Archives de Catégorie: Critiques de cinéma

Les films et leur critique

Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie

« L’éternité n’est que le commencement » dit l’accroche du film. Le début de Twilight 4 dure effectivement une éternité, que le spectateur humain, peu habitué à ces abîmes dans lesquels le temps se rallonge indéfiniment, aura bien du mal à supporter. Heureusement, la suite viendra le réveiller de la mort, non sans lui avoir livré son message bien conservateur au passage.

Synopsis : Bella a fait son choix : elle s’apprête à épouser Edward. Mais le jeune homme acceptera-t-il de la transformer en vampire et de la voir renoncer à sa vie humaine ?

Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie - critiqueLa spécificité des épisodes de Twilight, c’est qu’il ne s’y passe rien. Quasiment tous les enjeux de l’histoire étaient énoncés dans le premier opus. Les films suivants sont tous interminables, ils sont remplis de vide et s’étendent à l’infini autour d’intrigues faméliques. C’est encore le cas de ce quatrième chapitre, dont le scénario a si peu de matière qu’on se demande comment le réalisateur a réussi à en faire un film de deux heures.

En fait, on ne se le demande pas vraiment : entre ralentis injustifiés et scènes parfaitement inutiles, le film suit les émotions uniques et formatées de ses héros. Bella traîne comme depuis déjà deux épisodes sa tête de jeune fille prétentieuse trop consciente de vivre une adolescence de fantasme, Edward est partagé entre inquiétude et culpabilité (bref, il fait sa tête embêtée), et Jacob est en colère, très en colère même, ce qui nous fait bien rire.

Enfin, ce qui nous ferait bien rire si on ne s’ennuyait pas tant, surtout dans ces deux premiers tiers de film, longs comme jamais, où il ne se passe strictement rien : Bella se marie et va en voyage de noces. Une sorte de clip publicitaire d’1h20 pour nous rappeler que pour pouvoir s’abandonner au sexe, il faut d’abord se marier. Et même ensuite, le sexe n’est jamais ni gratuit, ni innocent. Le dernier tiers du film nous explique pourquoi la vie humaine est sacrée et nous livre une sorte de diatribe contre l’avortement. Twilight n’a pas attendu son chapitre 4 pour se faire le chantre d’une vision très traditionaliste du monde.

Tout ça est bien dommage car la fiction pourrait être intéressante. Le passage au film d’horreur, l’évolution d’une femme broyée de l’intérieur, le mystère quant à la nature de cet enfant et à l’avenir de Bella pourraient être des ressorts dramatiques solides. Mais la niaiserie du traitement, la minceur de l’intrigue et les visées commerciales (faire deux épisodes pour faire deux fois plus de fric, là où un film suffirait largement) font de Twilight 4 un modèle de remplissage grossier.

Note : 1/10

Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie (titre original : The Twilight Saga: Breaking Dawn – Part 1)
Un film de Bill Condon avec Robert Pattinson, Kristen Stewart et Taylor Lautner
Fantastique – USA – 1h57 – Sorti le 16 novembre 2011

Les Neiges du Kilimandjaro

Malgré quelques moments faibles et quelques personnages insipides, le dernier film de Robert Guédiguian séduit par sa sincérité et ses convictions. Ses personnages se posent les questions que nous devrions tous nous poser. Le réalisateur nous invite à faire comme eux : ouvrir nos esprits et nos coeurs.

Synopsis : Michel, représentant syndical ayant perdu son travail, et sa femme Marie-Claire, vivent plutôt heureux, jusqu’au jour où 2 hommes armés et masqués viennent chez eux les agresser et leur volent leurs cartes de crédit…

Les Neiges du Kilimandjaro - critiqueLa recette des Neiges du Kilimandjaro, c’est un dilemme moral, beaucoup d’honnêteté, un humanisme discret mais total et un idéalisme revendiqué comme un guide pour agir.

Robert Guédiguian croit en l’homme, il met en scène Michel et Marie-Claire, des héros du quotidien, un homme et une femme de principes qui n’oublient pas d’être faibles, de faire des erreurs, qui n’oublient pas de détester quand ils n’arrivent plus à comprendre, d’être violents quand ils sont blessés. Et qui n’en sont pas moins des grandes âmes, jugeant leurs actes à l’aune de leurs idéaux sans jamais omettre de regarder qui ils sont et d’examiner le chemin qui les sépare de ceux qu’ils voudraient être ou qu’ils auraient voulu être quand ils étaient jeunes.

L’un des points essentiels de l’histoire est l’absence de remords de Christophe. Guédiguian ne tombe pas dans le piège des regrets et des circonstances atténuantes. Christophe n’arrive pas à comprendre que Michel et Marie-Claire ont le droit au respect et à la considération. Trop enfermé dans ses propres problèmes, il est devenu incapable de voir les autres. Et pourtant, ce n’est ni la violence, ni la prison qui lui feront prendre conscience. Les deux cinquantenaires, ouvriers devenus presque petits bourgeois, ont maintenant un confort qui offre des privilèges essentiels que Christophe n’a pas : la possibilité de comprendre, la possibilité de pardonner, la possibilité d’agir. Rester engagé, toujours, même quand cela demande d’engager sa propre vie.

Certes, leur attitude est invraisemblable. Mais Robert Guédiguian ne nous dit pas ce qui a le plus de chance d’arriver, il nous dit ce qui devrait se passer. Les Neiges du Kilimandjaro est un programme politique à l’échelle des individus, c’est un pamphlet pour la solidarité, pour que tout le monde ait les mêmes droits et les mêmes chances, même ceux que nous devrions détester. Les réactions passionnelles n’ont rien à faire en politique, seuls les principes universels doivent nous guider. La vengeance ne mène à rien, le pardon béat non plus. Une seule solution : avoir le courage d’agir en accord avec notre conscience, dans le meilleur intérêt de tous, même de ceux qui nous ont blessés.

On pardonne alors l’inconsistance des personnages secondaires (notamment la famille de Michel et Marie-Claire, plate et insipide) et la relative mollesse qu’ils installent dans le film, qui manque parfois de rythme. On préfère retenir cette formidable profession de foi en l’homme et en sa capacité à dépasser ses rancœurs et ses privilèges. Enfin, on admire la ligne politique claire et sincère que suit le cinéaste.

Note : 6/10

Les Neiges du Kilimandjaro
Un film de Robert Guédiguian avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan
Drame – France – 1h47 – Sorti le 16 novembre 2011

Toutes nos envies

Après Welcome, Philippe Lioret livre un nouveau film engagé sur un grand thème d’actualité. Le propos, irréprochable, sert de prétexte à une rencontre bien artificielle entre un juge résigné et une jeune femme au seuil de la mort. Le film explore alors les drames intimes de ses personnages de façon assez invraisemblable.

Synopsis : Claire, Jeune juge atteinte d’un cancer, rencontre Stéphane, juge chevronné et désenchanté, qu’elle entraîne dans son combat contre le surendettement.

Toutes nos envies - critiqueComme dans Welcome, Philippe Lioret superpose deux drames, l’un intime, l’autre politique. Comme dans Welcome, les deux histoires s’entremêlent : c’est grâce à leurs souffrances personnelles que les héros trouvent la force de se battre pour une cause qui les dépasse.

Les personnages du réalisateur sont tous petits et ils luttent avec leurs petits moyens contre les injustices du monde tel qu’il est. Et aussi pour des absolus qui vont bien au-delà : c’était l’amour dans Welcome, ici c’est la vie, tout simplement.

Toutes nos envies traite donc parallèlement de deux histoires qui se répondent l’une à l’autre. D’un côté, une jeune maman est atteinte d’un cancer dont elle ne peut pas espérer guérir. De l’autre, elle donne ses dernières forces pour sauver une autre jeune femme assommée par des crédits qu’elle n’est pas en mesure de rembourser. Comme Simon dans Welcome, Claire suit un chemin qui va du particulier au général. C’est en rencontrant Céline qu’elle prend conscience de l’injustice, et c’est pour elle qu’elle décide de se battre contre les établissements bancaires et leurs petites combines pour prêter de l’argent à tout prix à des personnes dans le besoin qui vont s’endetter d’autant plus et être emportées dans la spirale du remboursement impossible.

Philippe Lioret choisit des sujets énormes : c’était l’immigration dans Welcome, ici c’est tout le système économique qui repose sur la consommation et en fait la priorité absolue devant tout autre impératif moral. Le crédit, c’est la consommation, et tant pis s’il y a des morts au bord de la route, tant que la croissance est au rendez-vous. La plus grande qualité de Toutes nos envies, c’est d’expliquer ces mécanismes de manière assez pédagogique pour les rendre accessibles et de les intégrer au récit de manière assez fluide pour que jamais ces enjeux-là n’ennuient le spectateur. Bloqués dans un ordre économique européen et mondial tout-puissant dans lequel la politique n’est relayée qu’au second plan, Claire et Stéphane sont obligés de se battre à l’intérieur même du système, avec ses propres outils et sa propre logique. Le film démontre subtilement que l’individu est absolument négligeable par rapport aux grandes structures, notamment financières. Alors, défendre une personne devient impossible, on ne peut défendre que le dogme établi. Un cours de réalisme politique qui, malgré l’enthousiasme des combattants, est le signe, in fine, de la résignation. Toutes nos envies laisse un goût amer dans la bouche car rien ne peut fondamentalement être changé. Tout au plus peut-on se battre avec les règles imposées.

Ce combat est d’autant plus important pour Claire qu’elle va mourir. Donner un sens à sa vie, avoir accompli quelque chose, avoir marqué de son empreinte le monde et l’avoir peut-être rendu plus juste, même si sa participation est infime. Toutes nos envies, ce sont celles des pauvres gens qui contractent des crédits avec l’illusion qu’ils pourront en profiter. Mais ce sont aussi celles d’une femme qui n’aura pas le temps de les satisfaire avant de mourir. La situation de Claire devrait donc décupler les enjeux et c’est pourtant là que le bat blesse. Maladroitement mise en valeur, cette partie de l’histoire devient un prétexte égoïste à la lutte, d’autant plus que Claire semble vouloir continuer à vivre en Céline et semble parfois la défendre dans l’intérêt de sa famille plutôt que par simple générosité. Cette famille qu’elle semble étrangement construire de son vivant pour pallier son absence quand elle sera partie a quelque chose de très artificiel, d’autant plus que les autres personnages acceptent tous sans broncher cette situation peu crédible. Pour les besoins de la démonstration, le film manque souvent de cohérence, jusqu’à rendre les personnages factices et superficiels. Par exemple, Claire et Christophe n’ont aucun ami avant le film, et leur famille se réduit à une mère qui fait écho, par son comportement, à la situation de Céline, et qui devrait ainsi justifier l’engagement de Claire contre l’injustice et sa subite compassion pour Céline. On n’y croit pas du tout.

A force de tout miser sur la sobriété, Philippe Lioret fait du pathos en creux. La maîtrise exagérée de l’émotion, associée aux énormes artifices du scénarios, font plonger le film dans le sentimentalisme qu’il veut (et croit) tant éviter. Depuis Je vais bien, ne t’en fais pas, la petite musique du réalisateur est maintenant bien connue : des sujets forts, des drames personnels, une fin tragique (toujours la même finalement), et tout ça l’air de rien, comme si les larmes venaient à sa caméra sans qu’il n’y soit pour rien. A tous les coups, ça marche. A tous les coups, c’est moins subtil qu’il n’y parait.

Ici, la vie de Claire est vide, ses derniers mois sont bien gauchement décrits. Mais Toutes nos envies reste pourtant une fiction intelligente sur les fondements de la crise économique et sur les vraies victimes de ce carnage en fin de compte politique : les gens sans le sou, qui pour en avoir plus, finissent par en avoir encore moins.

Note : 5/10

Toutes nos envies
Un film de Philippe Lioret avec Vincent Lindon, Marie Gillain, Amandine Dewasmes et Yannick Renier
Drame – France – 2h00 – Sorti le 9 novembre 2011

La Source des femmes

Comme toujours, Radu Mihaileanu construit son film avec des rires et des drames, entre tragédies individuelles et fortes problématiques historiques. Et toujours 2 recettes principales : un groupe d’acteurs qui fait des étincelles et une énorme dose d’humanisme. Ici, elle rend le film quelque peu indigeste, sympathique mais légèrement caricatural et forcément inégal.

Synopsis : Quelque part entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Les femmes vont chercher l’eau à la source, en haut de la montagne. Leila, jeune mariée, propose aux femmes de faire la grève de l’amour : plus de sexe tant que les hommes n’apportent pas l’eau au village.

La Source des femmes - critiqueDepuis quatre films, Radu Mihaileanu démontre son talent pour faire jaillir la vie et le folklore dans un groupe à fort ancrage culturel. Ici, il s’intéresse aux arabes, sans préciser si le village se trouve au Maghreb ou au Moyen-Orient. Le réalisateur de Train de Vie décide une nouvelle fois de traiter son histoire comme une fable symbolique, un rêve fait de réalité et d’imagination qui n’est pas sans rappeler un autre film sorti quelques semaines auparavant et soulignant aussi le clivage hommes-femmes dans une société arabe : Et maintenant on va où?.

Radu Mihaileanu tombe d’ailleurs dans les mêmes pièges que Nadine Labaki, livrant un portrait manichéen de la guerre des sexes, auquel n’échappe vraiment que Sami, l’instituteur du village. Pourtant, l’idiotie des hommes et la fraîcheur des femmes est ici moins systématique que dans Et maintenant on va où?. Le film de la réalisatrice libanaise était bien plus gênant : toutes les femmes étaient héroïques, tous les hommes étaient stupides, et la paix des peuples ne devenait qu’un prétexte à la guerre des sexes.

La Source des femmes est bien plus honnête car il ne se trompe pas de sujet : son titre déjà annonce la couleur, il s’agira bien de féminisme, Radu Mihaileanu n’a aucune intention de le dissimuler derrière un propos plus vaste et consensuel. Bien plus honnête aussi parce qu’il montre un clivage à l’intérieur même de la communauté des femmes : certaines sont conservatrices et sont aussi bornées que les hommes eux-mêmes. Quant à la gent masculine, c’est par sa frange progressiste que la femme pourra s’émanciper puisque l’éducation lui est pour le moment inaccessible. Sami est le type même de l’homme éclairé qui veut donner aux femmes les outils pour penser par elles-mêmes. Et d’autres hommes répugnent à punir les femmes, comme le facteur ou le père de Sami.

L’énergie extraordinaire que Mihaileanu sait communiquer à ses actrices trouve cependant sa limite dans la manière qu’il a de grossir les traits jusqu’à étouffer toute possibilité de subtilité. A force d’en faire trop tout le temps, le réalisateur du Concert perd son film dans une soupe de bons sentiments. C’est d’autant plus dommage que sa démonstration ne manque ni de conviction, ni d’intelligence.

Le combat qu’il propose et l’évidence avec laquelle il montre la nécessité de se rebeller finit tout de même par emporter notre sympathie. Et tant pis s’il nous force un peu la main.

Note : 5/10

La Source des femmes
Un film de Radu Mihaileanu avec Leïla Bekhti, Hafsia Herzi et Biyouna
Comédie dramatique – France – 2h04 – Sorti le 2 novembre 2011

Vivement dimanche !

Dernier film de François Truffaut, Vivement dimanche ! montre toute l’admiration du réalisateur phare de la Nouvelle Vague pour le genre du film noir et pour Alfred Hitchcock. Malheureusement, au-delà de l’hommage et de la surprenante légèreté de ton, l’intrigue est toute banale et on n’est jamais vraiment convaincu par cette histoire d’amour insignifiante.

Synopsis : Une femme et son amant sont assassinés. Le mari, suspect n°1, décide de s’enfuir et de se cacher quelque temps. Sa secrétaire, Barbara Becker, mène sa propre enquête.

Vivement dimanche ! - critiqueVivement dimanche ! est un film noir qui épouse tous les codes du genre. Le film est un hommage très appuyé aux films des années 40 et 50 qui formèrent ce courant : le noir et blanc est de rigueur, le faux coupable évoque Hitchcock tout comme les nombreux combats à suspense dans lesquels le héros ou l’héroïne essaient de se défendre contre un voyou qui veut leur peau.

Ainsi, Quand Fanny Ardant voit, impuissante depuis la rue, la lutte qui oppose Jean-Louis Trintignant à un inconnu à la fenêtre d’un immeuble, on ne peut s’empêcher de penser à l’une des dernières séquences de Fenêtre sur cour.

Parfois, François Truffaut se permet des moments de comédie : il souffle sur tout le film un vent de liberté qui rappelle directement la Nouvelle Vague et les premiers films du réalisateur, comme la scène d’introduction, sympathique et parfaitement inutile pour l’intrigue. Cependant, la légèreté qui baigne le film et les nombreuses touches d’humour nous empêchent de nous sentir concernés par le drame qui se joue. Le suspense est souvent désamorcé, rien ici ne parait bien grave. Les personnages semblent avoir bien du mal à prendre au sérieux leur aventure et le ton d’habitude fataliste du genre laisse place à un optimisme un peu inconsistant.

Le scénario très banal rapproche Vivement dimanche ! du pastiche plutôt ennuyeux. Si la désinvolture de la mise en scène sauve le film, elle n’arrive pas à le rendre vraiment intéressant. Le dernier film de François Truffaut est malheureusement assez anecdotique.

Note : 3/10

Vivement dimanche !
Un film de François Truffaut avec Fanny Ardant, Jean-Louis Trintignant et Jean-Pierre Kalfon
Policier – France – 1h55 – 1983