (le segment de Tom Waits ou la vengeance de Christopher Walken notamment, deux fables un peu redondantes), des séquences mi-amusantes mi-inquiétantes (la première apparition du vietnamien et de la prostituée, la confrontation entre Charlie le psychopathe et la femme de Hans dans une chambre d’hôpital) et des personnages plutôt réussis (surtout Billy, l’ami de Marty, une vraie ordure au grand coeur, un vrai ami psychopathe, dont on a du mal pendant tout le film à savoir si on l’aime bien ou si on le condamne).

Malheureusement, tous ces éléments sont mélangés dans un pot-pourri superficiel. Les discours (la nécessité de la violence ou la suprématie de la paix) se désintègrent d’eux-mêmes, ne trouvant pas d’écho (ou trouvant trop d’échos) dans un scénario brouillon et mal maîtrisé. Martin McDonagh avait plein d’idées, sa mise en scène est pêchue et attachante, mais à trop vouloir, à trop lorgner vers Tarantino et les Frères Coen, à trop poser, il perd le fil. A croire que le film s’inspire d’une histoire vraie : le réalisateur ne savait visiblement pas très bien quoi faire de ses 7 psychopathes.

Note : 4/10

7 psychopathes (titre original : Seven Psychopaths)
Un film de Martin McDonagh avec Colin Farrell, Woody Harrelson, Abbie Cornish, Christopher Walken, Sam Rockwell, Olga Kurylenko, Gabourey Sidibe, Zeljko Ivanek et Tom Waits
Thriller, Comédie – Royaume-Uni – 1h50 – Sorti le 30 janvier 2013

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