Hugo Cabret

Hugo Cabret. Une fresque forcément féérique, forcément grandiose. Scorsese nous parle de Méliès dans un conte pour enfants en 3D. Que demander de plus? Eh bien, tout simplement une âme. Hugo Cabret est un film d’horloger, un film de faiseur virtuose, un film d’illusionniste. Un film qui fait semblant.

Synopsis : Paris, années 30. Le jeune Hugo est un orphelin de douze ans qui vit dans une gare. De son père, il ne lui reste qu’un étrange automate dont il cherche la clé…

Hugo Cabret - critiqueEn 2011, certains réalisateurs très cinéphiles livrèrent au public quelques grands hommages à l’histoire du cinéma. J.J. Abrams eut ainsi l’ambition, avec son Super 8, de nous refaire un film de science-fiction enchanteur et familial comme il en existait dans les années 80 autour de réalisateurs comme Steven Spielberg ou Robert Zemeckis. Michel Hazanavicius remonta le temps bien plus encore en nous offrant un film muet comme il s’en faisait dans les années 20, arrivant pourtant à insuffler à The Artist une âme neuve et un souffle d’aujourd’hui.

Martin Scorsese ferma la marche en évoquant les touts débuts du septième art en un hommage très appuyé à l’immense Georges Méliés. Le cinéaste met alors en scène sa fascination pour les balbutiements de la technique cinématographique, quand le cinéma était avant tout un tour de magie, une mécanique enchanteresse, un rêve sur grand écran.

Pour raconter cette épopée, Scorsese choisit de tourner son film en numérique et en 3D, comme pour rappeler qu’il n’y a pas dans sa démarche une quelconque glorification du passé au dépend du présent : le réalisateur de Taxi Driver aime toujours autant le cinéma et ses nouvelles façons d’émerveiller les spectateurs. Il est aussi amoureux des effets spéciaux faits main des premiers temps que de l’immersion 3D qui foisonne sur nos écrans depuis deux ans et la sortie d’Avatar.

Hugo Cabret est donc un retour aux sources, une déclaration d’amour au cinéma et à son histoire. Le seul souvenir qui reste à Hugo de son père est un automate cassé que celui-ci essayait patiemment de réparer. Le petit garçon est persuadé que s’il parvient à redonner sa splendeur à l’automate, il pourra reprendre contact avec son père disparu. Hugo Cabret pense que ramener son automate à la vie pourrait briser sa solitude et lui révéler des contrées insoupçonnées, bref il cherche l’âme derrière la mécanique.

Le spectateur aussi cherche l’âme derrière la mécanique, l’art derrière la technique. Hugo Cabret est un film parfaitement maîtrisé, une machine d’entertainment savamment orchestrée. Les images sont belles, l’univers, à mi-chemin entre Jean-Pierre Jeunet et Tim Burton, est accrocheur, l’histoire avance comme une grande aventure de l’enfance, chaque personnage rencontré doit être tout autant fascinant que menaçant, chaque lieu doit comporter sa magie et ses dangers, la quête éternelle de l’orphelin pour trouver une famille prend des allures mythiques quand les dessins de Méliès s’envolent dans la chambre, laissant échapper toute l’essence du cinéma qu’on avait essayé d’oublier au fond d’une armoire.

Et pourtant, toute cette belle mécanique n’a pas d’âme. Car cet univers féérique est un univers de papier glacé, étouffé par une technique trop soignée. Car ces personnages secondaires, « fascinants et menaçants », ne sont que des vignettes, des archétypes-fantômes qui ne font ni rêver, ni trembler, qui ne font que peupler une gare artificielle (seul Sacha Baron Cohen, parce qu’il joue un homme-mécanique, tire parfois son épingle du jeu). Car l’histoire est cousue de fil blanc. A part l’identité de Papa Georges, il n’y a rien à découvrir, rien à révéler. Le film s’amuse à créer de l’aventure et du suspense là où il n’y a finalement qu’une histoire plate, sans idée et sans substance. Evoquer George Méliès est un peu trop facile pour mettre de la magie dans un scénario dépourvu d’imagination.

L’intrigue avance par à-coups, les différentes séquences sont mal liées les unes aux autres, on pourrait presque toutes les supprimer sans que l’histoire ne perde de son sens. C’est que Hugo Cabret est un film très rempli de vide. L’évidence du sujet, la surcharge des décors, la virtuosité de la caméra et de la 3D cachent mal l’absence totale de vraies péripéties, de rebondissements, de propos, d’originalité.

Ne demandez pas à un automate de créer. Demandez-lui plutôt de faire illusion, de reproduire avec brio ce qu’on lui a appris à faire, à refaire, à rerefaire. Ne demandez pas à Hugo Cabret de vous émerveiller. La mécanique est parfaite, les rouages fonctionnent. Mais seuls les enfants qui veulent croire qu’un automate a une âme pourront se laisser surprendre par ce film-machine.

Note : 3/10

Hugo Cabret
Un film de Martin Scorsese avec Asa Butterfield, Chloe Moretz, Ben Kingsley et Sacha Baron Cohen
Film d’aventure – USA – 2h08 – Sorti le 14 décembre 2011
Golden Globe 2012 du meilleur réalisateur pour Martin Scorsese

Publicités

Publié le 3 février 2012, dans Films sortis en 2011, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. Absolument pas emballé non plus.

  2. Je ne suis pas du tout d’accord, moi j’ai adoré !

  3. Tout à fait d’accordd avec votre critique ; joliment ennuyeux

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :