Bilan cinéma 2012 (3) – Les thématiques

S’il y a une préoccupation partagée par tous aujourd’hui, c’est bien la crise économique. Le cinéma n’est pas en reste : le spectre de la crise était présent partout en 2012. Certains films l’ont abordé de front, d’autres en ont fait leur toile de fond. De plus en plus, les personnages de cinéma doivent lutter dans un univers hostile. La société ne protège plus, elle menace.

Le Grand soir, le destin de deux frères en rupture sociale

Le Grand soir, le destin de deux frères en rupture sociale

Au cœur du problème, une mécanique financière irraisonnée

Ainsi, Margin Call revient aux sources de la crise dans une fiction documentaire dans laquelle on n’apprend malheureusement pas grand-chose. Costa-Gavras s’intéresse lui aussi aux grosses institutions financières et à leurs inquiétantes combines mais son film n’est pas plus réussi. Si Margin Call montre des patrons froids et cyniques et se présente comme une analyse du système et de ses dérives, Le Capital serait plutôt une farce accusatrice : les grands banquiers sont des enfants qui jouent puérilement avec les finances de milliards d’individus. Dans les deux cas, les mécanismes incontrôlés du néo-libéralisme et les hommes cupides à la tête de ces institutions sont pointés du doigt. Et aucune porte de sortie n’est envisagée : la grosse machinerie financière semble verrouillée par des jeux d’influence et de pouvoir que personne ne peut maîtriser.

La vie des gens aux prises avec la crise

Plutôt que de dresser le portrait du monde de la finance, beaucoup de cinéastes s’intéressent alors aux difficultés du quotidien. La crise telle qu’elle est subie par tant d’hommes et de femmes souvent isolés. C’est le cas de Louise Wimmer : le combat pour la dignité est d’une violence inouïe dans ce drame un peu longuet sur la précarité. C’est aussi le cas de Not et de Jean-Pierre, les deux frères du Grand soir. Tandis que Not est en rupture sociale depuis des années, Jean-Pierre perd tout du jour au lendemain : femme, travail, appartement. Il glisse alors dans la folie. Kervern et Délépine prennent le parti d’en rire, mais la révolution impossible dans le parking du supermarché reste l’un des grands moments cinématographiques de 2012 : aujourd’hui, il n’y a plus d’engagement, il y a la consommation, et la peur de ne plus pouvoir consommer.

La solitude et la marginalisation guettent aussi les héros de L’Enfant d’en haut, de Tyrannosaur, de La Désintégration ou d’Oslo 31 août. En France, en Ecosse ou en Norvège, des êtres sans avenir vagabondent, avec pour seuls horizons la débrouille, la violence, le terrorisme ou bien encore le suicide. Les films d’animation s’y mettent aussi. Le Magasin des suicides décrit un monde morne où là encore, le paradis est de se donner la mort. Dommage que le film de Patrice Leconte soit creux et mal écrit. Le plus joli dessin animé de l’année n’est pas en reste : dans Ernest et Célestine, l’ours est seul et crève la dalle. Seule sa rencontre avec Célestine pourra le sauver.

Le meilleur film d’animation de l’année : Ernest et Célestine (de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier)
Les films les plus désenchantés de l’année : au niveau politique, La Désintégration (de Philippe Faucon) ; au niveau intime, Oslo 31 août (de Joachim Trier)

Dans Ernest et Célestine, il faut choisir : manger l'autre ou l'aide

Dans Ernest et Célestine, il faut choisir : manger l’autre ou l’aider


Besoin des autres pour s’en sortir

Le salut passe souvent par une rencontre. Dans Une vie meilleure de Cédric Kahn, Yann et Nadia veulent s’intégrer au système et lancer leur restaurant. La chute n’en est que plus douloureuse. Bientôt pour Yann, il ne restera que le fils de Nadia, et pour Nadia il ne restera que Yann. Ken Loach est optimiste en 2012 : c’est grâce à Henri l’éducateur et à ses trois nouveaux amis que Robbie pourra peut-être accéder à la Part des anges. Quant à Magic Mike, lui aussi embourbé dans des projets sans avenir, c’est grâce à une femme qu’il finira par ouvrir les yeux.

Le cri du cœur de l’année : la fameuse scène de la bouteille cassée dans La Part des anges (de Ken Loach)

Mais les Autres peuvent aussi parfois représenter le pire des dangers. Deux films évoquent les spectres du nazisme en montrant comment l’indifférence ou le respect aveugle de l’autorité peuvent être à l’origine des pires atrocités possibles. Dans 38 témoins, Pierre est rongé par la culpabilité et refuse la loi du silence à laquelle tout le monde se conforme. Ici, la lâcheté est la norme, le courage mène à la solitude. Dans Compliance, des hommes et des femmes ordinaires se transforment en bourreaux en suivant des ordres donnés par téléphone. La fameuse banalité du mal n’attend qu’un prétexte pour se manifester. La désobéissance civile est un devoir pour préserver son humanité.

Contre l'échec social, l'amitié fait des miracles dans La Part des anges

Contre l’échec social, l’amitié fait des miracles dans La Part des anges


Des personnages qui se battent (parfois à mort) pour survivre

La précarité est présente partout, même quand ce n’est pas le sujet principal du film. Dorcy vogue de projets galère en projets galère pendant toute la durée de Rengaine. Les héros de Touristes sont aussi au chômage. Perdus dans une société individualiste, ils deviennent plus misanthropes encore que les autres, et gare aux conséquences. Le héros de Wrong continue d’aller tous les jours au travail alors qu’il a été licencié depuis plusieurs mois. Pour lui aussi, la solitude a des conséquences absurdes. Chacun se débrouille comme il peut : dans De rouille et d’os, Ali bénéficie de la solidarité familiale et il utilise son corps pour gagner un peu d’argent. Dans Killer Joe, la famille détraquée préfère miser sur les indemnités de l’assurance-vie de la mère. Problème : il faut d’abord la tuer. Même les ours en peluche sont au chômage : Ted se voit contraint d’accepter un boulot de caissier.

Cogan : Killing Them Softly est sans aucun doute le film le plus cruel sur la question. Andrew Dominik confronte les discours politiques d’Obama et de Bush à la réalité de petits bandits pathétiques qui s’entretuent. « L’Amérique, ce n’est pas un pays, c’est un business » dit le héros du film. Plus de rapport humain sans argent, plus de rêve politique sans appât du gain. Les hommes sont condamnés à se battre pour survivre.

Dans Wrong, rien ne tourne rond. Et la précarité du travail prend un aspect... climatique.

Dans Wrong, rien ne tourne rond. Et la précarité du travail prend l’aspect d’un déluge.


Quand survivre n’est plus possible : la fin du monde

Dans certains films, la crise prend une tournure radicale et mène à la fin du monde. Une fin du monde liée à l’implosion de l’économie libérale dans le Cosmopolis de David Cronenberg. Malheureusement, son apocalypse nous rebute d’un bout à l’autre : le propos est noyé dans un insupportable charabia sans fin. Pour Abel Ferrara aussi, la fin du monde est de la responsabilité des hommes qui n’ont pas su préserver leur planète : 4h44 Dernier jour sur Terre laisse chacun dans la solitude, même aux derniers instants de l’humanité.

Pour d’autres, la fin du monde est plus mystérieuse. On ne connaîtra jamais la cause du virus de Perfect sense mais là encore, il mène inéluctablement à l’isolement le plus total. Le jeune américain Benh Zeitlin propose une vision écologique et intime de la fin d’un monde dans Les Bêtes du sud sauvage. Ses héros sont protégés de la crise car ils vivent hors du monde capitaliste. Mais ils restent sur Terre, dépendant des puissances climatiques et des maladies. Les éléments se déchaînent aussi dans Take Shelter. Pour Curtis, il s’agit aussi de protéger sa famille mais son obsession sécuritaire tient peut-être plus de la paranoïa que de la raison.

Dans Les Bêtes du sud sauvage, les personnages choisissent la marginalisation  mais ils ne peuvent rien contre les éléments

Dans Les Bêtes du sud sauvage, les personnages choisissent la marginalisation mais ils ne peuvent rien contre les éléments

Le désordre est partout et Benoît Jacquot, s’il ne met pas fin à l’humanité, filme la fin d’un monde, celui de la monarchie française. Dans un plan séquence d’une rare beauté, il se fait le témoin des soubresauts de l’Histoire. Là encore, la crise mène Sidonie à la solitude et même à l’anonymat. Même le futur de Looper est un futur de crise économique avancée. Les perspectives ne sont pas plus optimistes dans Hunger Games, un film moins politique que le Battle Royale dont il s’inspire, et qui évoquait déjà la crise du libéralisme.

La fin la moins claire (ou la plus déconcertante) de l’année: Take Shelter (de Jeff Nichols)
Le paradoxe temporel raté de l’année (mais un film enthousiasmant): Looper (de Rian Johnson)


La fuite comme solution ?

Alors, où fuir ? Dans un autre pays : dans Alyah, Alex veut partir refaire sa vie en Israël car à Paris, ses seules perspectives sont d’être dealer. Dommage, le film exécute son programme sans surprise. Dans l’étonnant In another country, Anne peut expérimenter, faire et refaire sa vie jusqu’à satisfaire ses désirs. Pour Marco aussi, il s’agit de recommencer sa vie, et cela débute par quelques Jours de pêche en Patagonie (mais le film, trop minimaliste, traine un peu en longueur). Dans le revigorant Hasta la vista, l’eldorado de trois amis belges handicapés se trouve en Espagne : c’est là qu’ils pourront trouver le plaisir, mais aussi l’indépendance. Le chanteur Sixto Rodriguez vit lui dans la plus grande précarité aux USA. Le documentaire-conte de fée Sugar Man montre comment il sort de sa vie misérable et trouve la gloire et la consécration artistique qu’il méritait en allant en Afrique du Sud.

Le road-trip le plus original de l’année : Hasta la vista (de Geoffrey Enthoven)
L’enquête de l’année : Sugar Man (de Malik Bendjelloul)

Sugar Man : le talent et le succès n'épargnent pas toujours de la précarité

Sugar Man : le talent et le succès n’épargnent pas toujours de la précarité

Barbara aussi, le personnage du film éponyme, aimerait fuir son pays (l’Allemagne de l’Est, du temps de la Stasi), mais le départ n’est pas une décision si simple : il implique les autres, ceux qu’on aime et ceux qu’on ne connaît pas mais qui ont besoin de nous. Il implique de laisser derrière soi tout un pan de notre vie et bien souvent des idéaux. L’héroïne de Martha Marcy May Marlene a fui la société en suivant un gourou charismatique. Mais quand la secte qu’elle a rejointe devient violente, elle est obligée de fuir à nouveau. Dans Reality, Luciano, proche du héros de Take Shelter, tombe dans la paranoïa : ne supportant plus son quotidien misérable, il ne voit de salut que dans la télévision et décide de ne plus vivre que pour devenir une star. Quant à Ana, la mère d’Ame et Yuki, elle fuit une société hostile en s’installant dans un coin perdu au milieu d’une forêt, espérant vivre de sa propre récolte.

Chez Disney, Ralph lui-même essaie de changer de monde et d’en trouver un plus conforme à ses aspirations mais là encore, la fuite n’est pas une solution. Pour Miss Bala par contre, s’enfuir est carrément impossible. Le Mexique semble être un pays cadenassé par sa mafia. Kinshasa aussi apparaît comme une jungle urbaine impitoyable dans Viva Riva !, premier film congolais depuis 20 ans. Riva a fui la misère. Il revient 10 ans plus tard au pays, plein aux as. Pourtant, il est encore obligé de fuir : l’argent gagné est un leurre.

Le film le plus sexy de l’année : Viva Riva ! (de Djo Tunda Wa Munga)

Viva Riva !, le film le plus sexy de l'année au coeur de la jungle urbaine de Kinshasa

Viva Riva !, le film le plus sexy de l’année au cœur de la jungle urbaine de Kinshasa


Quand il n’y a nulle part où fuir, il reste le passé et les souvenirs pour s’échapper

Alors, pour les cinéastes épris de bonheur et de grandes histoires d’amour, il reste le passé. Les deux films les plus euphorisants de l’année, Moonrise Kingdom et Populaire, se passent en 1965 et 1958. Dans le très sympathique Camille redouble, Noémie Lvovsky, arrivée à une impasse dans sa vie, remonte le temps et trouve dans sa jeunesse et dans les années 80 une énergie et une gaieté qu’elle avait oubliées. Tout est encore possible dans cet âge d’or révolu. L’âge d’or s’oppose aussi à un présent médiocre et morose dans le remarquable Tabou, le film le plus nostalgique de 2012. Aujourd’hui, il ne reste que la misère et les regrets. L’aventure et la passion sont l’apanage du passé.

Les films les plus nostalgiques de l’année : Camille Redouble (de Noémie Lvovsky) et Tabou (de Miguel Gomes)

L'amour et l'aventure sont encore possible dans Moonrise Kingdom, mais il faut aller les chercher en 1965

L’amour et l’aventure sont encore possibles dans Moonrise Kingdom, mais il faut aller les chercher en 1965

L’aventure cette année au cinéma, c’est Cheval de guerre, dont la réalisation de Spielberg sublime le banal argument de départ, et ça se passe durant la Première Guerre Mondiale. C’est aussi le surprenant film d’Ang Lee, L’Odyssée de Pi, sans doute les effets spéciaux les plus bluffant de l’année et là encore, ça se passe dans les souvenirs d’enfance de Pi Patel, dans un passé exotique et peut-être fantasmé. Des souvenirs glorieux, un âge d’or disparu, c’est aussi ce que met en lumière Davy Chou dans son beau documentaire Le Sommeil d’or. Il s’agit pour le jeune réalisateur de réveiller la mémoire d’un cinéma cambodgien saccagé par des années de dictature khmère rouge.

C’est aussi dans le passé qu’on trouve les plus belles traces d’engagement politique
. Dans le documentaire de Sébastien Lifshitz Les Invisibles, des hommes et des femmes homosexuels se souviennent de la révolution sexuelle : leurs récits évoquent un monde qui bouge, des idéaux qui vivent et des cœurs qui battent fort. C’est aussi ce que décrit Olivier Assayas dans son film semi-autobiographique, Après Mai. Dans les années 70, la conscience politique est aiguisée, toute la jeunesse est concernée : il est encore possible de rêver un monde meilleur. On peut aussi aller chercher le progrès politique dans un passé encore plus lointain : Royal Affair, même s’il étouffe un peu son propos politique sous le poids d’une romance convenue, est une excursion intéressante au siècle des Lumières.

Enfin, les grandes romances de l’année sont aussi le plus souvent des films d’époque. Royal Affair donc, mais aussi Anna Karenine et The Deep Blue Sea, deux drames à la mise en scène épatante et sophistiquée, malheureusement un peu trop : ces films talentueux restent un peu froids et impersonnels, on aurait aimé être plus ému. En 2012, les histoires d’amour ont été le théâtre d’expériences formelles saisissantes. Joe Wright et Terence Davies ont voulu renouveler le film romantique par une attention novatrice aux plans et aux images. C’est aussi le cas de Xavier Dolan : son Laurence Anyways est une petite pépite formelle. Le réalisateur canadien en fait tant qu’il passe au-dessus de la forme : il est le seul à nous émouvoir vraiment.

Les deux objets romantiques les plus sophistiqués de l’année, beaux comme du papier glacé : Anna Karenine (de Joe Wright) et The Deep Blue Sea (de Terence Davies)

On ne quitte jamais le théâtre dans Anna Karenine, un film de mise en scène qui parle de mise en scène

On ne quitte jamais le théâtre dans Anna Karenine, un film de mise en scène qui parle de mise en scène


Des acteurs et des actrices qui ont marqué l’année

Pour finir avec 2012, parlons un peu de performance, et tout d’abord de performances d’acteurs. Romain Duris démontre une nouvelle fois qu’il est un grand acteur, aussi à l’aise dans les drames (De battre mon cœur s’est arrêté ou Dans Paris) que dans les comédies légères. Après le Dom Juan irrésistible de L’Arnacoeur, il est toujours aussi convaincant dans le rôle pourtant très différent d’un assureur coincé dans Populaire. Du côté des spectres, nous nous souviendrons des « monstres gentils » campés par Jean-Louis Trintignant dans Amour et Michael Shannon dans Take Shelter. Deux belles inquiétudes face à l’impuissance et à l’isolement progressif. Au contraire, deux acteurs donnent corps (au sens propre) à des souffrances enfouies. Peter Mullan est âpre et effrayant dans Tyrannosaur. Mathias Schoenaerts est la révélation de l’année. Dans De rouille et d’os, il explose en père solitaire et en boxeur fragile. Dans Bullhead, il impressionne en homme-bête sensible et traumatisé. A chaque fois, sous les muscles et la carapace il y a un personnage vulnérable et délicat. Deux des plus beaux personnages du cinéma de 2012.

Dans De rouille et d'os, Marion Cotillard et Matthias Schoenaerts livrent des interprétations éblouissantes. Ici, les corps sont mis à l'épreuve, ils sont le reflet des âmes meurtries qui les habitent.

Dans De rouille et d’os, Marion Cotillard et Matthias Schoenaerts livrent des interprétations éblouissantes. Ici, les corps sont mis à l’épreuve, ils sont le reflet des âmes meurtries qui les habitent.

Côté actrices, la jeune Tessa Ia est inoubliable en adolescente brutalisée par ses camarades, peu à peu incapable de faire face au deuil et à la méchanceté dans Después de Lucia. Isabelle Huppert trouve un très beau triple-rôle dans In another country. La subtilité de son jeu permet de croire à cette histoire de (triple-)femme qui n’est ni tout à fait la même ni tout à fait une autre. Alice Lowe surprend en mi-ange mi-démon dans le Touristes de Ben Wheatley. Les plus belles performances sont à mettre au crédit de Marion Cotillard (dans De rouille et d’os), qui prouve à tous ses détracteurs qu’elle est une grande actrice, et à Suzanne Clément, sans aucun doute l’amoureuse de l’année dans la tragédie romantique Laurence Anyways.

Le film le plus cruel de l’année : Después de Lucia (de Michel Franco)
L’acteur de l’année : Mathias Shoenaerts (De rouille et d’os et Bullhead)

Les actrices de l’année : Marion Cotillard (De rouille et d’os) et Suzanne Clément (Laurence Anyways)

La jeune Tessa Ia est remarquable dans Después de Lucia, un drame d'humiliation qui nous ébranle durablement

La jeune Tessa Ia est remarquable dans Después de Lucia, un drame d’humiliation qui nous ébranle durablement


Des mises en scène et des scénarios

Entre la mise en en scène sobre et puissante de Jacques Audiard et le fameux plan séquence de Benoît Jacquot dans Les Adieux à la reine, les grands réalisateurs français se sont illustrés. A l’étranger, on retient notamment l’ambition démesurée et vertigineuse de Joe Wright dans son Anna Karenine ou la puissance extravagante des plans excessifs et magnifiques de Xavier Dolan dans Laurence Anyways. Le plus impressionnant est quand même à mettre au crédit de deux réalisateurs américains, un maître absolu, Steven Spielberg, qui transcende son Cheval de guerre, et un petit nouveau, Benh Zeitlin, qui imprime à ses Bêtes du sud sauvage le mouvement exaltant de la vie de Hushpuppy.

Terminons avec les scénarios. De grandes idées en 2012, et tout d’abord le coup de foudre physique de Jérémie Elkaïm et Valérie Lemercier dans Main dans la main. Malheureusement, le sujet n’est pas exploité à sa juste mesure. Même chose pour Dans la maison : François Ozon nous livre un scripte intelligent et déroutant, entre mise en abyme et réflexion sur le processus de création, avant de se perdre dans les méandres de son histoire. Touristes et Bullhead proposent des intrigues inattendues et des tons originaux. Holy Motors fait travailler notre imagination dans un conte inquiétant et déroutant. Le scénario le plus troublant de l’année reste celui de Perfect Sense. Une fable apocalyptique et romantique d’une exceptionnelle intelligence sur l’isolement progressif d’individus qui ne savent plus ni goûter, ni sentir, ni entendre, ni même voir. Les émotions déferlent sans but quand il n’est plus possible de « toucher » l’autre. Et l’homme redevient un animal, un ensemble de réactions chimiques. Quand celles-ci se dérèglent, il n’y a plus d’homme, il n’y a plus qu’une affolante mécanique. Take Shelter était inquiétant, Perfect sense est effroyable.

Dans Touristes, Tina et Chris essaient d'être ensemble pour ne pas être seuls. Mais quand le chacun pour soi est devenu une règle de vie, il est bien difficile d'accepter l'autre.

Dans Touristes, Tina et Chris essaient d’être ensemble pour ne pas être seuls. Mais quand le chacun pour soi est devenu une règle de vie, il est bien difficile d’accepter l’autre.

En 2012, la crise nous met tous en danger. Et le plus grand de tous ces dangers, celui qu’on retrouve dans une grande majorité des films de cette année, c’est la solitude. Qui dit crise économique dit égoïsme, individualisme, isolement. Au bout de cette logique terrifiante, il y a Perfect sense. Les liens affectifs sont la seule lueur d’espoir dans cet horizon dépressif.

Le réalisateur de l’année : Benh Zeitlin (Les Bêtes du sud sauvage)
Le scénario le plus fascinant et bouleversant de l’année : Perfect Sense.

Autres films qui n’ont pas trouvé une place dans ces textes :

Le meilleur polar de l’année : Une nuit (de Philippe Lefebvre)
La fin la plus triste de l’année : Quelques heures de printemps (de Stéphane Brizé)
Le film le plus malsain de l’année : Guilty of romance (de Sion Sono)
La rencontre impossible de l’année : Une bouteille à la mer (de Thierry Binisti)
La fin la plus attendue et la plus inattendue de l’année : Twilight – Chapitre 5 : Révélation 2ème partie (de Bill Condon)

Voir aussi : Bilan cinéma 2012 (1) – Le top 20
et Bilan cinéma 2012 (2) – Les réalisateurs

 

Publié le 19 février 2013, dans Films sortis en 2012, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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