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Inside Llewyn Davis – critique cannoise

Le Festival de Cannes vient de se terminer. Petit retour sur la sélection officielle. Et pour commencer, le très attendu film des frères Coen, habitués de la croisette et repartis cette fois-ci avec le Grand Prix. L’éternelle histoire d’un loser qui perd ses illusions. Une œuvre tendre mais sans surprise.

Synopsis : Une semaine de la vie d’un jeune chanteur de folk dans l’univers musical de Greenwich Village en 1961.

Inside Llewyn Davis - critique cannoiseLes frères Coen aiment les personnages de loser. Du héros d’Arizona Junior à celui d’O’brother, de Barton Fink au Big Lebowski, nombreux sont les protagonistes de leurs films à tourner en rond, s’agitant presque en vain pour trouver un sens dérisoire à leur existence.

Dans ce cadre, Inside Llewyn Davis fait beaucoup penser à A serious man. Certes, les contextes sont très différents, mais comme Larry Gopnik, Llewyn Davis semble condamné, étouffé par une existence qui ne lui a pas distribué les bonnes cartes, qui ne l’a pas doté des atouts pour réussir.

Alors Llewyn passe une semaine à lutter contre des moulins : son talent est réel, et pourtant le succès lui est interdit. Il n’est pas méchant mais les gens le détestent de plus en plus. Comme évoluant dans une jungle hostile, Llewyn se bat pour sa survie sans jamais entrevoir la lumière.

Certes on reconnaît l’esprit des frères Coen à travers des situations gentiment loufoques, des rencontres amusantes, une douce ironie de l’absurde. Mais il manque à l’intrigue le mordant si caractéristique des réalisateurs américains. La folie de leur cinéma est chuchotée, comme camouflée derrière une peinture sociale naturaliste.

Comme si Joel et Ethan Coen, trop respectueux de leur sujet, s’étaient retenus de le dynamiter. Les amateurs de folk seront sans doute ravis des longues et nombreuses séquences musicales, les autres resteront un peu dubitatifs, d’autant plus que les paroles ne sont malheureusement pas traduites dans la version sous-titrée en français, ce qui laisse au spectateur non anglophone le puissant sentiment de passer à côté d’éléments narratifs ou symboliques importants.

Dans cette histoire de surplace, le futur ne peut que ressembler au passé. Le film nous l’explique par le plus évident des moyens, grâce à une séquence qui se répète. Llewyn Davis a beau avoir appris de ses erreurs (la séquence de la fuite du chat connaît une variation bienvenue), il reste bloqué dans la spirale de l’échec.

Habile et sympathique, cette tranche de vie est une histoire pourtant très classique, assez banale dans la riche filmographie des Coen. A serious man était une fable barrée d’un brillant pessimisme, Inside Llewyn Davis est un portrait assez sage, gentiment mélancolique, baigné par la douce amertume des rêves qu’on n’a pas réalisés. Le film peut certes séduire par la simplicité et l’universalité de son récit, il n’en reste pas moins trop ordinaire pour ne pas nous décevoir.

Note : 5/10

Inside Llewyn Davis
Un film de Joel et Ethan Coen avec Oscar Isaac, Justin Timberlake, Carey Mulligan et John Goodman
Comédie dramatique – USA – 1h45 – Sortie en salles le 6 novembre 2013
Grand Prix du Festival de Cannes 2013

True Grit

Nominé 10 fois aux Oscars 2011 mais reparti bredouille, True Grit est le premier vrai western des frères Coen. On pourrait facilement passer à côté de l’originalité de ce récit classique à bien des points de vue. Si le ton cultive un léger décalage, c’est surtout l’insignifiance de l’aventure qui donne sa singularité au film : le temps qui passe finit par tout écraser, inévitablement.

Synopsis : Mattie Ross, 14 ans, réclame justice pour la mort de son père, abattu de sang-froid par le lâche Tom Chaney. Elle engage pour le retrouver un U.S. Marshal alcoolique.

True Grit - critiqueSi No Country for old men avait l’ambiance et les paysages d’un western, il n’en était pas un, l’histoire était parfaitement contemporaine, les chevaux et les colts ne faisaient pas partie de la mythologie de ce film et surtout, il n’y avait pas de territoires inexplorés dans lesquels se cacher, se chercher, se perdre et se battre.

True Grit, au contraire, est un vrai western. Il en respecte la plupart des codes, le scénario n’a rien d’ambitieux. On reconnait pourtant ici et là la touche des frères Coen, notamment dans l’humour un peu noir qui donne au film une allure légèrement décalée. Et cela grâce à des personnages bien croqués, surtout Rooster Cogburn, la version western du grand Lebowski, interprété par un Jeff Bridges en grande forme, racontant les grands chapitres de sa vie à une enfant de 14 ans bien peu intéressée. On s’amuse bien, l’histoire est fort plaisante, on rit même parfois à gorge déployée et cela n’entrave jamais le sérieux du film, son côté western classique.

Les frères Coen ressuscitent le western mais abordent le genre avec trop de respect et livrent ainsi l’un de leurs films les moins originaux. On aurait aimé un méchant un peu plus complexe, Josh Brolin avait le talent pour faire mieux qu’un brigand pleurnichard, sans principe et sans épaisseur.

Depuis No country for old men, en passant par Burn after reading et bien sûr A Serious Man, les frères Coen nous ont montré dans tous leurs films qu’ils maîtrisaient mieux que quiconque aujourd’hui l’art des ellipses fulgurantes et que celles-ci avaient acquis, dans leur manière de raconter les histoires, une très grande importance narrative en même temps que métaphysique.

C’est encore une fois le cas ici. La plus belle idée du film, c’est de faire de toute cette histoire quelque chose d’anecdotique et même peut-être d’inutile : Cogburn a sauvé la petite Mattie, mais la vie de celle-ci semble aussi triste qu’austère. Leur aventure ne leur aura même pas permis de mieux se connaître ou de se revoir. LaBoeuf disparaîtra lui aussi comme il était apparu. Et le meurtre de Tom Chaney n’aura rien aidé. Les héros courent après des chimères, donnent un sens à leurs actes puis continuent leur vie, morne, anecdotique. Et cette histoire sans enjeu, c’est pourtant celle de toute leur vie : Mattie la raconte comme le point d’orgue de son aventure existentielle.

Le temps passe bien trop vite et on n’arrive vraiment pas à lui donner un sens, à le remplir de quelque chose de sensé. C’est sur cette réflexion que se termine True Grit. Trente années disparaissent dans le trou béant qu’on devine exister entre deux plans, et trente autres dans la minute qui suit. Toute l’oeuvre des frères Coen est traversée par la futilité de l’existence. Depuis quatre films, les vies entières sont dérisoires, Joel et Ethan Coen façonnent des héros qui se donnent bien du mal pour finalement pas grand chose : ce qu’ils essaient d’atteindre ne vaut même pas la peine d’être montré à l’écran. La vie de Mattie et celle de Cogburn seront d’une platitude désespérantes. Si bien que le spectateur voit son entrain disparaître : et si toute cette aventure, tout cet enthousiasme, n’avaient servi à rien?

Note : 6/10

True Grit
Un film de Joel et Ethan Coen avec Hailee Steinfeld, Jeff Bridges, Matt Damon et Josh Brolin
Western – USA – 1h50 – Sorti le 23 février 2011
BAFTA 2011 de la meilleure photographie

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