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Les Adoptés

Mélanie Laurent passe à la réalisation avec l’évidente envie de faire un film « spécial », un beau film qui lui ressemblerait. Trop appliquée, elle étouffe son histoire d’artifices convenus et finit par donner le sentiment de vouloir faire pleurer à tout prix mais d’avoir peu à raconter.

Synopsis : Dans une famille de femmes soudées, l’une d’elles tombe amoureuse, l’équilibre se fragilise. Le destin va bientôt imposer une nouvelle réalité, encore plus compliquée.

Les Adoptés - critiqueLa première partie du film pourrait presque être charmante. Pourquoi alors tout parait-il artificiel? Les tics empruntés au cinéma indépendant américain sont très visibles. Accumulés, ils créent une histoire non pas sans idée mais bien sans magie. On pense beaucoup à Beginners (déjà interprété par Mélanie Laurent) qui semblait courir en vain après la recette de Garden State.

Il y a beaucoup d’éléments séduisants, entre tendresse et humour, mais la chronique d’une vie faite de hauts et de bas, de bonheurs et de désillusions, reste très convenue. La voix off n’arrange rien, elle finit d’enfoncer le film dans les lieux communs du genre. L’image trop travaillée, les décors trop parfaits, la lumière trop esthétisante envahissent l’écran. Les plans, trop beaux, trop ralentis, trop contemplatifs, manquent d’authenticité. A trop vouloir donner du corps à son film, Mélanie Laurent lui enlève son âme.

Audrey Lamy est comme toujours impeccable, Denis Menochet, qu’on avait remarqué dans Le Skylab, a bien plus de présence que Marie Denarnaud, qui passe son temps à minauder en Audrey Tautou au rabais. L’histoire d’amour racontée en 10 minutes est à l’image du film : quelques instants drôles ou légèrement émouvants et beaucoup de clichés.

Et puis, alors que le film s’enlise dans un flagrant manque d’enjeu, la tragédie qu’on n’attendait plus vient relancer le tout. Le plan de l’accident surprise, déjà vu récemment dans plusieurs films, et presqu’à l’identique dans Un jour, marque le début d’un autre film. A partir de là, il ne se passe plus rien : les personnages trainent leur tristesse et leurs souvenirs nostalgiques avec l’évidente mission de faire pleurer le spectateur. La seconde partie des Adoptés est tire-larmes à l’excès, un mélo dans lequel on n’évite jamais le pathos.

Rien ne nous sera épargné, ni les flashbacks heureux, ni les visions intérieures larmoyantes, ni les violentes crises de pleurs. La réalisatrice n’hésite pas à en rajouter dix couches, elle répète encore et encore le même drame dans un flot de séquences similaires, espérant avoir tout le monde à l’usure, même les coeurs les plus endurcis. Le petit garçon devient lui-même le prétexte pour une séquence pathétique de plus, que Mélanie Laurent a voulu insoutenable. Elle épuise ainsi toutes les façons de signifier le même drame. C’est long, c’est long, c’est très très long.

Il semble que le véritable sujet du film aurait dû être l’adoption de l’autre, la construction des relations, des familles et des amitiés. Ce tissu de liens qui construit notre vie et nous arrache à notre solitude existentielle. Et dans les meilleurs cas, les relations fusionnelles, avec leur lot de déceptions et de frustrations certes, mais aussi avec le sentiment de plénitude qu’elles créent en nous. Si on dépouillait le film de tous les chichis du début et de tout le sentimentalisme de la fin, alors Les Adoptés pourrait effectivement toucher assez juste quand il raconte les relations de Lisa et de Marine, de Marine et d’Alex et, pour finir, de Lisa et d’Alex. C’est dire que Les Adoptés n’est pas un film vide. Simplement, c’est un film prétentieux et racoleur, et c’est donc un film qui sonne faux.

Note : 3/10

Les Adoptés
Un film de Mélanie Laurent avec Mélanie Laurent, Denis Ménochet, Marie Denarnaud, Clémentine Célarié et Audrey Lamy
Comédie dramatique – France – 1h40 – Sorti le 23 novembre 2011

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