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Frankenstein Junior
Quand Mel Brooks s’attaque à un classique majeur du cinéma fantastique. Un film déconstruit mais souvent très drôle, qui inspirera Aerosmith pour le titre de l’un de ses plus grands tubes, Walk this way. Et effectivement, il s’agit là d’une référence à un gag hilarant et très significatif de cet hommage parodique qu’est Frankenstein Junior.
Synopsis : Honteux de son ascendance, le Dr Frederick Frankenstein, petit-fils du célèbre homonyme, est pourtant rattrapé par la folie familiale et décide de poursuivre les expériences.
Sorti 44 ans après, Frankenstein Junior est le petit-fils du Frankenstein de James Whale de 1931. Comme tout bon petit-fils, il est plein de révérence et d’admiration pour son aïeul: Mel Brooks utilise un noir et blanc nostalgique, ses personnages occupent les décors et utilisent les accessoires du film d’origine. L’histoire est aussi sensiblement la même, bref il pourrait s’agir là d’un hommage à un classique indépassable.
Et pourtant, comme tout petit-fils, Frankenstein Junior vit avec son temps : il se moque gentiment de son original, il adopte un ton résolument moderne, n’hésitant pas à tourner en dérision les terreurs de son enfance. Le pastiche est mis en abîme : Frédérick Frankenstein est lui-même le petit-fils du fameux Frankenstein, il joue le détachement vis-à-vis de ce parent encombrant mais il est finalement imprégné des mêmes passions, des mêmes pulsions, d’une vénération sans borne devant les travaux de son célèbre papi.
Frankenstein Junior, au-delà de cette intrigue et de cette esthétique empruntées à l’histoire du cinéma, propose un humour absurde qui lui est très contemporain. Il sort en effet la même année que le Sacré Graal des Monty Python avec lequel il partage un sens aigu des situations ridicules, des dialogues extravagants et des personnages stupides. Marty Feldman, qui vient justement de la troupe britannique, est hilarant, il est, avec ses yeux exorbités, sa bosse mouvante et ses répliques incisives, le principal atout comique du film. L’univers grotesque et menaçant, surchargé et foutraque, rappelle également le Rocky Horror Picture Show, sorti aussi la même année : un vent de folie libératrice et d’indécence à peine étouffée rythment les aventures expérimentales et saugrenues d’antihéros mystérieux. Le nonsense le plus total envahit la fin du film, sur une variation du thème de La Belle et la bête.
Frankenstein Junior est un film souvent drôle (on aime beaucoup quand le monstre essaie en vain de se faire des amis), toujours brouillon, un hommage et une parodie. Inégal mais séduisant.
Note : 6/10
Frankenstein Junior (titre original : Young Frankenstein)
Un film de Mel Brooks avec Gene Wilder, Peter Boyle, Marty Feldman et Madeline Kahn
Comédie, Fantastique – USA – 1h46 – 1974
Intouchables
Les gags sont assez convenus et pourtant on rigole franchement grâce à des acteurs dans une forme épatante. Dans Intouchables, tout le monde est beau et gentil (mis à part les candidats à l’aide à domicile), la bonne humeur est communicative et la fracture sociale disparaît. Rien de très original, mais un ultra feel-good movie qui prend déjà d’assaut le box-office.
Synopsis : Philippe, riche aristocrate tétraplégique, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison… Le duo que tout oppose va faire des étincelles…
Le dernier film du duo Nakache-Toledano est bien parti pour être intouchable au box-office français de 2011. Pas vraiment étonnant : c’est drôle et les bons sentiments dégoulinent de toute part. En ces temps moroses de crise économique, Intouchables a tout pour redonner le sourire à des millions de français : une bonne humeur gigantesque sur un sujet pourtant plutôt glauque, un optimisme à toute épreuve même quand la vie demande d’affronter les pires difficultés, et la conviction bienvenue que les différentes classes sociales ont beaucoup à partager, beaucoup à apprendre, beaucoup à s’enrichir les unes des autres.
Entre une aristocratie immobile, bloquée dans le passé, et une jeunesse des cités turbulente, bloquée dans le présent, il y a pourtant la grande majorité des français mais tant pis, Intouchables ne fera pas dans le détail, plutôt dans le symbole, quitte à utiliser outrageusement les clichés pour mieux appuyer ses messages d’espoir démesuré. Un triple conte de fée en somme. D’abord, le chômage et la délinquance ne sont pas des fatalités, on peut toujours s’en sortir. Ensuite, le deuil et le handicape ne condamnent pas au malheur, tant qu’il y a la vie, il y a la possibilité de vivre heureux. Enfin, les différences entre les hommes ne sont jamais insurmontables, l’amitié peut naître, même entre des êtres que tout oppose.
Dans Intouchables, tout le monde a le droit au bonheur, les riches, les pauvres, les handicapés, les noirs, les vieilles filles, les lesbiennes, même les adolescentes en crise existentielle. Comment ne pas adhérer? Comment ne pas sortir de là le sourire aux lèvres, le moral rechargé pour au moins une bonne soirée?
Pourtant, on n’est pas totalement convaincus. Justement parce qu’à force d’en faire trop, le film perd en sincérité ce qu’il gagne en béatitude. La caution « ceci est une histoire vraie » n’est qu’une justification sans intérêt pour une seconde partie de film sans idée et sans mordant. Tout le monde est trop gentil, il y a trop de bon coeur pour qu’on puisse y croire vraiment. Plus le film avance, plus les séquences sont improbables, plus l’humour légèrement irrévérencieux s’éteint pour laisser place à un mélodrame sans finesse.
On préfère donc la première heure du film et ses quelques véritables grands moments de comédie. Comme dans Tellement proches, Toledano et Nakache s’amusent à mélanger des milieux sociaux très différents et à observer les situations décalées qui naissent de la rencontre entre des personnages qui n’ont ni les mêmes habitudes, ni les mêmes repères, ni les mêmes valeurs. Souvent, le film se transforme en catalogue de blagues sur les handicapés, mais les gags fonctionnent, même les moins originaux, en grande partie grâce aux acteurs qui visiblement prennent du plaisir, et grâce au rire très communicatif d’un Omar Sy en grande forme, confronté à l’ironie mi-amusée mi-agacée de François Cluzet.
Malheureusement, avec un tel pitch et la volonté absolue de livrer un pur moment de bonheur, les deux réalisateurs se trouvent vite limités pour développer leur intrigue. Celle-ci se termine de la façon la plus attendue possible. Malgré l’extraordinaire sourire d’Omar, le gros bonbon bien rose et bien sucré a du mal à passer.
Intouchables, ce n’est pas du grand cinéma mais c’est un bon moment passé en salle et quelques vrais éclats de rire. Certains diront que ça suffit, et effectivement ce n’est déjà pas si mal.
Note : 5/10
Intouchables
Un film de Eric Toledano et Olivier Nakache avec François Cluzet, Omar Sy et Anne Le Ny
Comédie – France – 1h52 – Sorti le 2 novembre 2011
Le Skylab
Avec son titre qui évoque la science-fiction, Le Skylab est pourtant un film très terre-à-terre qui retranscrit une époque et une atmosphère qui sent le mois d’août, les grands-parents gâteau et les querelles familiales. Un sympathique moment de comédie qui ne restera pas très ancré dans nos mémoires, la faute à un sentiment général de futilité et de déjà-vu.
Synopsis : Juillet 1979, pendant les vacances d’été. A l’occasion de l’anniversaire de la grand-mère, oncles, tantes, cousins et cousines sont réunis le temps d’un week-end animé.
A quelques kilomètres de la comédie bobo 2 days in Paris et à quelques années-lumière du drame historique et horrifique La Comtesse, Julie Delpy filme une autre époque (1979) et une autre population (une famille très nombreuse et hétéroclite) dans une comédie populaire chaleureuse.
Comme dans 2 days in Paris, la réalisatrice n’hésite pas à accumuler les clichés, et comme dans 2 days in Paris, elle trouve beaucoup plus de justesse quand elle décrit, dans des moments furtifs et lumineux, l’intimité des couples. S’il faut reconnaître au film une certaine maestria à montrer l’ébullition familiale, les personnages sont trop nombreux pour que l’on puisse s’attarder sur l’un ou l’autre de manière satisfaisante. Les situations sont le plus souvent des lieux communs du film de groupe de vacances et Le Skylab se transforme rapidement en succession de sketches plus ou moins réussis, plus ou moins drôles, plus ou moins tendres, plus ou moins stéréotypés.
La discussion politique qui tourne mal, le match de foot entre mecs, la boom du village, la descente à la plage et les repas animés sont autant de passages obligés que le film n’arrive pas à renouveler. Certains personnages tirent leur épingle du jeu, comme ceux interprétés par Valérie Bonneton, terriblement drôle en cruche à côté de la plaque, et Denis Ménochet, inquiétant en dur-à-cuire ultra-conservateur au bord de la rupture psychologique. Aure Atika et Sophie Quinton au contraire n’ont ni le temps ni les répliques pour imposer leur présence.
Bien vite on se demande où va le film, et même après la projection, les motivations de Julie Delpy restent assez obscures. Peut-être voulait-elle simplement partager sa nostalgie d’une époque à jamais révolue où nous allions retrouver nos cousins et cousines chez mamie et où nous assistions étonnés (mais habitués) aux discussions absurdes, aux blagues obscures et aux coups de sang incompréhensibles des adultes. Peut-être voulait-elle simplement se rappeler son enfance et nous rappeler la nôtre, un moment de notre vie qui paraissait interminable quand on y était et qui pourtant s’en est allé d’un coup, bien trop vite, avant même qu’on ait pu bien comprendre qu’il ne reviendrait jamais.
La première et la dernière scène du film, en mêlant les générations, soulignent bien cette nostalgie, mais elles mettent surtout l’accent sur le groupe social que constitue une famille. Le Skylab est une description tendre de la famille, le lieu de toutes les disputes et de toutes les réconciliations, le lieu où l’on grandit, où l’on aime, où l’on déteste, où l’on s’amuse et où l’on s’entretue la seconde suivante, le lieu des grandes tragédies et celui des grands pardons. Un microcosme où l’on est ensemble en dépit de tout, même si on a des pensées, des comportements ou des caractères incompatibles.
Peut-être plus que tout, Le Skylab est un hommage de Julie Delpy à sa mère, qui lui a donné le courage et le culot de se battre pour ce qu’elle veut et pour ce qu’elle trouve juste, pour lutter contre les cons, contre la bêtise quotidienne, même quand celle-ci n’a que très peu d’importance et qu’il serait tellement plus facile de fermer sa gueule.
Le Skylab est un peu de tout ça. Ce film était sans doute important pour la réalisatrice. Il manque pourtant d’ambition pour être plus qu’un tableau facile à regarder, facile à oublier.
Note : 4/10
Le Skylab
Un film de Julie Delpy avec Lou Alvarez, Julie Delpy, Eric Elmosnino, Aure Atika, Noémie Lvovsky, Bernadette Lafont, Emmanuelle Riva, Vincent Lacoste, Marc Ruchmann, Sophie Quinton, Valérie Bonneton, Jean-Louis Coulloc’h, Denis Ménochet et Karin Viard
Comédie – France – 1h53 – Sorti le 5 octobre 2011
Le Cochon de Gaza
Une semaine après Et maintenant on va où ?, une autre fable sort sur nos écrans, prenant pour contexte un autre conflit communautaire du Proche-Orient. Si l’humour et la construction du Cochon de Gaza sont sans doute plus grossiers que ceux du film de Nadine Labaki, le portrait proposé est finalement plus subtil et plus juste. On adhère.
Synopsis : Quand un pêcheur palestinien de Gaza remonte dans ses filets un cochon, il ne sait comment se débarrasser de l’animal impur. Il se lance alors dans un commerce rocambolesque…
Le Cochon de Gaza se présente d’abord comme une comédie burlesque. Les gags absurdes se frottent à la réalité du contexte, le conflit israélo-palestinien, comme pour mieux souligner la stupidité d’une situation politique catastrophique. L’apparition d’un cochon vietnamien bouleverse l’équilibre précaire de Jafaar, pêcheur palestinien, et de toute sa communauté, puis celui de la colonie juive qui est installée non loin de là. Ce porc est à la fois le symbole de l’instabilité d’une région dans laquelle le moindre obstacle devient insurmontable, et celui du lien qui peut exister entre les deux peuples qui se font la guerre.
Si le comique grotesque est parfois poussif, on est séduits par le propos qui renvoie dos à dos les deux communautés : d’un côté, les palestiniens sont guidés par des fous de Dieu, terroristes impitoyables et manipulateurs; de l’autre, les israéliens s’installent dans les maisons palestiniennes et luttent avec leur armée contre une population démunie. Fuyant ces intégristes tyranniques et ces militaires arrogants comme Charlot fuyait dans Les Temps modernes les bons petits soldats du capitalisme, Jafaar le palestinien et Yelena l’israélienne essaient simplement de survivre, de préserver leurs idéaux a priori contradictoires mais qui pourraient se retrouver si leurs peuples parvenaient à la paix.
Malheureusement, cette paix ne dépend pas d’eux. Individus perdus dans la marche terrible de l’histoire, faite de haines, de pleurs et de sang, Jafaar et Yelena ne peuvent que commencer par comprendre qu’ils ont plus de points communs qu’il n’y paraît. Alors seulement, peut-être un jour, les collectivités pourront elles aussi se comprendre, dans une utopie qui clôt le film de manière certes allégorique, mais cette touche d’humanisme presque naïf semble plus que jamais nécessaire aujourd’hui.
Sylvain Estibal livre un film d’une grande sincérité, qui égratigne tantôt les uns tantôt les autres, qui sait montrer les drames et les peurs de chacun des deux peuples, qui ne prend jamais vraiment partie, si ce n’est pour une réconciliation à l’échelle des individus pour que la paix soit rendue possible à l’échelle nationale. La farce se transforme peu à peu en fable et la fin du film rappelle celle du chef d’œuvre d’Emir Kusturica, Underground. On excuse alors les quelques lourdeurs potaches et le manque de finesse de certaines situations, notamment dans le premier tiers du film, et on se laisse séduire au fur et à mesure que l’histoire avance par cette barque au milieu de la mer dans laquelle un couple palestinien, une femme et un enfant juifs se disputent, se crient leur incompréhension, et finissent par s’endormir paisiblement.
Note : 6/10
Le Cochon de Gaza (titre original : When Pigs Have Wings)
Un film de Sylvain Estibal avec Sasson Gabai, Baya Belal et Myriam Tekaïa
Comédie – France, Belgique, Allemagne – 1h39 – Sorti le 21 septembre 2011
La Fée
Petit à petit, Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy ont imposé leur cinéma de poésie burlesque comme une sensibilité à part dans le paysage très balisé de la comédie francophone. Leurs films sont toujours un combat pour la tendresse et la désuétude. La Fée est drôle mais le récit est bancal. On attend un peu de nouveauté pour leur prochain film.
Synopsis : Dom est veilleur de nuit dans un petit hôtel du Havre. Un soir, une femme arrive à l’accueil, sans valise, pieds nus, dit être une fée et lui accorde trois souhaits.
Après les surprenants L’Iceberg et Rumba, les trois réalisateurs continuent de mettre en scène Dom et Fiona, ce couple de loosers maladroits et solitaires qui vivent leurs aventures romantiques dans l’indifférence d’un monde qui va sans doute trop vite pour eux.
Ces amoureux aux longues silhouettes encombrantes, qui ne se parlent presque pas, rappellent forcément Monsieur Hulot, mais alors que celui-ci avait la capacité de s’émerveiller et de s’amuser de tout et de toujours faire de nouvelles rencontres, Fiona et Gordon semblent souvent anesthésiés par la monotonie et le vide de leur quotidien, incapables d’être complets lorsqu’ils sont seuls, jusqu’à ce que l’amour les sorte de leur léthargie. Leur beauté, c’est avant tout leur inadaptation au monde tel qu’il est et le combat qu’ils livrent sans cesse, à chaque film, pour retrouver leur âme soeur.
Car les films de Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy racontent toujours cette petite histoire universelle : deux amoureux se perdent, se cherchent pendant tout le film, luttent contre les autres et contre les éléments, et finalement se retrouvent, dans un bonheur simple et complet, car l’amour est à peu près tout ce à quoi ils aspirent.
Dans la chronologie du couple, les cinéastes vont visiblement à l’envers. L’Iceberg parlait de la séparation, Rumba d’un couple épanoui séparé par un accident, La Fée raconte la rencontre amoureuse. Il y a encore ici des plans d’une drôlerie hors du commun, comme ces course-poursuites qui opposent constamment le couple qui prend la fuite et tous les autres, qui leur courent après comme par réflexe, sans vraiment trop y croire (quand ce n’est pas l’inverse). Certaines séquences sont fabuleuses, l’évasion d’un hôpital, l’accouchement, le jeu avec les comprimés, la poursuite d’une voiture en moto pour essayer de récupérer le bébé resté sur le capot. Le burlesque est simple mais reste inattendu, les gags fonctionnent et on rit souvent.
Pourtant, entre deux éclats de rire, on attend, peu convaincu par une poésie de l’insignifiance légèrement répétitive. Le rythme n’est pas assez soutenu, les thèmes sont à peine effleurés, l’histoire est flottante, elle semble s’étirer sans maîtrise et se conclure quand il n’y a plus de farce à faire.
Cette idée de fée du quotidien était jolie et tendre, comme un rêve qu’on fait vivre en dépit de son impossibilité. Mais les trois cinéastes-acteurs n’ont pas réussi à donner un sens à leur récit comme ils l’avaient fait dans leurs films précédents. La Fée est alors une succession de douceurs comiques plutôt qu’un vrai film bien construit.
Note : 5/10
La Fée
Un film de et avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy
Comédie – France, Belgique – 1h33 – Sorti le 14 septembre 2011

