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L’Art d’aimer

La comédie romantique chorale dans toute sa légèreté, avec l’écriture délicatement maniérée de Mouret et les situations gênées et cocasses qu’il affectionne tant. Le réalisateur, qui a l’habitude de tenir le rôle principal, l’abandonne pour une fois à une pléiade d’acteurs célèbres. Ce faisant, il dilue son intrigue et la portée morale de son étude. Le résultat est plaisant mais inégal.

Synopsis : Au moment où l’on devient amoureux, à cet instant précis, il se produit en nous une musique particulière. Elle est pour chacun différente et peut survenir à des moments inattendus…

L'Art d'aimer - critiqueA la façon d’Eric Rohmer, Emmanuel Mouret raconte, depuis 6 films maintenant, ses propres contes moraux. Pour la première fois, il mêle plusieurs petites histoires (comme Rohmer l’avait fait dans Les Rendez-vous de Paris ou dans 4 aventures de Reinette et Mirabelle), et pour la première fois, il décide d’illustrer des maximes, comme l’avait justement beaucoup fait le réalisateur des Comédies et Proverbes.

Cependant, les personnages rohmériens s’engageaient très souvent dans des discussions morales complexes, évoquant leur vision de l’art, de la politique et de la vie en général. Ceux de Mouret, au contraire, ne parlent que d’amour et de sexualité.

D’abord, une introduction énigmatique et plutôt réussie : l’objet de l’amour est souvent un songe. Ensuite, trois petites histoires indépendantes s’enroulent autour d’une intrigue centrale, elle-même construite autour du personnage d’Isabelle, interprété par Julie Depardieu. Celle-ci va devoir composer avec deux propositions pour le moins inattendues. En refusant la première et en acceptant la seconde, Isabelle va changer sa vie et offrir au spectateur autant de frustration que de satisfaction. Emmanuel Mouret est habile : il nous promet d’abord une expérience libertine assez stimulante et décide finalement de ne pas la développer. Puis il se rattrape en réalisant un autre fantasme : une sorte de Tournez Manège sexuel plutôt excitant.

Alors l’amour, alors le sexe? Cela pourrait se révéler simple si chacun avouait sincèrement ses désirs, si chacun avait l’ouverture nécessaire pour accepter les désirs des autres, comme Zoé, avec qui le rêve devient réalité au début du film. Et pourtant, le rêve, si simple, ne s’accomplit pas. A la place, un jeu de mensonges et d’attirances qui laisse un goût amer.

Les trois autres intrigues amoureuses ont moins d’impact. François Cluzet et Frédérique Bel sont très bons quand ils jouent le jeu éternel de la séduction dans un morceau drôle et léger qui pose la question de savoir s’il vaut mieux être patient ou impulsif pour arriver à ses fins. Philippe Magnan et Ariane Ascaride se testent dans un conte moral un peu bâclé qui rappelle que la sincérité et l’acceptation des désirs de l’autre sont les fondements du bonheur sexuel. Ce constat est pourtant plus ou moins contredit par l’histoire fusionnelle entre Elodie Navarre et Gaspard Ulliel. Ce récit-là est le moins réussi du film, d’abord parce que le développement est plutôt longuet, mais aussi parce que la morale est sans intérêt, faible et approximative.

L’exercice est donc assez inégal mais la liberté de ton de Mouret, l’écriture des dialogues, le maniérisme marivaudien et la fraîcheur des situations rendent ses oeuvres toujours plaisantes à suivre. Le format du film choral dissout cependant le propos et limite l’ambition du réalisateur, et ce en dépit du titre qu’il a choisi.

Note : 5/10

L’Art d’aimer
Un film de Emmanuel Mouret avec François Cluzet, Julie Depardieu, Ariane Ascaride, Pascale Arbillot, Frédérique Bel, Judith Godrèche, Elodie Navarre, Laurent Stocker et Gaspard Ulliel
Romance, Comédie – France – 1h25 – Sorti le 23 novembre 2011

Intouchables

Les gags sont assez convenus et pourtant on rigole franchement grâce à des acteurs dans une forme épatante. Dans Intouchables, tout le monde est beau et gentil (mis à part les candidats à l’aide à domicile), la bonne humeur est communicative et la fracture sociale disparaît. Rien de très original, mais un ultra feel-good movie qui prend déjà d’assaut le box-office.

Synopsis : Philippe, riche aristocrate tétraplégique, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison… Le duo que tout oppose va faire des étincelles…

Intouchables - critiqueLe dernier film du duo Nakache-Toledano est bien parti pour être intouchable au box-office français de 2011. Pas vraiment étonnant : c’est drôle et les bons sentiments dégoulinent de toute part. En ces temps moroses de crise économique, Intouchables a tout pour redonner le sourire à des millions de français : une bonne humeur gigantesque sur un sujet pourtant plutôt glauque, un optimisme à toute épreuve même quand la vie demande d’affronter les pires difficultés, et la conviction bienvenue que les différentes classes sociales ont beaucoup à partager, beaucoup à apprendre, beaucoup à s’enrichir les unes des autres.

Entre une aristocratie immobile, bloquée dans le passé, et une jeunesse des cités turbulente, bloquée dans le présent, il y a pourtant la grande majorité des français mais tant pis, Intouchables ne fera pas dans le détail, plutôt dans le symbole, quitte à utiliser outrageusement les clichés pour mieux appuyer ses messages d’espoir démesuré. Un triple conte de fée en somme. D’abord, le chômage et la délinquance ne sont pas des fatalités, on peut toujours s’en sortir. Ensuite, le deuil et le handicape ne condamnent pas au malheur, tant qu’il y a la vie, il y a la possibilité de vivre heureux. Enfin, les différences entre les hommes ne sont jamais insurmontables, l’amitié peut naître, même entre des êtres que tout oppose.

Dans Intouchables, tout le monde a le droit au bonheur, les riches, les pauvres, les handicapés, les noirs, les vieilles filles, les lesbiennes, même les adolescentes en crise existentielle. Comment ne pas adhérer? Comment ne pas sortir de là le sourire aux lèvres, le moral rechargé pour au moins une bonne soirée?

Pourtant, on n’est pas totalement convaincus. Justement parce qu’à force d’en faire trop, le film perd en sincérité ce qu’il gagne en béatitude. La caution « ceci est une histoire vraie » n’est qu’une justification sans intérêt pour une seconde partie de film sans idée et sans mordant. Tout le monde est trop gentil, il y a trop de bon coeur pour qu’on puisse y croire vraiment. Plus le film avance, plus les séquences sont improbables, plus l’humour légèrement irrévérencieux s’éteint pour laisser place à un mélodrame sans finesse.

On préfère donc la première heure du film et ses quelques véritables grands moments de comédie. Comme dans Tellement proches, Toledano et Nakache s’amusent à mélanger des milieux sociaux très différents et à observer les situations décalées qui naissent de la rencontre entre des personnages qui n’ont ni les mêmes habitudes, ni les mêmes repères, ni les mêmes valeurs. Souvent, le film se transforme en catalogue de blagues sur les handicapés, mais les gags fonctionnent, même les moins originaux, en grande partie grâce aux acteurs qui visiblement prennent du plaisir, et grâce au rire très communicatif d’un Omar Sy en grande forme, confronté à l’ironie mi-amusée mi-agacée de François Cluzet.

Malheureusement, avec un tel pitch et la volonté absolue de livrer un pur moment de bonheur, les deux réalisateurs se trouvent vite limités pour développer leur intrigue. Celle-ci se termine de la façon la plus attendue possible. Malgré l’extraordinaire sourire d’Omar, le gros bonbon bien rose et bien sucré a du mal à passer.

Intouchables, ce n’est pas du grand cinéma mais c’est un bon moment passé en salle et quelques vrais éclats de rire. Certains diront que ça suffit, et effectivement ce n’est déjà pas si mal.

Note : 5/10

Intouchables
Un film de Eric Toledano et Olivier Nakache avec François Cluzet, Omar Sy et Anne Le Ny
Comédie – France – 1h52 – Sorti le 2 novembre 2011

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