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Zero Dark Thirty
Après son triomphe aux Oscars pour Démineurs, Kathryn Bigelow continue d’examiner l’engagement de son pays contre le terrorisme islamiste. Cette fois-ci, il s’agit de raconter la traque de Ben Laden. Une fiction-reportage qui se veut le témoignage objectif de cette chasse à l’homme. C’est cette neutralité qui rend le film captivant et problématique.
Synopsis : L’histoire de Maya, une jeune officier du Renseignement américain qui, de 2003 à 2011, se consacre exclusivement à la traque de Ben Laden, leader d’Al-Qaida.
On admire la capacité du cinéma américain à faire des films sur son histoire ultra-récente. Quand en France il faut souvent plusieurs décennies pour revenir sur tel ou tel fait historique, Hollywood a déjà livré pléthore de films sur le 11 septembre et sur la décennie qui suivit cette date fatidique.
Zero Dark Thirty n’est pas le moins impressionnant de ces films, et nul doute qu’il marquera durablement la représentation cinématographique de la lutte contre le terrorisme engagée par les Etats-Unis après 2001.
Kathryn Bigelow nous avait déjà agréablement surpris avec Démineurs, elle rejoue ici la carte d’un cinéma de docu-fiction proche du reportage de guerre. Mais alors que Démineurs était un film de terrain, Zero Dark Thirty est plutôt un film de coulisses. De patience malmenée, d’intenses frustrations, de luttes politiques et de détermination quasi-dogmatique. L’action ne nous sera rendue que dans une dernière séquence étouffante et diablement efficace.
Avant cela, le film est donc l’histoire d’une traque organisée, le récit de 10 ans de chasse à l’homme pour remonter jusqu’à Ben Laden et lutter (parfois, le mirage d’une éradication semble envahir des personnages obnubilés et déboussolés) contre le terrorisme.
Ce qui interroge le plus violemment dans Zero Dark Thirty, ce sont les scènes de torture. Double aspect de la chose. Côté face, le courage politique de Bigelow qui montre les horreurs qui se cachent derrière l’enquête. Des pratiques inhumaines appliquées par des agents de la CIA convaincus de servir la noble cause. Des soldats du gouvernement prêts à tout pour servir leur pays (et peut-être leur Dieu, rappelons que le premier titre proposé pour le film était « For God and Country ») dans une démarche fanatique qui n’est pas sans rappeler celle de leurs ennemis ou des pires dictatures du siècle dernier.
Côté pile, une totale absence de jugement de la part de la réalisatrice sur ce qu’elle montre. Aucune distance prise avec le principe d’utilité supposée de la torture. Dans une allocution télévisée, Obama redis bien son opposition à ces pratiques barbares, mais son discours n’est accueilli par l’équipe de la CIA que par un silence sceptique. Ce sera tout. Kathryn Bigelow ne juge pas, elle ne fait que rendre à l’écran la froide réalité des choses, quitte à être soupçonnée de légitimer l’usage de la torture.
Car à se mettre constamment derrière Maya, femme archi-déterminée dans un milieu d’hommes et de requins, la caméra semble épouser sa cause, sa détresse, son obsession. Et il est clair que pour Maya, la fin justifie les moyens, tous les moyens. Il n’y a rien d’autre dans sa vie que cette quête psychotique de Ben Laden et le film ne parlera que de cela. Alors oui, la capture se fait finalement dans une époque politique où la torture n’est plus autorisée mais jamais le film n’évoque l’impératif moral qui préside à cette interdiction. On sent plutôt le découragement face à une mesure qui donne encore plus de difficultés aux soldats du bien.
Oui, Bigelow livre un film trop neutre et on finit par la soupçonner de ne pas condamner l’inacceptable. Un attentat qui n’a pas été déjoué semble même souligner que le processus de torture n’a pas été assez rapide. (On pourrait aussi penser qu’il met en valeur son inefficacité, mais quoi qu’il en soit, est-ce vraiment à cause de sa supposée inefficacité que nous nous élevons contre des pratiques déshumanisantes?)
Le film tait cette chose essentielle : non, la fin ne justifie jamais les moyens, l’Histoire nous a donné assez d’exemples terribles pour nous rappeler que les moyens existent autant que les fins et qu’en faisant le mal pour faire le bien, on fait d’abord, irrémédiablement, le mal, on confond ces notions jusqu’à ce qu’il n’y ait plus ni bien ni mal, seulement des horreurs.

Pourtant, nous devons aussi reconnaître que Zero Dark Thirty se prête aisément à une lecture très critique de ce qu’il décrit. Maya n’a pas de vie, elle ressemble à un kamikaze qui aurait sacrifié son existence pour une idée patriotique ou même religieuse. Son obstination n’est pas simplement une qualité : il y a en elle un désir brutal d’avoir raison et un besoin primitif de vengeance. Portée par une foi déraisonnable, Maya est fanatique. Quand le film l’abandonne à la vie, elle n’a rien à y faire. Zero Dark Thirty pourrait donc être aussi le récit d’une psychose, le besoin irrépressible et absurde de trouver un sens à sa vie, sacrifier sa vie pour obtenir la mort d’un homme comme si cet homme était le mal lui-même. Comme si tuer Ben Laden sonnait le glas du terrorisme. En somme, une quête absurde dont le succès ne résout pas grand chose.
La quête universelle est en fait une quête purement personnelle. Zero Dark Thirty est l’histoire intime d’une femme qui veut tuer un homme qu’elle ne connaît pas et qui se cache, attendant d’être tué par des hommes qu’il ne connait pas plus. Une anecdote à l’échelle planétaire sur laquelle on plaque une mythologie.
A la fin du film, il est à craindre que le terrorisme ne soit pas anéanti et que Maya ne soit pas plus heureuse. L’exécution de Ben Laden est avant tout un exutoire. On reste circonspect devant ce qui est d’abord un symbole.
Zero Dark Thirty est donc le témoin passionnant et objectif d’une page toute fraîche de notre histoire. C’est aussi un film trop neutre, qui observe trop et ne commente pas assez. C’est son défaut (à la limite de l’acceptable) et c’est aussi sa principale qualité, ce qui en fait un document brutal et passionnant.
Note : 7/10
Zero Dark Thirty
Un film de Kathryn Bigelow avec Jessica Chastain, Jason Clarke, Joel Edgerton et Mark Strong
Thriller – USA – 2h29 – Sorti le 23 janvier 2013
Golden Globe 2013 de la meilleure actrice dans un drame pour Jessica Chastain et Oscar 2013 du meilleur montage sonore
Cogan : Killing Them Softly
On avait été impressionné par le saisissant western L’Assassinat de Jesse James... Ici, Andrew Dominik parle du monde au présent (celui de la crise économique) et livre une œuvre étrange, quelque chose qui ressemblerait à un thriller sans suspense, à une comédie sans humour, à un brûlot politique sans idéal à défendre. En somme, un film peu aimable mais très appréciable.
Synopsis : Lorsqu’une partie de poker illégale est braquée, le monde des bas-fonds de la pègre est menacé. Les caïds de la Mafia font appel à Jackie Cogan pour trouver les coupables.
Après l’époustouflant L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Andrew Dominik revient avec un film qui parle toujours d’assassinats et de lâcheté, mais dans les USA d’aujourd’hui.
Cogan : Killing them softly suit des petites frappes qui risquent leur vie pour un peu d’argent, et un tueur solitaire et impassible qui a pour mission de les punir. Si l’histoire en elle-même n’a que très peu d’envergure, il n’en est pas de même de la façon dont elle est racontée. Andrew Dominik se propose de faire le portrait de son pays à travers des personnages de losers pathétiques pris dans une intrigue sans échappatoire, comme une grande métaphore du « peuple » américain, des citoyens qui sont tous plus ou moins dans la situation que décrit le film.
Cogan est l’un des films les plus violemment antiaméricains jamais écrit. Le pays des libertés et de la réussite individuelle est en fait le territoire du business et de la solitude, celui de l’échec individuel. Quand le système financier prend l’importance qu’il a aux Etats-Unis (et aujourd’hui partout ailleurs), alors il n’y a plus de place dans les relations humaines que pour les affaires. Dans Cogan, aucun personnage n’entre en contact avec un autre s’il n’est d’abord question d’argent, l’un devant payer l’autre ou les deux s’associant pour en gagner ensemble. Les interventions d’Obama ou de Bush reviennent régulièrement dans le film comme une litanie de mensonges avec lesquels les gens doivent vivre, même s’ils n’y accordent aucune importance.
Ceux qui y croient un peu (Frankie, Markie, Russell) ou qui font semblant d’y croire (Mickey, Johnny, le représentant des tripots) finissent par se faire avoir. Seule la lucidité de Cogan lui permet de survivre dans cet univers du chacun pour soi qu’on appelle les Etats pourtant Unis d’Amérique.
Les personnages de truands paumés et bavards semblent sortir tout droit d’un film de Tarantino, avec leurs longues tirades où ils racontent leurs difficultés sentimentales, leurs mésaventures de brigands ou leurs incertitudes. Ce monde lourd et poisseux, qui tourne en rond en suivant une logique implacable et cynique, s’enfonce peu à peu dans l’absurdité la plus noire. L’univers dépressif devient vite un univers d’indifférence, prenant le risque de désintéresser le spectateur d’une intrigue où les personnages ne sont ni attachants ni inquiétants, et courent avec évidence vers leur perte, qui n’en sera une pour personne.
A force d’étouffer l’humour, pourtant omniprésent, par un pessimisme total, le film devient, suivant le mot du réalisateur, une « comédie pas drôle », une farce aride et glauque à la mécanique désagréable. Parfois, la réalisation prend un peu de hauteur sur cette intrigue miteuse, comme dans cette scène élégiaque de meurtre au ralenti, étourdissante, avec brisures de verre, balles aveugles et derniers réflexes d’autodéfense.
Cogan est un film ingrat car il se veut le reflet d’un pays où la vie est pénible et où il n’y a pas d’idéal en dehors des discours creux. Ses personnages sont des insectes écrasés par la liberté individuelle qui ne les mène qu’à l’égoïsme et à l’isolement. Andrew Dominik livre un portrait du Nouveau Monde spectaculairement désenchanté.
Note : 6/10
Cogan : Killing Them Softly (titre original : Killing Them Softly)
Un film d’Andrew Dominik avec Brad Pitt, Scott McNairy, James Gandolfini, Richard Jenkins, Ray Liotta, Ben Mendelsohn, Vincent Curatola et Sam Shepard
Thriller – USA – 1h37 – Sorti le 5 décembre 2012
Argo
Gone baby gone était un drame vraiment convaincant, The Town une réussite en demie-teinte. Argo est un film classique et arrogant dans lequel Ben Affleck, pourtant pas mauvais réalisateur, semble faire ses gammes en imitant ses glorieux ainés.
Synopsis : 1979, Révolution iranienne. 52 américains de l’ambassade américaine en Iran sont pris en otage. six arrivent à s’échapper et à se réfugier chez l’ambassadeur canadien. L’histoire de leur « exfiltration » dans une course contre la montre.
Sous ses airs d’intelligence et de coolitude supérieure, Argo est un thriller politique ultra-classique sans réel propos et sans spécificité. On pense au cinéma politique américain des années 70, on pense à tout un tas de films plus récents comme La Guerre selon Charlie Wilson ou des thrillers politiques réalisés/joués/produits par George Clooney.
Le ton est connu : on prend un peu de hauteur sur l’Histoire récente et sur le rôle soi-disant secret et souvent double des Etats-Unis dans cette Histoire. On nous décrit vite fait et sans commentaire le cynisme politique (entre réalisateurs et spectateurs intelligents, on se comprend), et puis une fois la connivence parfaitement établie, on se plonge dans l’aventure qui nous concerne.
Sauf que finalement, on nous raconte comment un cow-boy loyal, cool et astucieux va oeuvrer dans l’ombre (et avec quelques amis exemplaires) à sauver des victimes innocentes. Contre la foule iranienne inquiétante et le gouvernement américain plus soucieux de la presse que de ses citoyens, il reste le poor lonesome guy, le héros américain dans toute sa splendeur, l’homme normal, courageux et flegmatique.
Ben Affleck est un piètre acteur mais un réalisateur tout à fait honnête. Il sait nous intéresser à sa petite affaire, notamment lors des 15 dernières minutes assez haletantes où le suspense est sans cesse prolongé artificiellement mais avec brio. On se prend donc facilement au jeu du thriller. Mais en dehors de ça, le film se donne des grands airs pour pas grand chose : il ne raconte rien de fondamental, il se veut une critique d’Hollywood, des administrations américaines et du régime iranien (dont les officiers sont en fait en admiration complète devant Hollywood…) mais les schémas de son propos sont rebattus et évidents.
Bref, Argo se veut un film drôle, intelligent, décontracté et supérieur. C’est en fait un film archi-banal, plutôt bête, formaté et prétentieux. Mais il faut bien lui reconnaître qu’on finit quand même par vibrer pour cette opération d’espionnage. Pas très intéressant, mais plutôt prenant.
Note : 4/10
Argo
Un film de Ben Affleck avec Ben Affleck, Bryan Cranston et John Goodman
Thriller – USA – 1h59 – Sorti le 7 novembre 2012
Drive
Après une excursion dans la mythologie scandinave avec Le Guerrier Silencieux, Nicolas Winding Refn revient au thriller urbain dans lequel la ville, forcément menaçante, resserre peu à peu son étreinte sur un héros damné. Drive, d’une beauté captivante, et malgré un scénario parfois trop simple, nous offre certaines des séquences les plus saisissantes de l’année.
Synopsis : Un jeune homme solitaire conduit le jour pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Sa rencontre avec Irène et son jeune fils va bouleverser sa vie…
Dès la première scène, le ton est donné : le scénario sera minimaliste, sublimé par une esthétique métallique, reflet d’un monde et d’une ville (Los Angeles) hostiles et fascinants.
Drive est un film sur papier glacé, l’image est d’une beauté à couper le souffle, la musique, une pop eighties idéalement sucrée, alterne avec des rythmes dansants et oppressants. Toute la recherche formelle participe à fondre en une seule émotion l’angoisse et le plaisir qu’on a à vivre dans un univers fondamentalement dangereux. La beauté presque artificielle de Ryan Gosling, visage absent et regard impassible, renforcent le mystère de ce personnage sans nom, détaché de tout et qui pourtant s’attache.
Un héros sans faille comme sorti tout droit d’un jeu vidéo, un inconnu au passé mystérieux, un passé dont on ne parle jamais mais qui ressort, dans des fulgurances inattendues, par des gestes précis et terribles que seul un homme qui a vécu des choses indicibles est capable d’exécuter. Toute l’histoire de Drive, c’est comment cet homme qui ne se mêle que de lui-même, comment ce roc solide et solitaire va se fissurer et s’engager pour sauver une femme et son enfant.
Alors la mécanique s’enraye, l’univers se complexifie, l’ordre apparent se brise. Alors l’homme à la veste de scorpion se retrouve traqué, pris dans un étau qui se resserre peu à peu, comme l’était le personnage de Pusher. Nicolas Winding Refn nous avait déjà habitué à la lutte sauvage d’un homme pour sortir d’une situation inextricable. Les héros du réalisateur danois ont en eux toute la violence originelle de l’homme. Bronson ne pouvait pas la dissimuler. Chez le driver au contraire, elle est parfaitement contrôlée, parfaitement rangée. Jusqu’à ce qu’elle redevienne nécessaire. La violence est enfouie en chaque homme aussi profondément que l’instinct de survie. Chez Refn, l’homme est en danger. Il a besoin de cette violence pour continuer à vivre, coûte que coûte.
Certaines séquences resteront parmi les plus belles du cinéma de 2011. Quand Nicolas Winding Refn filme l’intérieur d’un supermarché, l’utilisation du grand angle multiplie les produits, allonge les rayons, bloque la jeune femme fragile dans un couloir surcoloré d’objets à acheter qui rappelle le pop art autant qu’il étouffe l’héroïne dans une logique de consommation forcément abusive. Quand il filme son héros en contre-plongée, il nous place dans la peau d’un enfant, obligés d’admirer cet homme qui nous surplombe de toute sa taille et de toute son histoire dont nous ne pourrons jamais rien savoir.
Quand Nicolas Winding Refn nous enferme dans un ascenseur, c’est pour faire jaillir, dans l’une des scènes les plus fortes et les plus belles qu’on puisse imaginer, toute la tension primitive de l’homme, déchiré entre l’eros et le thanatos. Le ralenti, d’abord purement esthétique, devient métaphysique : il étend le temps de l’amour et le temps de la mort, le temps qu’un ascenseur s’ouvre et se referme, révélant définitivement le démon qui se cache à l’intérieur de l’ange.
Aucun homme ne peut vivre simplement pour lui-même. Aucun homme ne peut se protéger des autres. Voilà l’histoire de Drive, celle d’un homme venu de l’enfer, et obligé d’y retourner parce qu’il a été touché par la grâce. On pourra toujours penser que le scénario est léger ou classique, on sera obligé de reconnaître que la mise en scène magistrale sublime le propos et lui donne des résonances mythologiques.
Si la fin manque malheureusement d’intérêt (les dernières images du film sont anecdotiques), Drive reste un bijou d’intensité et de beauté menaçante. Avec un scénario encore plus accompli, à la hauteur de Nicolas Winding Refn, Drive aurait pu être un véritable chef d’oeuvre. En l’état, c’est déjà un film admirable, l’un des meilleurs de l’année.
Note : 7/10
Drive
Un film de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling, Carey Mulligan et Bryan Cranston
Thriller – USA – 1h40 – Sorti le 5 octobre 2011
Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2011
The Murderer
Na Hong-jin avait fait une sacrée impression avec son premier film, The Chaser, un thriller haletant et irrespirable. Son deuxième film, The Murderer, suit la même lignée : ici encore, il n’y aura aucun répit. On regrette simplement que le film tourne parfois à l’exercice de style aux dépens du naturel.
Synopsis : Gu-nam, chauffeur de taxi, est sans nouvelles de sa femme, partie en Corée du Sud. Criblé de dettes, il accepte d’aller lui aussi en Corée du Sud assassiner un inconnu…
Dans un univers hostile et poisseux, un homme lutte seul contre tous les autres, entraîné dans un engrenage meurtrier et sans espoir de l’arrêter. The Murderer est alors l’histoire d’une chasse à l’homme, d’une fuite en avant, d’un combat sans merci pour la vie qui ne tient plus qu’à un fil.
Tarantino n’est pas loin quand Gu-nam repousse un à un les dizaines d’assaillants qui veulent sa peau. The Murderer n’a pas peur de la démesure et tant pis pour le réalisme.
Na Hong-Jin offre alors des scènes de violence inouïe qui s’enchaînent sans que le spectateur puisse réellement reprendre son souffle. Les héros, véritablement surhumains, résistent à plus de coups qu’il en faudrait pour faire tomber un éléphant. S’il y a quelque chose de réellement jouissif à voir cette explosion de brutalité, on regrette que parfois l’exercice tourne un peu à la parodie, au détriment de la crédibilité. On préférait The Chaser, le premier film du réalisateur, qui contenait déjà toute la rage et la tension de The Murderer, mais qui évitait habilement de transformer ses personnages en clowns.
Le scénario est plutôt bien ficelé malgré un côté parfois didactique (quand un personnage meurt, son dernier mot est pour le spectateur, pour lui expliquer pourquoi il s’est comporté ainsi…). Le jeune réalisateur coréen a un talent extraordinaire pour imposer au spectateur une tension insoutenable. Il lui manque un peu de naturel pour qu’on puisse oublier pendant la projection les prouesses de mise en scène et simplement vivre l’histoire.
Note : 6/10
The Murderer (titre original : Hwanghae)
Un film de Na Hong-jin avec Kim Yun-seok, Ha Jung-woo et Jo Seong-Ha
Thriller – Corée du Sud – 2h20 – Sorti le 20 juillet 2011

