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Chico & Rita
Chico & Rita s’inspire en partie de la vie de Bebo Valdés, grand musicien cubain qui, à plus de 90 ans, donne sa voix à Chico et compose la musique du film. Cette grande romance fait la part belle à la musique cubaine et à sa rencontre avec le jazz des USA, sans arriver à approfondir vraiment ses thématiques. Un film joli mais un peu anecdotique.
Synopsis : Cuba, 1948. Chico, jeune pianiste talentueux, et Rita, à la voix envoutante, tombent amoureux. Leur amour sera mis à l’épreuve des rêves de gloire qu’ils poursuivent tous deux.
Dessin à l’ancienne, histoire à l’ancienne. Chico & Rita est une grande fresque amoureuse qui frémit sur les rythmes de la musique cubaine et qui épouse les bouleversements politiques de la seconde moitié du XXème siècle. Chico et Rita partagent l’affiche avec La Havane et New York, qui donnent au film son décor, son atmosphère et son humeur.
Le « Je t’aime moi non plus » est une partition bien connue que le film applique à la lettre, suivant en cela les traces de New York, New York. Les deux amoureux s’aiment et se quittent, pour mieux se retrouver plus tard. Le charme désuet est à la fois celui du joli dessin coloré et presque fragile de Javier Mariscal, en 2D bien sûr, et celui d’une musique d’époque qui semble vouloir raviver le Cuba d’antan. La romance est d’un classicisme appuyé, avec pour ingrédients clés le succès, les trahisons, la misère, la fortune, la jalousie, tout cela entremêlé dans une vie passée trop vite, à l’ombre d’un air de rumba.
Beaucoup de sujets sont abordés en toile de fond, le racisme, le socialisme cubain, le star-system, le pouvoir de l’argent. Aucun n’est particulièrement développé, tout reste en surface, c’est toujours l’amour et la musique qui emportent le morceau.
Au final, Chico & Rita est sympathique, comme un film d’animation venu d’un autre temps, mais pas forcément mémorable. L’épilogue n’est pas convaincant et finit de faire du film une fable certes agréable, mais sans importance.
Note : 4/10
Chico & Rita (titre original : Chico and Rita)
Un film de Fernando Trueba et Javier Mariscal avec les voix de Bebo Valdés, Idania Valdés et Estrella Morente
Film d’animation, Romance – Espagne, Royaume-Uni – 1h34 – Sorti le 6 juillet 2011
Un amour de jeunesse
Pour son troisième film, Mia Hansen-Love nous raconte un amour de jeunesse. Soulignant par son titre la trivialité de son sujet, la jeune réalisatrice se joue de cette évidence pour apporter à ce premier amour une émotion et une mélancolie qui n’appartiennent qu’à elle.
Synopsis : Camille a 15 ans, Sullivan 19. Ils s’aiment d’un amour passionnel, mais à la fin de l’été, Sullivan s’en va. Quelques mois plus tard, il cesse d’écrire à Camille…
Le regard de Mia Hansen-Love est toujours juste, toujours sobre, toujours mélancolique. En trois films, la jeune réalisatrice parle avec une sensibilité très personnelle des êtres aimés qu’on perd et qu’on retrouve, parfois. Elle met en évidence la trace indélébile que laissent sur nos vies les relations qui comptent.
Un amour filial ou bien un grand amour ne s’efface jamais. On ne peut que continuer à vivre avec l’absence de celui qu’on aime, toujours là cette absence, envahissante, d’autant plus cruciale dans notre vie qu’on croit l’avoir oubliée. Un amour de jeunesse suit la vie de Camille, depuis son premier grand amour d’adolescente jusqu’à sa vie de jeune adulte. Lola Creton est lumineuse et fera partie à coup sûr des révélations de 2011. Elle porte avec un charme et une douceur juvéniles l’évolution de son personnage, qui perd sa pureté et son innocence à l’épreuve d’une vie qui ne veut décidément pas être ce qu’on rêvait qu’elle soit.
Après le cinéma dans Le Père de mes enfants, Mia Hansen-Love s’intéresse à une autre forme artistique dans Un amour de jeunesse : l’architecture. Comme si les lieux faisaient écho à la situation intérieure de Camille : désertés, ils gardent indéfiniment l’empreinte de ceux qui les ont construit, de ceux qui les ont habité, de ceux qui les ont aimé. Chaque construction doit prendre en compte la tension qui existe entre l’art et le réel : un espace de vie doit être beau et fonctionnel. Ce qu’on ne saisit jamais vraiment, c’est que l’amour aussi. La passion doit être viable pour faire le bonheur. Quelque soit la force d’un amour, il ne peut sortir vainqueur d’aspirations contraires, de volontés opposées.
On traverse les lieux, on traverse les gens, sans jamais les quitter vraiment. Et puis il y a la lueur. Ce morceau de fébrilité qui s’échappe de l’obscurité. Une lumière, un sentiment, un souvenir : toujours une lueur arrachée aux ténèbres, à la souffrance, à l’oubli. Un amour de jeunesse est tout empli de cette lueur vacillante, qui parfois éclate dans des moments superbes, qui parfois semble se perdre dans des digressions un peu longues.
Le film avance sur un rythme inégal, parfois puissamment dramatique, parfois un rien ennuyeux. On admire toujours chez la jeune réalisatrice la justesse de la mise en scène, l’éclat de l’image et le choix d’une bande sonore magnifique. Et ce merveilleux sens de l’ellipse qui montre que le temps n’efface rien, il enfouit. Et qu’un amour de jeunesse, c’est la chose la plus sérieuse et la plus importante au monde. Un amour de jeunesse, c’est toujours un grand amour.
Note : 7/10
Un amour de jeunesse
Un film de Mia Hansen-Løve avec Lola Creton, Sebastian Urzendowsky et Magne Havard Brekke
Romance – France – 1h50 – Sorti le 6 juillet 2011
Sailor et Lula
Sailor et Lula, c’est la palme d’or de David Lynch. Les thèmes chers au réalisateur sont là : le road movie, le monde étrange et menaçant, le couple protecteur, la folie de l’amour comme seule arme contre la folie des autres. Et surtout, la soif absolue de liberté. David Lynch propose une version grunge de Roméo et Juliette. Grandiose et déroutante.
Synopsis : Sailor et Lula, deux jeunes amoureux, fuient la mère de la jeune fille qui s’oppose à leurs amours, ainsi qu’une série de personnages dangereux et mystérieux qui les menacent.
Sailor et Lula, c’est Roméo et Juliette version Mulholland drive, ou le romantisme vu par David Lynch. Après Blue Velvet et avant les embardées fantastiques de Twin Peaks et de Lost Highway, Sailor et Lula explore l’étrangeté et la perversité du monde, la folie des hommes qui se cache derrière le verni social. Dans Sailor et Lula comme dans Blue Velvet, rien n’est incohérent, le surnaturel se limite aux visions hallucinées des personnages. Il envahira pourtant la réalité dans Twin Peaks et Lost Highway avant que Mulholland Drive ne vienne réconcilier les histoires réalistes et les histoires fantastiques dans un film où le surnaturel peut trouver une certaine logique et être simplement refoulé dans l’imaginaire des héroïnes. Inland Empire fera finalement exploser de toute part la limite bien ténue entre le vrai et le rêve.
Si Sailor et Lula est donc un film « réaliste », l’ambiance n’en est pas moins fantastique. Les tableaux les plus surprenants se succèdent sur l’écran, parfois drôles, parfois dérangeants, parfois carrément glauques. Certains plans sont des merveilles de composition, la photographie est particulièrement inventive et fait ressortir avec maestria l’horreur qui plane derrière l’évidence du quotidien.
L’histoire d’amour est grunge, en parfaite harmonie avec le début des années 90. Les sentiments sont exprimés tout en puissance (sexuelle), la violence est le langage ultime dans un univers de toute façon dérangé. Les seconds rôles sont épatants, de Willem Dafoe à Diane Ladd. Certaines séquences du film sont extraordinaires, quand Sailor et Lula assistent à la mort en direct d’une accidentée de la route, quand Bobby Peru vient allumer Lula, quand la mère de celle-ci, envahie par la culpabilité, s’enduit le corps de rouge à lèvres. Comme dans Blue Velvet, Twin Peaks, Lost Highway ou Mulholland drive, le fonctionnement des choses est inaccessible : des coups de téléphone sont passés, des pièces de monnaie sont échangées, des êtres vivent différemment, servis par des femmes nues qui se chamaillent ou prennent leur pied à exécuter leurs victimes.
Dans ce semi road-movie, David Lynch explore déjà la route, qui sera si présente ensuite dans son oeuvre, même dans Une histoire vraie. La route, le symbole du chemin balisé de la normalité. Dès qu’on le quitte, dès qu’on subit une sortie de route, on entre dans un univers déroutant. Il n’y a plus d’objectif, plus de découverte, plus de rêve : les personnages se perdent dans un monde qui ressemble à leur inconscient, à leurs peurs et à leurs fantasmes.
Avec Sailor et Lula, David Lynch adapte le mythe de Bonnie & Clyde à sa sauce. C’est romantique, sexuel et violent. C’est une porte ouverte sur ce que l’humanité essaie de refouler. Notre bizarrerie. Notre saleté. Notre côté obscur. Nos désirs. Notre vrai moi. David Lynch ouvre la porte de l’inconscient et montre l’homme et la société tels qu’ils sont : malsains et avides, mais aussi étranges et fascinants.
Note : 8/10
Sailor et Lula (Titre original : Wild at Heart)
Un film de David Lynch avec Nicolas Cage, Laura Dern, Willem Dafoe et Diane Ladd
Romance, Thriller – USA – 2h07 – 1990
Palme d’or au Festival de Cannes 1990
Blue Valentine
Avec son sujet ordinaire, Blue Valentine aurait pu passer inaperçu. Pourtant, le film a été sélectionné à Sundance et à Cannes (section Un certain regard), et Michelle Williams a même été nominée à l’Oscar. Parce que Blue Valentine, précis et follement sincère, arrive à montrer un amour qui meurt. Parce qu’il se dégage de ce film quelque chose de rare : une vraie tristesse.
Synopsis : A travers une galerie d’instants volés, passés ou présents, l’histoire d’un amour que l’on pensait avoir trouvé, et qui pourtant s’échappe…
Deux époques s’entrecroisent, deux histoires semblent se contredire. D’un côté, le quotidien d’un couple en crise, les disputes, les frustrations, la vie de famille. De l’autre, les moments exceptionnels de la rencontre amoureuse, les minauderies de la séduction, le bonheur de la passion. Entre ces deux moments de la vie d’un homme et d’une femme, quelques années seulement. Quelques années, le poids d’une vie immobilisée par le choix définitif de fonder une famille, les mêmes défauts de l’un qui se frottent toujours aux mêmes agacements de l’autre et réciproquement, et la passion s’est fanée, il ne reste qu’un amour mort, d’autant plus insupportable qu’on l’a rêvé immortel.
La rencontre amoureuse et, bien plus tard, la rupture, comme si dans l’amour il n’existait que ça, la naissance et la mort. Condamné à être toujours plus fort s’il ne veut pas immédiatement s’affaiblir. Blue Valentine, en faisant le choix de ne rien montrer entre ces deux périodes de la vie de Dean et Cindy, frotte l’un à l’autre ces processus qui semblent pourtant s’exclure. Comment peut-on aimer assez fort pour que rien d’autre n’ait d’importance et, (presque) l’instant d’après, ne plus supporter l’autre, s’ennuyer de tous ses gestes, de toute sa personne?
Blue Valentine montre avec beaucoup de vérité et de cruauté la décristallisation amoureuse dont parlait André Gide dans Les Faux-monnayeurs.
Tout dans l’image, son cadre imprécis et mobile, sa lumière naturaliste, sa mise au point approximative, rapproche Blue Valentine d’un film de famille, d’une captation du vrai. Les personnages parfaitement dessinés et les situations triviales renforcent encore le réalisme d’une romance qui aurait pu paraître démonstrative.
Heureusement pour Blue Valentine, la sincérité qui semble éclairer chaque plan permet au spectateur de ne jamais s’interroger sur le simplisme d’un scénario sans originalité. Au contraire, Derek Cianfrance arrive à dire avec évidence toute la tristesse qu’il y a à ce qu’un grand amour ne soit pas éternel. Et dans sa volonté de retrouver l’amour originel étouffé sous le poids de la vie commune, le film rappelle même parfois le chef d’oeuvre de Michel Gondry, Eternal Sunshine of the spotless mind.
Mais dans Blue Valentine, le champ des possibles est verrouillé. Au bout d’une histoire d’amour, il n’y a que la solitude, l’amertume, et des souvenirs d’autant plus douloureux qu’ils sont devenus incompréhensibles.
Note : 6/10
Blue Valentine
Un film de Derek Cianfrance avec Ryan Gosling et Michelle Williams
Romance – USA – 1h54 – Sorti le 15 juin 2011
Pourquoi tu pleures ?
Film de clôture de la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2011, Pourquoi tu pleures ? s’annonçait comme un premier film sincère et décalé. Malheureusement, l’originalité se transforme en brouhaha, la fraicheur en artifice. Le scénario fait du surplace, Benjamin Biolay pleure et le spectateur, incrédule, s’ennuie.
Synopsis : A quelques jours de son mariage, un jeune homme un peu perdu se retrouve confronté à des décisions cruciales, entre sa fiancée qui a disparu et la fille qu’il vient de rencontrer…
Le sujet est éternel : mariage ou liberté? amour durable ou passion d’un instant? Et le postulat de départ pour traiter ces questions est plutôt intéressant : à quatre jours de son mariage, le futur marié rencontre une femme qu’il pourrait aimer, alors que sa promise est injoignable.
L’homme aime sa future épouse, elle a beau l’agacer de temps en temps, il est amoureux d’elle. Mais de là à fermer la porte à toutes les autres amours qui pourraient surgir… De là à renoncer à toutes les histoires qu’il pourrait vivre, à toutes les passions qui pourraient l’assaillir… Ce sont ces histoires, ce sont ces passions dont on se rappelle toujours comme les moments les plus excitants de notre vie. S’engager avec une femme, une seule, se lier à elle pour toujours, c’est décider de ne plus vivre ces moments fulgurants de la rencontre et de la découverte amoureuse.
Et puis surtout, est-ce la bonne? Cette autre femme à peine rencontrée, Léa, c’est la possibilité d’un autre amour, incertain, différent, d’une autre vie à côté de laquelle il va falloir passer. Pourquoi ne pas tout recommencer pour elle, qu’il aime déjà presque, qu’il aimera s’il laisse une chance à leur amour d’exister? Comment être sûr que l’amour qu’il a déjà acquis n’est pas inférieur à l’amour qu’il pourrait conquérir?
Le traitement de l’histoire donne au chaos intérieur du personnage des résonances partout autour de lui : sa famille est désarticulée et conflictuelle, ses amis sont totalement paumés, sa belle-famille est envahissante et inquiétante, sa future femme est doucement dingue.
C’est ce ton si volontairement bordélique qui perd le film. A chaque personnage qui apparaît, à chaque réplique lancée, à chaque situation incongrue, on ressent avec trop d’insistance le désir de la réalisatrice de faire un film décalé. Tout devient alors artificiel, les relations entre les personnages sonnent faux, leurs réactions laissent le spectateur incrédule.
Benjamin Biolay interprète un personnage pas très sympathique qui semble découvrir ses proches au cours du film : sa soeur n’est pas mariée, sa fiancée aime le sexe dans des endroits inhabituels, sa mère n’a pas choisi son mariage… Comme s’il avait été absent de sa vie jusqu’au début du film. La seule relation qui reste crédible et tendre, c’est celle qui n’existait pas auparavant, celle qu’il construit avec Léa.
On s’attache alors à ces moments volés qui échappent à la sophistication factice d’un scénario qui tourne en rond. Rien n’avance, le personnage ressasse toujours les mêmes angoisses qui auraient pu faire un joli court-métrage mais qui ennuient dès que le premier quart d’heure est passé. Pour remplir son film, Katia Lewkowicz s’amuse à introduire une tripotée de personnages bizarres mais jamais naturels et donc jamais attachants. L’agacement du futur marié, entouré de déséquilibrés, devient trop vite évident, et s’il y a une question qu’on ne se pose paradoxalement jamais, c’est de savoir pourquoi il pleure.
Seule Léa surnage dans cet enfer d’altérités. C’est de ce côté de Pourquoi tu pleures ?, dans l’attente finale que la jeune femme subit, que se trouve la véritable angoisse : un autre amour était possible. Dommage que le film, trop occupé à se donner des faux airs d’originalité, noie dans les larmes la détresse fondamentale qui anime son personnage : choisir un amour, c’est renoncer à tous les inconnus qu’on aurait pu aimer.
Note : 3/10
Pourquoi tu pleures ?
Un film de Katia Lewkowicz avec Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos, Nicole Garcia, Valérie Donzelli, Sarah Adler et Hanna Laslo
Comédie dramatique, Romance – France – 1h39 – Sorti le 15 juin 2011

