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Le Hobbit : un voyage inattendu

Les 3 épisodes du Seigneur des anneaux avaient assuré le succès de Peter Jackson. 11 ans après avoir réalisé le premier opus, le réalisateur néo-zélandais s’attaque au premier roman de Tolkien, Le Hobbit, dont l’adaptation prend la forme d’une préquelle à la trilogie aux 17 oscars. Une préquelle, mais aussi presque un remake, tant tout est déjà vu : les péripéties s’enchaînent sans but et sans âme, comme c’était déjà le cas dans La Communauté de l’anneau.

Synopsis : Les aventures de Bilbo, entraîné dans une quête héroïque pour reprendre le Royaume perdu des nains d’Erebor, conquis longtemps auparavant par le dragon Smaug.

Le Hobbit : un voyage inattendu - critiqueLe Hobbit : un voyage inattendu est tout sauf un film inattendu. On aura le droit à des effets spéciaux à la pelle, des aventures à tous les coins de montagne et des créatures maléfiques qui n’attendent rien d’autre de leur vie que de tuer Bilbo et ses compagnons.

L’intrigue du livre de Tolkien est étirée à son maximum pour qu’on puisse en extraire une trilogie dans le même esprit que celle du Seigneur des anneaux (qui compose pourtant un roman 6 fois plus long que Bilbo le Hobbit). Fidèle à son matériau de base, Peter Jackson livre un film légèrement plus enfantin que ses trois premières incursions en Terre du Milieu. Plus d’humour potache (mais on sourit à peine), des bras-cassés en guise de héros, et un scénario du vide.

Comme dans La Communauté de l’anneau, ce premier opus des aventures de Bilbo est un enchaînement ininterrompu de péripéties sans intérêt qui peinent à trouver une cohérence dramatique. Les enjeux sont très minces et à peine esquissés: on ne sait pas toujours si les nains veulent récupérer la terre de leurs ancêtres ou bien plutôt la fortune qu’ils y avaient amassés, Gandalf les soutient sans vraie raison, on ne comprend pas bien pourquoi les elfes s’y opposent et pendant ce temps, le mal progresse. Et Bilbo? Il les suit comme il aurait pu suivre n’importe qui, simplement pour l’aventure.

Le spectateur est exactement dans la même position : il s’embarque pour 2h45 d’entertainment non-stop, et tant pis s’il n’y a ni propos, ni sens à la quête. Quand le film se termine, il s’est passé un tas de trucs et il ne s’est pourtant rien passé : l’histoire pourrait commencer là, les mauvaises rencontres n’ont pas fait avancer le schmilblick d’un pouce, si ce n’est dans une géographie imaginaire qu’on pourrait étendre à l’envie pour faire 10, 30, 200 films si on voulait. Pourtant, on ne s’est presque pas ennuyés : décidément Peter Jackson serait un bon manager de parc d’attraction. Pour voir du cinéma par contre, on ira dans une autre salle.

Note : 2/10

Le Hobbit – un voyage inattendu (titre original : The Hobbit: an unexpected journey)
Un film de Peter Jackson avec Ian McKellen, Martin Freeman, Richard Armitage
Fantastique, Aventure – USA, Nouvelle-Zélande – 2h45 – Sorti le 12 décembre 2012

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Twilight – Chapitre 5 : Révélation 2ème partie

De très loin le meilleur film de la série depuis le premier épisode. Entre Twilight 1, qui nous présentait les personnages et les concepts sympas de l’univers, et ce dernier opus cinéma des aventures imaginées par Stephenie Meyer, il y avait le vide. Le chapitre final semble s’en amuser dans une séquence de fermeture qui réveille enfin les morts (et les spectateurs assoupis).

Synopsis : Les Volturi, se sentant menacés par la naissance (et la croissance prodigieuse) de la fille de Bella, déclarent la guerre à la famille Cullen. Celle-ci cherche du soutien de par le monde.

Twilight - Chapitre 5 : Révélation 2ème partie - critiqueAprès 3 épisodes remplis de vides, on s’attendait au pire. Petite surprise : le niveau est bien meilleur et se rapproche plus de celui du premier opus (et petit bonus, pas de discours réactionnaire cette fois-ci, l’amour a été consommé et l’enfant est né). Entre Fascination, qui présentait l’histoire et ses personnages, et ce dernier film, presque rien ne s’est passé, Bella et Edward ont simplement tergiversé sur leur amour et les suites à lui donner, ce qui était franchement long pour trois films de 2 heures.

Twilight aurait dont mérité d’être simplement un diptyque, ce qui rend encore plus scandaleux ce découpage du quatrième livre en deux films (dont le premier n’était finalement qu’une gigantesque bande-annonce pour le second).

Twilight – Chapitre 5 comprend trois parties bien distinctes. La première ressemble un peu aux trois films qui ont précédé : Edward et Bella se disent qu’ils s’aiment. Cependant, une petite excitation supplémentaire : Bella découvre la vie de vampire, ce qui permet quelques scènes à mi-chemin entre jouissance et mièvrerie. Le spectateur, à moitié enthousiaste, à moitié ennuyé, finit quand même par s’assoupir un peu.

Deuxième partie du film : il faut rassembler des vampires pour pouvoir répondre à la menace que représentent les Volturi. C’est un lieu commun du film d’action où les combattants sont présentés les uns à la suite des autres avec leurs aptitudes particulières. C’est très convenu et ici, c’est bien pompé sur les X-Men. Chaque vampire montre ses talents et le tout compose une galerie de super-pouvoirs. Amusant 2 minutes, mais insignifiant.

La troisième partie vient enfin réveiller le spectateur endormi depuis 7 bonnes heures de cinéma. Tout d’un coup, une scène de bataille punchy au dénouement astucieux et… oui, employons ce mot pour la première fois de la saga… inattendu. Le film présente avec force une liste d’enjeux pour finalement les détruire d’un coup de baguette magique. En se rétractant, Twilight – Chapitre 5 saccage avec un sourire en coin le potentiel dramatique de son intrigue. Finalement, dans le 5ème opus, tout comme dans les 3 précédents, il ne se passera rien. Mais cette fois, le film en a conscience et joue avec.

L’ironie est telle que ce dénouement semble se moquer de la vacuité des films précédents. Dans Twilight, il pourrait se passer un tas de choses. On imagine les scénaristes s’extasier sur un rebondissement possible, et conclure : « non finalement, on le met pas. » En nous montrant un instant tout ce que pourrait être Twilight, puis en l’effaçant, les scénaristes exposent le choix du vide. N’empêche, on a enfin vibré. Et ce fameux choix du vide, il s’agit certes d’une frustration supplémentaire, mais c’est une frustration stimulante. C’est tout le sens de la saga, dans ce qu’elle a de terriblement ennuyeux et mal foutu, mais aussi dans ce qu’elle peut avoir parfois d’excitant. Et s’il fallait finalement lui donner un nom, ce serait sans aucun doute : Twilight – Frustration.

Note : 5/10

Twilight – Chapitre 5 : Révélation 2ème partie (titre original : The Twilight Saga: Breaking Dawn – Part 2)
Un film de Bill Condon avec Kristen Stewart, Robert Pattinson et Taylor Lautner
Fantastique, Romance – USA – 1h52 – Sorti le 14 novembre 2012

Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie

« L’éternité n’est que le commencement » dit l’accroche du film. Le début de Twilight 4 dure effectivement une éternité, que le spectateur humain, peu habitué à ces abîmes dans lesquels le temps se rallonge indéfiniment, aura bien du mal à supporter. Heureusement, la suite viendra le réveiller de la mort, non sans lui avoir livré son message bien conservateur au passage.

Synopsis : Bella a fait son choix : elle s’apprête à épouser Edward. Mais le jeune homme acceptera-t-il de la transformer en vampire et de la voir renoncer à sa vie humaine ?

Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie - critiqueLa spécificité des épisodes de Twilight, c’est qu’il ne s’y passe rien. Quasiment tous les enjeux de l’histoire étaient énoncés dans le premier opus. Les films suivants sont tous interminables, ils sont remplis de vide et s’étendent à l’infini autour d’intrigues faméliques. C’est encore le cas de ce quatrième chapitre, dont le scénario a si peu de matière qu’on se demande comment le réalisateur a réussi à en faire un film de deux heures.

En fait, on ne se le demande pas vraiment : entre ralentis injustifiés et scènes parfaitement inutiles, le film suit les émotions uniques et formatées de ses héros. Bella traîne comme depuis déjà deux épisodes sa tête de jeune fille prétentieuse trop consciente de vivre une adolescence de fantasme, Edward est partagé entre inquiétude et culpabilité (bref, il fait sa tête embêtée), et Jacob est en colère, très en colère même, ce qui nous fait bien rire.

Enfin, ce qui nous ferait bien rire si on ne s’ennuyait pas tant, surtout dans ces deux premiers tiers de film, longs comme jamais, où il ne se passe strictement rien : Bella se marie et va en voyage de noces. Une sorte de clip publicitaire d’1h20 pour nous rappeler que pour pouvoir s’abandonner au sexe, il faut d’abord se marier. Et même ensuite, le sexe n’est jamais ni gratuit, ni innocent. Le dernier tiers du film nous explique pourquoi la vie humaine est sacrée et nous livre une sorte de diatribe contre l’avortement. Twilight n’a pas attendu son chapitre 4 pour se faire le chantre d’une vision très traditionaliste du monde.

Tout ça est bien dommage car la fiction pourrait être intéressante. Le passage au film d’horreur, l’évolution d’une femme broyée de l’intérieur, le mystère quant à la nature de cet enfant et à l’avenir de Bella pourraient être des ressorts dramatiques solides. Mais la niaiserie du traitement, la minceur de l’intrigue et les visées commerciales (faire deux épisodes pour faire deux fois plus de fric, là où un film suffirait largement) font de Twilight 4 un modèle de remplissage grossier.

Note : 1/10

Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie (titre original : The Twilight Saga: Breaking Dawn – Part 1)
Un film de Bill Condon avec Robert Pattinson, Kristen Stewart et Taylor Lautner
Fantastique – USA – 1h57 – Sorti le 16 novembre 2011

Frankenstein Junior

Quand Mel Brooks s’attaque à un classique majeur du cinéma fantastique. Un film déconstruit mais souvent très drôle, qui inspirera Aerosmith pour le titre de l’un de ses plus grands tubes, Walk this way. Et effectivement, il s’agit là d’une référence à un gag hilarant et très significatif de cet hommage parodique qu’est Frankenstein Junior.

Synopsis : Honteux de son ascendance, le Dr Frederick Frankenstein, petit-fils du célèbre homonyme, est pourtant rattrapé par la folie familiale et décide de poursuivre les expériences.

Frankenstein Junior - critiqueSorti 44 ans après, Frankenstein Junior est le petit-fils du Frankenstein de James Whale de 1931. Comme tout bon petit-fils, il est plein de révérence et d’admiration pour son aïeul: Mel Brooks utilise un noir et blanc nostalgique, ses personnages occupent les décors et utilisent les accessoires du film d’origine. L’histoire est aussi sensiblement la même, bref il pourrait s’agir là d’un hommage à un classique indépassable.

Et pourtant, comme tout petit-fils, Frankenstein Junior vit avec son temps : il se moque gentiment de son original, il adopte un ton résolument moderne, n’hésitant pas à tourner en dérision les terreurs de son enfance. Le pastiche est mis en abîme : Frédérick Frankenstein est lui-même le petit-fils du fameux Frankenstein, il joue le détachement vis-à-vis de ce parent encombrant mais il est finalement imprégné des mêmes passions, des mêmes pulsions, d’une vénération sans borne devant les travaux de son célèbre papi.

Frankenstein Junior, au-delà de cette intrigue et de cette esthétique empruntées à l’histoire du cinéma, propose un humour absurde qui lui est très contemporain. Il sort en effet la même année que le Sacré Graal des Monty Python avec lequel il partage un sens aigu des situations ridicules, des dialogues extravagants et des personnages stupides. Marty Feldman, qui vient justement de la troupe britannique, est hilarant, il est, avec ses yeux exorbités, sa bosse mouvante et ses répliques incisives, le principal atout comique du film. L’univers grotesque et menaçant, surchargé et foutraque, rappelle également le Rocky Horror Picture Show, sorti aussi la même année : un vent de folie libératrice et d’indécence à peine étouffée rythment les aventures expérimentales et saugrenues d’antihéros mystérieux. Le nonsense le plus total envahit la fin du film, sur une variation du thème de La Belle et la bête.

Frankenstein Junior est un film souvent drôle (on aime beaucoup quand le monstre essaie en vain de se faire des amis), toujours brouillon, un hommage et une parodie. Inégal mais séduisant.

Note : 6/10

Frankenstein Junior (titre original : Young Frankenstein)
Un film de Mel Brooks avec Gene Wilder, Peter Boyle, Marty Feldman et Madeline Kahn

Comédie, Fantastique – USA – 1h46 – 1974

King Kong

S’il est des films mythiques dans l’histoire du 7ème art, le King Kong original en est assurément un. Le sujet du film est entièrement nouveau, créant l’un des monstres les plus connus de l’histoire et inspirant une tripotée de remakes jusqu’à celui de Peter Jackson. Mais le premier King Kong reste le meilleur, un film d’aventure impressionnant et un film d’amour déchirant.

Synopsis : Ann Darrow, une belle blonde au chômage, est engagée pour être la vedette d’un film dont le tournage se passera sur Skull Island, une île habitée par une créature mystérieuse…

King Kong - critiqueKing Kong reste, presque 80 ans après sa sortie, un film très impressionnant. Les effets spéciaux balbutiants sont pourtant convaincants et l’émotion est là. King Kong effraie puis attendrit, le double caractère de la bête, sa force brute et sa solitude, lui donnent une complexité mystérieuse et attachante.

Le scénario est étonnant et le film crée l’un des monstres les plus connus de l’imaginaire de l’humanité. L’aspect social du début du film cède peu à peu la place au mystère et à l’effroi.

La scène dans laquelle Fay Wray, sur le bateau, joue la peur sans savoir ce qu’elle est censée craindre, est magnifique. Elle devient interprète de son futur, elle s’offre alors à sa destinée par la magie du cinéma (dans le cinéma).

Les courses poursuites sur l’île du crâne sont aujourd’hui classiques mais elles étaient très inventives pour l’époque et sont à l’origine de bien des films d’aventure. C’est quand King Kong est amené de force dans la ville de New York que le film trouve toute sa puissance dramatique.

Il s’agit alors de spectacle-voyeurisme, sujet toujours brûlant aujourd’hui, et traité ici de manière résolument moderne et terrifiante. Puis, de traqueur, le singe géant devient traqué, déraciné dans une métropole hostile. Là, pas de falaises ou de forêts où se cacher, il ne trouve que l’Empire State Building. L’image est extraordinaire et restera à jamais dans l’imaginaire collectif : King Kong domine l’homme et pourtant il est isolé, tel ce building perdu au milieu de la ville. Perdu d’amour, il est voué à la mort. Pas de transformation comme dans La Belle et la bête, même pas l’amour de la belle qui, dans cette version originale, détestera le monstre jusqu’à la fin.

Ne pouvant inspirer que la peur à l’objet de son amour, il préfère le protéger et mourir. « Ce ne sont pas les avions, c’est la belle qui a tué la bête. » Un film d’aventure complexe et déjà freudien, empli d’une puissance sexuelle qui rappelle que le désir, l’angoisse et la souffrance sont des notions toujours entremêlées.

Note : 7/10

King Kong
Un film de Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper avec Fay Wray et Robert Armstrong
Fantastique – USA – 1h40 – 1933

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