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The Murderer

Na Hong-jin avait fait une sacrée impression avec son premier film, The Chaser, un thriller haletant et irrespirable. Son deuxième film, The Murderer, suit la même lignée : ici encore, il n’y aura aucun répit. On regrette simplement que le film tourne parfois à l’exercice de style aux dépens du naturel.

Synopsis : Gu-nam, chauffeur de taxi, est sans nouvelles de sa femme, partie en Corée du Sud. Criblé de dettes, il accepte d’aller lui aussi en Corée du Sud assassiner un inconnu…

The Murderer - critiqueDans un univers hostile et poisseux, un homme lutte seul contre tous les autres, entraîné dans un engrenage meurtrier et sans espoir de l’arrêter. The Murderer est alors l’histoire d’une chasse à l’homme, d’une fuite en avant, d’un combat sans merci pour la vie qui ne tient plus qu’à un fil.

Tarantino n’est pas loin quand Gu-nam repousse un à un les dizaines d’assaillants qui veulent sa peau. The Murderer n’a pas peur de la démesure et tant pis pour le réalisme.

Na Hong-Jin offre alors des scènes de violence inouïe qui s’enchaînent sans que le spectateur puisse réellement reprendre son souffle. Les héros, véritablement surhumains, résistent à plus de coups qu’il en faudrait pour faire tomber un éléphant. S’il y a quelque chose de réellement jouissif à voir cette explosion de brutalité, on regrette que parfois l’exercice tourne un peu à la parodie, au détriment de la crédibilité. On préférait The Chaser, le premier film du réalisateur, qui contenait déjà toute la rage et la tension de The Murderer, mais qui évitait habilement de transformer ses personnages en clowns.

Le scénario est plutôt bien ficelé malgré un côté parfois didactique (quand un personnage meurt, son dernier mot est pour le spectateur, pour lui expliquer pourquoi il s’est comporté ainsi…). Le jeune réalisateur coréen a un talent extraordinaire pour imposer au spectateur une tension insoutenable. Il lui manque un peu de naturel pour qu’on puisse oublier pendant la projection les prouesses de mise en scène et simplement vivre l’histoire.

Note : 6/10

The Murderer (titre original : Hwanghae)
Un film de Na Hong-jin avec Kim Yun-seok, Ha Jung-woo et Jo Seong-Ha
Thriller – Corée du Sud – 2h20 – Sorti le 20 juillet 2011

Thirst, Ceci est mon sang

Un film de Park Chan-Wook avec Song Kang-Ho, Kim Ok-vin et Kim Hae-Sook
Fantastique – Corée du Sud – 2h13 – Sorti le 30 septembre 2009
Titre original : Bak-Jwi
Synopsis : Sang-hyun, jeune prêtre coréen, se porte volontaire pour tester un vaccin expérimental. Une transfusion sanguine le transforme en vampire…
Prix du jury au Festival de Cannes 2009.

Thirst, ceci est mon sang - critiqueComme toujours chez Park Chan-Wook, les images sont d’une beauté à couper le souffle. La virtuosité n’éclate pas seulement dans la composition des plans ou dans le choix de la lumière. Le rythme du film, parfaitement maîtrisé, déroute et fascine. Le scénario se ralentit et s’accélère, tourne sur lui-même et suit des trajets sinueux et apparemment impromptus à la manière des montagnes russes.

Le spectateur, sans cesse surpris, se laisse emporté (et parfois mené en bateau) dans cet univers original qui s’approprie le mythe du vampire pour en faire quelque chose de radicalement nouveau.

Toujours une histoire d’amour, mais la victime est loin d’être une jeune femme blanche et innocente, et le vampire est un prêtre qui cherche à donner un sens à sa vie et à faire le bien autour de lui.

L’inversion du mythe n’est cependant pas si simple : la foi est mise à rude épreuve tandis que pureté et perversion deviennent indissociables et finissent par proposer un portrait plutôt juste de l’humanité, menacée par l’absurdité. Le film est alors l’histoire d’un combat, un combat pour retrouver sa part d’humanité, un combat pour ne pas se résigner, un combat pour se prouver qu’on n’est jamais obligés de rien, qu’on peut toujours décider. Le choix est au centre du chemin de croix de ce prêtre qui pourrait se laisser aller à être simplement un vampire.

Et ce combat contre l’état qui nous est imposé n’est pas seulement nécessaire quand on est devenu un monstre. Thirst est alors une parabole sur la responsabilité de l’individu, toujours maître de son parcours, même quand il croit que la société ou la vie ne lui donne pas le choix. La conclusion du film souligne encore le poids fondamental des décisions éthiques auxquelles chaque être humain se doit de faire face.

La narration est parfois embrouillée mais toujours enthousiasmante, les images les plus extraordinaires se succèdent (comme le vampire se nourrissant grâce aux perfusions de patients d’un hôpital) et certaines séquences sont simplement merveilleuses. Quand Sang-hyun saute d’un immeuble à l’autre avec Tae-ju dans ses bras, le choix de la plongée nous permet de partager avec la jeune fille la magie de l’instant.

Thirst donne un sacré coup de jeune aux histoires de vampires. C’est beau, c’est ambigu, c’est drôle, c’est grave et c’est intelligent. C’est incroyable et pourtant parfaitement crédible. C’est du cinéma libre et touffu, et ça fait un bien fou.

Note : 8/10

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