Only God Forgives – critique cannoise

Suite du tour d’horizon du Festival de Cannes 2013. Après le succès public et critique de Drive, le nouveau film de Nicolas Winding Refn était l’un des plus attendus de la sélection. Grosse déception : malgré ses saisissantes qualités formelles, ce thriller allégorique manque de corps et d’âme.

Synopsis : À Bangkok, pour satisfaire sa mère ivre de rage, Julian doit venger son frère, tué pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée.

Only God Forgives - critique cannoiseNicolas Winding Refn semble ne s’intéresser qu’à la mise en scène. Certes les cadres sont majestueux, certes l’image est souvent époustouflante, certes quelques séquences prises pour elles-mêmes sont étourdissantes. Le cinéaste danois nous livre quelques expériences physiques intéressantes, comme dans cette scène impressionnante où le policier torture un homme qui ne veut pas parler.

Le réalisateur de la trilogie Pusher explore encore une fois le langage de la violence : ses personnages parlent peu, jusqu’à devenir des symboles, mais ils laissent exploser leur rage dans des séquences crues et fascinantes.

Ce qu’il manque souvent à Nicolas Winding Refn (et c’était notamment la faiblesse de Drive), c’est un scénario, une histoire avec des enjeux dramatiques et humains. A force d’épurer ses intrigues, il ne reste parfois de ses récits qu’une ligne droite hypnotisante, sans accroc, sans découverte, sans propos.

Only God Forgives est au bout de ce chemin sans âme. Un objet formel dont la splendeur glacée peine à compenser l’immense néant narratif. Des personnages violents veulent se venger, et puis c’est tout. Tout est noyé dans un éclairage rouge ostentatoire, seule Kristin Scott Thomas arrive à briller au milieu de cette mécanique artificielle. On retiendra ce dialogue extraordinaire : « -Il a violé et tué une jeune fille. -Il devait avoir ses raisons. »

Alors, quand le film s’engouffre dans le dérangeant et le malsain, on croit que le salut est possible, que Nicolas Winding Refn peut encore livrer un puissant ovni de cinéma. Malheureusement, tout ici n’est que posture. Dans ce polar sans fond, les personnages sont des images, les gestes des métaphores inexpliquées, la caméra un témoin désintéressé. On finit le film fatigués par cette beauté vide, par cette démonstration esthétique qui n’a rien à raconter.

Note : 3/10

Only God Forgives
Un film de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas et Vithaya Pansringarm
Thriller – France, Danemark – 1h30 – Sorti le 22 mai 2013

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Publié le 31 mai 2013, dans Films sortis en 2013, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. J’entends bien les reproches nourris concernant la vacuité scénarique (très souvent citée dans les critiques) mais ils me semblent à la longue de moins en moins justifiés. On peut trouver nombre de films passionnants et fascinants qui ne reposent que sur un dispositif scénarique minimal (du Samouraï à The shooting de Hellman en passant par Gerry de GVS). A l’inverse bien d’autres s’appuient sur des scénarii bien trop alambiqués qu’ils en deviennent absurdes (le repoussant « Trance », pour citer un exemple récent).

    • Un film peut reposer sur un dispositif scénaristique minimal et dire beaucoup (ou transmettre beaucoup, en émotions notamment). Je ne crois pas que ce soit le cas ici. On a plus l’impression d’un exercice d’épate visuelle. Je reste très attaché au fond d’un film, à ce qu’il véhicule.

  2. Epate visuelle, c’est incontestable ; mais c’est vieux comme le cinéma ça : Méliès aussi c’est de l’épate visuelle. C’est de toute évidence la démarche voulue par le réalisateur qui, par ailleurs, refuse de jouer le jeu du polar selon les règles que le genre (et les attentes des aficionados de drive) exige. On peut trouver cela froid, voire abscons mais il me semble que ce n’est pas totalement dénué de sens.

    • Méliès, c’est aussi de la magie, on sent l’émotion naïve d’un art en train de se créer. Dans Only God Forgives, je ne vois pas d’émotion. Effectivement, c’est très bien qu’on puisse faire des films sans respecter les règles habituelles ou les attentes du public, mais ça ne garantit pas un bon film. Après avoir vu le film, je me suis dit : « c’est chouette de voir un film comme ça à Cannes », mais j’ai malheureusement trouvé ça raté…

      • Oui, vous avez raison, plus d’un siècle séparent d’ailleurs les expériences visuelles d’un Méliès des partis pris formels de Refn.Toutefois, j’ai vraiment l’impression que que le Danois sapirait justement à neutraliser toute possibilité de jouer sur l’émotion (la corde sensible dont il avait très bien su user dans « Drive » et qui avait permis de séduire le jury cannois) mais au contraire sur la sensation. Et j’ai trouvé qu’il avait atteint dans ce film la forme la plus aboutie de son art dans ce domaine. Peut-être pas le meilleur dans le genre, mais sans doute le meilleur de Refn (enfin de ce que j’en ai vu).

      • Oui, le film procure quelques sensations, mais je n’ai rien ressenti d’extraordinaire. Tout ça m’a paru vain… Visiblement, le film ne nous a pas atteint de la même façon 😉

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