Archives de Catégorie: Films sortis en 2013

Man of Steel

Entre la complexité répétitive et un peu indigeste de Sucker Punch, et la simplicité un peu bêta de Man of Steel, Zack Snyder n’arrive pas à retrouver le niveau esthétique et scénaristique stratosphérique de Watchmen. Cette version de Superman nous intéresse une petite heure, puis on finit par se lasser, tant tout cela manque de piment et de relief, avec ou sans la 3D.

Synopsis : Un petit garçon découvre qu’il possède des pouvoirs surnaturels et qu’il n’est pas né sur Terre. Il devra s’engager dans un périple afin de comprendre ses origines.

Man of Steel - critiqueCertes, ici tout est mieux que dans le Superman Returns de Bryan Singer. Le méchant est moins ridicule (et ses motivations sont un peu plus intéressantes), le personnage de Lois est un peu plus travaillé (et plus séduisant), les enjeux sont un peu plus étoffés.

Mais le mythe de Superman est bien lisse et il semble décidément compliqué d’en faire émerger des films vraiment intéressants. Même la folie visuelle de Zack Snyder et les dilemmes éthiques et politiques chers à Christopher Nolan semblent avoir été standardisés, passés à la lessiveuse hollywoodienne.

Et pourtant le film commençait plutôt bien : le début sur Krypton offre quelques belles images et des combats épiques qu’on imagine être cruciaux pour l’avenir de toute une espèce. Mais une fois sur Terre, les images d’Épinal de la famille aimante, du bon fermier du Kansas, de la mère tendre et compréhensive donnent la direction que suivra dorénavant le film : celle d’un classicisme ennuyeux et fatigant à la longue.

Construit d’un seul bloc, Superman n’a rien en lui de sombre ou d’ambigu. Jamais il n’est exposé au moindre dilemme, ses choix et ses réactions sont toujours évidents, obéissant au petit livre de conduite du scout hyperpuissant.

Pourtant, grâce à une mise en scène solennelle, Zack Snyder arrive à nous faire croire à chaque instant que le destin d’un individu exceptionnel, et avec lui celui de l’humanité, est en train de se jouer. Malheureusement, la dernière heure du film, entre combats interminables et bons sentiments un peu agressifs, rompt le léger charme monolithique que le film avait su créer.

Tous devient simple à l’extrême, les êtres humains tous gentils au fond d’eux-mêmes, l’action ayant beau faire 10 fois le tour de la Terre et survoler des satellites, elle reviendra toujours se résoudre à New York, là où Lois n’aura qu’à courir 5 minutes pour assister, aux premières loges, au dénouement de l’intrigue. Et quand Kal-El crie de douleur, le spectateur est presque surpris, tant le scénario avait oublié de nous montrer qu’il n’avait pas forcément tout intérêt à zigouiller les méchants. On s’attendait plutôt à une grande danse de la joie, où à une pompeuse remise de médailles comme les américains les affectionnent tant. Et un grand bravo aux héros!

Ce qu’on reprochera le plus à Man of Steel, ce n’est peut-être pas sa naïveté (après tout, pendant 1h15, on suivait le film sans déplaisir), mais l’ennui qui s’installe quand il cède aux sirènes du pur blockbuster d’action, sans rien proposer de nouveau ou d’intrigant. Du pur calibrage vidé de toute substance, façon Avengers.

Note : 3/10

Man of Steel
Un film de Zack Snyder avec Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon, Diane Lane, Russell Crowe, Antje Traue et Kevin Costner
Fantastique – USA, Canada, Royaume-Uni – 2h20 – Sorti le 19 juin 2013

L’Inconnu du lac

Prix de la mise en scène à Cannes (section Un certain regard), le film a aussi provoqué le scandale à Versailles et à Saint-Cloud, où l’affiche a été interdite (très loin à l’arrière-plan, on peut deviner une fellation, prétexte tout trouvé pour ne pas montrer deux hommes qui s’embrassent). Au-delà de cette polémique, L’Inconnu du lac n’hésite pas à montrer l’amour physique gay. Et c’est tant mieux : le naturalisme un peu mystique du film permet l’exploration inquiétante et fascinante des liens étroits qui unissent la passion amoureuse au désir de mort.

Synopsis : L’été. Un lieu de drague pour hommes, caché au bord d’un lac. Franck tombe amoureux de Michel. Un homme beau, puissant et mortellement dangereux…

L'Inconnu du lac - critiqueL’Inconnu du lac n’est pas l’inconnu du Nord-Express (bien qu’il s’agisse dans les deux cas de se débarrasser d’un amant envahissant), et pourtant il y a dans cette très belle séquence de meurtre vue des hauteurs du bois, quelque chose de très hitchcockien, et qui mêle des sentiments aussi divers que la peur, la fascination, la satisfaction, le désir, l’impuissance et la culpabilité, et qu’on ne fait que deviner derrière la caméra.

Car en décidant de nous installer à la place de Franck, dans un plan-séquence aussi inquiétant qu’irréel, Alain Guiraudie nous donne à voir, plus que le spectacle d’un drame dont la brutalité sous cloche tranche avec le calme désertique du lac, le reflet d’une âme tapie dans l’ombre, surprise et indécise, et dans laquelle les émotions se succèdent, on le devine, avec autant de violence qu’il y a de beauté et de sérénité dans le paysage qui lui répond.

A partir de là, le thriller se déploie sans fioriture : c’est une enquête dont on connaît les conclusions, et tout l’intérêt est de savoir jusqu’à quel point Franck va se frotter à la mort pour donner corps à son amour.

Car le film n’a de cesse d’explorer l’impulsion de mort contenue dans le désir. Lorsque Frank observe le drame, comment ne pas l’imaginer en voyeur profitant (sexuellement) du spectacle tragique mais profondément charnel qui s’offre à lui, comme cet homme sans cesse rencontré, qui aime se donner du plaisir en regardant les autres faire l’amour? Comment imaginer autrement l’envie de Franck, son besoin de se jeter dans la gueule du loup?

Frank refuse systématiquement le préservatif, il va même jusqu’à se baigner le soir dans le lac en compagnie de Michel, reproduisant très consciemment ce qu’il a vu quelques jours plus tôt, rejouant la scène pour enfin en être acteur et non pas spectateur tout impuissant. Frank ne s’évite aucun danger, il vit l’amour sans protection, se donnant entièrement, corps et âme, âme et corps, puisque c’est finalement le corps qui est le plus exposé dans ces jeux de l’amour et de la mort.

Et si Guiraudie montre tant les corps, les sexes, s’il ne cache rien de ce que l’amour a de plus cru, c’est que le sexe est l’une des parts essentielles de l’amour, et qu’on ne peut rien y comprendre si on ne parle pas frontalement de la rencontre des corps, au moins aussi décisive, aussi jouissive, aussi dramatique, que la rencontre des êtres.

L'amour-passion et l'amour-à-mort

Les trois personnages principaux permettent au cinéaste d’explorer trois façons d’aimer, trois quêtes de l’autre, trois besoins qui ne se rencontrent qu’en marge. D’abord il y a Henri, l’ami, l’amour platonique, celui qui recherche la compagnie, la discussion, la présence de son autre avec une ardeur qui n’a pourtant rien d’érotique.

Ensuite il y a Michel, l’amant, qui n’est que désir et domination, attirance et fascination. Michel ne veut que l’instant, il n’est prêt à rien donner d’autre que le moment qu’il offre à celui qu’il aime. Il n’accepte aucune contrainte, aucun empiètement sur sa vie privée. Il est l’érotisme pur, la passion immédiate, le feu qui brûle, essentiel et dangereux.

Et puis il y a Franck, l’amoureux romantique, tendre et déraisonnable, prêt à se mettre en danger, peut-être même à se sacrifier. Son désir se mue très vite en amour, il décide de se donner entièrement et sans mesure.

Alors Alain Guiraudie filme sans cesse la même journée qui se répète, dans un dispositif d’une simplicité déconcertante, comme s’il fallait décrire l’errance de personnages qui tournent en rond, reproduisant sans cesse les mêmes schémas, attendant inconsciemment de tuer ou d’être tué, de posséder ou d’être possédé. Presque chaque fois Franck arrive sur la plage, puis il cherche Henri, il cherche Michel, il nage, fait un tour au bois, discute parfois avec le policier qui mène l’enquête, s’attarde occasionnellement jusqu’au crépuscule. Le lendemain il reviendra, comme attiré irrésistiblement par les abords de ce lac. Toute l’action se déroulera ici, entre la plage et le bois, entre le plan d’eau et le parking.

L'atmosphère mystique du lac

Et chaque jour, par petites touches discrètes, l’enquête du policier avance, l’amitié d’Henri et de Franck évolue, son amour avec Michel se précise, chaque jour le double thriller sentimental et criminel se résout un peu plus, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un nœud trop bien serré, un trio amoureux inattendu, dont les sentiments des uns et des autres deviennent peu à peu incompatibles.

On ne reprochera finalement qu’une chose à L’Inconnu du lac : de rester indécis jusqu’au bout, nous abandonnant avec un dénouement plutôt mou et théorique. Alain Guiraudie avait pourtant si bien réussi jusque là à donner chaire (et sang) aux sentiments, aux mal-êtres, aux envies, aux frustrations, aux dilemmes, aux tensions de ses personnages qu’on ne s’attendait pas forcément à ce qu’il nous laisse là, curieux et insatisfaits.

C’est qu’à force de filmer le désir de l’autre jusqu’au bout de soi, le réalisateur finit par user ses personnages dans un manège amoureux qui perd un peu de sa spontanéité.

La talent admirable de Guiraudie, c’est de nous faire presque oublier le contexte homosexuel et libertin de son histoire pour nous interroger sur la nature profonde de l’homme et sur l’essence même des rapports d’amour et de dépendance, vidés peu à peu de leur substance à mesure qu’ils se répètent inlassablement.

Note : 7/10

L’Inconnu du lac
Un film d’Alain Guiraudie avec Pierre Deladonchamps, Christophe Paou et Patrick d’Assumçao
Drame, Thriller – France – 1h37 – Sorti le 12 juin 2013
Prix de la mise en scène dans la section Un certain regard du Festival de Cannes 2013

Moi, moche et méchant 2

Majoritairement conçu dans les studios d’animation parisiens Mac Guff, comme l’était déjà le premier volet, Moi, moche et méchant 2 prouve que les techniques d’animation françaises se portent bien. Malheureusement, le film, aussi drôle et mignon soit-il, n’arrive jamais à proposer quelque chose de nouveau : le récit est d’une navrante banalité.

Synopsis : Alors que l’ex-méchant Gru commence à s’adapter à sa nouvelle vie de père de famille, une organisation luttant contre le Mal à l’échelle planétaire, vient frapper à sa porte.

Moi, moche et méchant 2 - critiqueMoi, moche et méchant 2 mise tout sur l’humour. Et effectivement, c’est souvent vraiment drôle, en grande partie grâce aux minions qui nous séduisent dans une accumulation de sketches qui ne sont pas sans rappeler les aventures de Scrat dans L’Âge de glace.

Mais assez vite le film s’essouffle, victime d’une histoire sans intérêt, d’un scénario pauvre en surprises et en rebondissements, de personnages et de situations convenus.

Construit comme un enchaînement de gags (réussis), Moi, moche et méchant 2 est dépourvu d’enjeux narratifs. La tendresse est sincère mais les péripéties sont bien banales.

Le film est amusant mais parfaitement anecdotique. Un bon moment dont on ne retiendra pas grand chose.

Note : 4/10

Moi, moche et méchant 2 (titre original : Despicable Me 2)
Un film de Chris Renaud et Pierre Coffin avec les voix de Steve Carell et Kristen Wiig
Film d’animation – USA – 1h38 – Sorti le 26 juin 2013

Star Trek Into Darkness

Après avoir entamé un reboot de la célèbre saga en 2009, J.J. Abrams confirme son talent pour mettre en image des scènes d’action angoissantes et des dilemmes moraux stimulants. Avec un sens du rythme impeccable, le cinéaste ne manque que d’un peu de créativité. Car Star Trek Into Darkness est toujours remarquable, mais jamais novateur.

Synopsis : L’équipage de l’Enterprise doit faire face à des forces terroristes au sein même de son organisation. L’ennemi a fait exploser la flotte, plongeant notre monde dans le chaos…

Star Trek Into Darkness - critiqueJ.J. Abrams a le sens du rythme et du spectacle. Star Trek Into Darkness enchaîne les scènes d’action à suspense à une vitesse supersonique, offrant au spectateur plusieurs moments d’angoisse interstellaire, notamment quand le vaisseau de Kirk et Spock se frotte à celui des Klingons, ou quand Kirk et Harrison traversent l’espace séparant deux vaisseaux.

Le scénario réserve de nombreux retournements de situation, la tension est constante et chaque décision prise par Kirk ou Spock semble être une question de vie ou de mort, jusqu’au sommet narratif atteint quand l’équipage de l’Enterprise et celui de l’Amiral Marcus se retrouvent au centre d’une partie d’échec plutôt captivante.

Dommage alors que le récit, certes remarquablement bien construit, ne soit qu’une énième déclinaison d’une histoire déjà racontée des dizaines de fois dans une multitude de space operas. Dommage aussi que les scènes d’action, aussi habiles soient-elles, n’aient rien que de très classique. Star Trek Into Darkness témoigne d’un savoir-faire gigantesque et d’un sens du spectacle certain, mais de bien peu d’inventivité.

On admire cependant les enjeux moraux très forts qui motivent les personnages et leurs décisions. Entre le coeur et la raison, entre les priorités de chacun et les lois en vigueur, le débat est toujours passionnant. Et J.J. Abrams fait preuve d’un sens très aigu de l’éthique. La vie humaine vaut plus que les règles. L’amitié est une priorité majeure. Un ordre qu’on juge injuste ne doit pas être respecté. Jamais la vengeance ne doit commander nos décisions. Chaque homme a le droit à la justice, quoi qu’il ait fait.

En signant un film intelligent, pacifiste, qui reconnaît l’importance des principes fondamentaux autant que celle des émotions humaines, J.J. Abrams s’élève au-dessus du simple divertissement. Il ne lui manque maintenant qu’un zeste de créativité, ce qui faisait déjà grand défaut à Super 8.

Note : 6/10

Star Trek Into Darkness
Un film de J.J. Abrams avec Chris Pine, Zachary Quinto, Benedict Cumberbatch, Zoe Saldana, Alice Eve, Karl Urban, John Cho, Anton Yelchin, Simon Pegg, Bruce Greenwood et Peter Weller
Science-fiction – USA – 2h10 – Sorti le 12 juin 2013

Né quelque part

Mohamed Hamidi raconte avec beaucoup de tendresse et de sincérité l’histoire de ce français d’origine algérienne qui découvre le pays de ses parents. Bien sûr, Né quelque part ne s’engage que sur des chemins très convenus, les péripéties et les sentiments de Farid ne surprennent jamais le spectateur.  Pourtant, quelques éclats d’authenticité sauvent le film de l’anonymat.

Synopsis : Farid n’a jamais mis les pieds en Algérie, il doit pourtant y aller pour sauver la maison de son père. Il y rencontre son cousin, qui voudrait plus que tout vivre en France.

Né quelque part - critiqueLe talent de Mohamed Hamidi se trouve dans ces petits moments de vérité légère où chaque personnage est décrit avec humour et tendresse. Le réalisateur arrive à rendre chaque instant naturel, les plaisanteries, les souffrances du quotidien, les petites mesquineries de l’administration.

Jamel Debouzze représente à merveille cette part du film : on aimerait suivre un peu plus le destin de ce personnage drôle et tragique, émouvant et agaçant.

Tewfik Jallab est juste mais son personnage est moins enthousiasmant. Ses réactions, ses doutes et ses joies sont très classiques et assez prévisibles. Il représente l’autre aspect du film, plein d’évidences et de bons sentiments.

Né quelque part est intéressant en ce qu’il décrit les relations des algériens à la France, et des français d’origine algérienne à leurs racines avec une jolie sensibilité. Il manque sans doute un peu de piment à ce récit, un peu de relief à sa mise en scène, pour que le film soit autre chose qu’une histoire sympathique mais un peu plate.

Note : 5/10

Né quelque part
Un film de Mohamed Hamidi avec Tewfik Jallab, Jamel Debbouze et Abdelkader Secteur
Comédie dramatique – France – 1h27 – Sorti le 19 juin 2013

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