Captain America – First Avenger
3 mois après Thor, voici Captain America, le dernier super-héros à préparer la sortie du film The Avengers. Eh bien, Captain America est encore plus mauvais que Thor. Là où le Dieu scandinave bénéficiait au moins d’une mythologie assez fascinante, Captain America n’a rien de spécifique à proposer. Il faudra alors se contenter de peu d’action et d’un scénario sans aucun intérêt.
Synopsis : Steve Rogers, frêle et timide, se porte volontaire pour participer à un programme expérimental qui va le transformer en un Super Soldat connu sous le nom de Captain America.
Captain America est un film parfaitement ennuyeux. Le scénario est calibré pour plaire à tout le monde et ne surprendre personne, tout a été déjà vu et déjà mieux fait ailleurs, il n’y a dans cet Avenger-là aucun rebondissement, aucune idée un peu nouvelle, aucune émotion.
Steve Rogers est un être faible et chétif qui n’a visiblement qu’une idée en tête : se battre (car si on ne se bat pas, on n’est pas courageux et on ne sert à rien, c’est bien connu). Son hobby est de se présenter dans tous les centres de l’armée pour essayer de s’y faire recruter et d’aller se battre pour délivrer l’Europe (on est en pleine seconde guerre mondiale). Comme il n’est jamais engagé, il trafique son adresse et va retenter ailleurs : c’est dire la mentalité du bonhomme, qu’on voudrait nous faire passer pour un vrai battant, mais qui ressemble plutôt à un vrai con qui n’a pas compris qu’il y avait plein d’autres façons de se rendre utile à sa patrie ou à l’humanité que d’aller se faire tuer sur le champ de bataille.
Notre héros a donc un gros problème d’impuissance et un scientifique obscur va le choisir pour tester son nouveau Viagra intégral qui rend plus beau, plus fort, plus musclé et forcément plus séduisant. Pourquoi ce scientifique qui doit sauver les USA choisit-il ce gringalet ? Parce que, soi-disant, celui qui a été faible saura reconnaître la valeur de la force et l’utiliser à bon escient. Il a sans doute oublié que Steve aime se bastonner contre des mecs qui font trois têtes de plus que lui, même pour des motifs bidons. Tant pis, il n’a visiblement pas trouvé mieux que cet énergumène qui veut prouver au monde qu’il a la droit de se battre lui aussi même s’il n’est qu’un nabot.
Ensuite, Steve ne perd pas de temps : il teste tout de suite son nouveau produit sur un nazi et sur Peggy Carter, une héroïne faire-valoir complètement transparente et stéréotypée. Pas autant pourtant que le méchant, un grand mauvais qui veut le mal des autres et puis c’est tout, et qui ne s’encombre pas de psychologie ou de stratégie. La guerre est très mal traitée, il n’y a jamais aucun suspense ni même l’ombre d’un scénario militaire. Le déroulement est schématique au possible et ne propose qu’un affrontement basique entre les bons et les méchants, avec pertes douloureuses (en fait non, on s’en fiche) et victoires prestigieuses (même si on s’en fiche aussi).
La seule idée intéressante est l’utilisation de Captain America comme animateur de foire et vignette marketing pour soutenir l’effort de guerre, mais le sujet est vite expédié et on préfèrera revoir Mémoires de nos pères de Clint Eastwood qui en parlait bien mieux.
Captain America n’est pas simplement un film à l’ancienne, c’est un film qui paraît déjà ancien tant tout ce qui construit son intrigue est éculé (il faut dire que les scénaristes sont ceux de la trilogie Narnia). Seule la chute réveille le spectateur de sa torpeur : non pas qu’elle soit originale, mais pour la première fois il se passe quelque chose que nous n’avions pas prévus dans les deux premières minutes du film. C’est là qu’on réalise que Captain America est vraiment une grande bande-annonce pour The Avengers, et rien de plus. Et une bande-annonce de deux heures, c’est sacrément long…
Note : 1/10
Captain America – First Avenger (titre original : Captain America : The First Avenger)
Un film de Joe Johnston avec Chris Evans, Hayley Atwell, Sebastian Stan, Tommy Lee Jones, Hugo Weaving, Dominic Cooper
Aventure, Fantastique – USA – 2h03 – Sorti le 17 août 2011
La Piel que Habito
20 ans après Attache-moi, Antonio Banderas fait son retour dans l’univers d’Almodovar. Si son personnage séquestre toujours les jolies filles, il est passé de l’exubérance enjouée qui caractérise le cinéaste espagnol à la froideur clinique de La Piel que Habito. Le film ausculte la vengeance, la manipulation et la notion d’identité dans un thriller nimbé d’horreur et d’érotisme.
Synopsis : Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, et la teste sur une femme-cobaye qu’il tient prisonnière de son laboratoire privé.
Souvent, Almodovar ressasse les mêmes obsessions dans des scénarios alambiqués remplis de personnages hauts en couleur. Son cinéma a alors tendance à se répéter, comme dans Etreintes brisées, qui semblait résumer plusieurs des films précédents du cinéaste. Mais parfois, Almodovar livre un film unique, qui profite des thématiques particulières du réalisateur espagnol et d’idées lumineuses pour dépasser le pur cinéma almodovarien et devenir un objet singulier et fascinant.
C’était notamment le cas d’Attache-moi et de Talons aiguilles, mais surtout de Matador et de Parle avec elle. C’est aussi le cas de La Piel que Habito qui partage avec ces deux derniers films la remise en question presque totale des valeurs morales qui fondent notre société. Dans ces trois films, le sexe se situe pile à la frontière ténue entre la vie et la mort. C’est dans l’amour que les hommes et les femmes succombent ou, au contraire, reviennent à la vie. La Piel que Habito rappelle aussi Attache-moi quand il évoque le syndrome de Stockholm, et En Chair et en os quand il agite avec une rage contenue l’étendard de la vengeance.
La Piel que Habito est presque un film d’épouvante, la vengeance est froide, calculée, terrifiante, elle habite la mise en scène, plus métallique qu’elle n’a jamais été dans les films d’habitude exubérants du réalisateur phare de la Movida, au point de glacer le spectateur. Celui-ci, émotionnellement troublé, est d’autant plus mis à distance qu’il est constamment placé en position de voyeur, examinant les personnages à travers les caméras de surveillance et pénétrant même leurs cauchemars les plus intimes. Le registre médical qui parcourt le film renforce encore l’aspect clinique de l’intrigue : le spectateur est doublement manipulateur. D’abord, à travers le docteur Robert Ledgard, dont il suit fasciné les expériences, devenant le complice implicite de sa machination. Ensuite, à travers son propre regard inquisiteur : les personnages sont comme des rats de laboratoire que nous observons avec la perversité de nos désirs enfouis. Rarement au cinéma la vengeance n’a paru si terrifiante et si injuste, jusqu’à l’absurdité. Rarement au cinéma les complices silencieux n’ont paru si coupables et manipulateurs.
Si la vengeance et la manipulation sont deux des thématiques centrales de La Piel que Habito, l’identité, thème cher au réalisateur, est sans doute la question la plus trouble du film. Pedro Almodovar, à force de s’interroger sur la dualité sexuelle de ses personnages, finit par utiliser le registre fantastique pour détruire une bonne fois pour toute la barrière qui sépare les hommes des femmes. Mais pas seulement. L’identité, ce n’est pas que le sexe. C’est aussi le visage (le docteur sait-il bien à la fin du film qui est Véra?), le prénom, les vêtements, les goûts… Quand on est dépossédé de tout ça, mais aussi de ses passions, de ses choix et de sa vie, quand même les gènes sont manipulées, que reste-t-il? Toutes ces couches d’identité, ce sont autant de peaux dont on se recouvre. Robert ne connaît pas sa véritable identité puisqu’il ne sait pas qui est sa mère. Sa femme a perdu son identité en perdant son visage et jusqu’à sa forme humaine. Sa fille, Norma, s’est trompée sur l’identité de son agresseur, et Zeca sur l’identité de celle qu’il a agressé. Quant à Marilia, elle s’est laissée voler son identité et joue un rôle qui n’est pas le sien dans la vie de Robert. Reste la créature, celle qui semble a priori ne pas avoir d’identité et qui, pourtant, se construit inlassablement, grâce à l’art et à la méditation, un miroir pour son âme.
Où se trouve donc le secret de l’identité? Quand on enlève toutes les peaux, il ne reste finalement que les souvenirs.
Quand l’identité devient floue, quand la vengeance est réalisée, quand la manipulation ne suffit plus à satisfaire le désir, alors des questions éthiques particulièrement aigües et déroutantes se posent. Déjà dans Parle avec elle, Almodovar avait foutu un grand coup de pied dans le sac bien rangé des impératifs moraux. Il récidive ici dans un récit qui fait tourner la tête et laisse le spectateur pantois, à mi-chemin entre le désir d’un amour terrible, archi glauque et, s’il fonctionne, absolument excitant, et celui d’une vengeance qui brouille plus que jamais les notions de bien et de mal.
La Piel que Habito est une histoire simple et diabolique, traversée en son milieu de deux flash-backs qui changent totalement la manière qu’a le spectateur d’appréhender l’intrigue et les personnages. A l’heure du génie génétique, si on peut déconstruire et reconstruire l’être humain, l’âme a-t-elle encore un sens? La dernière phrase du film semble affirmer, tel un cri de douleur et de soulagement, toute la détresse et la nécessité qu’il y a dans cette notion philosophique jamais très clairement identifiée : le moi.
Note : 8/10
La Piel que Habito
Un film de Pedro Almodóvar avec Antonio Banderas, Elena Anaya et Marisa Paredes
Drame – Espagne – 1h57 – Sorti le 17 août 2011
Prix de la Jeunesse au Festival de Cannes 2011
Submarine
Dans le genre cinéma britannique à l’ambiance plutôt dépressive, Submarine est un film inégal, parfois long et banal, parfois vraiment enthousiasmant. L’histoire d’amour d’Oliver et de Jordana est touchante grâce aux personnages, très bien dessinés, tour à tour agaçants et attachants.
Synopsis : À 15 ans, Oliver Tate a deux gros problèmes : il rêve de sortir avec Jordana et sa mère est en train de se laisser séduire par un gourou…
Submarine est un petit film bourré d’idées, une chronique adolescente racontée à la première personne et qui suit les tribulations d’Oliver Tate, 15 ans, curieux, cultivé, intellectuel, plutôt bon garçon mais prêt à passer immédiatement du côté obscur si cela lui permet de séduire Jordana. Car Jordana a deux atouts indéniables pour plaire à Oliver : premièrement, elle est jolie et affole les sens en éveil du jeune homme, deuxièmement elle est étrange et mystérieuse.
En un mot, Jordana est un pur fantasme. Oliver l’imagine multiple et donc inaccessible. Sa vie n’ira donc plus que dans un sens : tout faire pour y accéder. La mise en scène est amusante, la bande originale est agréable, les personnages sont fouillés, ils possèdent tous leur part de lumière et surtout leur part d’ombre, immense et mal dissimulée. Chacun lutte contre son égoïsme, son mutisme, son désir de se laisser submerger et de tout abandonner.
Pourtant, le scénario est inégal, parfois inventif, drôle et doux-amer, comme quand Oliver rencontre la famille de Jordana ou lors de leur premier baiser, parfois simplement plat, comme absent de lui-même, comme si les scénaristes avaient lutté pour aller d’une bonne idée à la suivante. A ce titre, la bluette de la mère d’Oliver manque cruellement de corps. La fin de cette partie de l’histoire est particulièrement bâclée : elle fait de cette intrigue un objet complètement secondaire et mal greffé à la romance adolescente qui occupe le centre du film.
On est quand même assez convaincu par Oliver et Jordana pour pardonner les errements de la narration et nous enthousiasmer sur ce premier amour avec un grand A. Submarine sait trouver la magie dans la banalité du quotidien et être vraiment romantique par moments sans pour autant se départir de son ton doucement dépressif. D’une certaine manière, grâce à ses personnages beaucoup plus sombres et profonds, Submarine réussit ce que Beginners avait plutôt raté : être conscient que tout ceci va sans doute mal finir, et s’émerveiller quand même de la rencontre de deux êtres qui s’aiment.
Note : 5/10
Submarine
Un film de Richard Ayoade avec Craig Roberts, Sally Hawkins, Yasmin Paige, Noah Taylor et Paddy Considine
Comédie dramatique, Romance – Royaume-Uni, USA – 1h47 – Sorti le 20 juillet 2011
Les Femmes du 6e étage
Les Femmes du 6e étage est l’un des plus grands succès français de l’année au box-office. Succès en partie mérité pour un film frais et dynamique qui, malgré un portrait social convenu, arrive à nous embarquer l’air de rien dans un petit conte de fée.
Synopsis : Paris, années 60. Un agent de change rigoureux et père de famille coincé découvre qu’une joyeuse cohorte de bonnes espagnoles vit… au sixième étage de son immeuble bourgeois…
Les Femmes du 6e étage fait la part belle aux acteurs, un Luchini égal à lui-même mais surtout un groupe d’actrices espagnoles en grande forme, qui rappellent de temps à autres l’influence d’Almodovar.
Le film navigue entre les clichés mais en profite aussi pour être drôle et touchant. Il n’y a rien de méchant ici, et si certaines descriptions dans l’opposition bourgeoisie morte / milieux populaires vivants sont attendues, Philippe Le Guay arrive à nous surprendre de temps en temps et à nous attendrir, le tout dans un tempo comique bien mené.
Bien plus intéressant que Potiche, qui finalement n’allait nulle part, Les Femmes du 6e étage, certes moins sophistiqué mais largement plus sincère, déroule une jolie histoire qui envahit la salle de cinéma d’un optimisme bienvenu. Après Angèle et Tony, le cinéma français semble cette année décidé à renouer avec les contes de fée. Et Philippe Le Guay, à l’opposé de La Bella Gente, sorti peu avant sur les écrans, croit que les milieux sociaux opposés peuvent se rencontrer, se comprendre, s’aimer.
La fin est étonnamment fraîche. Sans révolutionner le cinéma, Les Femmes du 6e étage croit encore en sa magie. Le film se termine comme un rêve improbable. Et pourtant, c’est étrange mais on y croit.
Note : 5/10
Les Femmes du 6e étage
Un film de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Natalia Verbeke, Carmen Maura et Lola Dueñas
Comédie – France – 1h46 – Sorti le 16 février 2011
Melancholia
Après Antichrist, Lars von Trier continue son voyage mystique à travers l’humanité et nous démontre encore une fois que l’homme est seul et condamné. Tout autour de lui est hostile et insensé. Melancholia est alors l’histoire du combat inégal entre Justine et sa mélancolie. Jusqu’à une apothéose glaçante et fascinante. Après le film, il ne reste que le néant.
Synopsis : À l’occasion de son mariage, Justine donne une somptueuse réception dans la maison de sa soeur. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre…
Le dernier film de Lars von Trier est submergé par une tristesse vague et indéfinie. Cette tristesse, c’est la mélancolie qui va finir par engloutir la Terre toute entière, comme dans l’une des premières images du film.
La mélancolie prend deux formes et divise le film en deux parties très distinctes. Dans la première, la mélancolie est affaire d’individus. Chacun se débat avec son impuissance : Claire voudrait sortir sa soeur de sa torpeur; John aimerait que ce mariage, dans lequel il a beaucoup investi, soit une réussite; Jack voudrait un slogan pour la dernière pub de son entreprise; Dexter, le père de la mariée, voudrait sans doute la jeunesse éternelle; Quant à son ex-femme, Gaby, elle souhaiterait ne pas être mêlée à ce mariage qui la renvoie à son propre malheur; Michael aimerait, au contraire, avoir une chance d’être la mari de Justine; et les organisateurs du mariage luttent en vain pour que la fête se déroule sans encombre. Et Justine, qui donne son nom à cette partie, essaie simplement de sourire. Elle voudrait juste donner le change.
Mais tous sont figés dans leur incapacité, et Justine plus que tous les autres. Le goût de vivre la fuit constamment, la caméra à l’épaule renforce l’agitation de la jeune femme, d’autant plus seule qu’elle est entourée d’invités qui lui sont étrangers, de sourires qui lui sont incompréhensibles, de vœux qui lui sont insupportables.
Dans la seconde partie au contraire, la mélancolie est une affaire collective, l’affaire de l’humanité toute entière. Elle se matérialise par une planète sortie de nulle part et qui semble devoir approcher la Terre de si près qu’il se pourrait bien qu’elle l’engloutisse. Paradoxalement, c’est quand tout le genre humain est concerné que Lars von Trier décide de restreindre le drame à l’intimité d’une famille de quatre personnes, alors même que la mélancolie très personnelle de Justine se développait dans la première partie parmi la foule anonyme des invités. Ce retournement savamment construit invite au dialogue des mélancolies : c’est l’absurdité générale qui décourage Justine, et c’est l’impuissance de Justine qui condamne, plus que l’humanité, la vie dans son ensemble.
Car Justine dit qu’elle sait. Elle ne croit en rien, ni en l’homme, ni à la vie au-delà de l’homme. Découragée, à bout d’espoir, elle n’a même pas la force de regretter la vie. Cette deuxième partie, qui étend l’apocalypse d’un couple de la sphère privée à celle, totale, qui comprend tous les hommes et toutes les formes de vie, a beau s’intituler « Claire », elle continue à épouser le point de vue de Justine, comme en témoigne la caméra, plus figée, plus apaisée, plus résignée qu’affolée. Pourtant, Claire se débat tant qu’elle peut. Elle ne respire pas le bonheur, et pourtant son goût pour la vie est évident, son goût pour la sienne, pour celle de son fils, pour celles de son mari et de sa soeur, mais aussi son goût pour la vie en elle-même. L’existence est trop précieuse pour qu’on soit juste impuissants, l’existence est trop précieuse pour qu’on soit juste spectateurs de notre fin.
La mélancolie est un sentiment d’incapacité et le film donne finalement raison aux mélancoliques. Lars von Trier semble mépriser la vie et être, comme Justine, trop dépressif pour lui accorder un prix. « La vie sur Terre est mauvaise » dit Justine. Et dans ce cas, il n’y a rien de mal à ce qu’elle se termine. Et pourtant, au dernier moment, Justine pleure. Et si les mélancoliques n’étaient pas si indifférents à la vie qu’ils veulent bien le faire croire? Lars von Trier, sous ses airs cyniques, semble nous avouer enfin l’origine de son mal : non pas sa haine pour le genre humain, comme le fait croire Justine à sa soeur, mais plutôt son incapacité à dépasser sa condition. Justine dit qu’elle ne regretterait pas la vie si celle-ci venait à disparaître, et pourtant, quand la fin approche, elle éclate en sanglots, submergée par la mélancolie comme la Terre tout autour d’elle.
Melancholia est notre histoire à tous : un jour il faudra mourir. Et cette mort qui s’approche à mesure qu’on vit, on ne peut pas l’ignorer, elle grandit dans le ciel, de plus en plus grosse, de plus en plus omniprésente à l’horizon. Devant elle, il n’y a que deux réactions : la frayeur ou la résignation. Claire ou Justine. L’espoir qu’il y ait autre chose ou la conviction qu’il n’y a rien. Le désir de vivre malgré tout ou la douleur de devoir vivre malgré ça. Comment aimer, comment se marier, comment même prendre un bain quand on sait que tout ça ne sert à rien, quand on sait qu’on va mourir? L’homme, incapable même d’accepter sa condition, n’a plus qu’à construire des cabanes imaginaires pour se protéger, la perspective d’un paradis, d’une autre vie, d’un être supérieur… A ce titre, plus encore que les ralentis prophétiques qui ouvrent le film en soulignant l’élasticité macabre du temps qui se termine, c’est le plan final qui sublime Melancholia, donnant à la mort l’une de ses représentations cinématographiques les plus terribles. Alors, ensemble, le temps, le bruit, l’image et nos coeurs se figent en un générique du néant.
La science-fiction permet souvent aux grands réalisateurs de donner leur vision de l’existence. Kubrick interrogeait l’avant et l’après-homme dans 2001, L’Odyssée de l’espace. Récemment, Terrence Malick se mettait lui aussi à l’opéra cosmique pour montrer que l’homme n’était pas seul et que sa vie avait un sens qui le dépassait largement. A l’opposé, la danse des planètes de Lars von Trier n’est pas la danse du beau et de la création. C’est une danse de mort, de destruction, d’absurdité. L’esthétique grandiose de Melancholia, ses ralentis mythologiques, sa beauté glaciale sont les traces d’un univers parfait qui n’a pas besoin de l’homme pour continuer sa course vers le vide. Dans The Tree of Life, Dieu, l’homme et la nature ne formaient qu’un grand tout. Dans Melancholia, Dieu n’existe pas ou alors il est partout hormis dans l’homme. La Terre une fois détruite, l’univers retrouvera la sérénité qui l’habite.
Après avoir orchestré le massacre de l’homme par l’homme dans Dogville, Lars von Trier passe à l’étape suivante : c’est maintenant le hasard et les forces supérieures de la nature qui provoquent le génocide de l’humanité, comme une nécessité suprême. A moins que cette planète Melancholia ne soit que la conséquence du mal-être de Justine et, partant, du réalisateur lui-même. En choisissant ce nom pour sa planète et pour son film, ce dernier semble ne pas avoir cédé complètement à la tentation nihiliste.
Après tout, la véritable menace pour l’humanité ne serait peut-être pas la mécanique céleste. Ici, la fin du monde s’appelle Mélancolie. Lars von Trier nous raconte toute l’ampleur de son malheur et pleure de ne pas arriver à sourire : car c’est parce qu’on est incapable de lui donner un sens que la vie devient absurde.
Note : 8/10
Melancholia
Un film de Lars von Trier avec Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, John Hurt, Kiefer Sutherland, Charlotte Rampling, Stellan Skarsgard et Alexander Skarsgård
Science-fiction, Drame – Danemark, France, Suède, Allemagne – 2h10 – Sorti le 10 août 2011
Prix d’interprétation Féminine à Cannes 2011 pour Kirsten Dunst

