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Les films et leur critique

Pourquoi tu pleures ?

Film de clôture de la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2011, Pourquoi tu pleures ? s’annonçait comme un premier film sincère et décalé. Malheureusement, l’originalité se transforme en brouhaha, la fraicheur en artifice. Le scénario fait du surplace, Benjamin Biolay pleure et le spectateur, incrédule, s’ennuie.

Synopsis : A quelques jours de son mariage, un jeune homme un peu perdu se retrouve confronté à des décisions cruciales, entre sa fiancée qui a disparu et la fille qu’il vient de rencontrer…

Pourquoi tu pleures ? - critiqueLe sujet est éternel : mariage ou liberté? amour durable ou passion d’un instant? Et le postulat de départ pour traiter ces questions est plutôt intéressant : à quatre jours de son mariage, le futur marié rencontre une femme qu’il pourrait aimer, alors que sa promise est injoignable.

L’homme aime sa future épouse, elle a beau l’agacer de temps en temps, il est amoureux d’elle. Mais de là à fermer la porte à toutes les autres amours qui pourraient surgir… De là à renoncer à toutes les histoires qu’il pourrait vivre, à toutes les passions qui pourraient l’assaillir… Ce sont ces histoires, ce sont ces passions dont on se rappelle toujours comme les moments les plus excitants de notre vie. S’engager avec une femme, une seule, se lier à elle pour toujours, c’est décider de ne plus vivre ces moments fulgurants de la rencontre et de la découverte amoureuse.

Et puis surtout, est-ce la bonne? Cette autre femme à peine rencontrée, Léa, c’est la possibilité d’un autre amour, incertain, différent, d’une autre vie à côté de laquelle il va falloir passer. Pourquoi ne pas tout recommencer pour elle, qu’il aime déjà presque, qu’il aimera s’il laisse une chance à leur amour d’exister? Comment être sûr que l’amour qu’il a déjà acquis n’est pas inférieur à l’amour qu’il pourrait conquérir?

Le traitement de l’histoire donne au chaos intérieur du personnage des résonances partout autour de lui : sa famille est désarticulée et conflictuelle, ses amis sont totalement paumés, sa belle-famille est envahissante et inquiétante, sa future femme est doucement dingue.

C’est ce ton si volontairement bordélique qui perd le film. A chaque personnage qui apparaît, à chaque réplique lancée, à chaque situation incongrue, on ressent avec trop d’insistance le désir de la réalisatrice de faire un film décalé. Tout devient alors artificiel, les relations entre les personnages sonnent faux, leurs réactions laissent le spectateur incrédule.

Benjamin Biolay interprète un personnage pas très sympathique qui semble découvrir ses proches au cours du film : sa soeur n’est pas mariée, sa fiancée aime le sexe dans des endroits inhabituels, sa mère n’a pas choisi son mariage… Comme s’il avait été absent de sa vie jusqu’au début du film. La seule relation qui reste crédible et tendre, c’est celle qui n’existait pas auparavant, celle qu’il construit avec Léa.

On s’attache alors à ces moments volés qui échappent à la sophistication factice d’un scénario qui tourne en rond. Rien n’avance, le personnage ressasse toujours les mêmes angoisses qui auraient pu faire un joli court-métrage mais qui ennuient dès que le premier quart d’heure est passé. Pour remplir son film, Katia Lewkowicz s’amuse à introduire une tripotée de personnages bizarres mais jamais naturels et donc jamais attachants. L’agacement du futur marié, entouré de déséquilibrés, devient trop vite évident, et s’il y a une question qu’on ne se pose paradoxalement jamais, c’est de savoir pourquoi il pleure.

Seule Léa surnage dans cet enfer d’altérités. C’est de ce côté de Pourquoi tu pleures ?, dans l’attente finale que la jeune femme subit, que se trouve la véritable angoisse : un autre amour était possible. Dommage que le film, trop occupé à se donner des faux airs d’originalité, noie dans les larmes la détresse fondamentale qui anime son personnage : choisir un amour, c’est renoncer à tous les inconnus qu’on aurait pu aimer.

Note : 3/10

Pourquoi tu pleures ?
Un film de Katia Lewkowicz avec Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos, Nicole Garcia, Valérie Donzelli, Sarah Adler et Hanna Laslo
Comédie dramatique, Romance – France – 1h39 – Sorti le 15 juin 2011

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde

A l’heure où l’homme politique est avant tout un people, à l’heure où le business dirige la politique, Stéphane Kazandjian s’intéresse à la vie privée d’un businessman : Michel Ganiant, machine à gagner (des sous). Faux documentaire, vraie satire, Moi, Michel G… dépeint notre monde libéral avec un humour convenu, pas mal de maîtrise et beaucoup de perplexité.

Synopsis : Michel Ganiant, businessman à succès, symbole d’un capitalisme décomplexé, accepte de se laisser filmer dans sa vie privée, alors qu’il va réaliser le « coup » de sa carrière.

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde - critiquePour ce qui est de la comédie, le film de Stéphane Kazandjian n’est jamais vraiment drôle. Mais certaines répliques, bien que convenues, font franchement sourire. Là où Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde est plus intéressant, c’est dans la satire qu’il propose de l’ultralibéralisme contemporain.

La description est à peine exagérée et les mécanismes financiers sont plutôt bien expliqués, ce qui transforme assez pertinemment le faux documentaire en fiction éducative. Les discours sont à peine simplifiés, le fonctionnement de notre capitalisme sauvage est plutôt bien retranscrit.

Et si le film est engagé contre cet univers où la seule valeur fondamentale est l’argent, il se garde de tirer des conclusions hâtives ou trop évidentes. Michel Ganiant est un salop mais on ne peut s’empêcher d’envier son mode de vie tout autant que son dynamisme, sa propension à toujours repartir de l’avant, à toujours gagner. Et sa sincérité.

Très loin du trader caricatural de Ma part du gâteau, l’homme d’affaire de Kazandjian est souvent sympathique, accueillant et même plaisantin. Il n’est pas le connard intégral sans ami et sans famille que voulait nous décrire Cédric Klapisch. Michel Ganiant est entouré, charmeur et enthousiaste. Il domine le monde.

Et plutôt que de détruire ce genre de personnage, Moi, Michel G… remet plutôt en question le système dans lequel nous vivons et qui fait de Michel Ganiant un modèle de réussite et de l’argent la clé qui permet d’accéder à tout : amour, gloire et beauté. Michel Ganiant est un opportuniste, un homme qui s’est parfaitement adapté au système. Mais comment notre société peut-elle pousser les hommes à devenir ainsi?

Le film se termine en thriller financier plutôt habile et clôt son propos de manière convaincante. Le divertissement est un peu léger mais le sujet est bien maîtrisé et la critique est aussi grossière dans la forme que subtile dans le fond.

Note : 5/10

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde
Un film de Stéphane Kazandjian avec François-Xavier Demaison, Laurent Lafitte et Laurence Arne
Comédie – France – 1h27 – Sorti le 27 avril 2011

Beginners

Oliver, le personnage principal, dessine ses états d’âme. Mike Mills, le réalisateur, filme les siens dans une romance en partie autobiographique. Les bonnes idées de mise en scène n’empêchent pas l’histoire d’amour d’être fade et de sonner faux. Sous ses airs intimistes, Beginners peine à sortir des sentiers battus du cinéma indépendant US.

Synopsis : Oliver voit son père, Hal, mourir après avoir révélé son homosexualité à 75 ans. Seul et déprimé, il doit alors s’occuper d’un chien philosophe et fait la rencontre d’Anna…

Beginners - critiqueIl y a dans la vie deux choses qui lui donnent un sens avec évidence : l’amour et la mort. Beginners se propose de nous parler des deux dans un montage alterné entre deux histoires a priori sans lien si ce n’est qu’elles arrivent au même personnage, à quelques mois d’intervalle.

D’un côté, Oliver voit peu à peu mourir son père, atteint d’un cancer incurable. De l’autre, il rencontre Anna, une jeune actrice pétillante et solitaire. Dans l’amour, il y a la mort, et vice-versa. Oliver est hanté par la mort de tous ses amours passées. Et il ne supporte pas de devoir laisser partir son père, qu’il aime.

Deux histoires qui sont donc amenées à s’appeler l’une l’autre, à se donner un sens mutuel. Ce fameux sens de la vie. Pourtant, si le sujet est intéressant, le traitement inégal ne permet pas au spectateur d’adhérer pleinement à ce parcours initiatique d’un homme débutant qui apprend à vivre, à aimer et à devoir mourir.

Le père d’Oliver profite du décès de sa femme pour révéler enfin son homosexualité, à 75 ans. Il décide de vivre sa nouvelle vie à fond, cherche l’amour et le bonheur passionnel qui lui a toujours été refusé. Christopher Plummer est léger et vivant, son personnage est attachant.

Mais Anna, la femme qu’Oliver rencontre, est un personnage dont on ne saura rien. Le mystère traité comme un stéréotype se transforme en vide. La femme énigmatique est en fait d’une triste banalité. Et l’histoire d’amour se met vite à patiner et à ennuyer.

Beginners répond au cahier des charges classique du film indépendant américain : introspectif, à la recherche des autres et de soi. Ewan McGregor promène tout du long sa tête perdue et malheureuse, à la manière du héros typique de ce genre de film. Beginners est traversé par quelques bonnes idées, dont certaines ont déjà été vues ailleurs (dans Garden State ou dans (500) jours ensemble) et dont la meilleure est sans conteste le chien sous-titré, idée drôle et tendre, utilisée avec pertinence et parcimonie.

Mais comme dans la plupart de ces films labellisés indépendants, la petite musique est déjà connue et la poésie a par conséquent quelque chose de factice, de construit. La recette fonctionne mais reste visible. Et la véritable poésie, étrangère à tout savoir-faire, s’échappe quand on croit la saisir.

Note : 4/10

Beginners
Un film de Mike Mills avec Ewan McGregor, Mélanie Laurent, Christopher Plummer
Comédie dramatique, Romance – USA – 1h44 – Sorti le 15 juin 2011

La Liste de Schindler

Récompensé par 7 oscars, La Liste de Schindler est sans doute la représentation cinématographique la plus connue de la Shoah. Certes, Steven Spielberg utilise toutes les ficelles dramatiques de la fiction mais ce faisant, il respecte consciencieusement l’essence de la réalité historique et crée une oeuvre marquante et majeure pour le devoir de mémoire.

Synopsis : 1939, la Pologne est sous le joug nazi. Opportuniste, l’industriel Oskar Schindler suit les troupes allemandes et monte une affaire prospère en recrutant des travailleurs juifs. Mais il ne peut rester indifférent à la sauvagerie du nazisme…

La Liste de Schindler - critiqueLa Liste de Schindler est un film exceptionnel à bien des égards. D’abord, il s’agit d’une fiction réaliste sur la Shoah. Quelque part entre le documentaire (Nuit et Brouillard, Shoah) et la fable (La Vie est belle, Train de vie), la fiction dramatique s’expose à un défi majeur, autant éthique que technique : reconstituer ce qui ne peut pas être imaginé, montrer ce qui ne peut pas être montré. Non pas utiliser le vrai (les archives, les témoignages) pour le faire connaître, non pas utiliser le faux pour créer une métaphore, mais bien utiliser le faux pour montrer le vrai.

Et Steven Spielberg ne fait pas les choses à moitié : il montre, comme le fera plus tard Polanski dans Le Pianiste, l’intérieur d’un ghetto polonais (ici Cracovie), mais il décide aussi de montrer l’intérieur des camps de concentration, il décide de montrer, sous un jour romanesque, l’horreur de l’arrivée dans les camps et de la proximité de la mort. A ce titre, la scène des douches, très polémique, joue avec les peurs les plus profondes du spectateur et essaie de lui communiquer une expérience sensible de la terreur vécue en entrant dans une chambre à gaz, mais aussi de la terreur de ne pas savoir, d’être un animal traqué qui va peut-être mourir, d’une seconde à l’autre. Semi-échec forcément, puisque Spielberg veut nous faire ressentir ce qu’on ne peut pas ressentir, l’enfer sur Terre. Il essaie de nous communiquer une expérience inaccessible, de par sa radicalité et son inhumanité. Semi-réussite aussi puisque l’émotion est vraiment là et que si le spectateur est loin d’avoir ressenti ne serait-ce qu’un centième de la détresse des déportés, il a approché la chose, il a saisi une part de l’inhumanité. Et Steven Spielberg sauve sa séquence du suspense gratuit en montrant, juste après, ceux qui ont été sélectionné dans l’autre file. La caméra suit leur chemin qui se finit irrémédiablement sur les crématoires, sur la mort affreuse symbolisée par la fumée qui sort de la cheminée. Spielberg, contrairement à Claude Lanzmann dans Shoah, ne cherche pas à parler de la mort. Il ne fait pas de faute historique, il montre qu’elle était là, juste à côté, mais il filme d’abord la survie, toutes les occasions de mourir, toutes les morts, et toujours, de moins en moins nombreux, ceux qui survivent à côté.

La Liste de Schindler se concentre sur deux problématiques. La première, c’est la prise de conscience. Oskar Schindler, industriel égoïste, ne comprend pas. Il veut faire du profit, quitte à exploiter des juifs par opportunisme. Bientôt confronté à la réalité de la Shoah, il décide d’agir, d’abord par petites touches, puis complètement, changeant ses desseins pour mettre sa vie au service du sauvetage de quelques juifs. La deuxième problématique, c’est l’individu. L’importance capitale de l’individu. 6 millions de juifs ont été tués, c’est un nombre énorme, une masse derrière laquelle se cachent pourtant 6 millions de destins différents, 6 millions d’individualités, et chacune est une vie humaine, une humanité différente de toutes les autres. « Celui qui sauve une vie sauve l’humanité entière » dit incessamment le film, citant le Talmud. Spielberg utilise sobrement et intelligemment la couleur pour montrer que la prise de conscience de Schindler vient de sa prise de conscience de l’individualité, et donc de l’humanité des victimes. La scène de saccage du ghetto est un grand moment de cinéma, et la petite fille en rouge colore pertinemment le film pour montrer que l’important, plus que tout, c’est l’homme, l’individu.

La complainte finale de Schindler rappelle encore ce motif, essentiel : il aurait peut-être pu sauver dix juifs de plus, cinq juifs de plus, un juif de plus, un seul et ça aurait déjà été une énorme victoire supplémentaire, aussi importante que de sauver l’humanité toute entière. La Liste de Schindler est une liste de noms, une liste d’êtres humains. Chaque nom, chaque être, chaque vie vaut plus que tout.

Parfaitement documenté (on pense à la reconstitution du ghetto, à celle d’Auschwitz, aux trains de la mort, au signe fait par les paysans polonais, au processus d’entrée dans les douches des camps, à la police juive, à la barbarie allemande), La Liste de Schindler bénéficie d’une superbe image en noir et blanc qui souligne la volonté documentaire de Spielberg. La musique d’influence klezmer est poignante et illustre le drame en même temps que la survie du peuple juif, de sa culture, de son identité. Ralph Fiennes campe avec talent un personnage fort, un véritable nazi, intelligent, fin et pourtant complètement stupide, grossier et barbare jusqu’à l’absurdité. Il représente l’horreur nazie, la mort qui peut tomber sur les juifs, de partout, à tout moment, aux hasards de la volonté d’allemands aussi persuadés de l’infériorité juive (et refusant toutes les évidences contraires) qu’heureux de jouir d’un pouvoir illimité, se prenant pour des êtres supérieurs, des Dieux sadiques dont dépendent la vie et la mort.

Le film de Spielberg est énorme, entièrement habité par l’existence du peuple juif, la survie de ceux qu’on a essayé d’exterminer, qu’on a essayé de transformer en simple légende, comme le dit le SS Amon Goeth dans le film. La Liste de Schindler se termine sur la nécessité de la création de l’Etat d’Israël, la nécessité d’un foyer juif, d’une nation pour ce peuple sans Terre, peuple martyr, peuple détruit, peuple chassé, qui a besoin d’un lieu à lui pour se reconstruire.

La Liste de Schindler est un film énorme et pourtant, malgré l’attention portée par le réalisateur aux noms des survivants (jusqu’à faire défiler ceux-ci sur la tombe de Schindler à la fin du film), peu d’individualités ressortent de la masse des survivants juifs. C’est sans doute le plus grand échec d’un film qui traite pourtant avant tout de la valeur inestimable de la vie et des destins individuels. 3 heures n’étaient sans doute pas suffisantes pour l’ampleur et l’ambition du projet.

Steven Spielberg réalise cependant un film de référence sur la Shoah. Un film qui dit beaucoup de choses. Et si le réalisateur s’est laissé aller à sa tendance naturelle à la morale, effaçant quelques aspérités du personnage ou de l’intrigue pour mieux appuyer son propos (sans pour autant dénaturer l’histoire ou cacher les pires mesquineries dont est capable l’être humain), c’est qu’il ne livre pas qu’un document : La Liste de Schindler est un acte de mémoire mais aussi un pamphlet pour une certaine idée de l’humanité dans laquelle chaque individu compte par dessus tout, dans laquelle chaque individu donne de sa vie pour les autres individus. C’est aussi un pamphlet en l’honneur du peuple juif et de son identité, ineffaçables.

Note : 8/10

La Liste de Schindler (titre original : Schindler’s List)
Un film de Steven Spielberg avec Liam Neeson, Ben Kingsley et Ralph Fiennes
Drame, historique – USA – 3h15 – 1993
Oscars 1994 du meilleur film, du meilleur réalisateur (Steven Spielberg), du meilleur scénario adapté, de la meilleure photographie, de la meilleure musique, des meilleurs décors et du meilleur montage, Golden Globes 1994 du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario, 7 BAFTA 1994 dont meilleur film et meilleur réalisateur.

Rabbit Hole

Après Moulin Rouge et The Hours, Nicole Kidman décroche avec Rabbit Hole sa 3ème nomination pour l’oscar de la meilleure actrice. Et on ne peut pas nier qu’on a plaisir à la revoir dans un vrai rôle de cinéma. Il manque pourtant un petit grain de folie ou de passion pour rendre le drame palpable. Le scénario, trop lisse, accouche d’un film un peu pâle.

Synopsis : 8 mois après la mort de leur fils, Howie et Becca essaient de s’en sortir, lui grâce à des groupes de soutien, elle en effaçant les souvenirs les plus envahissants.

Rabbit Hole - critiqueOn reconnait ici la sensibilité de John Cameron Mitchell. Comme dans Shortbus, il parle de la solitude, de la difficulté à communiquer, à rencontrer l’autre, à soulager l’autre. Il y a dans les deux récits la même sobriété, la même douceur, la même amertume, l’envie de trouver une solution, par exemple au sein de groupes de partage.

Mais dans Rabbit Hole, le réalisateur s’est contenté d’une histoire très classique (le deuil pour deux parents de leur petit garçon renversé par une voiture huit mois plus tôt) et s’est presque effacé derrière.

Si le film est touchant par moments, il reste trop refermé sur lui-même pour trouver le spectateur. Comme le couple dont il raconte l’hisoire, Rabbit Hole semble bloqué dans un mutisme agaçant qui ne nous permet pas d’adhérer à un scénario par ailleurs assez banal.

Il manque la folie communicative, la dérision et l’exubérance de Shortbus pour que Rabbit Hole soit vraiment une expérience forte. En leur absence, il ne reste qu’un mélo certes habile, mais ordinaire.

La plus belle surprise du film est la petite bande dessinée qui lui donne son nom. Elle est amenée dans le film avec finesse, tout comme le personnage qui la crée. Et si l’idée qu’elle représente n’a rien de foncièrement original ni de forcément vrai comme le fait croire le film (les univers parallèles trouvent ici une justification scientifique erronée, à savoir le caractère infini de l’univers, qui n’est clairement pas démontré par la science), elle offre à la mère endeuillée l’espoir d’un ailleurs où elle est heureuse, et au spectateur une illustration assez jolie d’une idée aussi poétique que pas totalement impossible.

Il manque cependant à ce film sur le deuil le petit plus qui en ferait un film différent, peut-être une présence accrue de son auteur. En l’état, on ne peut que rêver à un univers parallèle où Rabbit Hole serait un grand film.

Note : 4/10

Rabbit Hole
Un film de John Cameron Mitchell avec Nicole Kidman, Aaron Eckhart et Dianne Wiest
Drame – USA- 1h32 – Sorti le 13 avril 2011