Archives de Catégorie: Critiques de cinéma

Les films et leur critique

Fast and Furious 5

Un film de Justin Lin avec Vin Diesel, Paul Walker, Dwayne Johnson
Action, Thriller – USA – 2h10 – Sorti le 4 mai 2011
Synopsis : Brian et Dom se lancent dans un dernier coup à Rio pour avoir les moyens de retrouver leur liberté.

Fast and Furious 5Les répliques sont exactement ce qu’on attend qu’elles soient : ridicules, stéréotypées, dites avec le plus grand sérieux du monde, entre sarcasme et beau gosse attitude. L’intrigue est construite de poncifs et de personnages monolithiques, les rebondissements sont souvent évidents.

Et pourtant, l’essentiel n’est pas là. Justin Lin ne dérogera pas aux règles du film d’action et de testostérone, mais le simplisme du propos lui permet de se concentrer sur des scènes d’action extraordinaires. Le montage est parfait, pas trop rapide comme c’est souvent le cas dans ce genre de films, il permet une lisibilité totale des courses-poursuites. Celle sur les toits de Rio est particulièrement enthousiasmante, tout comme le sont les fusillades dans la ville ou l’hallucinante scène du train, au début du film. Le clou du spectacle vient quand même à la fin : on assiste alors à l’un des meilleurs braquage de coffre-fort du cinéma d’action, tellement musclé qu’il en devient presque subtil.

Avec un scénario sans originalité et sans enjeu, Fast and Furious 5 passe en force et arrive à tenir le spectateur en haleine pendant plus de deux heures. Le temps passe à la vitesse des bolides que conduisent Dom et Brian, on est cloué au siège de cinéma devenu pendant quelques instants celui d’une formule 1. Quelque chose d’un peu magique se passe : c’est parfaitement inintéressant et pourtant, les ficelles sont tellement grosses et assumées qu’il en résulte une certaine finesse. Fast and Furious 5 détruit tout sur son passage.

Note : 5/10

Rusty James

Un film de Francis Ford Coppola avec Matt Dillon, Mickey Rourke et Dennis Hopper
Drame – USA – 1h35 – 1983
Titre original : Rumble Fish
Synopsis : Rusty James est le frère du « Motorcycle Boy », roi déchu des gangs de la ville de Tulsa. Rusty, admiratif de son aîné, aimerait bien reprendre le flambeau…

Rusty JamesDans un monde en noir et blanc, les nuages semblent fuir à toute allure une musique oppressante. Rusty James est coincé entre la prison que représentent ses amis, sa famille, son univers et l’espoir de liberté qui semble attaché aux cieux. Il doit choisir entre poursuivre la chimère de devenir son frère et se décider à être lui-même.

Francis Ford Coppola innove à chaque instant, ses plans obliques enferment encore un peu plus le héros dans un destin écrasant. Les images sont magnifiques et glauques, certains moments touchent au sublime, dès le début quand Rusty James est interpellé alors qu’il joue au billard, ou plus tard lorsque son âme quitte son enveloppe charnelle. Mickey Rourke, Matt Dillon et Dennis Hopper sont d’une densité terrible, les dialogues sont incisifs, ils frôlent le pastiche sans jamais perdre de leur solennité.

Les rares apparitions de la couleur trahissent la dernière chose qui intéresse encore le Motorcycle Boy dans un monde qui a perdu toute sa saveur : les rumble fish, poissons bagarreurs qui essaient de détruire leur propre reflet. Comment se libérer de cette image, de cette légende qui le poursuit partout? C’est la dernière quête du grand frère de Rusty James car l’important n’est pas de mener les autres mais de savoir où les mener. Et si le Motorcycle Boy peut réussir tout ce qu’il entreprend, il ne sait pas quoi entreprendre. Il n’y trouve pas de sens.

Le monde est peuplé de deux sortes de gens : ceux qui sont simplement là et s’en satisfont (comme le personnage de Nicolas Cage ou la petite amie) et ceux qui cherchent une signification. Alors que les premiers peuvent essayer d’être heureux, les seconds sont condamnés : ils errent, comme le Motorcycle Boy, ils tentent d’oublier (comme son père ou sa petite amie), ou bien ils fuient (comme sa mère), essayant de poursuivre les nuages, toujours plus rapides, toujours plus fuyants.

Dans ce drame existentiel déguisé en histoire de gangs adolescents, Rusty James doit choisir entre poursuivre ses rêves de grandeur (mais ce qui est grand rend malheureux) ou rester un être médiocre mais potentiellement heureux.

Les rumble fish sont agressifs parce qu’ils sont enfermés. Dans un espace trop étroit pour eux, ils ne peuvent même plus supporter leur propre image. Impuissant à se libérer de ce que les autres et lui-même attendent de lui, le Motorcycle Boy veut délivrer les poissons de leur reflet en les plongeant dans l’océan. Rusty James ne peut trouver le salut qu’en se libérant lui aussi. De l’image de son frère, de l’image qu’il voudrait avoir de lui-même. De cette ville qui l’étouffe. Fuir lui aussi vers l’océan. Et profiter qu’il soit moins intelligent que son frère pour oublier que tout ceci n’a pas de sens. Et tant pis pour tous ceux qui se demandent à quoi bon : il leur reste toujours la drogue, l’alcool, le désespoir et la mort.

Note : 9/10

Le Gamin au vélo

Un film de Jean-Pierre et Luc Dardenne avec Cécile de France et Thomas Doret
Drame – France, Belgique, Italie – 1h27 – Sorti le 18 mai 2011
Synopsis : Cyril, 12 ans, veut retrouver son père qui l’a placé dans un foyer pour enfants. Il rencontre par hasard Samantha, qui accepte de l’accueillir chez elle le week-end…
Grand Prix du jury au Festival de Cannes 2011

Le Gamin au véloLes frères Dardenne tentent un pari osé : placer au coeur de leur univers cru et réaliste un conte de fée. Après Angèle et Tony en début d’année, déjà une rencontre improbable au milieu de la misère sociale, le cinéma francophone propose ici encore de rassembler deux êtres que tout sépare.

Cyril veut avant tout retrouver son père, visiblement le dernier lien qui le raccroche encore à la société. Tout son amour semble s’être concentré sur ce papa irresponsable qui pourrait être le Bruno de L’Enfant, devenu 10 ans plus tard Guy Catoul, toujours sous les traits de Jérémie Rénier.

Quant à Samantha, on ne saura pas grand chose d’elle, si ce n’est qu’elle est coiffeuse et qu’elle a pour seule attache visible un ami avec lequel elle partage un peu sa vie.

Les frères Dardenne décident de ne pas donner de raison à l’attachement de Samantha pour Cyril. L’important, c’est qu’elle décide de faire ce qu’elle fait, c’est qu’elle décide de soutenir et d’aimer Cyril. C’est sur ce point précis que les réalisateurs belges veulent faire croire à l’incroyable : la générosité pour elle-même, l’amour simplement parce qu’il est là et même s’il n’a aucune raison d’être.

Mais le spectateur n’y croit pas. Dès la première apparition de Samantha, on se demande par quel artifice Cécile de France va rester dans l’histoire. Ses choix, sa volonté inébranlable, donnent au personnage une sorte d’inconsistance comme s’il avait attendu le début du film pour exister et trouver un combat à défendre. En ignorant le passé de Samantha, les frères Dardenne veulent insister sur les actes de cette femme mais ils la privent de toute existence propre. On se trouve alors devant l’impossibilité de partager la foi des réalisateurs, on passe le film à essayer de comprendre les motivations de Samantha.

C’est d’autant plus gênant que l’histoire est attachante et rythmée, et qu’on aimerait y adhérer. La fin du film, véritable réquisitoire contre la vengeance, est magnifique. Un instant reste flottant, comme si le film hésitait entre la tragédie et la lumière. Le choix de la lumière donne à la dernière séquence une force redoutable.

Jean-Pierre et Luc Dardenne ont changé leurs habitudes : ils ont utilisé de la musique, ils ont romancé leur chronique sociale, ils ont choisi d’y croire. Malheureusement, le postulat initial du conte de fée ne convainc jamais. Cyril est un très beau personnage mais Samantha est un songe.

Note : 5/10

Bon à Tirer (B.A.T.)

Un film de Bobby et Peter Farrelly avec Owen Wilson et Jason Sudeikis
Comédie – USA – 1h45 – Sorti le 27 avril 2011
Titre original : Hall Pass
Synopsis : Rick et Fred, mariés mais obsédés par les autres femmes, se voient accorder par leur épouse un « bon à tirer », 7 jours hors mariage pour faire tout ce qu’ils veulent…

Bon à TirerLe nouveau film des Frères Farrelly est bourré d’idées, plus ou moins bonnes. Le film propose quelques situations franchement amusantes. Quand Rick et Fred parlent à coeur ouvert de leurs fantasmes sexuels sans se douter qu’ils sont filmés et regardés par leur femme et leurs amis atterrés, quand ils photographient mentalement les courbes d’une jeune inconnue, quand ils prennent des leçons de drague en discothèque (scène particulièrement réussie), le spectateur s’amuse d’une société puritaine dans laquelle la frustration est omniprésente.

D’autres séquences manquent cruellement d’inventivité, certains gags sont ennuyeux et parfois même affligeants. Quand les compères prennent du space cake ou quand leurs femmes se font draguer, les lieux communs s’enchaînent grossièrement.

On compatit cependant au destin de Rick et de Fred, coincés entre leurs obligations familiales et leurs désirs impies. Le film est au départ une critique assez juste du mode de vie bien-pensant et hypocrite qui pousse l’homme et la femme à se mentir pour préserver les apparences. Mais après avoir décrit la guerre des sexes qui naît d’un schéma de vie étriqué, les réalisateurs de Mary à tout prix reculent et dressent l’éloge du mariage, de la famille, de la fidélité, du renoncement, voire de la virginité. Tout ce beau programme, présenté finalement comme un moindre mal, devient vite réactionnaire. Le mensonge apparait comme une nécessité et le bonheur est réduit à un consensus silencieux dans lequel chacun continue à fantasmer en secret.

Dans Bon à Tirer, les hommes sont des branleurs qui gagnent de l’argent et les femmes des mères de famille modèles ou des pin-up. Quand les frères Farrelly sont moralisateurs, on rit parfois mais au final, on est surtout effrayé par le modèle américain, conservateur et fier de l’être.

Note : 3/10

La Conquête

Un film de Xavier Durringer avec Denis Podalydès, Florence Pernel et Bernard Le Coq
Comédie – France – 1h45 – Sorti le 18 mai 2011
Synopsis : L’histoire de la conquête du pouvoir présidentiel par Nicolas Sarkozy depuis son arrivée au ministère de l’intérieur en 2002 jusqu’au jour de l’élection de 2007.

La ConquêteUn film sur le président de la république en exercice, voilà un projet plus périlleux qu’audacieux. Muselé par le devoir de ne pas calomnier, de ne pas donner trop de sympathie ni d’antipathie pour le personnage, de ne pas faire un film de gauche ou un film de droite, de ne pas trop inventer, de ne pas trop faire de conjectures hasardeuses, Xavier Durringer livre un film aseptisé qui ne retrace rien de plus que ce qu’on sait déjà.

La Conquête n’est alors qu’un compte-rendu des différentes unes parues dans les médias entre 2002 et 2007 sur Nicolas Sarkozy : Ministère de l’intérieur, Ministère du budget, présidence de l’UMP, « la France qui se lève tôt », les « racailles » et bien sûr Clearstream et Cécilia.

Sarkozy n’avait sans doute pas besoin d’un film pour l’humaniser, lui qui s’est déjà depuis longtemps attelé à la tâche de démythifier les fonctions suprêmes de l’état, lui l’homme ambitieux et énergique, prêt à tout pour gagner le jeu d’échec politique qui lui est proposé. En laissant les convictions de côté, La Conquête ne parle que de l’homme et joue le jeu politique qu’il essaie de dénoncer : la peopolisation aux dépens des idées.

A la façon de Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde, La Conquête veut décrire les mécanismes du pouvoir (financier dans le film de Stéphane Kazandjian, politique dans celui-ci). Mais ici, l’exercice tourne trop à la reconstitution scolaire pour que les bons mots et les jeux d’acteurs ne paraissent pas artificiels.

La Conquête n’apprendra pas grand chose au spectateur d’aujourd’hui et, plus grave, pas grand chose au spectateur de demain. La Conquête est un film sans point de vue, sans engagement. Décidément, faire un film sur Nicolas Sarkozy était une fausse bonne idée.

Note : 2/10