Archives Mensuelles: juin 2011
Thirst, Ceci est mon sang
Un film de Park Chan-Wook avec Song Kang-Ho, Kim Ok-vin et Kim Hae-Sook
Fantastique – Corée du Sud – 2h13 – Sorti le 30 septembre 2009
Titre original : Bak-Jwi
Synopsis : Sang-hyun, jeune prêtre coréen, se porte volontaire pour tester un vaccin expérimental. Une transfusion sanguine le transforme en vampire…
Prix du jury au Festival de Cannes 2009.
Comme toujours chez Park Chan-Wook, les images sont d’une beauté à couper le souffle. La virtuosité n’éclate pas seulement dans la composition des plans ou dans le choix de la lumière. Le rythme du film, parfaitement maîtrisé, déroute et fascine. Le scénario se ralentit et s’accélère, tourne sur lui-même et suit des trajets sinueux et apparemment impromptus à la manière des montagnes russes.
Le spectateur, sans cesse surpris, se laisse emporté (et parfois mené en bateau) dans cet univers original qui s’approprie le mythe du vampire pour en faire quelque chose de radicalement nouveau.
Toujours une histoire d’amour, mais la victime est loin d’être une jeune femme blanche et innocente, et le vampire est un prêtre qui cherche à donner un sens à sa vie et à faire le bien autour de lui.
L’inversion du mythe n’est cependant pas si simple : la foi est mise à rude épreuve tandis que pureté et perversion deviennent indissociables et finissent par proposer un portrait plutôt juste de l’humanité, menacée par l’absurdité. Le film est alors l’histoire d’un combat, un combat pour retrouver sa part d’humanité, un combat pour ne pas se résigner, un combat pour se prouver qu’on n’est jamais obligés de rien, qu’on peut toujours décider. Le choix est au centre du chemin de croix de ce prêtre qui pourrait se laisser aller à être simplement un vampire.
Et ce combat contre l’état qui nous est imposé n’est pas seulement nécessaire quand on est devenu un monstre. Thirst est alors une parabole sur la responsabilité de l’individu, toujours maître de son parcours, même quand il croit que la société ou la vie ne lui donne pas le choix. La conclusion du film souligne encore le poids fondamental des décisions éthiques auxquelles chaque être humain se doit de faire face.
La narration est parfois embrouillée mais toujours enthousiasmante, les images les plus extraordinaires se succèdent (comme le vampire se nourrissant grâce aux perfusions de patients d’un hôpital) et certaines séquences sont simplement merveilleuses. Quand Sang-hyun saute d’un immeuble à l’autre avec Tae-ju dans ses bras, le choix de la plongée nous permet de partager avec la jeune fille la magie de l’instant.
Thirst donne un sacré coup de jeune aux histoires de vampires. C’est beau, c’est ambigu, c’est drôle, c’est grave et c’est intelligent. C’est incroyable et pourtant parfaitement crédible. C’est du cinéma libre et touffu, et ça fait un bien fou.
Note : 8/10
Le Chat du rabbin
Un film de Joann Sfar et Antoine Delesvaux avec les voix de François Morel, Maurice Bénichou et Hafsia Herzi
Film d’animation – France – 1h40 – Sorti le 1er juin 2011
Synopsis : Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler.
Joann Sfar a décidé de faire une adaptation de sa merveilleuse bande dessinée Le Chat du rabbin en reprenant et mélangeant les intrigues des 5 volumes de la BD.
Les bouquins étaient extraordinaires d’intelligence et d’espièglerie, le film bénéficie donc forcément de ces atouts. Le conte philosophique est drôle, enlevé, l’esprit juif le plus universaliste et séduisant souffle sur les aventures de ce félin malicieux. Toute la culture juive est là, le besoin de sans cesse commenter, de sans cesse réfléchir, de sans cesse remettre en question, la musique klezmer se mélange aux tonalités séfarades d’Enrico Macias, certes il y a l’intolérance propre à la religion, mais il y a surtout la liberté, le dialogue des cultures, la compréhension de l’autre et le refus de tout préjugé et de toute discrimination.
Joann Sfar célèbre le meilleur de la religion en général et du judaïsme en particulier. Les juifs et les noirs sont le symbole des oppressés. Jérusalem, la ville-miracle, devra être la ville des juifs noirs, des falachas, c’est-à-dire de tous ceux qui ont souffert, de tous les hommes libres. Si cette Jerusalem-là est malheureusement une chimère, Le Chat du rabbin disserte beaucoup, montre qu’aucun homme (et aucun chat) n’est dépourvu d’intolérance mais qu’entre les obscurantismes de toutes les religions, il y a la place pour un monde meilleur où chaque culture se nourrit des autres.
Etait-il vraiment utile d’adapter la bande dessinée au cinéma? C’est sur ce point-ci qu’on a quelques doutes. Pour les besoins du grand écran, le dessin de Joann Sfar s’assagit. La multiplication des intrigues prises dans les cinq volumes donne un film touffu qui manque un peu d’unité. Les intrigues n’ont pas le temps nécessaire pour être bien développées, chacune semble vite expédiée pour laisser la place à la suivante et le film prend bientôt l’aspect d’un catalogue.
L’esprit de contradiction, de fête et de dérision du judaïsme est bien là et le film est plaisant. Mais en voulant tout dire, il a tendance à s’éparpiller. On peut alors espérer qu’il donnera envie aux spectateurs de lire la BD.
Note : 6/10
Austin Powers
Un film de Jay Roach avec Mike Myers et Liz Hurley
Comédie – USA, Allemagne – 1h35 – 1997
Synopsis : En 1967, Austin Powers est photographe de mode le jour et agent secret la nuit. Il se fait cryogéniser jusqu’en 1997 pour combattre son ennemi, le docteur Denfert.
Humour décalé, comique de répétition, comique visuel… : Jay Roach n’hésite pas à épuiser chaque gag autant que possible, et si au début on résiste, on finit par se laisser avoir, à la manière de Miss Kensington, par le charme désuet de l’agent secret.
Le ridicule se transforme en liberté, la grossièreté en insolence et la lourdeur en fausse naïveté. On finit par craquer et à regretter d’être les enfants de notre époque, si sérieuse, si coincée, si frustrée. La folie des années 60 explose partout dans le film, dans ses couleurs tapageuses, dans sa musique inoubliable et dans les moeurs de son personnage excentrique.
Austin Powers, pour qui tout était facile, est maintenant confronté à un temps où tout est devenu une lutte, le travail, le sexe, les sentiments.
La parodie des films d’espionnage est correcte (on doit bien avouer qu’on rit pas mal), l’intrigue tient sur un timbre poste, les personnages sont des caricatures mais derrière la bonne humeur convenue, Austin Powers arrive à saisir une vérité bien triste : dans les années 90 (et encore aujourd’hui), il n’y a plus d’idéal, plus d’improvisation, plus d’enthousiasme. La foi en la possibilité de construire un avenir meilleur a disparu. Les couleurs vives ont laissé la place aux convenances. Le monde est devenu morne et semble se satisfaire de la nostalgie d’un âge d’or révolu.
Quand Jay Roach essaie de nous rassurer en parlant d’une société responsable, il ne convainc personne. La vraie réussite d’Austin Powers, c’est d’être avant tout un hommage passionné aux sixties.
Note : 5/10
Le Complexe du castor
Un film de Jodie Foster avec Mel Gibson, Jodie Foster, Anton Yelchin et Jennifer Lawrence
Drame – USA – 1h31 – Sorti le 25 mai 2011
Synopsis : Walter sombre dans la dépression, sa femme décide de l’éloigner pour protéger leurs enfants. Mais quand Walter trouve par hasard une marionnette de castor, il reprend soudainement goût à la vie.
Le Complexe du Castor semble vouloir marcher derrière les pas d’un chef d’oeuvre du cinéma américain : American Beauty. Dans une banlieue parfaite et morne, Walter et Meredith vivent une vie parfaite et morne, partagée entre leur travail et leurs enfants, dont le plus grand est en pleine remise en question adolescente. Le Complexe du Castor, comme American Beauty, est l’histoire d’une renaissance, celle d’un homme qui trouve enfin la force d’être celui qu’il a envie d’être, en dépit des conséquences et du risque évident de bousiller son confort et sa famille.
Les similitudes ne s’arrêtent pas là : une voix off ironique accompagne le spectateur dans l’histoire tandis qu’une romance se fait jour entre deux lycéens qui portent en eux les douleurs de leur famille et qui essaient tant bien que mal de trouver et d’exprimer la beauté du monde.
Mais Le Complexe du castor n’est pas du tout un thriller, Jodie Foster n’a pas le génie de Sam Mendes et son film n’arrive pas à changer de ton avec la maestria d’American Beauty.
Cependant, Le Complexe du castor a quelques atouts cachés. Plus qu’une histoire de famille, c’est l’histoire d’une folie. C’est sur ce terrain glissant et un peu terrifiant que le film trouve sa spécificité et son véritable intérêt. Entre les plans consensuels de disputes et de réconciliations familiales, l’épouvante s’installe doucement, accompagnée d’un léger humour noir.
Derrière un pitch plutôt courageux se cache une tragédie familiale trop classique. Mais derrière cette tragédie familiale se cache un film sombre et effrayant. Walter reprend pied à mesure qu’il sombre. La frontière illusoire entre esprit sain et folie vole en éclat. Et le regard des autres, toujours plus menaçant, enferme chacun dans sa propre logique individuelle. Le Complexe du castor, dans ses meilleurs moments, arrive à mesurer le gouffre qui nous sépare de ceux qu’on aime, de celui qu’on essaie d’être pour les autres et de celui qu’on voudrait être pour nous-mêmes.
Note : 6/10
La Princesse de Montpensier
Un film de Bertrand Tavernier avec Mélanie Thierry, Lambert Wilson, Grégoire Leprince-Ringuet, Gaspard Ulliel et Raphaël Personnaz
Drame, Romance – France – 2h19 – Sorti le 3 novembre 2010
Synopsis : En 1562, Marie aime le duc de Guise, mais elle est contrainte d’épouser le prince de Montpensier. Le duc d’Anjou, futur Henri III, tombe aussi sous son charme…
César 2011 des meilleurs costumes.
La Princesse de Montpensier tombe corps et âme dans le piège de la reconstitution. Costumes magnifiques, décors grandioses, dialogues ciselés, acteurs prisonniers de leur texte et de l’intrigue, exactitude historique, tout participe à faire du film une accumulation de détails parfaits qui ne prennent jamais vie.
La peinture d’époque est artificielle et engoncée, un vrai souffle romanesque manque à cette histoire d’amours contrariées et impossibles. La princesse de Montpensier elle-même, figée dans la peinture de moeurs, n’arrive jamais à inspirer la sympathie, le spectateur voit les personnages se débattre avec une indifférence qui se mue parfois en ennui.
Pourtant, la nouvelle de Madame de Lafayette est loin d’être inintéressante, elle met en scène les mouvements du coeur avec richesse, conviction et désenchantement. Dans le film de Bertrand Tavernier, on ne sent que la richesse, pompeuse et immobile. Il manque à cette Princesse de Montpensier un parti-pris du réalisateur : ancien, moderne, tragique ou même léger. Cette adaptation-là est simplement scolaire.
Note : 2/10

