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The Bay

Le récit effroyable d’une épidémie horrifique et hyperréaliste, racontée à travers le montage des multiples vidéos retrouvées sur place. Le film alterne les formats, les qualités d’image, les angles de vue et les valeurs de plan, donnant au faux documentaire un aspect monstrueux et engagé. Et même si le récit devient vite répétitif, le procédé narratif et le propos méritent le détour.

Synopsis : Dans la baie du Maryland, une bactérie non identifiée contamine le lac et ceux qui s’en approchent…

The Bay - critiqueUn virus contamine toute une ville en une journée. Ce n’est ni Contagion ni 28 jours plus tard, le monde n’est pas menacé, simplement des centaines de personnes sont mortes d’un coup, s’infectant les unes les autres à la manière d’un effrayant film de zombie.

Et si The Bay reprend les codes de la créature chère à Romero, il s’en distingue par sa très forte volonté d’inclure son épidémie dans une réalité écologique ultra-crédible. L’omniprésence, sur les images, du drapeau américain, autant que le choix du jour (le 4 juillet) montrent que Barry Levinson veut nous livrer, bien plus qu’un simple pop-corn movie, une critique sévère de la politique environnementale américaine.

Comment une société de plus en plus sécuritaire peut-elle se soucier si peu des terribles dangers écologiques qu’elle fait peser sur elle-même? L’explication, ici, est un élevage de poulets. L’explication, partout, est le succès économique. Les conservateurs prônent la sécurité tant que cela ne remet pas en cause leur possibilité de s’enrichir. L’économie, toujours favorisée par rapport aux considérations éthiques ou écologiques, est l’impératif catégorique du monde capitaliste. La sécurité défendue est celle qui ne remet pas en cause ce modèle, celle qui le protège. Les gens veulent être riches d’abord, ensuite en sécurité. Les idéaux, la liberté, la solidarité, le bien-être n’arrivent que dans un troisième temps.

Certes, la manière de raconter l’histoire en found footage paraît d’abord un peu banale, tant le genre fut à la mode ces dernières années, de Cloverfield à Chronicle en passant par Diary of the dead ou [Rec]. Pourtant, The Bay serait plutôt à rapprocher du Redacted de De Palma, tant pour son contenu politique que pour sa façon de décrire un événement grâce à une mosaïque de vidéos de toutes sortes.

Car ce qui est véritablement fascinant dans The Bay, c’est que le récit présuppose qu’un montage a déjà été fait par quelques journalistes avant le début de l’histoire, à partir d’un grand nombre de films retrouvés. L’image omniprésente, reconstruite, permet de raconter chronologiquement le drame, tout autant que de présenter quelques moments de vie privée par des angles de vue multiples, grâce à la multitude des vidéos d’un même lieu en un même instant (caméra de surveillance, iphone, webcam, caméscope privé, caméra de télévision…).

The Bay - l'horreur

Ainsi, chaque journée, terrible ou anodine, peut être archivée, passée au crible du futur. Mais en montant les images, celui qui les manipule leur donne un sens. L’illusion de pouvoir recréer un instant passé grâce à l’ensemble des images qui nous en parviennent est tout à la fois captivante et effrayante.

Barry Levinson, un peu pris au piège de son procédé, de la multitude des vidéos et donc des petites histoires individuelles, des bouts de récits et de personnages, est obligé de sans cesse se répéter. Puisque tout le monde à Chesapeake Bay a plus ou moins vécu la même chose, le spectateur doit se taper nombre d’événements et de réactions similaires.

The Bay finit donc malheureusement par s’essouffler, même s’il réserve jusqu’au bout quelques jolis moments de panique. Il n’empêche qu’entre l’invasion des images et la disparition de véritables objectifs politiques (le bien-être de la population), l’horreur peut simplement se décupler. Les vidéos se propagent comme la bactérie du film, à une vitesse jamais connue auparavant. Que reste-t-il des individus? Des bouts d’image, des bouts de chair, qu’on peut largement sacrifier sur l’autel du Rêve américain : business is business.

Note : 6/10

The Bay
Un film de Barry Levinson avec Kristen Connolly, Christopher Denham et Nansi Aluka
Epouvante, Science-fiction – USA – 1h28 – Sorti le 19 juin 2013

Scream 4

Un film de Wes Craven avec Neve Campbell, David Arquette et Courteney Cox
Epouvante – USA – 1h50 – Sorti le 13 avril 2011
Synopsis : 10 ans après les meurtres, Sidney Prescott retourne à Woodsboro pour le lancement de son roman. Malheureusement, le tueur masqué est lui aussi de retour…

Scream 4Scream 4 reste fidèle à ce qui fait la particularité de la série : mise en abîme, humour teen-movie et coups de couteau.

Après les films d’horreur, les suites et les trilogies, l’auto-parodie se porte sur les remakes. Scream 4 est une suite à la trilogie, mais surtout un remake du premier opus, duquel il est beaucoup plus proche que les deux autres suites.

Les teenagers sont toujours des fondus de films d’horreur mais ceci n’apporte pas grand chose de neuf. D’ailleurs, Wes Craven ne s’y trompe pas, il ne développe pas trop le côté remake (qui répète bien vite les films précédents) et décide de jouer plus largement sur les attentes du spectateur. Ca marche notamment avec les trois débuts successifs : certes les jeunes filles assassinées chez elles, ce n’est pas très original, mais l’enchaînement des scènes d’introduction est pour le moins surprenant.

Le nouveau sujet du film, c’est l’invasion des nouvelles technologies et des nouveaux procédés de communication. Tout est comme avant, mais modernisé. Le film du massacre ne sera plus tourné en studio par la suite, c’est le tueur lui-même qui filme ses crimes. Les informations journalistiques ne devront plus attendre le reportage de Gale, tout est instantanément sur Internet, les adolescents eux-mêmes filment toute leur vie et publient en direct sur leur blog. Et les enquêteurs n’ont plus les 5 minutes de décalage auquel un lourd système de vidéosurveillance les contraignait dans Scream premier du nom : maintenant, on peut mettre des caméras un peu partout et surveiller tout un endroit comme bon nous semble. Quant à la communication, elle est devenue immédiate : la scène où deux filles voient, par leur fenêtre, leur amie se faire massacrer alors qu’elles discutent avec elle par téléphone est particulièrement bien réussie.

Pour le reste, rien de bien novateur si ce n’est qu’il y a beaucoup plus de meurtres que dans les films précédents. Le rythme est plus soutenu et Scream 4, en misant sur la surenchère, pourrait bien être le film le plus tendu de la franchise. On sursaute et on s’amuse donc sans bouder notre plaisir.

Mais la vraie réussite de Scream 4, c’est le scénario, qu’on avait pas vu si bon depuis le premier épisode. L’enquête est déroutante, la fin cohérente et surprenante, le spectateur n’est pas pris pour un con, le thriller est réussi.

Et Wes Craven de conclure sur un constat amer : à une époque où tout le monde filme tout le monde, on n’est pas moins en danger qu’avant. Pire, à une époque de surcommunication et d’instantanéité des relations, on n’est pas moins seuls qu’avant. On ne recherche plus l’amitié de telle ou telle personne. On veut sortir de l’anonymat et devenir la star du réseau. La jeunesse ne veut plus s’attacher à personne, elle veut pouvoir s’attacher à tout le monde. Illusion meurtrière.

Note : 6/10