La Planète des singes : les origines

On savait depuis 2 mois comment les X-Men étaient devenus des X-Men. On ne savait pas encore comment la planète des hommes était devenue la planète des singes. Voilà qui est maladroitement réparé grâce à ce film qui comble un mystère dont on aurait aimé qu’il reste le territoire de notre imagination. Mieux vaut alors voir cet opus comme un film à part, souvent bâclé, parfois intrigant.

Synopsis : Au cours de ses recherches pour vaincre la maladie d’Alzheimer, un scientifique parvient à faire évoluer un singe nommé Caesar, qui va mener son espèce à dominer le monde.

La Planète des singes : les origines - critiqueFaire une sorte de préquel à La Planète des singes pour expliquer comment l’homme, d’espèce dominante, est devenue une espèce dominée, avait tout du piège commercial. Car ce qui rend le film de Franklin J. Schaffner aussi fascinant, c’est qu’on ne sait pas ce qui s’est passé. Les mystères du temps ont enfoui l’histoire et la mémoire s’est perdue, effacée peu à peu par le passage des générations.

Le film de Rupert Wyatt est donc plus intéressant si on le considère indépendamment de l’original, comme une nouvelle oeuvre de cinéma, une oeuvre pré-apocalyptique qui se terminerait en laissant ouvert le champ des possibles. Si on oublie que le film de 1968 est sensé être la suite de ce film-ci, on peut laisser voguer notre imagination bien au-delà d’un générique final qui pose beaucoup de problèmes et laisse peu de réponses.

Le film en lui-même a des atouts et malheureusement, de nombreux défauts. A ranger au rang de ces derniers, la construction bancale du scénario, l’interprétation binaire de James Franco (content / pas content) et la faiblesse des seconds rôles, tous stéréotypés (Tom Felton, alias Drago Malfoy dans Harry Potter, semble avoir gardé son personnage de sorcier, ici dépourvu de pouvoir, perdu chez les Moldus; Freida Pinto est jolie, compréhensive, heureuse, inquiète et courageuse, elle a justement 5 scènes pour prouver ces 5 qualités; quant à David Oyelowo, qui interprète le patron de James Franco, il est la caricature du capitaliste vénal, inconscient jusqu’à l’absurdité).

Les singes sont les meilleurs acteurs du film et Rupert Wyatt semble avoir porté tant d’attention à l’évolution de César (plutôt subtile) qu’il en a bâclé tous les autres éléments du scénario. Pourtant, le potentiel était là. La question d’une autre espèce intelligente comme celle du mystère de l’intelligence sont passionnantes. Et certaines séquences du film sont particulièrement réussies, on pense notamment aux feuilles qui pleuvent des arbres, laissant deviner le déplacement des singes de branche en branche, ou la scène finale sur le Golden Gate Bridge, qui profite de la cinégénie étonnante de San Francisco.

L’autre problématique posée de manière originale est celle de la révolte des plus faibles contre les dominants. La Planète des singes : les origines pourrait alors se lire comme une nouvelle Ferme des animaux dénonçant cette fois les rouages du capitalisme. Les conséquences apocalyptiques des expérimentations des hommes trouvent cependant un traitement plus intelligent et plus déroutant dans l’excellent 28 jours plus tard.

Mais le propos de ce film-ci se trouve peut-être ailleurs : on ne peut pas lutter contre la perte des êtres qui nous sont chers. Les problématiques planétaires sont relayées au second plan, Rupert Wyatt essayant de miser plutôt sur les intrigues affectives, avec plus ou moins de réussite. La Planète des singes : les origines a des choses à dire, et c’est déjà pas mal pour un divertissement issu d’une franchise. Dommage alors que le film soit si inégal.

Note : 4/10

La Planète des singes : les origines (titre original : Rise of the Planet of the Apes)
Un film de Rupert Wyatt avec James Franco, Freida Pinto, John Lithgow et Andy Serkis
Science-fiction – USA – 1h50 – Sorti le 10 août 2011

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Publié le 23 août 2011, dans Films sortis en 2011, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 14 Commentaires.

  1. Un petit détail, on savait déjà comment la planète des hommes était devenue la planète des singes: La conquête de la planète des singes (1972) et La bataille de la planète des singes (1973) nous le racontaient. Je ne suis pas sûr qu’ils soient très convaincants cependant…

  2. Héhé je n’ai effectivement pas vu ces films… Ce qu’ils racontent est-il cohérent avec l’histoire de La Planète des singes : les origines? Ou bien ce dernier fait-il table rase des précédentes suites pour inventer sa propre mythologie?

  3. Il fait table rase, même s’il reprend le même nom pour le singe qui mène la révolte…

  4. Je te félicite pour ton honnêteté intellectuelle Ted. Tu as fait un commentaire de ce film sans avoir vu certains épisodes de la saga, ce qui pour moi est rédhibitoire. On ne peut pas commenter ce film sans avoir vu tous les épisodes, au moins pour comparer. Toutefois, tu as l’honnêteté d’avouer que tu n’as pas vu les épisodes de 1972 et 1973. Beaucoup de critiques ne l’auraient pas fait.
    A part cela, je trouve ton analyse assez pertinente.

  5. Je ne suis pas tout à fait d’accord, je ne pense pas qu’il faut avoir lu le livre et vu tous les épisodes de la saga pour pouvoir commenter le film. Premièrement parce que pour moi, un film doit rester une oeuvre indépendante et doit pouvoir se juger en lui-même. Deuxièmement parce que, dans le cas présent, les autres épisodes de la saga et ce film-ci n’ont pas été pensés ensemble et sont le fruit de réalisateurs et d’équipes de production totalement différents.
    Ceci dit, je suis d’accord pour dire qu’il serait plus intéressant d’avoir lu le livre, vu tous les films de la franchise et même d’avoir vu les précédents films de Rupert Wyatt et que la critique en serait sans doute plus pertinente. Mais à mon sens, une critique peut rester intéressante et constructive sans tout ça.

  6. J’entends bien. Seulement, les films sont certes le fruit d’équipes de production différentes mais si l’on s’intéresse à la genèse de chacun de ces films, on se rend bien compte du souci de cohérence entre les différentes oeuvres. La planète des singes: les origines n’échappe pas à la règle. Il s’agit justement d’un préquel, ce qui signifie qu’il est en lien avec une histoire déjà contée – une histoire déjà contée dans d’autres films. Voilà pourquoi j’estime qu’il faut avoir vu les épisodes censés en constituer la suite pour véritablement l’apprécier. A mon sens, le film n’a pas la même saveur selon que l’on connaît la suite ou non. Je me mets à la place d’un spectateur qui va voir le film sans avoir vu les autres épisodes, et là, effectivement il vaut 4/10. Mais pour une personne qui a vu tous les films, il vaut 7/10, parce que l’essentiel de ce que l’on pouvait imaginé ou attendre des origines y est.
    En tous les cas, cela n’enlève rien à une analyse indépendante du film comme tu le précises: ta critique est très intéressante et je la rejoins sur de nombreux points, mais cela je l’ai déjà dit.

    Merci pour tes remarques.

  7. C’est certain que le film aurait une saveur différente si j’étais plus familier de la mythologie dans laquelle il vient s’insérer, mais je crois toujours qu’on doit pouvoir l’apprécier pour lui-même. Et même si j’avais vu les autres films, je serais toujours gêné par la construction bancale du scénario, par l’interprétation approximative de James Franco et par la faiblesse des seconds rôles…

  8. Ce qui manque cruellement à cet opus de la Planète des singes, c’est la dimension  » temps ». Dans la premières série de films, l’élément clef qui crée l’énigme, c’est le mystérieux intervalle temporel, qui sépare la fin des humains de l’avènement des singes.
    En combien de temps ont ils appris à parler? Je réponds: peu importe, cela fait bien longtemps, si longtemps que les hommes ont eu le temps de « régresser » au rang d’animaux, c’est tout ce qu’on veut savoir!

    Avons nous oublié le plaisir que nous avions à nous plonger dans une galaxie lointaine, très lointaine il ya bien longtemps?
    A nous laisser emmener dans une histoire qui nous arrache à notre présent, à notre relation au temps et à l’espace?

    Vraisemblablement oui c’est le cas, car Lucas, scénariste et réalisateur de Star Wars n’aura pas pu s’empêcher de saborder son space opera en révélant, en expliquant tout. Ainsi, un spectateur novice s’enfilant les 6 star wars dans l’ordre chronologique ne tressaillira pas un instant au « Luke je suis ton père ». En effet, il l’aura appris depuis deux épisodes déjà. Dommage.

    La première série de films de la Planète des Singes est déroutante dans son ensemble, car le temps semble se « boucler ». Les singes et les hommes sont tour à tour maitres puis les esclaves les uns des autres. On lève progressivement le mystère sur ce qui provoquera ou a provoqué notre chute, on se révèle à nous même. Notre excès d’humanité et de maitrise scientifique nous amène aux pires conditions animales.

    Dans cette version 2011, la narration est au contraire linéaire, attendue, détestablement messianique. Le besoin de tout expliquer fait perdre à ce film à mon sens une bonne partie de son potentiel symbolique.
    On s’identifie directement aux singes, circulez, il n’y a rien à penser! Tout est fait pour que le spectateur soit placé sur les rails du scenario, avec moult explications pseudo-scientifiques.
    Comme dans la genèse de Star Wars, les explications s’accumulent à un rythme qui frise le ridicule: le labo qui paye sans scrupule des recherches sur des animaux des millions mais qui refuse subitement de continuer à cause d’un incident somme toute assez plat. La formule miracle de l’intelligence instantanée, et du langage articulé par dessus le marché… Cela ressemble davantage à du Marvel qu’à du Pierre Boulle! Le film est vidé de sa substance symbolique et métaphysique.

    Dans Star Wars, on montre bien à la fois le visage de Dark Vador et celui de Boba Fett, pour faire plaisir aux fans. On est content sur le coup, mais le mystère tombe à jamais, et tout fout le camp!

  9. Pour préciser, la première série de films de la Planète des Singes est complètement indépendante de celle amorcée par Rupert Wyatt, il s’agit de 3 films prequel « expliquant » le film original — « expliquant » car, comme le dit Carnute, le temps semble se « boucler » et l’explication soulève plus de questions qu’elle n’en résout, d’où, même si effectivement ça a un certain charme, mon subjectif « pas très convaincant ». Et ces films n’ont RIEN A VOIR avec le prequel actuel, ils ne sont aucunement une suite!! juste une autre explication.
    Donc pas de reproches possibles (désolé Miki). Ou alors il faudrait aussi reprocher aux critiques de Star Wars de ne pas avoir vu le téléfilm « Au temps de la guerre des étoiles » par exemple 😀 Ted, une recommandation donc plutôt qu’un reproche… on attend ta critique!! 😉

  10. ah et sinon dans la même lignée des points ridicules mentionnés par Carnute, http://tinyurl.com/3blokvv qui singe le film en mettant en évidence les incohérences… Bon, une grande partie des incohérences citées sont de mauvaise foi, voire fausses, mais cela fait partie du personnage… 🙂

  11. D’accord avec les nuances que vous apportez à mon propos Ted et Florian.

  12. Hello
    Je viens de voir le film. Je précise de suite que j’ai vu (et revu et rerevu …) la pentalogie originelle ; j’ai apprécié à son époque la série TV (je n’avais alors pas 10 ans) ; j’ai subi la version Burton et je me suis régalé du livre.
    En ce qui me concerne il ne s’agit ici aucunement d’un (une?) préquel(le?), il s’agit d’un reboot, une reprise de l’idée originale réécrite aux goûts et peurs du jour. Tout comme la version de a été un reboot du livre. Oui effectivement le film nous parle de nos peurs, celle de la perte des proches, surtout de leur dégénerescence, de la peur d’être la seule espèce intelligente, de la peur de perdre notre humanité car tout compte fait le plus humain dans l’histoire est bel et bien César.
    Le film ne nous parle pas de la peur de la bombe atomique et de l’holocauste nucléaire comme la version de 68, nous n’avons plus réellement peur de ça ; notre peur est celle de la manipulation génétique et du capitalisme aveugle.
    Le scénario, dont la construction est bancale d’après Ted (plus d’explications seraient nécessaires Ted …), me semble finalement relativement solide. Il aborde beaucoup de sujets qui passionent le spectateur lambda et j’attends la version directors cut qui sera certainement moins truffée de raccourcis. À propos de problèmes de scénarios, la pentalogie en est truffée (le premier singe à dire non est d’abord Aldo alors que dans le premier épisode on nous apprend que personne ne le sait et que finalement il s’agit de César; les dates ne coincident pas entre les épisodes …). J’ai, par ailleurs, apprécié les multiples clins d’œil fait aux versions.
    Il est vrai que les acteurs ne donnent pas ce à quoi nous avions le droit de nous attendre (Ah Rody McDowall à la place de James Franco … ).
    Bref, un film de bonne facture et laissant la porte ouverte à tant de scénarios possibles … un virus décimant l’humanité, des singes prêts à prendre la relève pour une civilisation plus respectueuse de la nature, des astronautes perdus prêts à revenir, Koba prêt à jouer un rôle à sa mesure, Cornélia prête à devenir une Ève … brrr j’en ai des frissons.

  13. Le scénario aborde de nombreux sujets passionnants, notamment nos peurs du moment, je suis tout à fait d’accord. Par contre, je reste très dubitatif, non pas sur ses thèmes, mais sur sa construction : le personnage de Freida Pinto est sabordé, les réactions de James Franco sont, au mieux simplistes, au pire incohérentes : il fait des tests très dangereux sur son père puis s’insurge que son patron veuille faire des tests sur plusieurs singes, il explique à César d’où il vient comme si celui-ci pouvait comprendre quoi que ce soit aux manipulations génétiques, et pourtant, il ne lui explique pas quelque chose de beaucoup plus simple, à savoir qu’il est obligé de le laisser à la fourrière.
    Quant à son patron, il décide d’arrêter les tests puis de les reprendre de manière très artificielle, pour les besoins du scénario. Etc, etc… Tout cela n’enlève rien aux sujets traités, souvent intéressants

  14. En ce qui concerne les tests cela me paraît logique
    ALZ112 : prêt pour des tests humains, problèmes avec Beaux Yeux, GenSys arrête la phase tests humains, mais on apprend que l’acte de violence n’est pas du au produit … donc il teste sur son père (en notant tout). Il suit le protocole. Il transgresse par amour et par intérêts scientifiques, car GenSys n’abandonne pas le projet mais repart du début dans une phase qui ne teste pas le produit sur le vivant. Quand il arrive à une impasse, il est obligé d’avouer à son patron pour pouvoir continuer (un nouveau virus qui insère le gène dans le génome du patient).
    ALZ113 : nouveau virus de transport, plus virulent mais que les singes supportent (le reste du scénario nous laisse à penser qu’il s’agit en fait d’un virus de type Ebola, affecte les hommes qui se liquéfient de l’intérieur mais pas les singes qui sont vecteurs sains). Le protocole est d’abord sur un singe puis plusieurs puis les hommes … L’appât du gain (une mauvaise raison par rapport à la bonne raison de sauver son père de la dégénérescence) fait que GenSys veut accélérer le projet et mener (?) l’humanité à sa perte.
    Pour plus de clarté, le mécanisme d’insertion du gène aurait du être expliqué en effet. Le virus utilisé ne guérit pas, il est le mécanisme qui insère le gène réparateur dans le génome du patient.
    Quant au jeu d’acteur … OK je te suis.

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