Archives Mensuelles: juillet 2011

Never Let Me Go

Never Let Me Go parle d’un passé qui n’a pas eu lieu. D’amours qui ne peuvent pas être vécues. D’êtres qui n’ont pas le droit d’exister. Never Let Me Go parle de nous, à jamais absents de nos rêves, bloqués dans une vie qui n’est pas la nôtre, à la recherche d’une illusion, d’un sens. Never Let Me Go est un diamant rempli de vide. L’un des plus beaux films sortis cette année.

Synopsis : Depuis l’enfance, Kathy, Ruth et Tommy sont les pensionnaires d’une école en apparence idyllique, une institution coupée du monde où seuls comptent leur éducation et leur bien-être. Mais quand ils deviennent jeunes adultes, leur vie bascule…

Never Let Me Go - critiqueCe qui donne sa plus grande singularité à Never let me go, c’est le désespoir noir qui étouffe toute l’intrigue. Never let me go est l’un des très rares films entièrement taillés dans la résignation, dans l’acceptation totale d’un destin injuste.

L’histoire offre beaucoup de pistes surprenantes. D’abord, il s’agit d’une uchronie : le monde imaginé n’appartient pas au futur mais à un passé parallèle. Dans ce passé-là, la médecine a fait, dans les années 50, des progrès déterminants. A partir de là, le futur de ce passé a été chamboulé. Comme s’il était essentiel de souligner que l’univers de Never let me go n’existera sans doute jamais mais que là n’est pas l’important. Il aurait été possible, on pourrait en être là, et même encore plus loin, aujourd’hui. Ce qui est important ici, ce n’est pas ce qui existe mais bien l’infinité des possibilités et ce que cet univers parallèle dit sur nous, sur notre condition d’être humain, ici ou là-bas.

Ensuite, l’image, les décors, les costumes, emprisonnés dans un passé qui n’a pas existé, sentent le jauni, le vieux. C’est comme si toute cette histoire était un souvenir ancien et cela lui donne une douceur un peu terne qui est justement le propre de ce qui n’est plus qu’une image dans notre mémoire. Prisonniers de leur destinée, Kathy, Ruth et Tommy le sont aussi de leur univers, tellement dérisoire qu’il échappe à toute réalité.

Contrairement à The Island, qui supposait aussi un monde où des humains-bis étaient créés pour les besoins des transplantations des vrais humains, ici, les donneurs sont au courant depuis toujours. Ils savent ce pour quoi ils ont été fabriqués, ils connaissent avec certitude le déroulement de leur vie. Et ayant été élevés dans cette fatalité, ils ne pensent pas à se rebeller, au contraire des héros de The Island. Ce point scénaristique est essentiel, il traduit l’ADN de Never let me go. Pour Kathy, Ruth et Tommy comme pour tous leurs camarades, se rebeller contre le système, c’est comme se rebeller contre la mort, ce n’est tout simplement pas envisageable. La réalisation des deux films est alors absolument opposée : l’image clignotante, hyperactive et irregardable de Michael Bay est ici remplacée par des respirations longues et difficiles, d’une mélancolie parfois insoutenable.

Porté entièrement par un récit qui ne peut être que ce qu’il est (le film commence par la voix off de Kathy, on sait dès le début qu’on devra arriver à cette image finale de Tommy sur la table d’opération), Never let me go ne donne que très peu de réponses sur le fonctionnement du système. Qui sont ces enfants? Comment ont-ils été créés? A partir de qui? Quelles sont véritablement les lois en vigueur à leur égard? Quelles sont leur possibilités? Leur situation, qu’ils acceptent avec une évidence déconcertante, empêche-t-elle véritablement toute révolte et si oui, par quels mécanismes? A ces multiples questions, les réponses sont très partielles voire inexistantes. Finalement, elles importent peu. Si on ne sait pas tout, on ressent les choses, comme les personnages. Ils ne savent sans doute pas ce qu’ils sont mais ils le sentent. Ils ne savent sans doute pas que tout ceci est inéluctable mais ils le sentent.

D’autres pistes passionnantes sont évoquées par petites touches discrètes, comme la disparition progressive de toute éthique dans le traitement des donneurs. La pension où grandissent les trois enfants nous apparait d’abord comme une prison mais nous comprenons ensuite qu’elle était déjà la marque d’un choix politique, d’une certaine forme de résistance. Autre question troublante, celle de l’âme des donneurs. Comment les gens « normaux » pourraient-ils penser qu’ils n’ont pas d’âme? Quel processus scientifique a permis leur clonage? Et surtout, cette belle idée selon laquelle l’art serait la réponse à la question de l’humanité.

Never let me go est un film de science-fiction particulièrement lent et nostalgique et en cela il rappelle Bienvenue à Gattaca. Mais alors que Gattaca était marqué par la lutte constante du héros, Never let me go ne montre que de la colère et de la tristesse, les deux dernières façons de se battre quand on ne peut pas se battre. La solitude glaciale des personnages rappelle plutôt le premier film de Mark Romanek, Photo Obsession, déjà un diamant glauque.

Never let me go n’est pas un film séduisant, ses personnages ne sont pas des grands personnages de fiction mais ils ne peuvent pas l’être : ils ont été modelés pour n’être presque personne. Malgré cela, ils essaient d’aimer, parce que c’est leur dernière chance d’être quelqu’un. Dans la superbe scène où Tommy sort de la voiture pour crier, toute l’émotion rentrée à l’intérieur du film semble s’échapper. Never let me go est un film submergé par la tristesse.

Sans éclat, l’histoire arrive à son terme, rien n’aura servi, rien n’aura été changé. On n’aura même pas vu de répression. Simplement un fil tendu qu’on ne peut que suivre. Mais tout ça pourrait aussi bien être notre univers à nous. Chacun a un laps de temps défini pour vivre, une fin certaine qui l’attend et nulle façon d’y échapper. Nous ne pouvons que profiter du peu de temps que nous avons, du mieux possible. Never let me go est une parabole sur notre propre situation. Humains-bis relayant les humains que nous voudrions être et que nous ne serons jamais.

Note : 9/10

Never Let Me Go
Un film de Mark Romanek avec Carey Mulligan, Andrew Garfield et Keira Knightley
Science-fiction, romance – Royaume-Uni, USA – 1h43 – Sorti le 2 mars 2011

La Dernière Piste

Le Western est un genre qui n’en finit pas de mourir. Parfois jusqu’à renaître dans des éclats inattendus. C’est le cas de La Dernière Piste, un western sur les balbutiements de la conquête de l’ouest. Kelly Reichardt, par ses choix audacieux, donne une nouvelle jeunesse au genre avec ce film puissant et surprenant.

Synopsis : 1845, Oregon. Le trappeur Stephen Meek, qui prétend connaître un raccourci, conduit 3 familles qui veulent aller vivre à l’ouest sur une piste non tracée à travers les hauts plateaux désertiques. Ils se retrouvent perdus dans un désert de pierre.

La Dernière Piste - critiqueLa Dernière Piste ne ressemble à aucun autre western. Kelly Reichardt fait une série de choix passionnants qui donnent à son film une originalité saisissante.

D’abord, le sujet. Contrairement à la majorité des westerns récents, crépusculaires, habités par la nostalgie d’un genre qui semble avoir déjà vécu son âge d’or, par la nostalgie d’une époque fantasmée de légendes et d’épopées, La Dernière Piste raconte le tout début de la conquête de l’ouest. Pas encore de saloons, de shérifs, de duels au soleil ou de ruée vers l’or : les personnages sont des pionniers, ils ne vont rejoindre aucune ville existante, ils vont peupler un lointain ailleurs, inconnu, pas encore civilisé, ils vont créer les lieux de notre imaginaire collectif. La Dernière Piste est un film à contre-courant qui se permet de recommencer le mythe du début, comme si rien n’existait encore, comme si tout était à venir.

Ensuite, le point de vue. La caméra ne suit pas les cow-boys, elle s’intéresse à leurs femmes, reléguées à l’arrière du convoi et à l’écart des décisions. Aux tâches ménagères qu’elles accomplissent discrètement, mais aussi à leurs réactions et à leur façon d’appréhender leur condition de femme. Entre la jeune fille effrayée qui cherche avant tout la protection de son mari et la mère vertueuse et soumise aux décisions de son homme, Michelle Williams campe une femme de poigne et de conviction, curieuse des décisions politiques, écoutée et respectée par son époux. Cette madame Tetherow refuse de laisser son destin entre les mains des hommes et du hasard, elle décide d’agir et de s’imposer peu à peu, lentement, discrètement, elle retourne la situation politique de cette micro-société nomade avec une assurance qui n’a d’égal que l’ampleur de ses doutes.

Troisième choix crucial de Kelly Reichardt, le format de l’image. En optant pour un format carré, bien loin de l’habituel cinémascope utilisé dans les westerns pour sublimer les magnifiques paysages de l’ouest américain, la réalisatrice restreint volontairement le champ de vision du spectateur : celui-ci ne peut étendre son regard sur la largeur de l’écran, il est prisonnier d’un cadre compact, perdu dans ce petit bout d’espace comme le sont les personnages qui ne voient rien de leur futur, caché par une montagne ou par la lumière aveuglante du soleil. Mais cette image coupée, comme amputée de ses bords, permet aussi d’ouvrir le champ de vision du spectateur dans une autre direction a priori inaccessible au cinéma : la profondeur. Enfermé dans une surface limitée, le regard se perd dans les tréfonds de l’image, dans le lointain qui se démultiplie derrière les personnages. L’écran n’est plus un chemin qu’on parcourt de gauche à droite ou de droite à gauche, c’est une étendue sans direction, sur laquelle il nous faut avancer, nous enfoncer, qu’on pourrait parcourir en tout sens et qui semble pourtant ne mener à rien. C’est dans ce choix de format carré que la réalisatrice nous permet paradoxalement d’appréhender le plus la profondeur menaçante des paysages et le risque que nous avons de nous y perdre.

Enfin, comment ne pas parler du traitement de l’histoire et des personnages. La grandiloquence propre au western disparaît derrière la banalité des tâches ingrates, les héros ne sont que des hommes qui ont faim et soif, le seul enjeu de l’intrigue est d’avancer encore et toujours, d’abord pour trouver de l’eau, ensuite pour atteindre la terre promise. Tout procédé de fiction est atténué, les plans sont souvent fixes, les mouvements de caméra sont rares et suivent discrètement la marche des personnages, seule la musique inquiétante raconte encore quelque chose, le danger, la folie qui guette l’expédition, la peur de ne pas survivre, d’abord vague, puis de plus en plus précise. Très loin de l’épopée, La Dernière piste choisit le naturalisme le plus minimaliste pour raconter le quotidien et les dilemmes d’une expédition perdue.

Et pourtant, malgré ce refus catégorique de Kelly Reichardt de céder à tout procédé ou récit spectaculaire, on ne s’ennuie jamais, on est happé par le drame intime qui se joue tout autant que par la dimension mystique de cette petite histoire qui s’inscrit dans la grande. Là plus qu’ailleurs, la nation américaine se crée, les pionniers cherchent une vie meilleure mais ils ne peuvent pas savoir qu’ils vont changer le monde.

Tout en étant d’une justesse et d’une sincérité troublantes, La Dernière Piste trouve un merveilleux équilibre entre le réel et l’allégorie. Perdus dans le mystère de ce qui n’a pas encore été exploré, dans l’espace comme dans le temps, ces femmes et ces hommes sont mis à l’épreuve des choix, ballotés entre la loi du groupe et la loi de l’individu, entre la loi du vote et la loi du plus fort, entre d’une part, leur foi et leurs convictions, et d’autre part, toute l’étendue de leur ignorance.

Bien au delà du Far West, les personnages de Kelly Reichardt sont perdus là, entre l’instinct et l’incompréhension, entre la certitude et le doute, entre ce qu’ils croient savoir et ce qu’ils sont bien forcés d’admettre qu’ils ignorent. Dans l’un des derniers plans du film, troublant et magnifique, le regard de Michelle Williams nous parvient d’entre les branchements d’un arbre égaré. Il porte en lui et nous communique cette contradiction qui dévore le film et ses personnages : autant d’assurance que d’incertitude.

Note : 8/10

La Dernière Piste (Titre original : Meek’s Cutoff)
Un film de Kelly Reichardt avec Michelle Williams, Paul Dano et Bruce Greenwood
Western – USA – 1h44 – Sorti le 22 juin 2011

Un amour de jeunesse

Pour son troisième film, Mia Hansen-Love nous raconte un amour de jeunesse. Soulignant par son titre la trivialité de son sujet, la jeune réalisatrice se joue de cette évidence pour apporter à ce premier amour une émotion et une mélancolie qui n’appartiennent qu’à elle.

Synopsis : Camille a 15 ans, Sullivan 19. Ils s’aiment d’un amour passionnel, mais à la fin de l’été, Sullivan s’en va. Quelques mois plus tard, il cesse d’écrire à Camille…

Un amour de jeunesse - critiqueLe regard de Mia Hansen-Love est toujours juste, toujours sobre, toujours mélancolique. En trois films, la jeune réalisatrice parle avec une sensibilité très personnelle des êtres aimés qu’on perd et qu’on retrouve, parfois. Elle met en évidence la trace indélébile que laissent sur nos vies les relations qui comptent.

Un amour filial ou bien un grand amour ne s’efface jamais. On ne peut que continuer à vivre avec l’absence de celui qu’on aime, toujours là cette absence, envahissante, d’autant plus cruciale dans notre vie qu’on croit l’avoir oubliée. Un amour de jeunesse suit la vie de Camille, depuis son premier grand amour d’adolescente jusqu’à sa vie de jeune adulte. Lola Creton est lumineuse et fera partie à coup sûr des révélations de 2011. Elle porte avec un charme et une douceur juvéniles l’évolution de son personnage, qui perd sa pureté et son innocence à l’épreuve d’une vie qui ne veut décidément pas être ce qu’on rêvait qu’elle soit.

Après le cinéma dans Le Père de mes enfants, Mia Hansen-Love s’intéresse à une autre forme artistique dans Un amour de jeunesse : l’architecture. Comme si les lieux faisaient écho à la situation intérieure de Camille : désertés, ils gardent indéfiniment l’empreinte de ceux qui les ont construit, de ceux qui les ont habité, de ceux qui les ont aimé. Chaque construction doit prendre en compte la tension qui existe entre l’art et le réel : un espace de vie doit être beau et fonctionnel. Ce qu’on ne saisit jamais vraiment, c’est que l’amour aussi. La passion doit être viable pour faire le bonheur. Quelque soit la force d’un amour, il ne peut sortir vainqueur d’aspirations contraires, de volontés opposées.

On traverse les lieux, on traverse les gens, sans jamais les quitter vraiment. Et puis il y a la lueur. Ce morceau de fébrilité qui s’échappe de l’obscurité. Une lumière, un sentiment, un souvenir : toujours une lueur arrachée aux ténèbres, à la souffrance, à l’oubli. Un amour de jeunesse est tout empli de cette lueur vacillante, qui parfois éclate dans des moments superbes, qui parfois semble se perdre dans des digressions un peu longues.

Le film avance sur un rythme inégal, parfois puissamment dramatique, parfois un rien ennuyeux. On admire toujours chez la jeune réalisatrice la justesse de la mise en scène, l’éclat de l’image et le choix d’une bande sonore magnifique. Et ce merveilleux sens de l’ellipse qui montre que le temps n’efface rien, il enfouit. Et qu’un amour de jeunesse, c’est la chose la plus sérieuse et la plus importante au monde. Un amour de jeunesse, c’est toujours un grand amour.

Note : 7/10

Un amour de jeunesse
Un film de Mia Hansen-Løve avec Lola Creton, Sebastian Urzendowsky et Magne Havard Brekke
Romance – France – 1h50 – Sorti le 6 juillet 2011

Winter’s Bone

Très remarqué au Festival de Sundance 2010, Winter’s Bone impressionne par l’ambiance poisseuse dans laquelle semble se débattre en vain cette jeune fille condamnée. Pourtant, le scénario, vite répétitif, ennuie avant de se résoudre bien artificiellement.

Synopsis : Ree Dolly, 17 ans, vit dans la forêt des Ozarks avec son frère et sa soeur dont elle s’occupe. Quand son père sort de prison et disparaît, elle n’a pas d’autre choix que de se lancer à sa recherche sous peine de perdre la maison familiale, utilisée comme caution.

Winter's Bone - critiqueWinter’s Bone sait installer une ambiance oppressante de bayou. Ici, au fin fond du Mississippi, les hommes et les femmes sont durs, seuls ou en clan, ils sont pauvres, sales, violents, presque animaux. Un univers pesant s’installe autour de Jennifer Lawrence, lumineuse. Pourtant, ça ne suffit pas. La faute à un scénario qui semble vite tourner à vide.
Ree cherche son père, interroge tous ceux qu’elle connaît, tous plus hostiles les uns que les autres. Personne ne veut l’aider et la quête semble vouée à l’échec. Ree est seule et ne peut pas s’en sortir, elle prend des coups et ne s’en relèvera pas.

L’enquête policière patine et on se dit qu’on n’en saura pas plus. Et pourtant, quand l’intrigue semble cadenassée, tout se résout d’un coup; miraculeusement, les gens frappent à la porte de Ree pour l’aider. Qu’ils l’aident n’est pas le problème en soi, mais pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt?

Winter’s Bone s’acharne pendant une heure à nous démontrer que personne ne veut aider Ree. Et quand le film arrive à ses fins, ne sachant comment se dénouer, il retourne sa veste et annule tout ce qu’il avait construit durant cette première heure. Ree lutte pendant tout le film, sa lutte est parfaitement inutile mais finalement, ses efforts seront couronnés d’un succès bien artificiel. Winter’s Bone manque de cohérence et du coup, d’intérêt. Toute la belle mécanique de la misère finit par sonner faux, la faute principalement à une intrigue mal construite.

Note : 3/10

Winter’s Bone
Un film de Debra Granik avec Jennifer Lawrence, John Hawkes et Kevin Breznahan
Drame – USA – 1h40 – Sorti le 2 mars 2011
Grand Prix du jury et meilleur scénario au Festival de Sundance 2010

Omar m’a tuer

Omar m’a tuer raconte l’une des décisions juridiques les plus contestées de l’histoire récente. Omar est immigré, ne parle pas français, il est faible et devient le coupable idéal, même si aucune preuve cohérente ne l’accuse. Roschdy Zem raconte exactement ça, sagement, maladroitement, sans autre ambition que de dénoncer une injustice. Ça ne suffit pas à faire un film intéressant.

Synopsis : 1991. Ghislaine Marchal est retrouvée morte dans la cave de sa villa. Des lettres de sang accusent : «Omar m’a tuer». Quelques jours plus tard, Omar Raddad, son jardinier immigré, est écroué à la prison de Grasse. Il est le coupable évident…

Omar m'a tuer - critiqueDès la bande-annonce, on se demandait ce qu’un film allait bien pouvoir apporter à l’affaire Omar Raddad. A part témoigner des faits et dénoncer l’injustice, y avait-il de réels enjeux dramatiques, une véritable cause politique à défendre ou une vision du cinéma à proposer?

Après avoir vu le film, on est bien obligés de dire que nos craintes étaient justifiées. A la suite de Rachid Bouchareb et de son Indigènes, Roschdy Zem réalise son film d’utilité publique. Omar m’a tuer est plus une démonstration pour réveiller les consciences et réparer une injustice qu’une oeuvre de cinéma. La sagesse de la mise en scène ne fait que s’ajouter à un scénario déjà largement consensuel.

Le propos sur la justice ou sur l’immigration ne va pas assez loin pour prendre véritablement de l’ampleur, le personnage d’Omar est trop accablé pour arriver à exister en dehors de son statut de victime et la démarche non documentaire du film ne lui permet pas de se transformer en oeuvre d’investigation.

Roschdy Zem choisit de raconter deux histoires. D’une part, une intrigue judiciaire au centre de laquelle Omar passe son temps à essayer de comprendre ce qui lui tombe dessus et à s’effondrer. D’autre part, une enquête policière dont les conclusions sont connues du spectateur avant même que le film commence. Résultat : jamais vraiment thriller, Omar m’a tuer joue la carte du drame.

Mais le réalisateur aurait gagné à montrer avec plus d’évidence les parts d’ombre du personnage principal. Illettré et présenté comme parfaitement innocent (et naïf), Omar reste un personnage abstrait qui n’attire jamais vraiment notre empathie.

Au final, Omar m’a tuer est un film sans point de vue, sans élément nouveau, sans histoire et même sans émotion. C’est un film qui n’a pour lui que sa conviction, largement partagée, de l’innocence d’Omar Raddad. Cette affaire a peut-être beaucoup de choses à dire sur notre société, mais ce n’est certainement pas un film aussi insipide qui pourra lui rendre justice et s’en faire le porte-parole adéquat.

Note : 1/10

Omar m’a tuer
Un film de Roschdy Zem avec Sami Bouajila, Denis Podalydès et Maurice Bénichou
Drame, Policier – France – 1h25 – Sorti le 22 juin 2011