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La Défense Lincoln
Un film de Brad Furman avec Matthew McConaughey, Marisa Tomei, Ryan Phillippe
Thriller – USA – 1h58 – Sorti le 25 mai 2011
Titre original : The Lincoln Lawyer
Synopsis : Michael est un avocat qui n’hésite pas à défendre des criminels. Une affaire apparemment en or se présente quand un playboy de Beverly Hills accusé de meurtre fait appel à lui…
Entre gros plans et mouvements de caméra rapides et hachés, la réalisation du film essaie de donner au spectateur une double sensation d’urgence et de proximité avec les personnages. Le résultat est accrochant mais un peu survitaminé pour un scénario aux consonances plutôt juridiques.
L’enrobage rapproche alors La Défense Lincoln de la série télévisée et souligne la banalité d’une intrigue sérieuse mais classique. Les rebondissements sont là juste quand il faut pour soutenir l’attention du spectateur, les réseaux familiaux du héros et du tueur permettent de comprendre immédiatement ces personnages que nous connaissons déjà, que nous avons déjà rencontrés dans des dizaines de films et de séries auparavant.
La Défense Lincoln est donc un film appliqué et efficace que nous avons déjà vus mais que nous revoyons sans nous ennuyer. Sûr que Brad Furman ne fera pas entrer son film dans l’histoire du cinéma. Demain, on l’aura déjà oublié.
Note : 2/10
Essential Killing
Un film de Jerzy Skolimowski avec Vincent Gallo et Emmanuelle Seigner
Thriller – Pologne, Norvège, Irlande, Hongrie – 1h23 – Sorti le 6 avril 2011
Synopsis : Capturé en Afghanistan par les forces américaines, Mohammed arrive à s’échapper. Traqué sans relâche par l’armée, il fera tout pour assurer sa survie…
Prix spécial du jury et prix d’interprétation masculine (pour Vincent Gallo) au Festival de Venise 2010
Le dispositif est pour le moins minimaliste : un homme dont on ne sait pas grand chose, mais qu’on associe au terrorisme islamique, fuit dans une nature sauvage et glacée, poursuivi par des forces armées apparemment américaines. Le contexte est volontairement flou, ce qui intéresse Jerzy Skolimowski ici, ce n’est pas vraiment la politique internationale mais plutôt une situation humaine radicale qui peut résulter des conflits armés.
Une situation pure et sans concession : l’homme, traqué, veut survivre à tout prix. Il n’hésitera pas à tuer pour cela, redevenant l’animal primitif que chacun dissimule au fond de lui. Il s’agit de meurtres « essentiels » comme le dit le titre du film : l’homme les commet par nécessité absolue, celle de rester en vie et de s’échapper.
L’étude du comportement de l’homme dans une situation extrême, l’homme en dehors de toute organisation sociale, l’homme isolé face à la mort, pourrait être passionnante si le film, prisonnier de sa démarche, ne tournait pas très vite à l’exercice de style. Au bout de 5 minutes, on a compris. On devine alors sans problème le déroulement de l’heure suivante et on s’ennuie ferme.
Les aventures de cet anti-Christ devraient interroger le spectateur sur l’essence de l’homme. Quand tout le formatage social a disparu, il ne reste qu’un être bestial dont le premier impératif est la survie. Mais on s’ennuie trop pour arriver à réfléchir. On ne garde en tête qu’un long calvaire, pour le héros et pour le spectateur, et ce cheval tâché de rouge, dernière image lumineuse qui dit beaucoup sur la précarité et l’absurdité de la condition humaine.
Note : 3/10
Scream 4
Un film de Wes Craven avec Neve Campbell, David Arquette et Courteney Cox
Epouvante – USA – 1h50 – Sorti le 13 avril 2011
Synopsis : 10 ans après les meurtres, Sidney Prescott retourne à Woodsboro pour le lancement de son roman. Malheureusement, le tueur masqué est lui aussi de retour…
Scream 4 reste fidèle à ce qui fait la particularité de la série : mise en abîme, humour teen-movie et coups de couteau.
Après les films d’horreur, les suites et les trilogies, l’auto-parodie se porte sur les remakes. Scream 4 est une suite à la trilogie, mais surtout un remake du premier opus, duquel il est beaucoup plus proche que les deux autres suites.
Les teenagers sont toujours des fondus de films d’horreur mais ceci n’apporte pas grand chose de neuf. D’ailleurs, Wes Craven ne s’y trompe pas, il ne développe pas trop le côté remake (qui répète bien vite les films précédents) et décide de jouer plus largement sur les attentes du spectateur. Ca marche notamment avec les trois débuts successifs : certes les jeunes filles assassinées chez elles, ce n’est pas très original, mais l’enchaînement des scènes d’introduction est pour le moins surprenant.
Le nouveau sujet du film, c’est l’invasion des nouvelles technologies et des nouveaux procédés de communication. Tout est comme avant, mais modernisé. Le film du massacre ne sera plus tourné en studio par la suite, c’est le tueur lui-même qui filme ses crimes. Les informations journalistiques ne devront plus attendre le reportage de Gale, tout est instantanément sur Internet, les adolescents eux-mêmes filment toute leur vie et publient en direct sur leur blog. Et les enquêteurs n’ont plus les 5 minutes de décalage auquel un lourd système de vidéosurveillance les contraignait dans Scream premier du nom : maintenant, on peut mettre des caméras un peu partout et surveiller tout un endroit comme bon nous semble. Quant à la communication, elle est devenue immédiate : la scène où deux filles voient, par leur fenêtre, leur amie se faire massacrer alors qu’elles discutent avec elle par téléphone est particulièrement bien réussie.
Pour le reste, rien de bien novateur si ce n’est qu’il y a beaucoup plus de meurtres que dans les films précédents. Le rythme est plus soutenu et Scream 4, en misant sur la surenchère, pourrait bien être le film le plus tendu de la franchise. On sursaute et on s’amuse donc sans bouder notre plaisir.
Mais la vraie réussite de Scream 4, c’est le scénario, qu’on avait pas vu si bon depuis le premier épisode. L’enquête est déroutante, la fin cohérente et surprenante, le spectateur n’est pas pris pour un con, le thriller est réussi.
Et Wes Craven de conclure sur un constat amer : à une époque où tout le monde filme tout le monde, on n’est pas moins en danger qu’avant. Pire, à une époque de surcommunication et d’instantanéité des relations, on n’est pas moins seuls qu’avant. On ne recherche plus l’amitié de telle ou telle personne. On veut sortir de l’anonymat et devenir la star du réseau. La jeunesse ne veut plus s’attacher à personne, elle veut pouvoir s’attacher à tout le monde. Illusion meurtrière.
Note : 6/10
L’Arbre, le maire et la médiathèque
Un film de Eric Rohmer avec Arielle Dombasle, Fabrice Luchini, Pascal Greggory
Comédie dramatique – France – 1h45 – 1992
Synopsis : Le jeune maire socialiste d’un petit village vendéen ambitionne d’y faire construire un complexe culturel et sportif de grande envergure. Tout irait au mieux dans le meilleur des villages possibles, si…
Avec ce film, Rohmer propose une réflexion politique contemporaine tout en s’amusant des coïncidences et de leurs conséquences sur le cours de l’histoire.
D’abord, il s’agit de Julien, un maire de province qui décide d’un nouveau projet pour sa ville, autant à des fins politiciennes (faire parler de lui) que par conviction profonde. Il s’agit d’aider à la décentralisation en amenant la culture à la campagne. Et pour cela, créer au milieu de sa petite ville une médiathèque ambitieuse avec parking, discothèque et piscine intégrés.
Dans l’oeuvre de Rohmer, certaines conversations se poursuivent de film en film. La place de la campagne et celle de la ville font partie de ces préoccupations qui traversent toute la filmographie du cinéaste, donnant souvent à ses personnages des débats enflammés. Face à Bérénice, sa compagne, Julien défend ardemment la nature, le calme et les relations humaines de la province. Mais Bérénice, une artiste bobo parisienne, fait partie d’une autre gauche, portée par le progrès, l’excitation citadine, l’art et la culture.
Pourtant, face à Marc, l’instituteur du village, Julien est un snob de la ville. Marc est amoureux de la nature, il considère les paysages naturels comme des oeuvres d’art à part entière et il ne veut pas de cette médiathèque qui ne peut que perturber l’harmonie de cet espace préservé qu’est la campagne.
Entre la gauche intello et la gauche écolo, entre l’élitisme déconnecté des uns et le conservatisme populaire des autres, Julien essaie de trouver une troisième voie, progressiste mais proche des gens, promouvant la culture sans sacrifier la nature. Construire les modes de vie de demain s’avère délicat, surtout quand les problématiques d’urbanismes se heurtent à des considérations aussi bien financières que matérielles, fonctionnelles, esthétiques ou même éthiques. Les points de vue et les projets de chacun sont alors discutés avec intelligence et passion.
Mais Rohmer décide ici de prendre du recul sur son propos grâce à une narration qui relativise l’importance de ces débats en soulignant le rôle d’un acteur omniprésent dans la marche politique de l’histoire : le hasard. Le réalisateur s’amuse des causes inattendues (une histoire d’amour, un voyage, un répondeur débranché ou un ballon perdu) et des conséquences imprévisibles qui s’enchaînent en cascade jusqu’à aboutir à des situations aléatoires qui remettent en question tous les efforts d’un personnage qui se débat presque en vain.
L’Arbre, le maire et la médiathèque est une fable intelligente et fraîche sur la difficulté de l’engagement politique, balloté entre des ambitions individuelles, des convictions contradictoires et le poids de l’impondérable.
Note : 8/10
Animal Kingdom
Un film de David Michôd avec Guy Pearce, James Frecheville, Jacki Weaver
Thriller, drame – Australie – 1h52 – Sorti le 27 avril 2011
Synopsis : Dans la banlieue de Melbourne vit une famille de criminels. L’irruption parmi eux de Joshua, un neveu éloigné, offre à la police le moyen de les infiltrer…
Grand prix du jury au Festival de Sundance 2010
Animal Kingdom est un thriller d’une densité tour à tour étouffante et bouleversante. Le spectateur est happé de bout en bout par l’histoire de cette famille de truands, il ne sera relâché que lors du générique final. Le suspense est omniprésent, il n’y a pas de répit dans ce drame shakespearien haletant.
Les personnages sont tous formidables, les interprètes sont habités. La performance est de ne pas faire dans l’esbroufe ni dans la sobriété feinte. Ici, les membres de la famille sont vrais et puissants, Baz Brown en figure paternelle bienveillante, Pope en faux calme autoritaire toujours guetté par la folie, Craig en nerveux hystérique, Darren en garçon sensible perverti par les devoirs familiaux. Janine, en matriarche protectrice, roc de sympathie, de séduction et de perversion déguisée. Chef d’une tribu qu’elle mène d’une main de fer recouverte d’un gant de velours. Et bien sûr Josh.
Dès la séquence d’ouverture, magistrale, le ton est donné. Josh ne sait s’il doit faire face à la situation ou s’évader, s’il doit regarder sa mère qui git près de lui victime d’une overdose ou la télévision, promesse d’un monde normal. Josh, l’air indifférent à toutes les situations qu’il rencontre, avance droit, le regard mi-perdu mi-agressif, il tente de se faufiler dans la vie, de faire les meilleurs choix quand aucun choix ne peut être le bon.
Le film est avant tout le récit de ses hésitations, des possibilités qui s’offrent à lui et des conséquences de ses actes, qu’il ne maitrise pas vraiment. Jamais complaisant, toujours distant, Animal Kingdom arrive pourtant pleinement à communiquer sa dureté au spectateur. L’émotion réussit à transpercer le poids de l’intrigue, des scènes d’une densité extraordinaire se font jour (la fuite de Josh alors que Pope le poursuit et ne peut ouvrir sa portière, la fuite de Josh quand des tueurs viennent pour l’éliminer, la fuite de Craig dans un champ et la séquence finale, qui donne au film son sens, sa cohérence et qui offre au spectateur un dénouement mémorable).
L’utilisation des ralentis et le mixage sonore (les bruits nous parviennent étouffés ou disparaissent complètement, des nappes inquiétantes emplissent l’univers sonore) placent le spectateur dans le double état de stress et d’indifférence qui caractérise les personnages : ils sont habitués à la présence ordinaire de la mort et en même temps, on ne s’y habitue jamais vraiment, on fait semblant, on met entre soi et la réalité un voile protecteur. David Michôd arrive, par sa réalisation élégante, à rendre palpable ce voile, le danger simultanément là et ailleurs, Josh présent et absent en même temps, toujours à la fois acteur et spectateur du drame duquel il ne peut s’échapper.
Animal Kingdom ne s’intéresse pas aux méfaits des criminels. Il s’intéresse à leur vie, à leur banalité. A la banalité d’être traqué. L’intelligence du script et l’opacité naturaliste de l’atmosphère créée donnent toute sa valeur à cette aventure désespérée.
Note : 8/10

